{"id":3374,"date":"2004-09-01T14:07:00","date_gmt":"2004-09-01T12:07:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/palestine-israel-la-paix-emmuree3374\/"},"modified":"2004-09-01T14:07:00","modified_gmt":"2004-09-01T12:07:00","slug":"palestine-israel-la-paix-emmuree3374","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3374","title":{"rendered":"Palestine-Isra\u00ebl : la paix emmur\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Soutenu par les Etats-Unis pour son plan de retrait de Gaza, Ariel Sharon joue la carte du chaos dans les territoires. Son objectif ? Faciliter l&#8217;annexion d&#8217;une  partie de la Cisjordanie, dans le sillage de l&#8217;\u00e9dification du mur depuis 2002,  et emp\u00eacher durablement la cr\u00e9ation d&#8217;un Etat palestinien. Mais il faudra g\u00e9rer la crise dans son propre parti, le Likoud, et s&#8217;exposer, apr\u00e8s plusieurs \u00e9checs juridiques, \u00e0 l&#8217;isolement d&#8217;Isra\u00ebl au sein de la communaut\u00e9 internationale. Analyse. <\/p>\n<p>Par CHAKRI BELA\u00cfD<\/p>\n<p>Tandis que la construction du Mur en Cisjordanie provoque le drame de la vie quotidienne de dizaines de milliers de Palestiniens, les affrontements entre factions arm\u00e9es palestiniennes font r\u00e9gner \u00e0 Gaza un chaos s\u00e9curitaire et institutionnel d&#8217;une ampleur in\u00e9dite. L&#8217;enjeu ? Une apparente lutte pour le pouvoir entre la \u00ab vieille garde \u00bb entourant Yasser Arafat, identifi\u00e9e comme une oligarchie corrompue, et une g\u00e9n\u00e9ration montante de dirigeants men\u00e9e par Mohammed Dahlan, l&#8217;ex-homme fort de la s\u00e9curit\u00e9 palestinienne. Cette tension extr\u00eame est notamment accentu\u00e9e par la perspective du retrait isra\u00e9lien de Gaza et le d\u00e9mant\u00e8lement de 21 colonies juives de la r\u00e9gion, annonc\u00e9s par Ariel Sharon pour 2005. Du pain b\u00e9ni pour ce dernier, selon lequel ces troubles prouvent l&#8217;absence de \u00ab partenaire palestinien \u00bb. Ne s&#8217;ing\u00e9nie-t-il pas, d&#8217;ailleurs, \u00e0 les exacerber par des incursions de blind\u00e9s et des tirs de missiles semant morts et destructions de maisons ? Autant d&#8217;exactions qui succ\u00e8dent \u00e0 une s\u00e9rie d&#8217;op\u00e9rations meurtri\u00e8res dans la bande de Gaza, pr\u00e9cis\u00e9ment, depuis la proclamation d&#8217;Ariel Sharon de \u00ab s\u00e9paration unilat\u00e9rale \u00bb fin 2003.<\/p>\n<p>Qu&#8217;est-ce qui motive, aux yeux d&#8217;Ariel Sharon, le plan de retrait isra\u00e9lien de Gaza, au point qu&#8217;il y risque son avenir politique ? Comment cette perspective, salu\u00e9e comme un \u00ab progr\u00e8s \u00bb par le G8, peut-elle \u00e0 ce point alimenter le chaos ?<\/p>\n<p><strong> La feuille de route enterr\u00e9e <\/strong><\/p>\n<p>Ariel Sharon n&#8217;a jamais vari\u00e9 dans ses vis\u00e9es expansionnistes. En promoteur historique et constructeur des colonies de peuplement, il est bien le p\u00e8re du Grand Isra\u00ebl, apr\u00e8s Ben Gourion et Golda Meir. Et la promesse de d\u00e9manteler celles de Gaza n&#8217;y changera rien&#8230; tant qu&#8217;elle peut donner le change au projet de mainmise sur la Cisjordanie. Qu&#8217;est-ce que sacrifier un doigt (Gaza, ruineuse et sans valeur strat\u00e9gique) si on peut sauver tout le corps (l&#8217;annexion d&#8217;une partie de la Cisjordanie) ? Un tel projet n\u00e9cessitait le soutien des Etats-Unis. Le 14 avril, c&#8217;est chose faite. Alors que George Bush d\u00e9clare officiellement son adh\u00e9sion, les implications de ce retrait tactique prennent corps : Concernant \u00ab la question des r\u00e9fugi\u00e9s palestiniens \u00bb, il estime qu&#8217;elle \u00ab doit \u00eatre fond\u00e9e sur la cr\u00e9ation d&#8217;un Etat palestinien et l&#8217;installation des r\u00e9fugi\u00e9s en son sein plut\u00f4t qu&#8217;en Isra\u00ebl \u00bb. Ajoutant qu&#8217;au vu de \u00ab l&#8217;existence d&#8217;importants foyers de population isra\u00e9liens [colonies en Cisjordanie], il est irr\u00e9aliste de penser que le r\u00e9sultat final des n\u00e9gociations de paix sera un simple retour aux lignes d&#8217;armistice de 1949 \u00bb. Pas de retrait de Gaza, donc, sans remise en cause des fronti\u00e8res de 1967, sans annexion d&#8217;une partie de la Cisjordanie et sans n\u00e9gation du droit au retour des r\u00e9fugi\u00e9s. Sans que le reste du quartet s&#8217;en \u00e9meuve, par ailleurs, Bush enterrait ainsi la \u00ab feuille de route \u00bb (1), bafouant au passage les r\u00e9solutions de l&#8217;ONU : notamment la 242 (2) : auxquelles les Etats-Unis \u00e9taient rest\u00e9s officiellement attach\u00e9s jusque-l\u00e0. Pour l&#8217;Autorit\u00e9 palestinienne le revers est historique.<\/p>\n<p><strong> La carte du chaos <\/strong><\/p>\n<p>D\u00e9cr\u00e9t\u00e9 \u00ab unilat\u00e9ral \u00bb, ce plan de retrait ne pouvait induire, en amont, qu&#8217;une strat\u00e9gie d&#8217;affaiblissement et d&#8217;ostracisme : pratiqu\u00e9e aussi par George Bush : \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de Yasser Arafat, incarnation de la solution n\u00e9goci\u00e9e et du projet politique de coexistence entre les deux peuples. En t\u00e9moigne le processus de destruction m\u00e9thodique, men\u00e9 depuis trois ans  par l&#8217;arm\u00e9e isra\u00e9lienne, des institutions politiques issues d&#8217;Oslo et de l&#8217;appareil de s\u00e9curit\u00e9 de l&#8217;Autorit\u00e9 palestinienne. \u00ab Sharon joue la carte du chaos en Palestine \u00bb, commente le chercheur Jean-Fran\u00e7ois Legrain (3). \u00ab Il ne faut pas qu&#8217;il y ait un interlocuteur. C&#8217;est la carte qu&#8217;il a jou\u00e9e en Cisjordanie face au Fatah. C&#8217;est la carte qu&#8217;il joue aujourd&#8217;hui pour Gaza. En l&#8217;absence de tout interlocuteur, c&#8217;est la logique pure et simple de la force qui l&#8217;emporte. \u00bb<\/p>\n<p>Erig\u00e9 depuis 2002, officiellement pour emp\u00eacher les infiltrations de kamikazes, le mur de Cisjordanie participe clairement d&#8217;une strat\u00e9gie coloniale. Si le premier tron\u00e7on, dans le nord, suivait \u00e0 peu pr\u00e8s la ligne verte, les sections d\u00e9cid\u00e9es par la suite mordent largement sur le territoire palestinien (parfois jusqu&#8217;\u00e0 30 kilom\u00e8tres). Une fois le Mur achev\u00e9, selon un rapport r\u00e9cent de l&#8217;ONU, quatre cent mille Palestiniens n&#8217;auront plus acc\u00e8s \u00e0 leurs champs, \u00e0 leurs emplois, \u00e0 leurs \u00e9coles, \u00e0 leurs h\u00f4pitaux&#8230; qui passeront sous le contr\u00f4le de l&#8217;arm\u00e9e ou des colons. Sharon qui clame que le Mur est \u00ab r\u00e9versible et non d\u00e9finitif \u00bb, n&#8217;annonce pas moins : \u00ab Nous aurons \u00e0 r\u00e9soudre la question de la pr\u00e9sence de centaines de milliers de Palestiniens ill\u00e9gaux vivant en Isra\u00ebl \u00bb, pavant la voie \u00e0 de futurs d\u00e9placements de populations. Pour autant, le projet ne se r\u00e9sume pas \u00e0 des expropriations et \u00e0 des annexions : au Mur encerclant J\u00e9rusalem et le cordon de colonies qui l&#8217;entoure, s&#8217;ajoute l&#8217;annexion de la partie orientale de la Cisjordanie pr\u00e9figur\u00e9e par l&#8217;\u00e9dification de la cl\u00f4ture avant la vall\u00e9e du Jourdain., et la multiplication d&#8217;enclaves palestiniennes isol\u00e9es et de bantoustans (4), \u00e9troitement contr\u00f4l\u00e9s par l&#8217;arm\u00e9e isra\u00e9lienne (voir carte). Une Palestine \u00ab viable \u00bb, r\u00e9duite \u00e0 12 % de la Palestine historique, sera-t-elle possible avec une Cisjordanie ainsi morcel\u00e9e et priv\u00e9e de son acc\u00e8s naturel \u00e0 J\u00e9rusalem ?<\/p>\n<p>Par ailleurs, Ariel Sharon peut-il mener, tel qu&#8217;il le souhaite, son plan de retrait annonc\u00e9 de Gaza et son pendant expansionniste cisjordanien ? Il est permis d&#8217;en douter.<\/p>\n<p>Son \u00ab plan de s\u00e9paration \u00bb lui a d\u00e9j\u00e0 fait payer un lourd tribut politique. Priv\u00e9 de majorit\u00e9 \u00e0 la Knesset, depuis la d\u00e9fection de deux ministres d&#8217;extr\u00eame droite oppos\u00e9s au retrait de Gaza, Ariel Sharon voit l&#8217;adoption de son plan compromise. Et ce, d&#8217;autant que la convention du Likoud refusait une fois encore, le 18 ao\u00fbt, l&#8217;entr\u00e9e des travaillistes, tr\u00e8s favorables au retrait, dans le gouvernement.  Pour les  \u00ab durs \u00bb du Likoud, leur objectif est clair : en refusant \u00e0 Ariel Sharon toute coalition avec \u00ab n&#8217;importe quel parti sioniste \u00bb, il s&#8217;agit de rendre impossible la constitution d&#8217;une majorit\u00e9 parlementaire propre \u00e0 voter le plan de retrait. Une telle \u00e9vacuation signifierait, \u00e0 leur yeux, une \u00ab reddition d&#8217;Isra\u00ebl face aux Palestiniens \u00bb, un pr\u00e9c\u00e9dent \u00ab tragique \u00bb qu&#8217;ils craignent de voir un jour transpos\u00e9 \u00e0 la Cisjordanie. Pour Ariel Sharon, d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 passer outre ce d\u00e9saveu, ce vote risque n\u00e9anmoins de g\u00eaner ses efforts pour \u00e9largir son \u00e9quipe gouvernementale. Des \u00e9lections anticip\u00e9es ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9es dans les six mois comme ultime solution, alors que les l\u00e9gislatives sont pour 2006.<\/p>\n<p><strong> Le d\u00e9saveu des Nations unies <\/strong><\/p>\n<p>En attendant, l&#8217;\u00e9dification du Mur, elle, devrait se poursuivre au gr\u00e9 des d\u00e9cisions de la Cour supr\u00eame isra\u00e9lienne. Pl\u00e9biscit\u00e9 par les Isra\u00e9liens, le \u00ab mur de s\u00e9paration \u00bb est reconnu l\u00e9gal par cette \u00e9minente juridiction. Il n&#8217;emp\u00eache qu&#8217;\u00e0 la suite de sa saisine par des Palestiniens, elle a ordonn\u00e9 le 30 juin un changement du trac\u00e9 pr\u00e9vu sur 30 kilom\u00e8tres autour de J\u00e9rusalem. En \u00ab s\u00e9parant les habitants [palestiniens] de leurs terres \u00bb, \u00e9crivait la Cour, l&#8217;arm\u00e9e \u00ab viole leurs droits selon la loi humanitaire internationale \u00bb. Violemment critiques \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de cet arr\u00eat, les milieux gouvernementaux et de la droite  faisaient  porter \u00e0 la Cour, par avance, la responsabilit\u00e9 d&#8217;actes terroristes \u00e9ventuels ! Cette d\u00e9cision \u00ab capitale \u00bb, \u00e9crit Claude Klein (5) le <\/p>\n<p>5 juillet dans le quotidien Le Monde, \u00ab fonde une jurisprudence en la mati\u00e8re&#8230; elle aura un impact dramatique sur sa construction [du mur]. Elle peut aboutir, dans de nombreuses hypoth\u00e8ses, \u00e0 la destruction de sections d\u00e9j\u00e0 en place \u00bb et porter \u00ab l&#8217;autorit\u00e9 militaire \u00e0 modifier le trac\u00e9, pour obtenir un retrait ou un rejet des requ\u00eates \u00bb. Ce camouflet juridique n&#8217;aurait pas \u00e9branl\u00e9 davantage Ariel Sharon s&#8217;il n&#8217;avait pas pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de dix jours l&#8217;avis \u00ab s\u00e9v\u00e8re \u00bb de la Cour internationale de Justice.<\/p>\n<p>Jugeant cette \u00ab cl\u00f4ture \u00bb ill\u00e9gale, celle-ci pr\u00e9conisait la destruction des sections du \u00ab mur \u00bb d\u00e9j\u00e0 construites et l&#8217;indemnisation des Palestiniens p\u00e9nalis\u00e9s par son \u00e9dification. Le 20 juillet, c&#8217;est \u00e0 une \u00e9crasante majorit\u00e9 et \u00e0 l&#8217;unanimit\u00e9 europ\u00e9enne, que l&#8217;Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations unies approuvait cet avis. Traditionnellement en faveur d&#8217;Isra\u00ebl, l&#8217;Allemagne et l&#8217;Angleterre signaient l\u00e0 un d\u00e9saveu cuisant. Qualifiant la Cour de \u00ab cirque international \u00bb, Sharon d\u00e9clara \u00e0 l&#8217;avance qu&#8217;il ne tiendrait pas compte de ses conclusions. Rien ne l&#8217;y oblige, son jugement n&#8217;\u00e9tant pas contraignant. Reste qu&#8217;Isra\u00ebl se retrouve au sein de la communaut\u00e9 internationale, sur le terrain politique, de plus en plus isol\u00e9. Certes, l&#8217;Am\u00e9rique de George Bush s&#8217;est montr\u00e9e jusque l\u00e0 un alli\u00e9 inconditionnel. Mais l&#8217;issue des \u00e9lections, li\u00e9e notamment \u00e0 la situation en Irak, pourrait changer la donne. Le candidat d\u00e9mocrate John Kerry, qui pr\u00e9tend croire \u00ab profond\u00e9ment au multilat\u00e9ralisme, en particulier avec l&#8217;Europe \u00bb sera-t-il dispos\u00e9 \u00e0 soutenir des solutions unilat\u00e9rales impos\u00e9es aux Palestiniens et des entorses r\u00e9p\u00e9t\u00e9es au droit international ? L&#8217;Autorit\u00e9 palestinienne esp\u00e8re que non. Elle attend le r\u00e9sultat des urnes en novembre avant de saisir le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 pour condamner le Mur. <\/p>\n<p>CH. B.<\/p>\n<p><strong> BERNARD RAVENEL <\/strong> <\/p>\n<p>\u00abSharon ne renonce pas <\/p>\n<p>\u00e0 l&#8217;id\u00e9e du Grand Isra\u00ebl \u00bb<\/p>\n<p>Bernard Ravenel,<\/p>\n<p>pr\u00e9sident de l&#8217;Association France-Palestine Solidarit\u00e9<\/p>\n<p>Apr\u00e8s son r\u00e9cent \u00e9chec au comit\u00e9 central du Likoud, Ariel Sharon semble \u00eatre en difficult\u00e9 pour faire passer son plan de retrait unilat\u00e9ral de Gaza. Comment analysez-vous la situation ?<\/p>\n<p>Bernard Ravenel : Aujourd&#8217;hui, au-del\u00e0 des p\u00e9rip\u00e9ties de la politique int\u00e9rieure, je crois qu&#8217;il faut insister sur la coh\u00e9rence du projet de Sharon. Pour lui, face \u00e0 la perspective proche d&#8217;une majorit\u00e9 arabe dans le Grand Isra\u00ebl, auquel il n&#8217;a pas renonc\u00e9, ne restent que deux issues : la cr\u00e9ation de l&#8217;Etat palestinien en coexistence \u00e9galitaire avec Isra\u00ebl ; Sharon n&#8217;en veut pas. Ou l&#8217;expulsion d&#8217;un maximum de Palestiniens pour pr\u00e9server une majorit\u00e9 juive. Mais les conditions n&#8217;en sont pas actuellement r\u00e9unies. Le probl\u00e8me de Sharon est de surmonter cette contradiction. D&#8217;o\u00f9 sa politique avec le Mur en Cisjordanie qui vise \u00e0 cr\u00e9er les conditions d&#8217;une expulsion rampante de centaines de milliers de Palestiniens ruin\u00e9s par le trac\u00e9 du Mur. Dans ce contexte se situe l&#8217;annonce du retrait de Gaza qui, aux yeux de Sharon, pr\u00e9sente plusieurs avantages : outre que les Isra\u00e9liens gardent le contr\u00f4le des fronti\u00e8res maritimes et terrestres et de l&#8217;espace a\u00e9rien de la zone de Gaza, on l\u00e2che un peu de lest pour la communaut\u00e9 internationale, on continue \u00e0 mystifier l&#8217;opinion isra\u00e9lienne et l&#8217;opinion internationale sur une pr\u00e9tendue volont\u00e9 de paix, on se d\u00e9leste de la population palestinienne de Gaza et on repousse ainsi l&#8217;\u00e9ch\u00e9ance d\u00e9mographique d&#8217;une ou deux d\u00e9cennies, on ne parle plus de la n\u00e9cessit\u00e9 de n\u00e9gociations entre Isra\u00e9liens et Palestiniens&#8230; et, pendant ce temps, on concentre les efforts sur l&#8217;annexion de la Cisjordanie : mur, nouvelles colonies, etc., tel est le sens du programme que Sharon entend mettre en \u0153uvre au-del\u00e0 des actuels incidents de parcours.<\/p>\n<p>Le parti travailliste est tent\u00e9 de vouloir participer de nouveau \u00e0 un gouvernement d&#8217;union nationale de Sharon. Comment voyez-vous l&#8217;avenir de ce parti ?<\/p>\n<p>Bernard Ravenel : Pour aller au c\u0153ur du sujet, je voudrais dire qu&#8217;au-del\u00e0 des responsabilit\u00e9s personnelles de deux hommes comme Ehoud Barak et Shimon Peres dans la liquidation du processus de paix et dans la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence du parti travailliste, il faut \u00e0 mon sens en revenir \u00e0 la nature des bases sociales de ce parti fondateur de l&#8217;Etat d&#8217;Isra\u00ebl. Ce parti a particip\u00e9 tr\u00e8s directement \u00e0 la politique lib\u00e9rale de liquidation des acquis sociaux isra\u00e9liens. Il est devenu le parti de la bourgeoisie moderniste dont la politique a abouti \u00e0 une paup\u00e9risation sans pr\u00e9c\u00e9dent de la soci\u00e9t\u00e9 isra\u00e9lienne, sans oublier le co\u00fbt de la guerre men\u00e9e contre le peuple palestinien. Comment s&#8217;\u00e9tonner alors que les Isra\u00e9liens d\u00e9favoris\u00e9s ne votent pas, ou plus, pour lui ? Ce parti semble incapable de porter la moindre perspective alternative cr\u00e9dible \u00e0 la politique de Sharon. La question est de savoir maintenant si les scissions sur sa gauche (en particulier celle de Beilin avec le parti Arad) permettront une refondation de la gauche isra\u00e9lienne, tant sur la question de la paix que sur celle de la politique \u00e9conomique et sociale qui sont intimement li\u00e9es. J&#8217;ai l&#8217;impression qu&#8217;on en est encore loin.<\/p>\n<p>Quelles peuvent \u00eatre les cons\u00e9quences de l&#8217;isolement d&#8217;Isra\u00ebl au sein de la communaut\u00e9 internationale apr\u00e8s les votes de la Cour de La Haye et de l&#8217;ONU concernant le Mur ?<\/p>\n<p>Bernard Ravenel : Ces votes sont le produit d&#8217;une double mobilisation d&#8217;une ampleur in\u00e9dite \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle mondiale : le mouvement anti-guerre et la campagne internationale contre le Mur. Ce double mouvement a permis une diffusion de masse d&#8217;une conscience publique plus exigeante axant la nouvelle culture de la paix sur la n\u00e9cessit\u00e9 du droit comme mode de r\u00e8glement des conflits internationaux. D&#8217;o\u00f9 la d\u00e9faite, au moins sur le plan id\u00e9ologique, de la doctrine Bush-Sharon. Maintenant, apr\u00e8s la prise de conscience, par l&#8217;opinion publique et les gouvernements, de la gravit\u00e9 de la politique du gouvernement isra\u00e9lien, combien de temps devra-t-on attendre pour que cette d\u00e9faite d&#8217;une grande port\u00e9e symbolique se transforme en d\u00e9faite politique ? L\u00e0 est toute la question.<\/p>\n<p>Pr\u00e9cis\u00e9ment, le vote unanime de l&#8217;Europe de la r\u00e9solution de l&#8217;ONU a beaucoup frapp\u00e9. Quelle signification lui donnez-vous ?<\/p>\n<p>Bernard Ravenel : L&#8217;aspect peut-\u00eatre le plus important de ce vote me para\u00eet \u00eatre le suivant : c&#8217;est l&#8217;affirmation de la diff\u00e9rence entre l&#8217;approche europ\u00e9enne de la r\u00e9solution de la question isra\u00e9lo-palestinienne sur la base du droit international et l&#8217;approche isra\u00e9lo-am\u00e9ricaine fond\u00e9e sur le diktat g\u00e9opolitique, c&#8217;est-\u00e0-dire sur le droit de la force. Si cette volont\u00e9 europ\u00e9enne de s&#8217;appuyer sur le droit international s&#8217;affirme pour le prochain processus politique, c&#8217;est tr\u00e8s important. On pourra aller bien au-del\u00e0 d&#8217;Oslo o\u00f9 le droit international avait \u00e9t\u00e9 bien malmen\u00e9. On voit que l&#8217;avis de la Cour internationale est aussi un test qui met \u00e0 l&#8217;\u00e9preuve la volont\u00e9 des Etats europ\u00e9ens de respecter et de faire respecter par des actions politiques : et pas seulement par des mots : des r\u00e8gles universelles. Pour l&#8217;Europe c&#8217;est simple. Va-t-elle avoir le courage de prendre les mesures n\u00e9cessaires, en particulier celle d\u00e9j\u00e0 vot\u00e9e par le Parlement europ\u00e9en en 2002, \u00e0 savoir la suspension de l&#8217;accord d&#8217;association entre l&#8217;Union europ\u00e9enne et Isra\u00ebl, pour contraindre celui-ci \u00e0 accepter enfin d&#8217;appliquer la l\u00e9galit\u00e9 internationale ? Tel est le sens de la campagne internationale contre le Mur en Europe. <\/p>\n<p>Recueillis par Ch.B.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Soutenu par les Etats-Unis pour son plan de retrait de Gaza, Ariel Sharon joue la carte du chaos dans les territoires. Son objectif ? Faciliter l&#8217;annexion d&#8217;une  partie de la Cisjordanie, dans le sillage de l&#8217;\u00e9dification du mur depuis 2002,  et emp\u00eacher durablement la cr\u00e9ation d&#8217;un Etat palestinien. Mais il faudra g\u00e9rer la crise dans son propre parti, le Likoud, et s&#8217;exposer, apr\u00e8s plusieurs \u00e9checs juridiques, \u00e0 l&#8217;isolement d&#8217;Isra\u00ebl au sein de la communaut\u00e9 internationale. 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