{"id":3357,"date":"2004-10-01T14:07:00","date_gmt":"2004-10-01T12:07:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/un-horizon-bushe3357\/"},"modified":"2004-10-01T14:07:00","modified_gmt":"2004-10-01T12:07:00","slug":"un-horizon-bushe3357","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3357","title":{"rendered":"UN HORIZON BUSH\u00c9"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> George W. Bush sera-t-il r\u00e9\u00e9lu ? Quelle que soit l&#8217;issue des \u00e9lections am\u00e9ricaines le 2 novembre, le bushisme a d\u00e9j\u00e0 gagn\u00e9 une manche en imposant sa vision du monde, m\u00e9lange de logique binaire, de cynisme et de s\u00e9curitarisme. L&#8217;alternative \u00e0 ce monde-l\u00e0 existe. Mais o\u00f9 en est l&#8217;autre am\u00e9rique ? <\/p>\n<p>Dossier r\u00e9alis\u00e9 par Roger Martelli, C\u00e9cile Raimbeau et Chakri Bela\u00efd<\/p>\n<p>La cause est entendue. George W. Bush est un fruste dont les bourdes font le bonheur des journalistes et des \u00e9diteurs. Un dirigeant dont la pens\u00e9e politique est d&#8217;un tel simplisme que, par contraste, Ronald Reagan lui-m\u00eame finirait par nous para\u00eetre plus proche de Thomas Jefferson que de lui. George Bush est un menteur, qui a d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment tromp\u00e9 l&#8217;opinion et le Congr\u00e8s pour obtenir l&#8217;engagement am\u00e9ricain en Irak. C&#8217;est un cynique qui, oubliant sa jeunesse prot\u00e9g\u00e9e, envoie les \u00ab boys \u00bb \u00e0 la mort, justifie celle de dizaines de milliers d&#8217;Irakiens, menace des millions d&#8217;autres, puissants ou mis\u00e9rables, au nom du droit imprescriptible des Etats-Unis \u00e0 l&#8217;h\u00e9g\u00e9monie. Mister President est l&#8217;homme des ligues de vertu et des int\u00e9grismes les plus brutaux, qui croient que vont advenir les proph\u00e9ties de l&#8217;Apocalypse et qui voient partout l&#8217;Ant\u00e9christ. Bush junior, enfin, est le pr\u00e9sident qui, \u00e0 son profit et \u00e0 celui de son entourage, a confondu all\u00e8grement l&#8217;int\u00e9r\u00eat public et l&#8217;int\u00e9r\u00eat priv\u00e9.<\/p>\n<p>George W. Bush, le mal \u00e9lu de l&#8217;automne 2000, est tout cela. Et pourtant, ses chances de l&#8217;emporter sont intactes. Et pourtant, m\u00eame s&#8217;il est battu en novembre, nous persistons \u00e0 dire ici qu&#8217;il a d&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0 gagn\u00e9 quelque chose. Parce que, de fait, il est devenu un mod\u00e8le. N&#8217;avons-nous pas entendu Vladimir Poutine exalter son homologue am\u00e9ricain, apr\u00e8s le massacre terrible de Beslan ? Sa diatribe sur les forces du mal, son choix imm\u00e9diat de la terreur pour r\u00e9pondre \u00e0 la terreur, son absence de compassion \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du peuple tch\u00e9tch\u00e8ne, son orgueil \u00ab grand-russe \u00bb&#8230; Tout ce qu&#8217;il a dit \u00e9tait une r\u00e9plique parfaite, paroles et musique, de la rh\u00e9torique de Bush au lendemain du <\/p>\n<p>11 septembre. Ne voil\u00e0-t-il pas que W. le primaire est devenu le ma\u00eetre d&#8217;\u00e9cole des puissants de ce monde !<\/p>\n<p><strong> La \u00ab Team B \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>Au temps de la guerre froide, il y avait en Am\u00e9rique des crois\u00e9s au front bas, des McCarthy de bas \u00e9tage, des cyniques m\u00e9chants comme le jeune Richard Nixon, des d\u00e9lateurs z\u00e9l\u00e9s comme le cow-boy hollywoodien Ronald Reagan. Mais il y avait aussi, face \u00e0 l&#8217;autre camp, des \u00e9bauches de pens\u00e9e structur\u00e9e, souvent r\u00e9actionnaires, mais qui respectaient au moins les canons de la pens\u00e9e rationnelle, parfois m\u00eame d\u00e9mocratique. Quand le R\u00e9publicain : par ailleurs maladivement anticommuniste : Richard Nixon parvint \u00e0 la Maison Blanche, il avait dans ses bagages Henry Kissinger, moralement douteux mais tellement subtil et brillant. George Bush n&#8217;a autour de lui que des intellectuels d&#8217;Inquisition, qui font du cynisme politique une philosophie et de la brutalit\u00e9 une valeur. On est pass\u00e9 de Salinger et Kissinger \u00e0 Paul Wolfowitz et \u00e0 ses amis du \u00ab Team B \u00bb qui, depuis le milieu des ann\u00e9es 70, \u00e0 coup de rapports mensongers, ont forg\u00e9 l&#8217;id\u00e9ologie brutale de l&#8217;actuelle administration, celle qui a fait passer,  sans discernement,  l&#8217;Am\u00e9rique de la puissance qui compose \u00e0 la puissance qui frappe.<\/p>\n<p>L&#8217;id\u00e9ologie Bushiste<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, trop souvent ceux-l\u00e0 m\u00eames qui se moquent de l&#8217;homme George Bush s&#8217;inclinent devant son administration et les valeurs qui la fondent. Elles sont une boussole pour le travailliste Blair et pour le conservateur Aznar, un Eldorado pour la Pologne post-communiste, un mythe pour une part non n\u00e9gligeable du tiers-monde. Quand bien m\u00eame il serait battu, George Bush a impos\u00e9 \u00ab sa \u00bb vision du monde. Dans un monde o\u00f9 l&#8217;ONU est vou\u00e9e \u00e0 jouer les utilit\u00e9s, la lutte contre les nouveaux barbares est devenue un principe r\u00e9gulateur plan\u00e9taire, tout \u00e0 la fois un objectif et un crit\u00e8re d&#8217;appr\u00e9ciation de tout acte. Un crit\u00e8re d&#8217;une simplicit\u00e9 d\u00e9routante : \u00ab Ou vous \u00eates avec nous, ou vous \u00eates avec les terroristes \u00bb (20 septembre 2001). Et gare \u00e0 ceux qui sont avec les terroristes, donc contre l&#8217;Am\u00e9rique, car \u00ab alors la justice de ce pays s&#8217;appliquera \u00e9galement \u00e0 eux \u00bb ! L&#8217;horizon ainsi d\u00e9fini, le moyen de l&#8217;atteindre coule de source : l&#8217;ordre policier est la seule r\u00e9ponse possible \u00e0 un d\u00e9sordre du monde dont il est \u00e9vident que les ressorts profonds ne sont pas dans la dictature de la marchandise, mais dans l&#8217;action perverse de \u00ab l&#8217;axe du mal \u00bb.<\/p>\n<p><strong> La France \u00e0 l&#8217;\u00e9cart ? <\/strong><\/p>\n<p>Mais, me direz-vous, qu&#8217;importe, puisque la France, elle, est \u00e0 l&#8217;\u00e9cart. Est-ce si s\u00fbr ? Il y a bien entendu, en France comme ailleurs et jusqu&#8217;aux Etats-Unis, des forces qui contredisent la pouss\u00e9e irr\u00e9pressible de ce nouvel ordre am\u00e9ricain. Il y a la France de ceux qui, sans h\u00e9siter, depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 90 et la premi\u00e8re guerre du Golfe, ont choisi de dire non au chantage de la puissance. Il y a, heureusement, la France officielle qui refuse de suivre l&#8217;administration am\u00e9ricaine sur le dossier irakien. Il y a enfin la France qui, musulmans en t\u00eate, se dresse pour r\u00e9clamer la lib\u00e9ration des otages, sans c\u00e9der \u00e0 la fr\u00e9n\u00e9sie anti-islamiste, sans s&#8217;abandonner \u00e0 la peur aveugle et au d\u00e9sir de vengeance. Cette France-l\u00e0 donne \u00e0 esp\u00e9rer.<\/p>\n<p>Mais elle ne saurait nous faire oublier une autre face, plus trouble. La France officielle est aussi celle des deux fr\u00e8res Sarkozy, l&#8217;un au Medef, l&#8217;autre \u00e0 Bercy et bient\u00f4t \u00e0 la t\u00eate du principal parti de la droite gouvernementale. Or, que ne cessent de clamer les deux hommes ? Leur fascination pour l&#8217;Am\u00e9rique. Non pas celle du demi-million de manifestants contre la guerre, mais celle de l&#8217;ordre moral et s\u00e9curitaire et des think tanks n\u00e9olib\u00e9raux. Dans sa d\u00e9sastreuse simplicit\u00e9, c&#8217;est bien l&#8217;Am\u00e9rique de George W. Bush qui attire les Sarkozy Brothers. Contre l&#8217;esprit originel du gaullisme, la succession de Chirac est ainsi, pour l&#8217;instant, r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 une variante locale de ce que l&#8217;Am\u00e9rique conservatrice nous a donn\u00e9 de plus inqui\u00e9tant. Ce n&#8217;est pas une bonne nouvelle.<\/p>\n<p><strong> Une gauche sous influence <\/strong><\/p>\n<p>Quel que soit le futur pr\u00e9sident am\u00e9ricain, l&#8217;id\u00e9ologie \u00ab bushiste \u00bb a gagn\u00e9 et, avec elle, l&#8217;Am\u00e9rique des lobbies et de l&#8217;Empire. Mais elle a gagn\u00e9 par d\u00e9faut. Le n\u00e9olib\u00e9ralisme de l&#8217;\u00e9poque reaganienne s&#8217;\u00e9tait install\u00e9 \u00e0 un moment o\u00f9 la crise du sovi\u00e9tisme commen\u00e7ait \u00e0 obscurcir l&#8217;avenir. Depuis, le sovi\u00e9tisme s&#8217;est effondr\u00e9. Or avec sa chute, avec l&#8217;\u00e9chec des grandes tentatives d&#8217;alternative anticapitaliste du <\/p>\n<p>XXe si\u00e8cle,  l&#8217;esp\u00e9rance s&#8217;est bel et bien \u00e9rod\u00e9e. Nous sommes aujourd&#8217;hui, dans une sorte d&#8217;entre-deux. Partout dans le monde, les repr\u00e9sentations anciennes de l&#8217;avenir social sont inop\u00e9rantes. Mais si de nouvelles sont en germe dans le mouvement social et l&#8217;altermondialisme, leurs pousses n&#8217;ont pas encore pris force politique. La fuite en avant conservatrice, dont George Bush est l&#8217;expression la plus brutale et la plus parfaite, s&#8217;appuie sur cette situation d&#8217;incertitude : celle-ci inqui\u00e8te tous les conservatismes, mais elle les nourrit en m\u00eame temps. Jusqu&#8217;\u00e0 ce jour, on ne juge concevable que le face-\u00e0-face d&#8217;une droite lib\u00e9rale arrogante et puritaine et d&#8217;une gauche molle, qui ne sait pas ou ne veut pas revenir sur la \u00ab contre-r\u00e9volution \u00bb conservatrice amorc\u00e9e \u00e0 la fin des ann\u00e9es 70. Une gauche qui, aux Etats-Unis, comme le montre bien Alain Gresh, est pr\u00eate \u00e0 reprendre \u00e0 son compte, non seulement la vulgate n\u00e9olib\u00e9rale, mais encore les visions binaires du monde de ses adversaires r\u00e9publicains.<\/p>\n<p>L\u00e0 est, \u00e0 ce jour, la grande victoire de facto de Bush et de ses semblables. Peut-\u00eatre Kerry l&#8217;insipide parviendra-t-il, gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;apport sans enthousiasme de la gauche am\u00e9ricaine, \u00e0 abattre l&#8217;\u00e9quipe des faucons de Washington. Mais le ton g\u00e9n\u00e9ral aura \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par l&#8217;Am\u00e9rique de Bush. Comment s&#8217;en \u00e9tonner ? On le sait depuis longtemps et les Am\u00e9ricains eux-m\u00eames le savent depuis Washington, Lincoln et Roosevelt : il n&#8217;y a pas de parole forte et audible sans grand r\u00eave \u00e9mancipateur. Mais ce r\u00eave n&#8217;est pas possible si  l&#8217;horizon social est bouch\u00e9 pour l&#8217;immense majorit\u00e9 de ceux qui ont peu, alors qu&#8217;un petit nombre a tout. Qu&#8217;il ne soit pas facile aux Etats-Unis, au c\u0153ur m\u00eame de l&#8217;Empire, de d\u00e9gager les voies d&#8217;une alternative anticapitaliste est une chose : Ralph Nader l&#8217;a cruellement exp\u00e9riment\u00e9 (voir l&#8217;article de C\u00e9cile Raimbeau) ! Mais que la difficult\u00e9 existe partout ailleurs est une autre chose, et elle p\u00e8se sur l&#8217;ensemble de la r\u00e9alit\u00e9, y compris celle des Etats-Unis.<\/p>\n<p>Voil\u00e0&#8230; Quoi qu&#8217;il arrive, George W. Bush n&#8217;aura pas tout perdu. Il est vrai que l&#8217;esprit du temps est, sur le fond, \u00e0 la contestation du vieux monde. Il est dans les mouvements \u00ab anti-syst\u00e8me \u00bb, chez les anti-guerre ou les anti-G8. Il est du c\u00f4t\u00e9 des luttes salariales, de celle des \u00ab sans \u00bb, ou du c\u00f4t\u00e9 des forums sociaux. M\u00eame si elle a tant de mal \u00e0 se faire entendre, aujourd&#8217;hui, demain ou apr\u00e8s-demain l&#8217;avenir est \u00e0 \u00ab l&#8217;autre Am\u00e9rique \u00bb, celle que notre dossier donne \u00e0 voir. Mais il n&#8217;en reste pas moins que, dans l&#8217;imm\u00e9diat, c&#8217;est l&#8217;Am\u00e9rique de Bush, apr\u00e8s celle de Reagan, qui marque l&#8217;\u00e9poque. Mieux vaut le savoir, pour mieux combattre et pour \u00eatre plus ambitieux. En premier lieu chez nous.<\/p>\n<p>Car l&#8217;Am\u00e9rique, nous le savons, c&#8217;est si loin et c&#8217;est si pr\u00e8s&#8230;   <\/p>\n<p>Roger Martelli<\/p>\n<p><strong> Sommes-nous \u00ab au c\u0153ur des t\u00e9n\u00e8bres \u00bb ? <\/strong><\/p>\n<p>La paix du monde n&#8217;est pas qu&#8217;un argument \u00e9lectoral dans le match Bush- Kerry. C&#8217;est un enjeu central de l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle am\u00e9ricaine. <\/p>\n<p>Et pas seulement pour les citoyens am\u00e9ricains. Car c&#8217;est bien \u00e0 New York et \u00e0 Washington, voici trois ans, que l&#8217;\u00e9tat de guerre a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cr\u00e9t\u00e9. Sa logique est implacable.<\/p>\n<p>C&#8217;est une logique de la peur. L&#8217;Am\u00e9rique \u00e9lectorale est moins mobilis\u00e9e que terroris\u00e9e par un \u00e9tat d&#8217;alerte lancinant qui ne \u00ab calcule \u00bb plus le g\u00e2chis humain de l&#8217;Irak.<\/p>\n<p>C&#8217;est une logique de la force. Les Etats-Unis, la Russie, Isra\u00ebl, le Royaume-Uni : quatre puissances militaires et non des moindres se situent aujourd&#8217;hui explicitement en dehors des proc\u00e9dures de droit international.<\/p>\n<p>C&#8217;est une logique du d\u00e9litement. Tandis que l&#8217;ONU est peu \u00e0 peu ramen\u00e9e au r\u00f4le que tenait la v\u00e9n\u00e9rable et impuissante Soci\u00e9t\u00e9 des Nations avant 1939, la multiplication des gendarmes du monde autoproclam\u00e9s finira bien par mettre en p\u00e9ril le monde lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>C&#8217;est une logique sans fin. La force r\u00e9pond \u00e0 la force et la \u00ab guerre au terrorisme \u00bb alimente l&#8217;extension de la terreur. Aucune guerre n&#8217;a fait reculer le nombre des attentats. Mais cette guerre-l\u00e0 enracine peu \u00e0 peu une violence barbare dans des pays entiers.<\/p>\n<p>\u00ab Les barbares ont-ils gagn\u00e9 ? \u00bb se demandait r\u00e9cemment un hebdomadaire fran\u00e7ais. Cette question est peut-\u00eatre la seule qui compte. A condition, toutefois, de se mettre d&#8217;accord sur ceux que l&#8217;on nomme ainsi. Barbares oui, les instigateurs et auteurs du 11-Septembre, des massacres de Djakarta, de la tuerie de la gare d&#8217;Atocha, les preneurs d&#8217;otages d&#8217;Oss\u00e9tie du Nord. Mais barbares aussi les tortionnaires des prisons d&#8217;Irak ou un Etat russe qui, en Tch\u00e9tch\u00e9nie comme \u00e0 Beslan ou \u00e0 Moscou, r\u00e9pond \u00e0 l&#8217;horreur par l&#8217;horreur. Echo <\/p>\n<p>du monologue pr\u00e9monitoire du colonel Kurtz en final d&#8217;Apocalypse now ? Sommes-nous d\u00e9j\u00e0 au c\u0153ur des t\u00e9n\u00e8bres ?<\/p>\n<p>Les ennemis proclam\u00e9s partagent au fond une m\u00eame conception du monde et ont en commun la volont\u00e9 farouche de l&#8217;imposer de force. L&#8217;enl\u00e8vement de Christian Chesnot et Georges Malbrunot en est une illustration dramatique. Car devant ce geste aux finalit\u00e9s politiques et militaires plut\u00f4t obscures, on ne peut que se demander \u00e0 qui profite le crime et quels sont les effets recherch\u00e9s dans un pays comme la France. Certainement pas le retrait de la loi sur la la\u00efcit\u00e9, mais \u00e0 coup s\u00fbr l&#8217;exacerbation des haines et des ressentiments.<\/p>\n<p>Le monde musulman ne s&#8217;y est pas tromp\u00e9. De ce point de vue, sa mobilisation en France et dans le monde, en vue de la lib\u00e9ration des deux journalistes, quelle que soit l&#8217;issue finale de cet \u00e9pisode o\u00f9 tant de choses restent dans l&#8217;ombre, est une des meilleures nouvelles de l&#8217;ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans cette sorte de nouveau Moyen Age qui nous guette, des forces humaines, culturelles, politiques au sens large sont en mesure de se mobiliser pour une autre id\u00e9e de l&#8217;humanit\u00e9. La Palme d&#8217;or pour Farenheit 9\/11 a \u00e9t\u00e9 un acte symbolique fort, m\u00eame si son poids pratique reste \u00e0 mesurer. La r\u00e9action du peuple espagnol apr\u00e8s les attentats de Madrid est peut-\u00eatre d&#8217;une autre port\u00e9e. En cong\u00e9diant le pouvoir en place et son discours de la peur, l&#8217;Espagne a d\u00e9montr\u00e9 que les barbares de tous poils n&#8217;avaient pas forc\u00e9ment la partie gagn\u00e9e.<\/p>\n<p>Mais il est tard et le mal nous ronge, pervertissant peu \u00e0 peu, au quotidien, notre regard sur l&#8217;autre, sur l&#8217;\u00e9tranger, sur l&#8217;\u00e9trange, sur le diff\u00e9rent. Lutter contre la guerre, ce n&#8217;est pas seulement lutter contre Bush ou contre Ben Laden. C&#8217;est en toute circonstance, de la plus proche \u00e0 la plus mondiale, contribuer \u00e0 leur opposer une conception claire, explicite et partag\u00e9e d&#8217;une humanit\u00e9 solidaire. Tel est sans doute aujourd&#8217;hui le c\u0153ur de toute question politique. Il y a du pain sur la planche. <\/p>\n<p>Alain Bertho<\/p>\n<p><strong> Alain Gresh <\/strong> <\/p>\n<p>\u00abCe rapport pr\u00e9figure la poursuite de la doctrine Bush de guerre pr\u00e9ventive \u00bb<\/p>\n<p>*Alain Gresh est r\u00e9dacteur en chef du Monde diplomatique et  sp\u00e9cialiste du monde arabe.  Il vient de publier L&#8217;islam, la R\u00e9publique et le monde, \u00e9d. Fayard, 20 e<\/p>\n<p>Publi\u00e9 le 22 juillet, le rapport de la commission d&#8217;enqu\u00eate sur les <\/p>\n<p>attentats du 11 septembre 2001 s&#8217;attache \u00e0 la d\u00e9finition d&#8217;une \u00ab strat\u00e9gie  globale \u00bb contre le terrorisme. Alain Gresh analyse ses conclusions.<\/p>\n<p>Compos\u00e9e de cinq d\u00e9mocrates et de cinq r\u00e9publicains (gouverneurs ou hauts fonctionnaires), la commission d&#8217;enqu\u00eate sur les attentats du 11 septembre a jug\u00e9 que l&#8217;ennemi n&#8217;est pas \u00ab le terrorisme \u00bb en g\u00e9n\u00e9ral, mais le terrorisme \u00ab islamiste \u00bb, voire l&#8217;islamisme en tant que \u00ab mouvement id\u00e9ologique radical \u00bb dans le monde musulman. <\/p>\n<p>Ainsi, l&#8217;interpr\u00e9tation du monde au travers des crit\u00e8res religieux qui sont au fondement du discours manich\u00e9en de \u00ab guerre des civilisations \u00bb, qu&#8217;on pensait \u00eatre l&#8217;apanage de l&#8217;administration n\u00e9o-conservatrice de Bush, est reprise par le camp d\u00e9mocrate. La commission fait sienne la politique de maintien de l&#8217;alerte maximale sur le sol am\u00e9ricain, soumettant les citoyens aux lois liberticides comme le Patriot Act. Elle invite d&#8217;ailleurs le futur pr\u00e9sident \u00e0 reconna\u00eetre publiquement qu&#8217;il ne peut \u00ab promettre qu&#8217;une attaque catastrophique, comme celle du 11 septembre, ne se reproduira pas \u00bb. Pour \u00e9radiquer cette <\/p>\n<p>\u00ab catastrophe qui menace \u00bb l&#8217;Am\u00e9rique et qui veut \u00ab d\u00e9barrasser le monde du pluralisme religieux et politique \u00bb, le rapport pr\u00e9conise une strat\u00e9gie en trois volets : offensive, pr\u00e9ventive et d\u00e9fensive. <\/p>\n<p>L&#8217;intervention arm\u00e9e ne suffit donc plus. Le renseignement, la police, la politique \u00e9conomique, la diplomatie, l&#8217;aide au d\u00e9veloppement et la communication \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des pays musulmans doivent d\u00e9sormais \u00eatre mis au service de cette lutte. Une nouvelle p\u00e9riode doit s&#8217;ouvrir, affirme la commission, et cela quel que soit le pr\u00e9sident \u00e9lu. A travers ce rapport, on assiste \u00e0 une red\u00e9finition consensuelle des finalit\u00e9s de tous les axes de la politique internationale am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p>Ce rapport r\u00e9v\u00e8le le manich\u00e9isme de la perception am\u00e9ricaine du monde musulman et l&#8217;aveuglement politique qu&#8217;il produit. Bush et Kerry, candidats en lice pour la pr\u00e9sidence, ont souscrit aux recommandations de ce rapport.n Ch.B.<\/p>\n<p>Le rapport d\u00e9signe comme ennemi de l&#8217;Am\u00e9rique, non pas le \u00ab terrorisme \u00bb mais le \u00ab terrorisme islamiste \u00bb. Que signifie cette nouveaut\u00e9 lexicale ? <\/p>\n<p>Alain Gresh : Ce tournant lexical \u00e9tait pr\u00e9visible. Cuba et la Cor\u00e9e du Nord n&#8217;en restent pas moins des ennemis traditionnels. Mais depuis le lancement de cette guerre contre le terrorisme, il \u00e9tait clair pour beaucoup de commentateurs qu&#8217;on visait le terrorisme islamique. Avec l&#8217;id\u00e9ologie sous-jacente, copieusement v\u00e9hicul\u00e9e par l&#8217;administration Bush et dans les m\u00e9dias, qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un conflit entre les civilisations jud\u00e9o-chr\u00e9tienne et islamique. L&#8217;opinion a aujourd&#8217;hui int\u00e9gr\u00e9 largement ce concept. Jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent, la prudence dans le langage \u00e9tait de mise, il s&#8217;agissait de ne pas s&#8217;ali\u00e9ner des alli\u00e9s dans la r\u00e9gion, notamment l&#8217;Arabie Saoudite. Mais, reconna\u00eetre aujourd&#8217;hui que l&#8217;ennemi est le \u00ab terrorisme islamiste \u00bb n&#8217;est que la continuation de ce qui est pens\u00e9 depuis longtemps.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9signation de l&#8217;\u00ab ennemi \u00bb a-t-elle des cons\u00e9quences pratiques  ? <\/p>\n<p>Alain Gresh : Oui, dans la mesure o\u00f9 elle accr\u00e9dite davantage l&#8217;id\u00e9e de choc des civilisations. Or, il y a un danger \u00e0 s&#8217;inscrire dans cette logique, d&#8217;autant qu&#8217;en face il y a un discours en miroir tenu par Ben Laden qui d\u00e9signe l&#8217;ennemi comme \u00e9tant l&#8217;Occident, les juifs, les crois\u00e9s. Le risque est que des deux c\u00f4t\u00e9s, on per\u00e7oive chacun des actes politiques, comme une esp\u00e8ce d&#8217;affrontement entre deux civilisations. Par exemple, en interpr\u00e9tant le conflit isra\u00e9lo-palestinien, non pas comme un conflit politique qui met en jeu un peuple occup\u00e9 et un occupant, mais comme un duel sans fin entre l&#8217;islam et le juda\u00efsme. L&#8217;aide inconditionnelle de Washington au gouvernement d&#8217;Ariel Sharon confirme ce parti pris. Idem pour le conflit en Irak, qu&#8217;on peut lire de deux fa\u00e7ons : soit comme celui entre la civilisation et la barbarie terroriste tel que Bush s&#8217;ing\u00e9nie \u00e0 le faire croire, soit comme un conflit politique, \u00e0 savoir l&#8217;occupation d&#8217;un pays dans des conditions particuli\u00e8res que ses habitants refusent.<\/p>\n<p>Pendant la guerre froide, l&#8217;identification de chaque conflit \u00e0 un affrontement Est-Ouest relevait de cette m\u00eame vision en noir et blanc. Le renversement de la dictature de la famille Somoza au Nicaragua, en 1979, par la r\u00e9volution sandiniste, respectueuse des libert\u00e9s et du pluralisme, ne s&#8217;\u00e9tait-il pas r\u00e9sum\u00e9 pour les Etats-Unis \u00e0 une avanc\u00e9e du communisme et de l&#8217;URSS ? A coup de sanctions \u00e9conomiques et en r\u00e9armant d&#8217;anciens gardes somozistes, les Am\u00e9ricains finirent par faire chuter les sandinistes. Tout l&#8217;enjeu politique et de soci\u00e9t\u00e9 que repr\u00e9sentait le conflit entre les protagonistes locaux avait \u00e9t\u00e9 ni\u00e9. Il faut rappeler, cependant, que le refus de la guerre en Irak par la France et le Vatican a \u00e9t\u00e9 un d\u00e9menti \u00e0 cette logique de guerre de civilisation.<\/p>\n<p>Le rapport pr\u00e9conise notamment le recours \u00e0 la \u00ab force \u00bb pour priver les organisations terroristes de \u00ab sanctuaire \u00bb ? Quel genre d&#8217;op\u00e9ration cela annonce-t-il ?<\/p>\n<p>Alain Gresh : Cela pr\u00e9figure la poursuite de la doctrine Bush de guerre pr\u00e9ventive : l\u00e0 o\u00f9 l&#8217;administration estime qu&#8217;il y a un danger, elle pourrait intervenir, comme elle l&#8217;a fait en Irak. Si Bush est r\u00e9\u00e9lu, on peut imaginer des bombardements ponctuels sur l&#8217;Iran, la Syrie, le Pakistan entre autres, mais rien de plus. L&#8217;exp\u00e9rience irakienne n&#8217;encourage pas l&#8217;administration \u00e0 recommencer une invasion ailleurs. Le cas de l&#8217;Arabie Saoudite reste en revanche \u00e0 part. Depuis le 11-Septembre, chez les parlementaires et les m\u00e9dias, il y a en effet une forte campagne contre ce pays. Mais Bush souhaite-t-il vraiment d\u00e9stabiliser le r\u00e9gime en place ? Qu&#8217;est-ce qui viendra apr\u00e8s ? En tout \u00e9tat de cause, des incursions arm\u00e9es seraient st\u00e9riles. Il y a, certes, une mouvance islamiste qui s&#8217;appelle Al-Qaida, une organisation terroriste qu&#8217;il faut combattre. Mais son \u00e9limination rel\u00e8ve de l&#8217;action polici\u00e8re et politique et non d&#8217;une logique militaire,  Al-Qaida n&#8217;\u00e9tant pas un ennemi fondamentalement strat\u00e9gique comme l&#8217;a \u00e9t\u00e9 l&#8217;Union sovi\u00e9tique. Mais pour les Am\u00e9ricains, l&#8217;id\u00e9e est l\u00e0 que nous sommes dans une guerre mondiale!<\/p>\n<p>Le rapport pr\u00e9conise, pour \u00e9radiquer l&#8217;islamisme, id\u00e9ologie sous-jacente du terrorisme selon lui, de favoriser l&#8217;\u00e9tat de droit, la libert\u00e9 <\/p>\n<p>d&#8217;expression, celle des femmes,<\/p>\n<p>l&#8217;aide au d\u00e9veloppement, l&#8217;ouverture politique et \u00e9conomique dans les pays musulmans. Qu&#8217;en pensez-vous ?<\/p>\n<p>Alain Gresh : D&#8217;abord, les mouvements islamistes sont tr\u00e8s divers : il y a des organisations, type Al-Qaida, qui sont sur la logique de guerre de civilisations, et ceux qui ne sont absolument pas terroristes et s&#8217;inscrivent dans la l\u00e9galit\u00e9. R\u00e9cemment, les Fr\u00e8res musulmans \u00e9gyptiens ont m\u00eame adopt\u00e9 une charte qui inclut l&#8217;alternance, les libert\u00e9s politiques !<\/p>\n<p>Ce qui appara\u00eet, en revanche, c&#8217;est une prise de conscience aux Etats-Unis, depuis le 11-Septembre, qu&#8217;une partie de la crise qui a lieu dans les pays arabo-musulmans est li\u00e9e \u00e0 un blocage des structures politiques avec lesquelles les dirigeants se sont longtemps accommod\u00e9s. Pour autant, ce discours sur la d\u00e9mocratie ne se traduira pas dans les faits. Pour cause, il n&#8217;a aucune cr\u00e9dibilit\u00e9 dans le monde arabe, car il appara\u00eet comme hypocrite. Quand, toutes les heures, les gens regardent sur Al-Jazira ce qui se passe en Palestine et dans la prison d&#8217;Abou Ghraib et qu&#8217;un responsable am\u00e9ricain vient parler des droits de la personne, l&#8217;opinion rigole. Ce que les Am\u00e9ricains n&#8217;ont pas compris, au sens concret, c&#8217;est que tant qu&#8217;ils n&#8217;auront pas r\u00e9solu le conflit isra\u00e9lo-palestinien, ils seront per\u00e7us comme ennemis des peuples arabes. Et \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur d&#8217;eux, autant des islamistes que des mod\u00e9r\u00e9s ou des la\u00efcs. La haine des Etats-Unis est si g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e dans ces pays qu&#8217;elle atteint m\u00eame les \u00e9lites qui collaborent avec les Am\u00e9ricains. Et ce n&#8217;est pas un anti-am\u00e9ricanisme qui rel\u00e8ve d&#8217;une hostilit\u00e9 envers la d\u00e9mocratie et la libert\u00e9, comme Bush veut le faire croire. Au contraire, ces valeurs ont justement tendance \u00e0 fasciner les peuples arabes. Cette haine vient pr\u00e9cis\u00e9ment de la politique am\u00e9ricaine au Proche-Orient dont la remise en cause est totalement absente du rapport. <\/p>\n<p>Entretien r\u00e9alis\u00e9 par Chakri Bela\u00efd<\/p>\n<p><strong> Tout sauf Bush ? <\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s les sondages de l&#8217;automne, favorables \u00e0 Bush, toute action \u00e0 gauche susceptible de prendre des voix au Parti d\u00e9mocrate est bannie. \u00abTout sauf Bush\u00bb, la devise est claire. Mais les anti-Bush sont trop divis\u00e9s&#8230;  <\/p>\n<p>Par C\u00e9cile Raimbeau<\/p>\n<p>\u00abSi je me rends compte, plus tard, que c&#8217;est une marche en faveur de Ralph Nader, je pleurerai ! \u00bb, doute une manifestante new-yorkaise, fin ao\u00fbt, pendant la Convention nationale des R\u00e9publicains. Le c\u0153ur de Manhattan est alors envahi de milliers d&#8217;Am\u00e9ricains mobilis\u00e9s contre la r\u00e9\u00e9lection de leur pr\u00e9sident (400 000 selon les organisateurs, 100 000 selon les autorit\u00e9s). La plupart de ces opposants, d&#8217;ailleurs, refusent \u00e0 juste titre le terme de \u00ab r\u00e9\u00e9lection \u00bb, consid\u00e9rant que le scrutin de 2000 leur a \u00e9t\u00e9 vol\u00e9. Comme cette manifestante, nombreux responsabilisent aussi le candidat Ralph Nader. Lors de la derni\u00e8re pr\u00e9sidentielle, sous la banni\u00e8re des \u00e9colos, le fondateur du r\u00e9seau altermondialiste Public Citizen \u00e9tait devenu un enjeu. Cet avocat progressiste avait recueilli 97 000 voix en Floride o\u00f9 seulement 537 votes avaient manqu\u00e9 au d\u00e9mocrate Al Gore. Bien que l\u00e2ch\u00e9 par les Verts, Ralph Nader a d\u00e9cid\u00e9, pour l&#8217;heure, de d\u00e9fendre son droit \u00e0 exister sur la sc\u00e8ne politique de 2004. \u00ab La gauche lui en veut. Il a une image d\u00e9sastreuse ! \u00bb, commente Fran\u00e7ois Vergniolle de Chantal, chercheur associ\u00e9 au Centre fran\u00e7ais d&#8217;\u00e9tudes sur les Etats-Unis.<\/p>\n<p><strong> \u00ab Anybody But Bush ! \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>Comme les mouvements anti-guerre, la mobilisation anti-Bush est extr\u00eamement h\u00e9t\u00e9roclite. Elle rassemble de tr\u00e8s nombreux \u00e9lectrons libres mod\u00e9r\u00e9s et les militants traditionnels : pacifistes, altermondialistes, activistes communautaires, des homosexuels aux minorit\u00e9s raciales ; sans oublier la vieille gauche (tr\u00e8s minoritaire) dont certains groupuscules semblent trouver un regain de vitalit\u00e9, comme l&#8217;organisation trotskiste Workers World et la cellule mao\u00efste Revolutionary Communist Party, actifs dans les coalitions anti-guerre, Answer et Not in our name. Puisque seule l&#8217;hostilit\u00e9 \u00e0 Bush leur sert de ciment, beaucoup se sont unis sous la banni\u00e8re ABB : \u00ab Anybody But Bush ! \u00bb (Tout sauf Bush !). Un mot d&#8217;ordre qui offre aux D\u00e9mocrates une unit\u00e9 jamais \u00e9gal\u00e9e depuis cinquante ans.<\/p>\n<p>Ce qui fait dire \u00e0 John Zerzan, l&#8217;une des figures de l&#8217;anarchisme vert, que le ABB est une expression \u00ab totalitaire \u00bb : \u00ab Il y a sur Ralph Nader des pressions \u00e9normes sous pr\u00e9texte qu&#8217;il est susceptible de prendre des voix aux D\u00e9mocrates. L&#8217;alternative au bipartisme : ni critique, ni radicale (1) : se voit totalement \u00e9cras\u00e9e. Ce qui leur importe, c&#8217;est d&#8217;\u00eatre tous unis contre Bush, alors que Kerry a vot\u00e9 en faveur d&#8217;une augmentation du budget militaire, qu&#8217;il r\u00e9clame plus de troupes en Irak, qu&#8217;il a approuv\u00e9 le liberticide Patriot Act (2) et les accords favorables au libre-\u00e9change. \u00bb John Zerzan ne vote pas. Mais il pense que ceux qui acceptent le syst\u00e8me \u00e9lectoral tel qu&#8217;il est, doivent accepter le droit \u00e0 concourir des \u00ab third parties \u00bb (les troisi\u00e8mes options). Derri\u00e8re cette opinion se profile une question : Bush est-il un candidat r\u00e9publicain comme les autres ? Son entourage ultrar\u00e9actionnaire met-il particuli\u00e8rement en danger le pays et la paix dans le monde ?<\/p>\n<p>Le Parti communiste am\u00e9ricain (CPUSA) en est convaincu. \u00ab Ceux qui disent que la meilleure fa\u00e7on d&#8217;exprimer ses sentiments anti-Bush est de voter pour une alternative de \u00abgauche\u00bb d&#8217;un \u00abthird party\u00bb, sous-estiment le danger que repr\u00e9sente le camp Bush et la proximit\u00e9 des intentions de vote \u00bb, appuie Joelle Fishman, secr\u00e9taire du comit\u00e9 d&#8217;action politique. Et le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, Sam Webb, argumente (3) : \u00ab Peu de personnes pensent que Kerry est un candidat de la gauche et du mouvement progressiste&#8230; Le plus grand danger de cette \u00e9lection n&#8217;est pas dans le fait que des millions de gens pourraient avoir des esp\u00e9rances irr\u00e9alistes dans l&#8217;administration Kerry, mais plut\u00f4t qu&#8217;une partie importante des votants croient encore que leur choix le 2 novembre ne fera pas de diff\u00e9rence. \u00bb<\/p>\n<p><strong> Au programme&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, les diff\u00e9rences de programme des deux partis majoritaires sont assez minces. Alors que Ralph Nader et certains d\u00e9mocrates comme Dennis Kucinich se sont prononc\u00e9s en faveur d&#8217;un retrait des troupes am\u00e9ricaines d&#8217;Irak, le candidat Kerry estime au contraire que l&#8217;arm\u00e9e am\u00e9ricaine doit rester sur place. Il est m\u00eame dispos\u00e9 \u00e0 d\u00e9ployer davantage de troupes (4). Kerry insiste, certes, sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;enr\u00f4ler la pr\u00e9sence am\u00e9ricaine sous l&#8217;\u00e9gide des Nations unies et de confier \u00e0 l&#8217;OTAN les op\u00e9rations de maintien de la paix. Une nuance qui compte face au m\u00e9pris affich\u00e9 de la Maison Blanche pour les n\u00e9gociations multilat\u00e9rales. Cependant, la politique dure pr\u00f4n\u00e9e par les n\u00e9oconservateurs a beaucoup perdu de sa cr\u00e9dibilit\u00e9 dans l&#8217;opinion suite aux scandales des armes de destruction massive, des tortures et de la mort du milli\u00e8me soldat am\u00e9ricain. Si bien que de nombreux analystes pensent que Bush pourrait d\u00e9sormais se montrer plus prudent dans son interventionnisme.<\/p>\n<p><strong> Les \u00ab troisi\u00e8mes options \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>Aussi limit\u00e9es soient-elles, il existe bien des diff\u00e9rences entre les candidats, appuie Noam Chomski (5) : \u00ab Peut-\u00eatre plus dramatiquement pour les affaires int\u00e9rieures. Les gens autour de Bush sont tr\u00e8s profond\u00e9ment investis dans le d\u00e9mant\u00e8lement des acquis sociaux gagn\u00e9s durant le si\u00e8cle dernier. Cette administration est d\u00e9vou\u00e9e \u00e0 un tr\u00e8s petit secteur de richesse et de pouvoir, peu importe le co\u00fbt g\u00e9n\u00e9ral pour la population. Cela pourrait \u00eatre extr\u00eamement dangereux \u00e0 long terme. \u00bb Et l&#8217;intellectuel de souligner conjointement son respect pour Ralph Nader.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 l&#8217;heure o\u00f9 les sondages effrayent, m\u00eame les anti-Bush les plus \u00e0 gauche h\u00e9sitent \u00e0 soutenir la tactique Nader. D\u00e9non\u00e7ant \u00ab les grands partis vendus aux multinationales \u00bb, le candidat ind\u00e9pendant a opt\u00e9 pour une strat\u00e9gie \u00e0 long terme : d\u00e9fendre la place d&#8217;une troisi\u00e8me option. Historiquement, tout le monde sait qu&#8217;une telle place est inaccessible aux Etats-Unis. \u00ab Les m\u00e9canismes politiques et administratifs sont nombreux et sophistiqu\u00e9s pour emp\u00eacher les autres partis d&#8217;exister \u00bb, explique Marianne Debouzy, professeure \u00e9m\u00e9rite d&#8217;histoire \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 Paris VIII. Voil\u00e0 donc Ralph Nader pris dans un pi\u00e8ge dont il est difficile de sortir : si Bush gagne, il sera responsabilis\u00e9, isol\u00e9. Suicid\u00e9 ? S&#8217;il se retire pour Kerry, il abandonne son droit et son devoir de questionner un syst\u00e8me scl\u00e9ros\u00e9.<\/p>\n<p>Les Verts, persuad\u00e9s de l&#8217;enjeu, ont adopt\u00e9 une strat\u00e9gie moins kamikaze. Ils ont nomm\u00e9 un pr\u00e9tendant issu de leur rang qui axe sa campagne sur le soutien aux candidatures locales (les Am\u00e9ricains ne voteront pas seulement pour le mandat de pr\u00e9sident) et il ne soutiendra sa candidature pr\u00e9sidentielle que dans les Etats d\u00e9j\u00e0 acquis aux D\u00e9mocrates ou aux R\u00e9publicains. Les naderistes accusent les Verts de faire le jeu de Kerry. Des Verts, en revanche, pensent que Nader a vir\u00e9 dans la m\u00e9galomanie. \u00ab Nader joue un jeu \u00e0 la Chev\u00e8nement ! Il veut d\u00e9fendre une troisi\u00e8me candidature avant de cr\u00e9er un v\u00e9ritable troisi\u00e8me parti \u00bb, expose le d\u00e9put\u00e9 \u00e9colo europ\u00e9en Alain Lipietz. \u00ab Les Greens d\u00e9fendent plut\u00f4t l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;il faut conqu\u00e9rir la population avant le syst\u00e8me et s&#8217;appuyer sur une base socioculturelle. \u00bb<\/p>\n<p><strong> Le bipartisme <\/strong><\/p>\n<p>Sans grand enthousiasme, les Verts et les anti-Bush de gauche serrent donc les rangs derri\u00e8re Kerry. Dans ce syst\u00e8me de bipartisme, toutefois, il est clair que le Parti d\u00e9mocrate n&#8217;a qu&#8217;une id\u00e9e en t\u00eate : la surench\u00e8re droiti\u00e8re pour concurrencer son adversaire. La fade campagne de Kerry en est la preuve. Et on le voit bien depuis les ann\u00e9es 1980-1990 : peu \u00e0 peu, le d\u00e9bat politique est tomb\u00e9 au niveau z\u00e9ro. Quand Bill Clinton a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu en 1992, il a d\u00e9ploy\u00e9 tant d&#8217;efforts pour dissocier sa politique sociale de celle du New Deal de Roosevelt. Cette surench\u00e8re a d\u00e9mantel\u00e9 le Welfare en 1996, le programme d&#8217;aide sociale. Et rien ne laisse pr\u00e9sager un changement. Aux USA, 60 % des \u00e9lecteurs ne votent pas et ceux-l\u00e0 sont les plus pauvres ! Si des organisations anti-Bush se sont fix\u00e9 pour objectif de les amener aux urnes, le Parti d\u00e9mocrate n&#8217;essaie pas de les mobiliser. Il cherche \u00e0 convaincre les \u00e9lecteurs dans l&#8217;autre moiti\u00e9, la plus riche. D&#8217;ailleurs, le parti d\u00e9mocrate n&#8217;a plus d&#8217;aile gauche. \u00ab Le pasteur Jesse Jackson : ex-collaborateur de Martin Luther King : a \u00e9t\u00e9 marginalis\u00e9 et les rares parlementaires issus des contestations des sixties comme Tom Hayden sont des survivants ! \u00bb, appuie Marianne Debouzy, doutant que les activistes d&#8217;aujourd&#8217;hui, sans relais politiques, puissent avoir une quelconque influence sur le projet national. Devenu s\u00e9nateur d\u00e9mocrate californien, Tom Hayden, lui, affiche un optimisme qu&#8217;on ne demande qu&#8217;\u00e0 croire : \u00ab L&#8217;effet durable de ce mouvement protestataire sera la renaissance d&#8217;une conscience progressiste et anti-imp\u00e9rialiste aux Etats-Unis parmi des milliers de groupes locaux capables de s&#8217;unir au besoin, gr\u00e2ce \u00e0 Internet ! \u00bb C.R.<\/p>\n<p>1. Ralph Nader d\u00e9fend la discrimination positive, les libert\u00e9s civiles, une justice pour le consommateur, une mondialisation \u00e0 visage plus humain. Son pragmatisme peut aller assez loin : il a accept\u00e9 des financements de sponsors du Parti r\u00e9publicain&#8230;<\/p>\n<p>2. Paquet complexe de lois \u00ab antiterroristes \u00bb, vot\u00e9 apr\u00e8s le 11-Septembre, le Patriot Act est une atteinte directe aux libert\u00e9s civiles et individuelles, ainsi qu&#8217;aux droits des immigr\u00e9s.<\/p>\n<p>3. People&#8217;s Weekly World, l&#8217;hebdomadaire du PC am\u00e9ricain (www.pww.org).<\/p>\n<p>4. Le Monde Diplomatique, juillet 2004.<\/p>\n<p>5. Interview publi\u00e9e dans le webzine <\/p>\n<p>contestataire Znet, (www.zmag.org), <\/p>\n<p>le 21 mars 2004<\/p>\n<p><strong> Une gauche toute petite <\/strong><\/p>\n<p>Tapez \u00ab american far left \u00bb (extr\u00eame gauche am\u00e9ricaine) sur un moteur de recherche Internet. Apparaissent les r\u00e9f\u00e9rences de centaines de pages d&#8217;une combinaison de quatre mots et non de trois : \u00ab anti american far left \u00bb ! Fran\u00e7ois Vergniolle de Chantal, chercheur associ\u00e9 au Centre fran\u00e7ais d&#8217;\u00e9tudes sur les Etats-Unis, fournit une explication : \u00ab Aux Etats-Unis, le communisme est v\u00e9cu comme une remise en cause des id\u00e9aux am\u00e9ricains  que sont les libert\u00e9s individuelles et le commerce. \u00bb<\/p>\n<p><strong> Tradition anti-communiste <\/strong><\/p>\n<p>Aux Etats-Unis, l&#8217;anticommunisme n&#8217;est pas n\u00e9 d&#8217;hier. Il a \u00e9t\u00e9 institutionnalis\u00e9 apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale par le ministre de la Justice Mitchell Palmer. Le tristement c\u00e9l\u00e8bre McCarthy poussa plus loin cette traque aux \u00ab Rouges \u00bb dans les ann\u00e9es 50. Ses comit\u00e9s inquisiteurs n&#8217;ont disparu qu&#8217;en 1975. Le PC am\u00e9ricain (CPUSA), qui comptait 100 000 membres en 1939, ne s&#8217;est jamais relev\u00e9 de cette r\u00e9pression.<\/p>\n<p>Mais tous les mouvements socialistes europ\u00e9ens ont \u00e9t\u00e9 victimes de la r\u00e9pression \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre de leur histoire. \u00ab Pourquoi n&#8217;y a-t-il pas de socialisme aux Etats-Unis ? \u00bb (1). Les qualit\u00e9s uniques de la vie am\u00e9ricaine au XIXe si\u00e8cle, la r\u00e9alisation pr\u00e9coce de la d\u00e9mocratie politique, l&#8217;absence d&#8217;une tradition f\u00e9odale, la sociologie particuli\u00e8re d&#8217;une classe ouvri\u00e8re compos\u00e9e d&#8217;immigr\u00e9s, sont autant de facteurs qui auraient constitu\u00e9 un obstacle au d\u00e9veloppement d&#8217;une conscience de classe.<\/p>\n<p>Sans oublier les facteurs internes aux partis : les strat\u00e9gies politiques erron\u00e9es et une relation trop \u00e9troite au PC sovi\u00e9tique. Comme ailleurs, les r\u00e9v\u00e9lations sur les crimes de Staline en 1956 ont provoqu\u00e9 bon nombre de d\u00e9sistements au CPUSA. Les membres du PC n&#8217;\u00e9taient plus que 3000 en 1958, soit un d\u00e9ficit de 85 % en deux ans. Et ils ne sont gu\u00e8re plus nombreux aujourd&#8217;hui : \u00ab Le PC am\u00e9ricain, actuellement ? N&#8217;y pensez plus ! \u00bb, ironise Marianne Debouzy. Selon cette am\u00e9ricaniste sp\u00e9cialiste des mouvements sociaux, \u00ab il y a bien des groupuscules trotskistes localement tr\u00e8s actifs, surtout dans le mouvement syndical, chez les camionneurs ou dans l&#8217;industrie automobile. Un groupe dynamique \u00e9dite le bulletin Labor Notes, tentant de f\u00e9d\u00e9rer les dissidents du syndicalisme officiel. Mais l&#8217;extr\u00eame gauche am\u00e9ricaine est vraiment toute petite ! \u00bb<\/p>\n<p><strong> Ann\u00e9es 60, la New Left <\/strong><\/p>\n<p>Ann\u00e9es 60. Une nouvelle gauche se met d&#8217;aplomb, mobilis\u00e9e contre la guerre du Vietnam. Cette New Left ne voulait pas ressembler au PC, \u00e9tait moins doctrinale, en partie libertaire. \u00ab Cette g\u00e9n\u00e9ration s&#8217;est livr\u00e9e \u00e0 des guerres picrocholines : d\u00e9fense d&#8217;une communaut\u00e9 raciale, sexuelle, religieuse&#8230; chacun s&#8217;enfermant dans son combat identitaire, abandonnant le terrain politique face aux Reagan ou Bush \u00bb, analyse Marianne Debouzy.<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es Reagan, beaucoup d&#8217;universit\u00e9s, y compris Harvard, ont supprim\u00e9 leurs cours sur Marx. Dans son livre sur l&#8217;histoire du PC (2), Guenter Lewy critique aussi l&#8217;anticommunisme de la gauche intellectuelle. Il parle m\u00eame de \u00ab prohibition d&#8217;identifier les communistes comme tels \u00bb. Angela Davis, haut fonctionnaire du PC, \u00e9tait appel\u00e9e poliment par les m\u00e9dias \u00ab activiste noire \u00bb, pas communiste. \u00ab La plupart des \u00abliberals\u00bb (r\u00e9formistes) croyaient que l&#8217;anticommunisme \u00e9tait garant d&#8217;une int\u00e9grit\u00e9 politique et morale. \u00bb<\/p>\n<p>Mais aujourd&#8217;hui, l&#8217;anti-anticommunisme a gagn\u00e9 les intellectuels et il y a des enseignants marxistes dans les plus grandes universit\u00e9s (3). Joelle Fishman du CPUSA sent aussi le vent tourner : \u00ab De plus en plus de gens s&#8217;identifient \u00e0 des communistes, et parmi eux, beaucoup se rapprochent du parti. C&#8217;est ausi le cas chez les travailleurs, les immigrants, les gens oppress\u00e9s. Nous entendons dire : j&#8217;ai toujours \u00e9t\u00e9 communiste, sans le savoir ! \u00bb<\/p>\n<p>Mais \u00ab les think tanks, nombreux \u00e0 droite, sont fort rares \u00e0 gauche \u00bb, pr\u00e9cise Marianne Debouzy (4), remarquant que les intellectuels critiques qui s&#8217;expriment sur la sc\u00e8ne politique ont 70 ans et plus : Noam Chomski, Howard Zinn, Todd Gitlin&#8230;<\/p>\n<p><strong> Contestation dispers\u00e9e <\/strong><\/p>\n<p>Les manifestations de Seattle fin 1999 avaient d\u00e9clench\u00e9 une vague d&#8217;espoir, \u00e9cologistes, \u00e9tudiants et syndiqu\u00e9s s&#8217;\u00e9taient distingu\u00e9s comme nouvelle force d&#8217;opposition \u00e0 la mondialisation. A l&#8217;\u00e9poque, on avait sp\u00e9cul\u00e9 sur un \u00e9ventuel renouveau du syndicalisme am\u00e9ricain, historiquement min\u00e9 par le corporatisme et la recherche du statu quo. Cependant, les syndiqu\u00e9s pr\u00e9sents \u00e0 Seattle venaient surtout d\u00e9fendre des int\u00e9r\u00eats conjoncturels et avaient pour instruction de ne pas se m\u00e9langer au d\u00e9fil\u00e9 contestataire&#8230; En d\u00e9pit de l&#8217;\u00e9lection de John Sweeney : plus progressiste que son pr\u00e9d\u00e9cesseur : \u00e0 la pr\u00e9sidence de la grande centrale syndicale, l&#8217;AFL-CIO, en 1995, les espoirs du renouveau du syndicalisme ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7us (5). M\u00eame si le mouvement a retrouv\u00e9 une combativit\u00e9, il est loin de s&#8217;\u00eatre radicalis\u00e9 et continue \u00e0 soutenir inconditionnellement le Parti d\u00e9mocrate sans influencer ses d\u00e9cisions. Non seulement le taux de syndicalisation a d\u00e9gringol\u00e9 (14 % aujourd&#8217;hui contre 35 % dans les ann\u00e9es 1950), mais une partie de la classe ouvri\u00e8re est devenue assez conservatrice :  un tiers des syndiqu\u00e9s auraient vot\u00e9 r\u00e9publicain .<\/p>\n<p>\u00ab Nous assistons depuis une quarantaine d&#8217;ann\u00e9es \u00e0 un d\u00e9clin des grandes associations populaires et syndicales au profit de petites associations de lobbying et de plaidoyer&#8230; dont les sympathisants se trouvent essentiellement dans les classes moyennes sup\u00e9rieures des grandes villes \u00bb, d\u00e9crypte la politologue Theda Skocpol (6). D\u00e9ploy\u00e9e en mille lieux et mille organisations, d\u00e9connect\u00e9e des milieux populaires, l&#8217;\u00e9nergie contestataire pourra-t-elle infl\u00e9chir les orientations politiques actuelles ? <\/p>\n<p>C.\u00e9cile Raimbeau<\/p>\n<p>1. \u00ab Pourquoi n&#8217;y a-t-il pas de socialisme aux USA ? \u00bb, par Eric Foner, La Revue Socialiste, novembre 2000.<\/p>\n<p>2. The cause that failed : Communism in american political life, <\/p>\n<p>Guenter Lewy, Oxford University Press, 1990.<\/p>\n<p>3. La secr\u00e9taire du Parti socialiste am\u00e9ricain estime \u00e0 10 000 (sur environ 500 000) le nombre de ces universitaires aux Etats-Unis, in \u00ab L&#8217;avenir du marxisme aux USA \u00bb, La Pens\u00e9e, juillet-septembre 1995.<\/p>\n<p>4. \u00ab Quelle gauche am\u00e9ricaine ? \u00bb, par Marianne Debouzy, <\/p>\n<p>La Revue Socialiste, novembre 2000.<\/p>\n<p>5. \u00ab Ou en est le mouvement syndical aux USA ? \u00bb, par Marianne Debouzy, Mouvements, novembre-d\u00e9cembre 2003.<\/p>\n<p>6. \u00ab Les milieux populaires n&#8217;ont plus de voix \u00bb, interview de la directrice du Centre d&#8217;\u00e9tudes politiques <\/p>\n<p>am\u00e9ricaines \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 d&#8217;Harvard, Alternatives Internationales, <\/p>\n<p>septembre 2004.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> George W. Bush sera-t-il r\u00e9\u00e9lu ? Quelle que soit l&#8217;issue des \u00e9lections am\u00e9ricaines le 2 novembre, le bushisme a d\u00e9j\u00e0 gagn\u00e9 une manche en imposant sa vision du monde, m\u00e9lange de logique binaire, de cynisme et de s\u00e9curitarisme. L&#8217;alternative \u00e0 ce monde-l\u00e0 existe. 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