{"id":3394,"date":"2005-04-01T14:06:00","date_gmt":"2005-04-01T12:06:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/incertitudes-libanaises3394\/"},"modified":"2005-04-01T14:06:00","modified_gmt":"2005-04-01T12:06:00","slug":"incertitudes-libanaises3394","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3394","title":{"rendered":"Incertitudes libanaises"},"content":{"rendered":"<p>par Emmanuel Riond\u00e9 et Chakri Bela\u00efd<\/p>\n<p><strong> Comment le Liban sortira-t-il de la crise qu&#8217;il traverse ? L&#8217;opposition et le Hezbollah comptent leurs forces mais pr\u00f4nent le dialogue. La Syrie devrait mettre fin \u00e0 trente ans de pr\u00e9sence militaire. Les Etats-Unis poursuivent leur tentative de remodelage du Proche-Orient et la France entend bien continuer de jouer un r\u00f4le de premier plan. Etat des lieux. <\/strong><\/p>\n<p> L e 13 avril 1975, \u00e0 Beyrouth, un autobus transportant des Palestiniens \u00e9tait mitraill\u00e9 dans une zone tenue par les phalangistes. En quelques jours, le Liban s&#8217;enflammait.<\/p>\n<p>Trente ans apr\u00e8s cet \u00e9v\u00e9nement consid\u00e9r\u00e9 comme l&#8217;\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur de la guerre civile libanaise, le pays est-il en passe de renouer avec les d\u00e9mons qui lui ont valu quinze ans de d\u00e9chirements fratricides ? Depuis l&#8217;attentat ayant co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 l&#8217;ex-premier ministre Rafic Hariri, le 14 f\u00e9vrier dernier \u00e0 Beyrouth, le Liban est plong\u00e9 dans une crise politique dont il \u00e9tait toujours d\u00e9licat, fin mars, de pr\u00e9voir l&#8217;issue avec certitude.<\/p>\n<p>Deux forces se trouvent en pr\u00e9sence dans ce petit territoire (10 400 km2) o\u00f9 le confessionnalisme reste la principale r\u00e8gle du jeu politique, m\u00eame si les accords de Ta\u00ebf ont laiss\u00e9 entrevoir la possibilit\u00e9 d&#8217;y mettre un terme (lire encadr\u00e9).<\/p>\n<p><strong> Les forces en pr\u00e9sence <\/strong><\/p>\n<p>D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, une vaste \u00ab coalition \u00bb d&#8217;organisations politiques et de personnalit\u00e9s o\u00f9 se c\u00f4toient les communaut\u00e9s chr\u00e9tienne, druze (avec le Parti socialiste progressiste de Walid Joumblatt) et sunnite, dont \u00e9tait issu Rafic Hariri. Pr\u00e9sent\u00e9 un peu vite comme une opposition homog\u00e8ne au pouvoir pro-syrien en place, cet ensemble : qui semble avoir surf\u00e9, plus qu&#8217;il ne l&#8217;a provoqu\u00e9, sur un authentique mouvement populaire de contestation : s&#8217;est retrouv\u00e9 autour de deux exigences : le retrait des troupes syriennes install\u00e9es dans le pays depuis 1976 et l&#8217;ouverture d&#8217;une enqu\u00eate internationale sur la mort de Rafic Hariri.<\/p>\n<p>De l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9, le Hezbollah, parti issu de la communaut\u00e9 chiite du Liban et jouissant aupr\u00e8s des opinions publiques libanaise et arabe d&#8217;une grande estime pour sa r\u00e9sistance aux troupes isra\u00e9liennes d&#8217;occupation au Sud-Liban. Le Hezbollah, soutenu par la Syrie et l&#8217;Iran (lire l&#8217;entretien avec G\u00e9rard D. Khoury), peut s&#8217;attribuer l&#8217;une des rares vraies d\u00e9convenues militaires inflig\u00e9es \u00e0 l&#8217;arm\u00e9e isra\u00e9lienne depuis 1948. Acteur essentiel de la vie politique libanaise, le mouvement dirig\u00e9 par Hasan Nasrallah est class\u00e9 organisation terroriste par Washington, ce que se refuse \u00e0 faire l&#8217;Union europ\u00e9enne (1). Se consid\u00e9rant toujours en charge de la s\u00e9curit\u00e9 du territoire sud-libanais, le Hezbollah refuse d&#8217;obtemp\u00e9rer \u00e0 la r\u00e9solution 1559 qui demande \u00ab que toutes les milices libanaises et non libanaises soient dissoutes et d\u00e9sarm\u00e9es \u00bb.<\/p>\n<p>Depuis la mort de Rafic Hariri et la crise qui en a d\u00e9coul\u00e9, ces deux parties ont tour \u00e0 tour pris la rue pour y \u00e9taler sinon leur force, \u00e0 tout le moins leur ancrage populaire. Pour Nahla Chahal, politologue franco-libanaise sp\u00e9cialiste du monde arabe, il faut rapidement passer \u00e0 autre chose : \u00ab Nous sommes dans un cadre o\u00f9 chacun veut prouver sa repr\u00e9sentativit\u00e9, souligne-t-elle. Dans les deux cas, elle est r\u00e9elle : personne ne peut pr\u00e9tendre que l&#8217;autre est marginal et on le sait d\u00e9sormais. A priori, l&#8217;\u00e9tat psychologique et \u00e9conomique du Liban ne le dispose pas \u00e0 l&#8217;explosion d&#8217;une guerre civile : la population est ext\u00e9nu\u00e9e par quinze ans de guerre et par un projet tr\u00e8s lib\u00e9ral de reconstruction, largement conduit par Rafic Hariri, dont le pays sort lourdement endett\u00e9 (2). Mais mieux vaut ne pas risquer l&#8217;\u00e9tincelle et sortir au plus vite de cette polarisation crisp\u00e9e. \u00bb Une issue pacifique semble plausible : depuis le g\u00e9n\u00e9ral Aoun exil\u00e9 en France jusqu&#8217;au Hezbollah, en passant par les opposants Samir Frangi\u00e9, Walid Joumblatt et Bahia Hariri, la grande majorit\u00e9 des acteurs ont publiquement appel\u00e9 au calme et \u00e0 la concertation des forces politiques.<\/p>\n<p>Les deux p\u00f4les restent en d\u00e9saccord, entre autres, sur la nature du gouvernement de transition qui pourrait mener le pays aux \u00e9lections l\u00e9gislatives esp\u00e9r\u00e9es au printemps :  l&#8217;opposition r\u00e9clame un gouvernement \u00ab neutre \u00bb (c&#8217;est-\u00e0-dire compos\u00e9 de technocrates sans attaches partisanes), le Hezbollah et la Syrie  pr\u00e9f\u00e8rent un gouvernement \u00ab d&#8217;union nationale \u00bb.<\/p>\n<p><strong> La donne syro-libanaise <\/strong><\/p>\n<p>La Syrie est la troisi\u00e8me donn\u00e9e de l&#8217;\u00e9quation libanaise. Le 12 mars \u00e0 Alep, Bachar Al-Assad s&#8217;est engag\u00e9 devant l&#8217;\u00e9missaire de l&#8217;ONU, Terje Roed Larsen, \u00e0 ce que ses troupes militaires, services de renseignements et polices secr\u00e8tes quittent rapidement le Liban. Dans un Proche-Orient o\u00f9 tous les pays ne sont pas somm\u00e9s avec la m\u00eame fermet\u00e9 de respecter les r\u00e9solutions du Conseil de s\u00e9curit\u00e9, Damas serait donc pr\u00eat \u00e0 quitter, enfin, le pays du C\u00e8dre. Des troupes se sont d\u00e9j\u00e0 red\u00e9ploy\u00e9es. La prudence reste de mise mais si un retrait total et d\u00e9finitif se confirme, il signera la fin d&#8217;une occupation datant de la guerre civile.<\/p>\n<p>\u00ab Tout le monde au Liban d\u00e9teste les Syriens, assure Nahla Chahal. C&#8217;est un r\u00e9gime dur, violent et corrompu, mafieux, qui s&#8217;est comport\u00e9 en rapace. Ils ne sont pas d\u00e9fendables. \u00bb Faut-il pour autant imputer leur d\u00e9part \u00e0 la seule force de la contestation populaire et l&#8217;inscrire dans un suppos\u00e9 \u00ab printemps arabe \u00bb tr\u00e8s c\u00e9l\u00e9br\u00e9 en ce moment ? \u00ab C&#8217;est au prisme de l&#8217;offensive am\u00e9ricaine visant \u00e0 remodeler \u00e0 leur convenance le \u00abGrand Moyen-Orient\u00bb qu&#8217;il faut lire ce d\u00e9part brutal \u00bb, corrige la politologue. Si elles se sont faites tr\u00e8s pressantes apr\u00e8s la mort de Hariri (mort dont les responsables sont certainement plus \u00e0 chercher dans les courants qui traversent l&#8217;appareil d&#8217;Etat syrien qu&#8217;au sommet m\u00eame du pouvoir), les menaces adress\u00e9es \u00e0 Damas ne datent pas d&#8217;hier (3). D\u00e8s novembre 2003, le Congr\u00e8s avait autoris\u00e9 l&#8217;administration Bush \u00e0 user de sanctions contre la Syrie. La reconduction brutale du mandat du pr\u00e9sident Emile Lahoud par la seule volont\u00e9 de Bachar Al- Assad en septembre dernier a donn\u00e9 aux Etats-Unis et \u00e0 la France l&#8217;occasion de faire adopter une r\u00e9solution 1559 qui n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9e dans l&#8217;heure&#8230; L\u00e2ch\u00e9 de toute part, y compris par des alli\u00e9s traditionnels, telle l&#8217;Arabie Saoudite (4), la Syrie n&#8217;a plus vraiment le choix. Elle devrait quitter le Liban et, de la m\u00eame fa\u00e7on qu&#8217;on ne peut objectivement regretter Saddam Hussein, personne ne pleurera les militaires syriens en territoire libanais.<\/p>\n<p>Cette nouvelle donne syro-libanaise vient cependant s&#8217;inscrire dans une r\u00e9gion tr\u00e8s agit\u00e9e o\u00f9 l&#8217;Irak est toujours en proie \u00e0 la violence politique, o\u00f9 l&#8217;Iran appara\u00eet dans le viseur de Washington (5) et o\u00f9 le gouvernement isra\u00e9lien continue de r\u00e9clamer haut et fort la s\u00e9curit\u00e9 tout en poursuivant la \u00ab bantoustanisation \u00bb des territoires palestiniens. \u00ab Il y a \u00e0 la fois de la d\u00e9sagr\u00e9gation et de la maturation au Proche-Orient en ce moment. Et tout cela peut cr\u00e9er des marges de d\u00e9sordre et de man\u0153uvre dont il est difficile de dire qui pourra en tirer quoi, r\u00e9sume prudemment Nahla Chahal. C&#8217;est pourquoi le Liban doit urgemment trouver la voie du dialogue interne et du consensus. \u00bb E.R. <\/p>\n<p><strong> Des accords de Ta\u00ebf \u00e0 la r\u00e9solution 1559 <\/strong><\/p>\n<p>Sign\u00e9s le 22 octobre 1989 et ratifi\u00e9s le <\/p>\n<p>5 novembre suivant par le Parlement libanais, les accords de Ta\u00ebf constituent l&#8217;aboutissement des n\u00e9gociations de 62 d\u00e9put\u00e9s libanais (31 chr\u00e9tiens et 31 musulmans), r\u00e9unis pendant presque un mois dans cette ville d&#8217;Arabie Saoudite o\u00f9 les avait convoqu\u00e9s la Ligue arabe. Ils mettent fin \u00e0 la guerre civile d\u00e9but\u00e9e en 1975 et relanc\u00e9e en 1982. Ces accords r\u00e9\u00e9quilibrent, sans le remettre totalement en question, le confessionnalisme qui r\u00e9git la vie politique du Liban. Ce syst\u00e8me d&#8217;attribution des responsabilit\u00e9s publiques et politiques aux diff\u00e9rentes communaut\u00e9s religieuses est profond\u00e9ment ancr\u00e9 dans l&#8217;histoire du pays. Et peut s&#8217;appuyer sur la Constitution de 1926 et sur le pacte national de novembre 1943 (date de l&#8217;ind\u00e9pendance) qui pr\u00e9cise que le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique doit \u00eatre chr\u00e9tien maronite, le premier ministre, musulman sunnite et le pr\u00e9sident du Parlement, musulman chiite (les druzes apparaissent les moins bien lotis et les chr\u00e9tiens grecs orthodoxes obtiennent la vice-pr\u00e9sidence du Parlement). Les accords de Ta\u00ebf maintiennent cette r\u00e9partition des postes mais accordent un nombre \u00e9gal de d\u00e9put\u00e9s aux communaut\u00e9s musulmanes et chr\u00e9tiennes et renforcent le r\u00f4le du premier ministre.<\/p>\n<p>L&#8217;accord indique \u00e9galement que les forces syriennes entr\u00e9es au Liban en 1976 doivent se red\u00e9ployer dans les deux ans, mais ne donne aucune date butoir \u00e0 un retrait d\u00e9finitif. Moins de deux ans plus tard, le 22 mai 1991, un trait\u00e9 \u00ab de fraternit\u00e9 et de coop\u00e9ration \u00bb entre les deux pays sera sign\u00e9, confirmant que la Syrie (qui a rejoint la coalition am\u00e9ricaine durant la guerre du Golfe de 1991) n&#8217;envisage absolument pas de se retirer du Liban.<\/p>\n<p>C&#8217;est bien pour exiger ce d\u00e9part que la r\u00e9solution 1559 a, elle, \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e par le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l&#8217;ONU, le 2 septembre 2004. Tr\u00e8s clairement, mais sans pour autant nommer Damas, la r\u00e9solution \u00ab demande \u00e0 nouveau que soient strictement respect\u00e9es la souverainet\u00e9, l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 territoriale, l&#8217;unit\u00e9 et l&#8217;ind\u00e9pendance politique du Liban, plac\u00e9 sous l&#8217;autorit\u00e9 exclusive du Gouvernement libanais s&#8217;exer\u00e7ant sur l&#8217;ensemble du territoire libanais \u00bb et \u00ab demande instamment \u00e0 toutes les forces \u00e9trang\u00e8res qui y sont encore de se retirer du Liban \u00bb. Depuis le d\u00e9part, en mai 2000, de l&#8217;arm\u00e9e isra\u00e9lienne du Sud-Liban (o\u00f9 elle occupe encore les fermes de Chebaa), l&#8217;arm\u00e9e syrienne est la seule \u00ab force \u00e9trang\u00e8re \u00bb pr\u00e9sente sur le territoire libanais. E.R.<\/p>\n<p><strong> G\u00e9rard D. Khoury <\/strong>  \u00ab Renoncer aux soutiens \u00e9trangers pour b\u00e2tir<\/p>\n<p>l&#8217;unit\u00e9 nationale \u00bb<\/p>\n<p>*G\u00e9rard D. Khoury, <\/p>\n<p>\u00e9crivain,  historien, chercheur associ\u00e9 \u00e0 l&#8217;Iremam <\/p>\n<p>(Institut de recherche et d&#8217;\u00e9tudes sur le monde arabe et musulman) d&#8217;Aix-en-Provence.<\/p>\n<p> Les relations franco-<\/p>\n<p>libanaises sont-elles mises \u00e0 mal par la  situation actuelle au Liban ?<\/p>\n<p>G\u00e9rard D. Khoury. Les relations entre les deux pays sont ancr\u00e9es dans la longue dur\u00e9e. Jusqu&#8217;\u00e0 aujourd&#8217;hui, la France jouit de relations privil\u00e9gi\u00e9es aupr\u00e8s notamment des chr\u00e9tiens d&#8217;Orient, sa client\u00e8le traditionnelle, mais aussi de toutes les composantes de la soci\u00e9t\u00e9 libanaise. La France a favoris\u00e9 \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle un mouvement autonomiste au Mont-Liban, compos\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9poque de chr\u00e9tiens majoritairement, de druzes, de sunnites et de chiites. Ce Mont-Liban a \u00e9t\u00e9 en avance, avec l&#8217;appui de Napol\u00e9on III, pour la constitution d&#8217;une semi-d\u00e9mocratie, avec un Conseil repr\u00e9sentatif des communaut\u00e9s religieuses qui a permis l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;un d\u00e9but d&#8217;Etat-nation, fondateur du Liban contemporain, en 1920. Elle a soutenu durant la p\u00e9riode mandataire (1920-1943) (1) l&#8217;\u00e9quilibre des rapports de force entre toutes les communaut\u00e9s minoritaires pour contrer le nationalisme arabe, notamment en donnant un certain nombre d&#8217;institutions \u00e0 la communaut\u00e9 chiite dont le Conseil sup\u00e9rieur chiite.<\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui, la France se joint aux Etats-Unis pour exiger, \u00e0 travers la r\u00e9solution 1559, le d\u00e9sarmement du Hezbollah. Cette demande s&#8217;explique tant sur la sc\u00e8ne libanaise que sur la sc\u00e8ne r\u00e9gionale : il s&#8217;agit en fait d&#8217;affaiblir le r\u00f4le de l&#8217;Iran, son bailleur de fonds, et celui de la Syrie, fournisseur d&#8217;armes de la milice. Ces trois acteurs sont de nature \u00e0 d\u00e9fier l&#8217;ordre occidental au Proche-Orient. Le but final des Etats-Unis et de la France est d&#8217;arriver, soit par la diplomatie, soit par les frappes militaires, \u00e0 emp\u00eacher que l&#8217;Iran devienne une puissance nucl\u00e9aire.<\/p>\n<p>Pour l&#8217;heure, la France a choisi d&#8217;opter pour la voie diplomatique avec l&#8217;Iran et le Hezbollah. Par ailleurs, alors que les Am\u00e9ricains voient ce dernier comme un groupe terroriste, les Fran\u00e7ais le consid\u00e8rent comme un groupe de r\u00e9sistance. C&#8217;est pourquoi, bien qu&#8217;elle se soit \u00e9tonn\u00e9e des positions de Paris, la milice chiite reste mod\u00e9r\u00e9e \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la France qui, n&#8217;ayant jamais coup\u00e9 les ponts avec aucune communaut\u00e9, garde un pouvoir de n\u00e9gociation avec tous les partenaires libanais.<\/p>\n<p>Le d\u00e9sarmement du Hezbollah est-il une condition pour la paix au Liban  ?<\/p>\n<p>G\u00e9rard D. Khoury. C&#8217;est une des conditions, mais il faut auparavant r\u00e9instaurer la confiance entre les diff\u00e9rentes oppositions et cr\u00e9er une unit\u00e9 nationale. Pour cela, il faudrait proc\u00e9der \u00e0 la refondation d&#8217;un nouveau pacte national dans le m\u00eame esprit que celui de 1943, au moment de l&#8217;ind\u00e9pendance. Les chr\u00e9tiens avaient alors renonc\u00e9 \u00e0 la protection de la France et les musulmans \u00e0 leur int\u00e9gration dans les mouvements du nationalisme arabe.<\/p>\n<p>D&#8217;autre part, pour constituer une nouvelle unit\u00e9, le Hezbollah et le Amal (autre milice chiite) doivent renoncer \u00e0 la protection de l&#8217;Iran et de la Syrie : parmi les chiites, beaucoup sont favorables au d\u00e9part des Syriens : en contrepartie d&#8217;une r\u00e9elle participation au pouvoir, qu&#8217;ils ont d\u00e9j\u00e0, mais qui n&#8217;est pas proportionnelle \u00e0 leur poids d\u00e9mographique. Ils n&#8217;ont que douze d\u00e9put\u00e9s alors que le chiisme est devenu une communaut\u00e9 majoritaire. Il faut que le Hezbollah soit convaincu qu&#8217;il y a un r\u00e9el partage du pouvoir, qu&#8217;un nouveau r\u00f4le politique lui est attribu\u00e9. En face, le camp de l&#8217;opposition actuelle (chr\u00e9tiens, druzes et sunnites) doit renoncer aux protections occidentales. Il faut \u00e9viter que l&#8217;opposition apparaisse comme le reflet d&#8217;une nouvelle d\u00e9pendance \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des puissances.<\/p>\n<p>En clair, il faut que ces deux parties renoncent aux soutiens qui constituent leur force, et cela pour le b\u00e9n\u00e9fice de l&#8217;unit\u00e9 libanaise. Apr\u00e8s, il faudra voir comment la milice chiite pourra g\u00e9rer ce qui lui est demand\u00e9 par la r\u00e9solution 1559, \u00e0 savoir son d\u00e9sarmement et son int\u00e9gration dans l&#8217;arm\u00e9e libanaise. C&#8217;est un probl\u00e8me \u00e9pineux qui risque de soulever de nombreuses difficult\u00e9s. Car, en fait, il s&#8217;agit de d\u00e9solidariser la question libanaise de la question du Proche-Orient. Est-ce vraiment possible apr\u00e8s trente ans de guerre, de drame, d&#8217;exaction et d&#8217;invasion ?<\/p>\n<p>La France peut-elle \u00eatre une force de m\u00e9diation dans ce r\u00e8glement ?<\/p>\n<p>G\u00e9rard D. Khoury. Les m\u00e9diations ne peuvent se faire qu&#8217;entre Libanais. La France ne peut pas \u00eatre juge et partie. Elle ne peut exiger avec les Am\u00e9ricains le d\u00e9part des Syriens et le d\u00e9sarmement du Hezbollah et jouer les bons offices. Les Libanais ne doivent pas avoir le sentiment qu&#8217;on remplace un protectorat syrien par un protectorat masqu\u00e9 am\u00e9ricano-fran\u00e7ais. Si on veut que l&#8217;unit\u00e9 et l&#8217;ind\u00e9pendance libanaises se retrouvent apr\u00e8s le d\u00e9part de la Syrie, les Occidentaux ne doivent pas interf\u00e9rer dans les affaires int\u00e9rieures du Liban. La France a d\u00e9j\u00e0 beaucoup \u0153uvr\u00e9 pour que la Syrie se retire avec ses services de renseignement et pour des \u00e9lections libres. Si elle continue de s&#8217;ing\u00e9rer, cela peut compromette la n\u00e9gociation entre les diff\u00e9rentes parties de l&#8217;opposition.<\/p>\n<p>Le monde occidental a l&#8217;image d&#8217;un Liban chr\u00e9tien et proche des pays occidentaux, en raison de ses liens traditionnels avec la France. Les Am\u00e9ricains y sont tr\u00e8s sensibles. La r\u00e9cente visite du patriarche maronite Sfeir \u00e0 la Maison Blanche en t\u00e9moigne. Mais ce serait un cadeau empoisonn\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des chr\u00e9tiens d&#8217;Orient si on appuyait leur revendication chr\u00e9tienne d&#8217;une mani\u00e8re in\u00e9galitaire. Ce serait une erreur et, de plus, ils finiraient par le payer un jour. Il faut que le jeu s&#8217;\u00e9quilibre entre tous les partenaires de la sc\u00e8ne politique libanaise, d&#8217;une mani\u00e8re r\u00e9ellement d\u00e9mocratique. A ce moment-l\u00e0, le r\u00f4le de tous les acteurs pourra \u00eatre reconnu, y compris celui du Hezbollah. <\/p>\n<p>Propos recueillis par Ch.B.<\/p>\n<p>1. Apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale, le Grand Liban et la Syrie sont plac\u00e9s sous mandat fran\u00e7ais.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Emmanuel Riond\u00e9 et Chakri Bela\u00efd Comment le Liban sortira-t-il de la crise qu&#8217;il traverse ? L&#8217;opposition et le Hezbollah comptent leurs forces mais pr\u00f4nent le dialogue. La Syrie devrait mettre fin \u00e0 trente ans de pr\u00e9sence militaire. Les Etats-Unis poursuivent leur tentative de remodelage du Proche-Orient et la France entend bien continuer de jouer [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-3394","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3394","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3394"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3394\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3394"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3394"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3394"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}