{"id":337,"date":"1997-01-01T00:00:00","date_gmt":"1996-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/flanerie-sur-le-malecon337\/"},"modified":"1997-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1996-12-31T23:00:00","slug":"flanerie-sur-le-malecon337","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=337","title":{"rendered":"Fl\u00e2nerie sur le Malecon"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>Vu de Washington, La presse dans l&#8217;oeil du cyclone<strong> L&#8217;introduction du dollar dans la soci\u00e9t\u00e9 cubaine modifie les mentalit\u00e9s et les habitudes. R\u00e9action \u00e0 la loi am\u00e9ricaine Helms-Burton, le sentiment anti-yankee reste fort, comme la volont\u00e9 de d\u00e9cider ici de son sort. <\/strong><\/p>\n<p>Fl\u00e2nant dans La Havane, des vieux quartiers \u00e0 la place de la R\u00e9volution o\u00f9 s&#8217;\u00e9l\u00e8ve le m\u00e9morial \u00e0 Jos\u00e9 Marti, on sent vibrer la ville. Et comment, arpentant la langue de b\u00e9ton que l\u00e8che la mer, ne pas avoir le souvenir des milliers de balseros se jetant, \u00e0 \u00e2me perdue, dans de fragiles embarcations, sur les flots transparents. Terribles images de fuite; douloureux sentiments d&#8217;\u00e9chec pour ces Cubains qui tentent de rejoindre un Eldorado nomm\u00e9 Etats-Unis, situ\u00e9 \u00e0 quelques encablures. L&#8217;\u00e9t\u00e9 1996, selon les &#8221; sources bien inform\u00e9es en provenance de Miami &#8220;, devait, \u00e0 l&#8217;occasion des jeux olympiques d&#8217;Atlanta, r\u00e9galer le monde des m\u00eames sc\u00e8nes de migration sauvage. Or, \u00e0 l&#8217;exception de quelques poign\u00e9es de candidats \u00e0 l&#8217;exil, rendus \u00e0 leur pays par les autorit\u00e9s nord-am\u00e9ricaines, rien de semblable \u00e0 ce qui s&#8217;\u00e9tait pass\u00e9 durant l&#8217;\u00e9t\u00e9 1994. Aujourd&#8217;hui, les seuls radeaux visibles depuis le Malecon sont les barcasses des p\u00eacheurs de barracudas. Et le boulevard de front de mer reste, \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit, le rendez-vous des familles, des amoureux, et, aux abords des h\u00f4tels, des jineteras, les cavali\u00e8res, prostitu\u00e9es, en qu\u00eate, comme d&#8217;autres jeunes Havanais, d&#8217;une pinc\u00e9e de dollars. Le sacro-saint billet vert est en passe de supplanter, comme dans le reste de l&#8217;Am\u00e9rique latine, la monnaie locale, le peso. Les rapports d&#8217;amour-r\u00e9pulsion entre le g\u00e9ant yankee et Cuba, s&#8217;en trouvent retiss\u00e9s. La grande \u00eele a, plus que jamais, sort li\u00e9 \u00e0 celui de son encombrant voisin. Un accord migratoire a mis fin, d\u00e9but 1996, aux tentatives de fuite des naufrag\u00e9s du socialisme, qui ayant r\u00e9ussi \u00e0 traverser le d\u00e9troit se jettent, le plus souvent, sans l&#8217;avoir d\u00e9sir\u00e9, dans les griffes de la mafia cubaine de Miami. Ce trait\u00e9, loin d&#8217;apaiser les tensions, s&#8217;accompagne d&#8217;un regain d&#8217;agressivit\u00e9 de la part des Etats-Unis. La loi Helms-Burton a durci le blocus contre Cuba, en pr\u00e9tendant frapper de sanctions les entreprises, quelle que soit leur nationalit\u00e9, investissant \u00e0 Cuba. Cette loi a isol\u00e9 les Etats-Unis des pays occidentaux. De plus, monte, dans le continent latino-am\u00e9ricain, un sentiment anti-yankee latent. Dans l&#8217;\u00eele m\u00eame, le diktat brutal a renforc\u00e9 le patriotisme d&#8217;un peuple rebelle d\u00e8s l&#8217;origine. Le pays qui n&#8217;est pas sorti du tunnel de la &#8221; P\u00e9riode sp\u00e9ciale &#8221; navigue sur un oc\u00e9an gros d&#8217;\u00e9cueils nouveaux apparus sur les d\u00e9combres de l&#8217;URSS.<\/p>\n<p> <strong> Toujours dans le tunnel de la &#8221; p\u00e9riode sp\u00e9ciale &#8221; <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;introduction du dollar dans l&#8217;\u00e9conomie domestique, la politique de v\u00e9rit\u00e9 des prix, ont plong\u00e9 les familles cubaines dans la spirale du doute et des difficult\u00e9s, qu&#8217;aggrave le blocus: les mati\u00e8res premi\u00e8res, les sources d&#8217;\u00e9nergie, le papier, les m\u00e9dicaments manquent, les coupures d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 persistent. La chasse aux devises est devenue le lot quotidien; les magasins d&#8217;Etat assurent mal le ravitaillement en denr\u00e9es de base: souvent, font d\u00e9faut le savon, la p\u00e2te dentifrice, l&#8217;huile, les fruits frais. On peut se les procurer dans les magasins en devises, et, pour les fruits et l\u00e9gumes, au march\u00e9 libre des producteurs, en pesos.<\/p>\n<p>L&#8217;introduction du dollar dans la soci\u00e9t\u00e9 (tout Cubain peut aujourd&#8217;hui s&#8217;en procurer, au cours officiel de 22 pesos pour un dollar), modifie, peu \u00e0 peu, les mentalit\u00e9s et les habitudes. Le &#8221; jineterisme &#8220;, quoique vigoureusement combattu dans Juventud rebelde, journal de la Jeunesse communiste, fait partie du paysage, au m\u00eame titre que les h\u00f4tels luxueux, v\u00e9ritables pompes \u00e0 devises pour le pays, et les paladares, petits restaurants familiaux qui donnent \u00e0 Cuba, avec les kiosques de boissons et de restauration rapide, l&#8217;aspect de tout pays de soleil vou\u00e9 au tourisme.<\/p>\n<p> <strong> L&#8217;\u00e9mergence d&#8217;une v\u00e9ritable nouvelle bourgeoisie <\/strong><\/p>\n<p>Selon le vice-pr\u00e9sident Carlos Lage, 40% de la population ont acc\u00e8s aujourd&#8217;hui au dollar, et 10% en vivent largement. Cette \u00e9mergence d&#8217;une v\u00e9ritable bourgeoisie fait grincer bien des dents, dans la rue, au Conseil des ministres, ou dans le Parti communiste. Les hommes et les femmes qui travaillent pour 148 pesos (salaire de base d&#8217;un ouvrier), enseignent et soignent pour 300 pesos ont conscience que les sacrifices qu&#8217;ils ont consenti et continuent de consentir sont mal r\u00e9compens\u00e9s. Le salaire qu&#8217;ils per\u00e7oivent, de 7 \u00e0 15 dollars, ne permet plus l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 tous les produits; auparavant le carnet de ravitaillement, la &#8221; libreta&#8221;, assurait l&#8217;indispensable et permettait d&#8217;\u00e9pargner. Priv\u00e9 d&#8217;industrie l\u00e9g\u00e8re de transformation, pauvre en p\u00e9trole, Cuba, apr\u00e8s la disparition de ses partenaires socialistes, a vu se d\u00e9grader son \u00e9conomie. Si 1996 marque un redressement, il ne saurait voiler la chute des ann\u00e9es de &#8221; p\u00e9riode sp\u00e9ciale&#8221;. Carlos Lage notait, en juillet, que le PIB avait augment\u00e9 de 9,3% en un an; il ne rattrapait cependant pas le retard accumul\u00e9 depuis 1993: 34,8%. Ballott\u00e9 dans le maelstr\u00f6m des \u00e9changes in\u00e9gaux \u00e0 l&#8217;\u00e9chelon plan\u00e9taire, Cuba paie plus cher les mati\u00e8res premi\u00e8res et biens de consommations (plus 13% en moyenne) et vend moins cher ses produits, essentiellement agricoles, tabac et sucre (moins 7% en moyenne). Le gouvernement a fait le choix du tourisme \u00e0 tout crin. Depuis 1991 les chiffres du tourisme repr\u00e9sentent une augmentation de 17%, malgr\u00e9 un solde n\u00e9gatif en 1995 li\u00e9 \u00e0 la crise des &#8221; balseros&#8221;. La construction de nouveaux ensembles luxueux peut choquer le visiteur, quand les immeubles coloniaux du quartier historique de &#8221; Habana vieja &#8221; sont en partie en ruines. La question du logement est une des plus aigu\u00ebs notamment dans la capitale (pour 23% de jeunes c&#8217;est le probl\u00e8me no1). Pr\u00e8s d&#8217;un million et demi de logements ont besoin d&#8217;\u00eatre r\u00e9habilit\u00e9s, quand la construction n&#8217;atteint que 40 000 logements neufs par an. Dans ce pays o\u00f9 la chaleur humaine, la joie de vivre malgr\u00e9 les difficult\u00e9s, le courage, l&#8217;amiti\u00e9 se d\u00e9clinent, des heures durant en conversations, devant un verre de rhum ou un jus de mangue, sourd parfois le m\u00e9contentement, chez les jeunes, et le d\u00e9senchantement pour les plus \u00e2g\u00e9s, ceux qui avaient vingt ans en 1959. La question du changement ne s&#8217;exprime pas tant dans un bouleversement dont on per\u00e7oit les m\u00e9faits \u00e0 l&#8217;Est, mais dans une lib\u00e9ralisation de l&#8217;\u00e9conomie et du r\u00e9gime, avec notamment la possibilit\u00e9 de voyager, bien que d\u00e9j\u00e0 se fassent sentir les effets n\u00e9gatifs de l&#8217;introduction du dollar. Quant \u00e0 Fidel Castro, peu nombreux sont ceux qui envisagent sa disparition prochaine, tant l&#8217;avenir du pays, dont il incarne le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent de lutte contre le g\u00e9ant nord-am\u00e9ricain, des Cara\u00efbes jusques \u00e0 la cordill\u00e8re des Andes, et au-del\u00e0 en Afrique, appara\u00eet incertain.<\/p>\n<p> <strong> Ni le paradis sous les tropiques ni l&#8217;enfer  <\/strong><\/p>\n<p>Il est cependant nombre de Cubains pour qui le futur se situe sur l&#8217;autre rive du d\u00e9troit, dans une Floride que l&#8217;on croit deviner en scrutant l&#8217;horizon depuis le Malecon. Ils sont ainsi 430 000 a avoir \u00e9mis le souhait d&#8217;\u00e9migrer l\u00e9galement (au terme des accords de janvier 1996, les Etats-Unis accueillent 30 000 \u00e9migrants l&#8217;an).430 000 de 11 millions d&#8217;habitants: ce chiffre ne laisse pas de troubler ceux qui regardent, d\u00e9barrass\u00e9s des oeill\u00e8res du conformisme qui consiste \u00e0 partager, comme au temps de la guerre froide, le monde en deux camps, l&#8217;exp\u00e9rience cubaine avec int\u00e9r\u00eat, admiration, col\u00e8re parfois. Cuba n&#8217;est pas le paradis sous les tropiques. Ni l&#8217;enfer.<\/p>\n<p>Le pays ressemble \u00e0 toutes les \u00eeles des Cara\u00efbes, senteurs lourdes m\u00eal\u00e9es apr\u00e8s l&#8217;orage, murs l\u00e9preux et accents de salsa en \u00e9cho. Mais sans les bataillons de gosses ill\u00e9tr\u00e9s, affam\u00e9s, en haillons, mendiant, m\u00eame si, ici et l\u00e0, est sollicit\u00e9 le touriste. Dans cette \u00eele de m\u00e9tis o\u00f9 les dieux africains cohabitent avec celui des Espagnols, avec Marx et L\u00e9nine, rien n&#8217;est uniform\u00e9ment noir ou blanc. Tout peut changer en quelques heures ou \u00e9voluer en douceur. Une chose toutefois est certaine: les Cubains n&#8217;aiment pas se voir imposer, de l&#8217;ext\u00e9rieur, ce qu&#8217;ils ne d\u00e9sirent pas.<\/p>\n<p><strong> Vu de Washington <\/strong><\/p>\n<p>La loi Helms-Burton pr\u00e9tend sanctionner, sous couvert de promouvoir la d\u00e9mocratie \u00e0 La Havane, les entreprises qui y investiraient. Cet argument ne saurait masquer les v\u00e9ritables motivations de l&#8217;administration nord-am\u00e9ricaine, si soucieuse de droits de l&#8217;Homme, qu&#8217;elle s&#8217;accommode de la corruption, de la violence des dirigeants d&#8217;Am\u00e9rique latine qu&#8217;elle soutient apr\u00e8s avoir, dans les ann\u00e9es soixante dix, aid\u00e9 des dictatures \u00e0 s&#8217;installer. Le but de l&#8217;embargo, renforc\u00e9 sous la pression des R\u00e9publicains, vise notamment \u00e0 interdire aux entreprises non originaires des Etats-Unis d&#8217;investir le march\u00e9 cubain. Une fa\u00e7on de pr\u00e9server ce qu&#8217;ils continuent de consid\u00e9rer comme leur pr\u00e9-carr\u00e9, un terrain \u00e9conomique vierge dans l&#8217;attente d&#8217;un hypoth\u00e9tique changement radical dans l&#8217;\u00eele. Et Washington de marteler que Cuba refuserait toute \u00e9volution, m\u00eame si la r\u00e9alit\u00e9 le d\u00e9ment: de l&#8217;affaire des avionettes abattues pour avoir viol\u00e9 l&#8217;espace a\u00e9rien de l&#8217;\u00eele au retard mis par CNN \u00e0 s&#8217;installer \u00e0 La Havane bien que le gouvernement cubain l&#8217;ait accept\u00e9. Il en est de m\u00eame des points marqu\u00e9s par Cuba lors des r\u00e9cents sommets, ibero-am\u00e9ricain, de Santiago du Chili, qui a condamn\u00e9 le renforcement de l&#8217;embargo am\u00e9ricain contre l&#8217;Ile, et celui de la FAO, \u00e0 Rome, o\u00f9 le pr\u00e9sident cubain accusait &#8221; les lois sauvages du capitalisme de tuer tant de gens dans le monde &#8220;; jusqu&#8217;\u00e0 sa visite au pape avec invitation officielle \u00e0 se rendre \u00e0 Cuba, suivie d&#8217;un premier geste ouvrant la possibilit\u00e9 \u00e0 quarante pr\u00eatres \u00e9trangers d&#8217;exercer \u00e0 Cuba. Notons enfin le rejet massif de la loi Helms-Burton, par les pays industrialis\u00e9s et les pays du tiers-monde.<\/p>\n<p>L&#8217;administration Clinton r\u00e9colte l\u00e0 les fruits amers de sa volont\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique. N&#8217;est-ce pas pour cela qu&#8217;elle a obtenu que le premier ministre espagnol, Jos\u00e9-Maria Aznar (que Castro accuse de devoir son av\u00e8nement aux plus extr\u00e9mistes des exil\u00e9s cubains \u00e0 Miami), relaie la pression am\u00e9ricaine contre Cuba aupr\u00e8s des Quinze, et freine leur ardeur \u00e0 refuser l&#8217;embargo anti-cubain ? Mais, gageons que ce soutien &#8211; suicidaire pour l&#8217;Espagne qui devrait \u00eatre un des premiers partenaires naturels de Cuba &#8211; ne suffira pas \u00e0 renverser la tendance qui grandit \u00e0 refuser l&#8217;isolement de la Grande \u00eele.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-337","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/337","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=337"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/337\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=337"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=337"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=337"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}