{"id":3356,"date":"2004-10-01T14:51:00","date_gmt":"2004-10-01T12:51:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/fabius-l-effet-d-un-non3356\/"},"modified":"2004-10-01T14:51:00","modified_gmt":"2004-10-01T12:51:00","slug":"fabius-l-effet-d-un-non3356","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3356","title":{"rendered":"Fabius, l&#8217;effet d&#8217;un Non"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Figure de proue du social-lib\u00e9ralisme \u00e0 la fran\u00e7aise, Laurent Fabius dit \u00ab non \u00bb au projet de  Constitution europ\u00e9enne. Au-del\u00e0 de la posture tactique, il cr\u00e9dibilise le \u00ab non \u00bb et fait bouger les lignes. Jusqu&#8217;o\u00f9 ? Analyse. Par Cyril Lozano <\/p>\n<p>Laurent Fabius, souvenez-vous : le Premier ministre du \u00ab tournant de la rigueur \u00bb, le ministre de l&#8217;Economie et des Finances chantre de \u00ab l&#8217;orthodoxie budg\u00e9taire \u00bb, la figure incarn\u00e9e du social-lib\u00e9ralisme \u00e0 la fran\u00e7aise : soit la pente la plus raide vers la droite du PS&#8230; Lorsque le m\u00eame, aujourd&#8217;hui, annonce tout de go son intention de voter \u00ab non \u00bb \u00e0 la Constitution europ\u00e9enne, il faut se pincer pour y croire. Quand, en plus, les raisons invoqu\u00e9es soulignent p\u00eale-m\u00eale \u00ab les insuffisances graves notamment sur le plan social \u00bb du projet et le manque d&#8217;\u00ab avanc\u00e9es \u00bb sur l&#8217;emploi, la fiscalit\u00e9 et les services publics, il faut se repincer un peu plus fort, histoire de ne pas se laisser endormir&#8230;<\/p>\n<p><strong> L&#8217;homme des tournants <\/strong><\/p>\n<p>M\u00eame s&#8217;il a eu besoin de deux temps pour clairement s&#8217;affirmer, du moins la cause semble-t-elle \u00e0 pr\u00e9sent entendue : le num\u00e9ro 2 du PS est ouvertement hostile au trait\u00e9 \u00ab en l&#8217;\u00e9tat \u00bb et souhaite le voir remani\u00e9 dans ses grandes largeurs sur \u00ab quatre d\u00e9cisions pr\u00e9cises \u00bb, comme il s&#8217;en est expliqu\u00e9 sur France 2 le 9 septembre : la r\u00e9vision du pacte de stabilit\u00e9 \u00e0 transformer en \u00ab un v\u00e9ritable pacte pour l&#8217;emploi \u00bb ; la modification du budget de l&#8217;Europe, \u00ab amplifi\u00e9 \u00bb en faveur de la recherche, de l&#8217;investissement et de la formation ; une harmonisation fiscale au sein de l&#8217;Union capable de lutter contre les \u00ab d\u00e9localisations \u00bb ; et, enfin, \u00ab une directive qui prot\u00e8ge les services publics \u00bb. Diantre !<\/p>\n<p>Alors oui, bien s\u00fbr, pas grand monde n&#8217;est dupe. A trois ans de la pr\u00e9sidentielle, et connaissant l&#8217;animal politique, on se dit qu&#8217;il a forc\u00e9ment des \u00ab arri\u00e8re-pens\u00e9es \u00bb, ce doux euph\u00e9misme politique pour mentir sur ses vraies motivations. Bien s\u00fbr, ce virage \u00e0 180 \u00b0 est trop brusque pour \u00eatre tout \u00e0 fait honn\u00eate et ne pas sentir \u00e0 plein nez la sortie de route calcul\u00e9e. Bien s\u00fbr, bien s\u00fbr&#8230; Pourtant, ce ne sont pas tellement ces consid\u00e9rations tactiques qui nous int\u00e9ressent ici. Consid\u00e9rons plut\u00f4t ce que cette prise de position engage en termes de strat\u00e9gies d&#8217;avenir pour la gauche et pour l&#8217;Europe.<\/p>\n<p><strong> Les \u00ab ringards \u00bb d&#8217;antan <\/strong><\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois, en effet, un homme incarnant la \u00ab modernit\u00e9 \u00bb : avec tout ce que ce terme a d&#8217;ambigu en s\u00e9mantique politique : l&#8217;affirme haut et fort : l&#8217;Europe, telle qu&#8217;elle va, fait la part trop belle au march\u00e9. Pour une premi\u00e8re, c&#8217;est une premi\u00e8re : la sacro-sainte \u00ab construction europ\u00e9enne \u00bb est pourfendue par un membre \u00e9minent du Parti socialiste, \u00ab europhile \u00bb par excellence. Au point qu&#8217;on peut affirmer nettement qu&#8217;il y aura d\u00e9sormais un avant et un apr\u00e8s 9 septembre 2004 et l&#8217;intervention de Fabius.<\/p>\n<p>Avant, celles ou ceux qui tenaient ce genre de discours critique \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s en rebuts, comme des \u00ab ringards \u00bb et des \u00ab archa\u00efques \u00bb, en retard sur la marche du monde, de l&#8217;Europe en l&#8217;occurrence. Des communistes \u00e0 l&#8217;extr\u00eame gauche en passant par les souverainistes, les arguments, pourtant fondamentalement diff\u00e9rents, des uns et des autres \u00e9taient mis dans un m\u00eame sac informe&#8230; Carr\u00e9ment avec le FN m\u00eame, pour faire bonne mesure, celui-ci \u00e9tant \u00e9galement anti-europ\u00e9en, n&#8217;est-ce pas ? Au mieux, s&#8217;attaquer \u00e0 l&#8217;Europe lib\u00e9rale suscitait la condescendance. Au pire, le m\u00e9pris.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l&#8217;intervention de Fabius, une autre parole sur l&#8217;Europe semble non seulement possible mais surtout plausible : venant de lui, elle acquiert soudain un standing, une cr\u00e9dibilit\u00e9 et, par l\u00e0 m\u00eame, une l\u00e9gitimit\u00e9 compl\u00e8tement nouvelle. L&#8217;Europe n&#8217;est plus cet \u00e9den absolu, cet \u00ab horizon ind\u00e9passable \u00bb, sorte d&#8217;\u00ab imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique \u00bb des temps futurs. La question de ses finalit\u00e9s peut \u00eatre repos\u00e9e, mieux : entendue.<\/p>\n<p>Le champ ainsi lib\u00e9r\u00e9 est, mine de rien, consid\u00e9rable : les partis de gauche oppos\u00e9s \u00e0 la Constitution ont l\u00e0 une vraie fen\u00eatre de tir pour \u00ab se d\u00e9complexer sur le sujet en s&#8217;attaquant au fond du probl\u00e8me, sans \u00eatre tax\u00e9s d&#8217;embl\u00e9e d&#8217;immaturit\u00e9 ou d&#8217;irresponsabilit\u00e9 \u00bb, souligne Patrice Cohen-S\u00e9at, du PCF. \u00ab M\u00eame si ses raisons ne sont pas les n\u00f4tres, qu&#8217;un ultra-lib\u00e9ral comme Fabius adopte cette position donne effectivement un sens in\u00e9dit \u00e0 notre opposition \u00e0 l&#8217;Europe telle qu&#8217;elle est en train de se faire \u00bb, insiste Alain Krivine, ancien d\u00e9put\u00e9 europ\u00e9en, de la LCR. Jean-Yves Autexier, s\u00e9nateur, du Mouvement r\u00e9publicain et citoyen (souverainiste), voit l\u00e0 carr\u00e9ment \u00ab un moment historique pour la gauche fran\u00e7aise. Un moment \u00e0 l&#8217;\u00e9gal de l&#8217;alliance de Fran\u00e7ois Mitterrand avec le PCF au moment du Programme commun. Il est d&#8217;ailleurs int\u00e9ressant de noter que les \u00abmodernes\u00bb de l&#8217;\u00e9poque le traitaient d&#8217;archa\u00efque&#8230; Ce qui s&#8217;offre aujourd&#8217;hui est du m\u00eame type : c&#8217;est une formidable opportunit\u00e9 de refermer la fracture ouverte \u00e0 gauche en 1991, au moment du choix \u00e0 Maastricht&#8230; C&#8217;est un pari sur le renouveau du possible \u00e0 gauche. \u00bb<\/p>\n<p><strong> Le Non au Non <\/strong><\/p>\n<p>Au PS, personne ne s&#8217;y est d&#8217;ailleurs tout \u00e0 fait tromp\u00e9. Surtout pas la direction et les plus francs partisans du \u00ab oui \u00bb au trait\u00e9 : Hollande, Strauss-Kahn, Aubry, Lang ou Delano\u00eb et maintenant Jospin n&#8217;ont de cesse de clamer leur engagement&#8230; et de le temp\u00e9rer dans le m\u00eame temps en r\u00e9clamant un texte \u00ab plus social \u00bb. Voire m\u00eame de menacer pour certains d&#8217;entre eux : dont le num\u00e9ro 1 du parti : de voter finalement \u00ab contre \u00bb l&#8217;an prochain si Chirac en faisait un enjeu de politique int\u00e9rieure. \u00ab Mieux vaut la Constitution de Bruxelles que le trait\u00e9 de Nice \u00bb : tel semble \u00eatre le discours officiel&#8230; Bonjour l&#8217;ambition europ\u00e9enne ! Peu ou prou, tous semblent ainsi reprendre la ligne de Jospin en 1992, au moment du r\u00e9f\u00e9rendum sur le trait\u00e9 de Maastricht : plus qu&#8217;un \u00ab oui \u00bb, c&#8217;est surtout un \u00ab non au non \u00bb qui est perceptible. Les temps ont chang\u00e9 et la r\u00e9duction du d\u00e9bat \u00e0 un pour ou contre l&#8217;Europe est difficile \u00e0 tenir. Pourtant, cette rh\u00e9torique qui consiste \u00e0 stigmatiser et diaboliser les tenants du \u00ab non \u00bb ne risque-t-elle pas de se retourner contre les pourfendeurs du \u00ab oui \u00bb ?<\/p>\n<p><strong> Couleurs de campagne <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Fabius a du pif, analyse Alain Krivine, il a bien compris la profonde opposition populaire \u00e0 la Constitution actuelle. C&#8217;est sur cette vague porteuse qu&#8217;il veut surfer. \u00bb Patrice Cohen-S\u00e9at abonde dans ce sens : \u00ab Fabius a retenu la le\u00e7on de Marx disant que ce sont les peuples qui, en derni\u00e8re instance, font l&#8217;Histoire. Il a bien senti la contradiction actuelle entre l&#8217;appropriation de l&#8217;Europe et son rejet. Son intervention est au fond l&#8217;expression de la mont\u00e9e de cette contradiction. Fabius la r\u00e9v\u00e8le en m\u00eame temps qu&#8217;il l&#8217;alimente. \u00bb La forte capacit\u00e9 de Fabius \u00e0 saisir l&#8217;air du temps est un gage important pour son avenir. En bon mitterrandien, il sait bien que le PS se gagne \u00e0 gauche et qu&#8217;il faut donc pr\u00e9parer les alliances indispensables avec son aile gauche. S&#8217;il rafle la mise au niveau de son parti : avec la communaut\u00e9 du \u00ab non \u00bb constitu\u00e9e de ses partisans, de Nouveau Monde, du Nouveau Parti socialiste et des troupes de Marc Dolez dans le Nord :, il peut faire pencher la balance au r\u00e9f\u00e9rendum de 2005. Dans tous les cas, son \u00ab pari pascalien \u00bb (celui o\u00f9 l&#8217;on n&#8217;a rien \u00e0 perdre et tout \u00e0 gagner) pourrait avoir de s\u00e9rieuses cons\u00e9quences. Sans lui, le \u00ab non \u00bb aurait moins de chances de l&#8217;emporter au PS et donc dans l&#8217;opinion. Car un \u00ab oui \u00bb majoritaire \u00e0 l&#8217;UMP et au PS, cela fait plut\u00f4t lourd&#8230; Et si le \u00ab non \u00bb finit par gagner l&#8217;an prochain, voil\u00e0 que Fabius risque d&#8217;asseoir sa stature de pr\u00e9sidentiable.<\/p>\n<p>C&#8217;est l\u00e0 d&#8217;ailleurs que le b\u00e2t blesse&#8230; et que la gauche du PS voit le danger. Pour l&#8217;instant, Nouveau Monde et le Nouveau Parti socialiste refusent d&#8217;additionner purement et simplement les \u00ab non \u00bb et ne veulent pas pr\u00e9juger des alliances futures. Si Fabius r\u00e9ussit en effet \u00e0 s&#8217;accaparer le discours sur le \u00ab non \u00bb, il risque de le d\u00e9poss\u00e9der des contenus d&#8217;alternative dont il doit \u00eatre porteur. Si le \u00ab non \u00bb de Fabius constitue bien un point d&#8217;appui pour triompher au PS et dans les urnes, il repr\u00e9sente \u00e9galement un danger : la mise au second plan de l&#8217;antilib\u00e9ralisme assum\u00e9 qui devrait colorer la campagne pour le \u00ab non \u00bb.<\/p>\n<p>Le \u00ab non \u00bb fabiusien introduit au PS comme une \u00ab rupture \u00e9pist\u00e9mologique \u00bb. Comme le rappelait Fran\u00e7ois Hollande il y a peu : \u00ab Ce sont les socialistes qui, depuis vingt ans, ont pris les d\u00e9cisions majeures pour l&#8217;Europe : en 1983, avec le syst\u00e8me mon\u00e9taire europ\u00e9en ; en 1986, avec l&#8217;Acte unique ; en 1992, le trait\u00e9 de Maastricht ; en 1999, celui d&#8217;Amsterdam&#8230; \u00bb Comprendre : rompre avec ce processus, c&#8217;est rompre le continuum id\u00e9ologique du parti. Ce n&#8217;est pas rien.<\/p>\n<p><strong> pour quelle europe ? <\/strong><\/p>\n<p>Elle semble bien loin, du coup, la phrase de Mitterrand qui tuait tout d\u00e9bat sur le sujet : \u00ab La France est notre patrie ; l&#8217;Europe est notre avenir&#8230; \u00bb Mais l&#8217;avenir de quoi, pour quoi faire, avec quelle vision, quelle ambition ? Nul n&#8217;\u00e9tait plus besoin de se poser ce genre de questions : la chose \u00e9tait pli\u00e9e, \u00e9vidente, limite transcendante. Ce n&#8217;est sans doute pas l&#8217;ambition de Fabius mais, \u00e0 sa mani\u00e8re, il \u00e9corne l&#8217;id\u00e9e ch\u00e8re aux partisans du \u00ab oui \u00bb selon laquelle le vote sur la Constitution est un vote pour ou contre l&#8217;Europe. Peut-\u00eatre parviendra-t-on enfin \u00e0 ce que la bonne question, celle \u00e0 laquelle le r\u00e9f\u00e9rendum de l&#8217;an prochain devrait r\u00e9pondre, soit : \u00ab De quelle Europe voulons-nous vraiment ? \u00bb<\/p>\n<p>Pour conclure, plut\u00f4t que sur sa construction, on pourrait presque avancer que c&#8217;est sur la \u00ab d\u00e9construction \u00bb europ\u00e9enne que Fabius vient de jouer. Soit, selon le grand principe \u00e9dict\u00e9 par le philosophe Jacques Derrida, \u00ab ce qui fait appara\u00eetre les contradictions internes d&#8217;un discours en sapant son unit\u00e9 apparente \u00bb. Les \u00ab contradictions internes \u00bb du discours europ\u00e9en : forc\u00e9ment lib\u00e9ral : sont effectivement bel et bien apparues. Son \u00ab unit\u00e9 apparente \u00bb : les politiques \u00ab responsables \u00bb sont forc\u00e9ment \u00ab europ\u00e9ens \u00bb : est, pour le moins, sap\u00e9e&#8230; Et si, \u00e0 partir de cette d\u00e9construction, c&#8217;\u00e9tait&#8230; la reconstruction de l&#8217;Europe qui s&#8217;en trouvait favoris\u00e9e ? Tout d\u00e9pend de ceux qui seront le plus audibles pour porter le sens du \u00ab non \u00bb. C.L.<\/p>\n<p><strong> La souverainet\u00e9 populaire n&#8217;est pas n\u00e9gociable <\/strong><\/p>\n<p>Par Jean-Luc M\u00e9lenchon, s\u00e9nateur et animateur du courant Nouveau Monde au PS<\/p>\n<p>Une constitution est un texte l\u00e9gislatif hors du commun. Toutes les lois, quelle qu&#8217;en soit la nature, qui seront vot\u00e9es ensuite devront \u00eatre conformes \u00e0 ses dispositions. D\u00e9j\u00e0 les constitutions nationales devront \u00eatre modifi\u00e9es elles-m\u00eames pour \u00eatre rendues compatibles, pr\u00e9alablement aux \u00e9ventuels r\u00e9f\u00e9rendums dans chaque pays. C&#8217;est pourquoi, d&#8217;ordinaire, on consid\u00e8re que seul le peuple souverain est l\u00e9gitime \u00e0 la fois pour la proposer et pour l&#8217;adopter. C&#8217;est pourquoi aussi les textes constitutionnels se concentrent sur l&#8217;essentiel. En fait, ils ne vont gu\u00e8re plus loin que d&#8217;\u00e9noncer les principes politiques sur lesquels reposent le fonctionnement de la communaut\u00e9 l\u00e9gale, puis les dispositions pour organiser la prise de d\u00e9cisions par les citoyens et leur mise en \u0153uvre. Telle est en tout cas la conception r\u00e9publicaine de la d\u00e9mocratie. Mais le projet de Constitution europ\u00e9enne est \u00e0 l&#8217;oppos\u00e9 de tout cela. Propos\u00e9 par un comit\u00e9 Th\u00e9odule, nomm\u00e9 et non \u00e9lu, qui a mis sur un m\u00eame pied des parlementaires et toutes sortes de pr\u00e9tendues personnalit\u00e9s qualifi\u00e9es, le texte s&#8217;\u00e9tale sur trois cent dix pages, dont une vingtaine non traduites de l&#8217;anglais. Il concerne aussi bien l&#8217;organisation des pouvoirs que la fixation des r\u00e8gles de la politique \u00e9conomique. Un peu comme <\/p>\n<p>si, pour modifier la Constitution de la <\/p>\n<p>Ve R\u00e9publique (ou ce qu&#8217;il en reste), on d\u00e9lib\u00e9rait sur un texte propos\u00e9 par le Conseil \u00e9conomique et social qui aurait int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 sa copie le Code de l&#8217;artisanat, celui de la concurrence et le Code des march\u00e9s publics pour faire bonne mesure.<\/p>\n<p>Dans ces conditions, la d\u00e9marche nie au point de d\u00e9part comme \u00e0 l&#8217;arriv\u00e9e la souverainet\u00e9 populaire dont tout devrait pourtant d\u00e9pendre dans nos d\u00e9mocraties avanc\u00e9es. D&#8217;abord, parce que ce n&#8217;est pas le peuple ou ses repr\u00e9sentants qui proposent. Ensuite, parce que son seul pouvoir est d&#8217;accepter en bloc des dispositions sans pouvoir ni les discuter ni les amender comme pourraient le faire des repr\u00e9sentants \u00e9lus pour cela dans une assembl\u00e9e constituante. Enfin, parce que le texte limite la repr\u00e9sentation des citoyens \u00e0 celle de la nation \u00e0 laquelle ils appartiennent : en effet, tout le pouvoir du dernier mot est renvoy\u00e9 \u00e0 des instances purement intergouvernementales ! O\u00f9 est alors l&#8217;intervention directe et individuelle des citoyens qui composent la nouvelle communaut\u00e9 l\u00e9gale europ\u00e9enne, comme c&#8217;est le cas dans nos syst\u00e8mes nationaux, o\u00f9 de plus la citoyennet\u00e9 est radicalement s\u00e9par\u00e9e des communaut\u00e9s d&#8217;appartenance personnelle ? Pour finir et ce n&#8217;est pas le moins, le projet de Constitution op\u00e8re un double verrouillage dont chaque tour de clef tient le suivant : pas possible de modifier le texte \u00e0 l&#8217;avenir, pas possible de changer la politique \u00e9conomique qu&#8217;il contient. Ces raisons forment ensemble la trame d&#8217;un \u00ab non \u00bb de conviction r\u00e9publicaine. Le \u00ab non \u00bb de gauche s&#8217;y adosse. Car comment imaginer une transition socialiste voulue par une majorit\u00e9 d&#8217;\u00e9lecteurs dans un cadre qui en nie non seulement le moyen d&#8217;expression d\u00e9mocratique, mais aussi le contenu \u00e9conomique ! Notez bien que cela ne concerne pas seulement le niveau europ\u00e9en de d\u00e9cision. Cela implique le niveau national o\u00f9 la souverainet\u00e9 du peuple ne peut s&#8217;exercer qu&#8217;\u00e0 la condition d&#8217;\u00eatre conforme \u00e0 ce que la Constitution permet. Exemple : avec cette Constitution, le programme commun de la gauche \u00e9tait tout simplement ill\u00e9gal. On comprend le ravissement de certains&#8230; Nous ne demandons pas, nous, au contraire des lib\u00e9raux, que notre politique \u00e9conomique soit inscrite peu ou prou dans la Constitution. Mais nous avons le droit d&#8217;exiger que, si le peuple le d\u00e9cide, la Constitution ne le lui interdise pas. Le \u00ab non \u00bb r\u00e9publicain de gauche est un plaidoyer pour le droit imprescriptible de la souverainet\u00e9 populaire.  Y a-t-il une d\u00e9mocratie possible sans cela ?<\/p>\n<p>J.-L. M. <\/p>\n<p><strong> Et les syndicats ? <\/strong><\/p>\n<p>Voil\u00e0 au moins une convergence objective entre les partis politiques et le mouvement social : si, au sein des premiers, les lignes de partage sur la Constitution europ\u00e9enne sont brouill\u00e9es, les positions des seconds ne sont pas beaucoup plus claires. L&#8217;exemple le plus \u00e9difiant vient en l&#8217;occurrence des syndicats r\u00e9unis au sein de la Conf\u00e9d\u00e9ration europ\u00e9enne des syndicats (CES). Ils sont cinq fran\u00e7ais \u00e0 en faire partie : la CFDT, la CGT, FO, la CFTC et l&#8217;UNSA. Le 13 juillet dernier, le comit\u00e9 directeur de la CES se pronon\u00e7ait pour le \u00ab oui \u00bb au projet de Constitution europ\u00e9enne. Imm\u00e9diatement, la CFDT se f\u00e9licitait de \u00ab ce progr\u00e8s dans la construction europ\u00e9enne \u00bb. Du c\u00f4t\u00e9 des autres, en revanche, silence radio quasi absolu&#8230; Il faut dire que ce \u00ab oui \u00bb de la CES constitue tout de m\u00eame un sacr\u00e9 coup de tonnerre dans le paysage syndical fran\u00e7ais. Membres de la conf\u00e9d\u00e9ration, la CGT et FO seraient donc partisans du projet de Constitution de Giscard ? !<\/p>\n<p>\u00ab Aucune d\u00e9cision n&#8217;a \u00e9t\u00e9 prise \u00e0 notre niveau !, tonne d&#8217;embl\u00e9e Guy Juckuel, charg\u00e9 des questions europ\u00e9ennes \u00e0 la CGT. La d\u00e9cision de la CES ne nous engage pas. Pas plus que nos syndicats ne se sentent pieds et poings li\u00e9s quand notre conf\u00e9d\u00e9ration adopte une position&#8230; Je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser que c&#8217;est le comit\u00e9 directeur de la CES, qui regroupe 21 membres dont la seule CFDT pour la France, qui s&#8217;est exprim\u00e9 . \u00bb Une analyse contest\u00e9e par Marie-Jos\u00e9 Fleury, secr\u00e9taire conf\u00e9d\u00e9rale \u00e0 la CFDT : \u00ab Notre fonction au sein du comit\u00e9 directeur est de repr\u00e9senter l&#8217;ensemble des organisations fran\u00e7aises. Il n&#8217;y a pas de position plus officielle&#8230; m\u00eame si nous aussi n&#8217;officialiserons notre position qu&#8217;apr\u00e8s la r\u00e9union de notre bureau national. \u00bb Force Ouvri\u00e8re prend \u00e9galement ses pr\u00e9cautions : \u00ab La CFDT fait ce qu&#8217;elle veut, grand bien lui en fasse ! Nous, nous voulons d&#8217;abord analyser ce lourd document qu&#8217;est la Constitution et nous positionner apr\u00e8s. \u00bb<\/p>\n<p>A l&#8217;UNSA et \u00e0 la CFTC, on reste \u00e9galement extr\u00eamement prudent. La conf\u00e9d\u00e9ration chr\u00e9tienne affirme qu&#8217;elle n&#8217;a \u00ab pas pris de d\u00e9cision \u00bb pour mieux souligner sa \u00ab tradition europ\u00e9iste \u00bb&#8230; L&#8217;Union nationale des syndicats autonomes entend mener le \u00ab n\u00e9cessaire d\u00e9bat \u00bb sur l&#8217;Europe car \u00ab rien n&#8217;est jamais aussi simple et si m\u00e9canique. On ne peut pas ignorer la CES mais nous ne sommes pas dans une prison non plus \u00bb, souligne Michel Guerlavais, en charge des questions europ\u00e9ennes. <\/p>\n<p>C.L.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Figure de proue du social-lib\u00e9ralisme \u00e0 la fran\u00e7aise, Laurent Fabius dit \u00ab non \u00bb au projet de  Constitution europ\u00e9enne. Au-del\u00e0 de la posture tactique, il cr\u00e9dibilise le \u00ab non \u00bb et fait bouger les lignes. Jusqu&#8217;o\u00f9 ? Analyse. Par Cyril Lozano <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[295],"class_list":["post-3356","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-nupes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3356","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3356"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3356\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3356"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3356"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3356"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}