{"id":3341,"date":"2004-11-01T14:57:00","date_gmt":"2004-11-01T13:57:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/sarkozy-mode-d-emploi3341\/"},"modified":"2004-11-01T14:57:00","modified_gmt":"2004-11-01T13:57:00","slug":"sarkozy-mode-d-emploi3341","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3341","title":{"rendered":"Sarkozy, mode d&#8217;emploi"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Craint, adul\u00e9, inqui\u00e9tant, trouble, populiste et populaire. Une ascension construite par le verbe et par l&#8217;acte. 54 % des Fran\u00e7ais veulent lui voir jouer un r\u00f4le important. Pr\u00e9sident ? Sarkozy occupe le terrain et impose son programme ultralib\u00e9ral. D\u00e9cryptage. <\/p>\n<p>par R\u00e9mi Douat<\/p>\n<p>En 1995, apr\u00e8s une trahison retentissante et mal encaiss\u00e9e, Jacques Chirac pr\u00e9conisait de se servir de Nicolas Sarkozy \u00ab comme paillasson \u00bb. Bosseur et omnipr\u00e9sent, tacticien et fin connaisseur de tambouille politique, le paria est, dix ans plus tard, le poids lourd de la vie politique fran\u00e7aise. 54 % des Fran\u00e7ais veulent lui \u00ab voir jouer un r\u00f4le important au cours des mois et ann\u00e9es \u00e0 venir \u00bb (1). Jacques Chirac entend barrer la route de l&#8217;\u00e9toile montante, notamment en le nommant ministre de l&#8217;Economie, fonction explosive o\u00f9 il est difficile de briller. Puis lui a impos\u00e9 de choisir entre le gouvernement et la t\u00eate de l&#8217;UMP. La guerre est ouverte et cela para\u00eet bien lui convenir, lui qui n&#8217;a pas de meilleur moteur que la revanche. Dans son camp, Sarkozy est craint et adul\u00e9. Tour \u00e0 tour interventionniste et lib\u00e9ral, permissif et autoritaire, il \u00e9gare, soulevant par exemple les foudres des plus lib\u00e9raux. A gauche, il inqui\u00e8te. Des voix tomberont dans son escarcelle. Il s\u00e8me le trouble, prend \u00e0 contre-pied&#8230; pour ne servir qu&#8217;un camp, le sien.<\/p>\n<p>Quelle est la recette d&#8217;une telle popularit\u00e9 ? D&#8217;abord, il use et abuse de la communication et d&#8217;aucuns assurent qu&#8217;il est \u00ab bon \u00bb, m\u00eame si certains observateurs qui le connaissent de pr\u00e8s pond\u00e8rent le jugement. \u00ab Il a un talent de communication mais j&#8217;ai du mal \u00e0 me l&#8217;expliquer, avance Anita Hausser, responsable du service politique de LCI (2). Il ne se renouvelle absolument pas et ses ficelles sont \u00e9normes. \u00bb L&#8217;expression est simple, on sait que l&#8217;homme n&#8217;aime pas les intellectuels et le leur fait savoir : \u00ab A vouloir expliquer l&#8217;inexplicable, on excuse l&#8217;inexcusable. \u00bb Une petite phrase, m\u00eame d\u00e9nu\u00e9e de sens, fait l&#8217;effet brutal d&#8217;une formule frapp\u00e9e au coin du bon sens. Etre dans l&#8217;acte et non seulement dans le verbe, voil\u00e0 son leitmotiv. Il s&#8217;exprime avec humour, ce qui conquiert l&#8217;assistance, et affiche du m\u00e9pris pour les intellos, ce qui le rapproche de cette \u00ab France d&#8217;en bas \u00bb ch\u00e8re \u00e0 Raffarin. Ainsi, pour parler du traitement par les socialistes de la \u00ab violence urbaine \u00bb, il raconte dans un meeting (3) que, quand les bus sont caillass\u00e9s, les socialistes se r\u00e9unissent avec des sociologues pour se demander \u00ab pourquoi les bus ? \u00bb Mimiques, postures et gestuelles ponctuent son discours. On passe du rictus carnassier au sourire de gendre id\u00e9al. Les mains, quant \u00e0 elles, poss\u00e8dent une large palette d&#8217;expressions. Elles d\u00e9limitent et tracent des espaces. Puis tranchent fermement.<\/p>\n<p><strong> Bon p\u00e8re de famille <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab S&#8217;il est aussi appr\u00e9ci\u00e9 dans notre pays, outre ses r\u00e9sulats en mati\u00e8re de lutte contre la d\u00e9linquance, c&#8217;est plus sur sa m\u00e9thode que sur le fond de ce qu&#8217;il propose, pose en pr\u00e9alable St\u00e9phane Roz\u00e8s, directeur de CSA et ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 Sciences Po Paris. Il a une grande capacit\u00e9 \u00e0 rep\u00e9rer et dire ses probl\u00e8mes puis \u00e0 appliquer son choix dans les alternatives possibles. La plupart de ses coll\u00e8gues, de gauche et de droite, ont tendance \u00e0 mettre en avant la contrainte et le peu de marge de man\u0153uvre dont ils disposent. \u00bb Le principe, c&#8217;est de toujours laisser penser qu&#8217;une alternative est possible, quitte \u00e0 briser certains tabous. La police souffre d&#8217;un manque de reconnaissance ? Alors ministre de l&#8217;Int\u00e9rieur, il d\u00e9cide d&#8217;instaurer les \u00ab primes de r\u00e9sultats exceptionnels \u00bb dans la police nationale. Ceux qui pensent que les fonctionnaires doivent avancer \u00e0 la r\u00e9compense applaudissent. Aujourd&#8217;hui, alors que s&#8217;applique la premi\u00e8re prime, le cafouillage est total et la lev\u00e9e de boucliers unanime dans les syndicats de policiers (4). Seulement, les cam\u00e9ras ont disparu, l&#8217;effet d&#8217;annonce s&#8217;est ajout\u00e9 au cr\u00e9dit de Sarkozy et il ne sera a priori jamais d\u00e9biteur du couac. Peu importe si son diagnostic a \u00e9t\u00e9 trop rapide et l&#8217;alternative propos\u00e9e en toc&#8230; Il a pu montrer qu&#8217;il savait trancher, c&#8217;est bien suffisant. M\u00eame principe envers le justiciable. La politique de criminalisation de la pauvret\u00e9 doubl\u00e9e de petits arrangements avec les chiffres de la d\u00e9linquance ont pu occulter \u00e0 court terme les effets d\u00e9vastateurs qu&#8217;ils ne manqueront pas d&#8217;avoir \u00e0 long terme. Parfois, m\u00eame quand les d\u00e9g\u00e2ts sont imm\u00e9diatement perceptibles, c&#8217;est encore sa d\u00e9termination qui \u00e9merge. Les prostitu\u00e9-e-s ont \u00e9t\u00e9 repouss\u00e9s dans les bois, les bordels informels ou les r\u00e9seaux internet&#8230; Bref, vers l&#8217;invisible, aggravant leurs conditions de vie. M\u00eame principe pour le camp de r\u00e9fugi\u00e9s de Sangatte. Super-Sarko, devant les cam\u00e9ras et \u00e0 bord d&#8217;un h\u00e9licopt\u00e8re, a pris le probl\u00e8me \u00e0 bras-le-corps. Aujourd&#8217;hui, loin des m\u00e9dias, ces candidats \u00e0 l&#8217;immigration errent dans les rues de Calais. Idem \u00e0 Bercy, o\u00f9, dans son intention de g\u00e9rer le pays en \u00ab bon p\u00e8re de famille \u00bb, il annonce l&#8217;\u00e9ventualit\u00e9 de vendre une partie du stock d&#8217;or de la Banque de France ! C&#8217;est simple, concret et photog\u00e9nique. Et coupe court \u00e0 tout d\u00e9bat. \u00ab Cette posture correspond \u00e0 une attente des Fran\u00e7ais, poursuit St\u00e9phane Roz\u00e8s. Le fondement de la crise du politique, au-del\u00e0 du clivage gauche\/droite, r\u00e9side dans la perception des dirigeants, ressentis comme esquivant le souhaitable au nom du possible. Ainsi leur action appara\u00eet uniquement comme une gestion, niant \u00e0 leurs yeux la politique, la citoyennet\u00e9 et m\u00eame le vote. \u00bb<\/p>\n<p><strong> \u00c9tranger dans son pays <\/strong><\/p>\n<p>Nicolas Sarkozy entend renouveler le rapport \u00e0 la politique. O\u00f9 puise-t-il son inspiration ? La piste nord-am\u00e9ricaine semble donner des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse. Engag\u00e9 dans un chemin rompant avec le gaullisme, cet atlantiste conduit sa com&#8217;comme un yankee en campagne. Il mange des pizzas, emm\u00e8ne sa petite famille en week-end \u00e0 Disneyland et n&#8217;h\u00e9site pas \u00e0 faire du jogging affubl\u00e9 d&#8217;un tee-shirt Mickey. C\u00e9cilia, omnipr\u00e9sente, elle aussi, joue \u00e0 merveille son r\u00f4le de potentielle premi\u00e8re dame. Outre-Atlantique, la presse l&#8217;aime d\u00e9j\u00e0. \u00ab Le futur leader du parti de la majorit\u00e9 \u00abcentre droit\u00bb (sic) est l&#8217;homme politique fran\u00e7ais le plus am\u00e9ricain que le pays ai jamais vu \u00bb se r\u00e9jouit le Washington Times qui le pare de toutes les vertus et voit en lui un espoir de d\u00e9crispation des relations avec les Etats-Unis. \u00ab Son attrait pour la culture populaire pourra s\u00e9duire le jeune public \u00bb, compl\u00e8te la journaliste am\u00e9ricaine. Son credo, nager \u00e0 contre-courant. \u00ab J&#8217;ai beaucoup de respect pour Tom Cruise parce que je suis cin\u00e9phile \u00bb, expliquait-il en marge de sa rencontre avec l&#8217;acteur am\u00e9ricain. Et comme il aime la musique, Sarkozy \u00e9voque fr\u00e9quemment sa passion pour Hallyday, Sardou et Barbelivien.<\/p>\n<p>Lors de sa derni\u00e8re visite aux Etats-Unis, il s&#8217;exprimait devant les \u00e9tudiants de l&#8217;universit\u00e9 de Columbia. \u00ab Le r\u00eave des familles fran\u00e7aises, c&#8217;est que leurs enfants puissent aller dans les universit\u00e9s am\u00e9ricaines. Quand nous allons au cin\u00e9ma, c&#8217;est pour voir des films am\u00e9ricains. Quand nous ouvrons nos radios, c&#8217;est pour \u00e9couter de la musique am\u00e9ricaine. Quand nos enfants apprennent une langue, c&#8217;est l&#8217;anglais (&#8230;) Nous aimons les Etats-Unis \u00bb, rapportait l&#8217;AFP. \u00ab Et si vous deveniez pr\u00e9sident ? \u00bb, interrogent les \u00e9tudiants. En substance, il donnerait plus de place au \u00ab m\u00e9rite \u00bb. A cet \u00e9gard, Sarkozy se d\u00e9clare sans d\u00e9tour comme \u00ab un \u00e9tranger dans [son] propre pays \u00bb. \u00ab Moi, je n&#8217;\u00e9tais pas destin\u00e9 \u00e0 avoir les belles places. Il a fallu aller les chercher \u00bb, conclut Nicolas \u00ab fighter \u00bb Sarkozy. Il joue l\u00e0 en terre am\u00e9ricaine un registre qui lui a beaucoup servi en France, notamment pour la justification de sa posture s\u00e9curitaire, place Beauvau. Qu&#8217;on ne lui parle pas de d\u00e9terminisme social pour expliquer la d\u00e9linquance puisqu&#8217;il est lui-m\u00eame issu de l&#8217;immigration d\u00e9sargent\u00e9e ! Un des r\u00f4les pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s de Cosette Sarkozy, fils du pauvre immigr\u00e9 hongrois. C&#8217;est vrai, la jeunesse ne fut pas facile. Maman \u00e9tait avocate, grand-p\u00e8re chirurgien et l&#8217;appartement du 17e arrondissement n&#8217;avait, avant le d\u00e9m\u00e9nagement \u00e0 Neuilly, que cinq pi\u00e8ces. Normal dans de telles conditions que les \u00e9tudes n&#8217;aient pu \u00eatre \u00e0 la hauteur. Non seulement il redouble sa sixi\u00e8me mais en plus il ne fait pas l&#8217;ENA. Quoi qu&#8217;il en soit, m\u00eame si la d\u00e9tresse de la famille Sarkozy \u00e9tait toute relative, le terme de revanche reste souvent attach\u00e9 \u00e0 son propos. M\u00e9rite et ascension sont pour lui les valeurs supr\u00eames.<\/p>\n<p><strong> Pied droit, pied gauche <\/strong><\/p>\n<p>M\u00eame si, au d\u00e9part, l&#8217;enjeu fut l&#8217;extraction de cette bourgeoisie moyenne vers plus de panache, sa v\u00e9ritable qu\u00eate fut celle de surmonter le handicap politique de n&#8217;avoir ni nom, ni fief, ni argent. Comment pallier ces infortunes ? La premi\u00e8re pierre de la m\u00e9thode Sarkozy est pos\u00e9e tr\u00e8s t\u00f4t dans sa biographie de Georges Mandel. Se trouver un p\u00e8re politique et se rendre indispensable aupr\u00e8s de lui, comme Mandel le fit avec Clemenceau, a \u00e9t\u00e9 longtemps un outil d&#8217;accession vers le pouvoir. Le 29 avril 1983, \u00e0 la suite d&#8217;un coup de force contre Charles Pasqua, son mentor d&#8217;alors, il est \u00e9lu maire de Neuilly : \u00ab je les ai tous niqu\u00e9s \u00bb, se serait \u00e9cri\u00e9 le plus jeune maire de France. La m\u00e9thode deviendra une habitude malgr\u00e9 son ind\u00e9niable facult\u00e9 \u00e0 se rendre incontournable. En 1993, il se fait nommer ministre du Budget d&#8217;Edouard Balladur, entamant ainsi une longue rivalit\u00e9 avec Jacques Chirac, autre p\u00e8re adoptif et mod\u00e8le. Malgr\u00e9 tout, il parvient \u00e0 s&#8217;imposer \u00e0 nouveau en 2002, lors de la r\u00e9\u00e9lection de Chirac. \u00ab Il poss\u00e8de une incroyable capacit\u00e9 \u00e0 rebondir \u00bb, commente Nicolas Domenach, r\u00e9dacteur en chef de Marianne. Mais ce n&#8217;est pas uniquement dans cette implacable d\u00e9termination \u00e0 creuser son sillon qu&#8217;il faut chercher le succ\u00e8s de Sarkozy.<\/p>\n<p>Selon une image qu&#8217;il a utilis\u00e9e en priv\u00e9, il faut, pour marcher correctement, aller sur ses deux pieds. Le droit et le gauche. Il a donc, notamment au cours de son action au gouvernement, lourdement assum\u00e9 sa droite, ce qui dans le parti gaulliste ne va pas de soi. D\u00e9complex\u00e9, il a rendu une fiert\u00e9 certaine \u00e0 la droite et les militants lui en sont reconnaissants. Mais de mani\u00e8re plus surprenante, il a aussi assur\u00e9 son pied gauche. Anim\u00e9 par l&#8217;obsession de ne pas se construire l&#8217;image d&#8217;un homme monolithique, il a pour seule r\u00e8gle de ne pas en avoir et foule sans complexe des terres habituellement fr\u00e9quent\u00e9es par la gauche. Certaines amiti\u00e9s le montrent : l&#8217;historien et ex-conseiller de Mitterrand, Jean-Michel Gaillard, est un proche. Bernard-Henri L\u00e9vy aussi. Nicolas Domenach, d&#8217;un hebdo qui a priori ne lui est pas favorable, ne cache pas son admiration pour ce \u00ab Shogun, ce seigneur de guerre \u00bb. A quoi peut bien servir un journaliste \u00ab de gauche \u00bb \u00e0 un homme de droite ? \u00ab C&#8217;est un peu un agent double, r\u00e9pond le journaliste, capable d&#8217;offrir un retour critique. \u00bb Ce genre de proximit\u00e9 n&#8217;est pas seulement anecdotique, mais plut\u00f4t le fruit d&#8217;une option politique qui d\u00e9stabilise ses adversaires.<\/p>\n<p><strong> \u00ab D\u00e9mago \u00bb et \u00ab populiste \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>Avec la suppression de la double peine, il a d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9 l&#8217;opposition, la contournant sur sa propre gauche et prenant son camp \u00e0 contre-pied. Le gagnant politique, Sarkozy. M\u00eame principe r\u00e9cemment sur le dossier des d\u00e9localisations, \u00e0 l&#8217;Assembl\u00e9e nationale : \u00ab Quand vous \u00eates un employ\u00e9 peu qualifi\u00e9 d&#8217;une PMI sous-traitante dans un bassin industriel vieillissant, vous \u00eates naturellement plus expos\u00e9 qu&#8217;un cadre sup\u00e9rieur d&#8217;une grande compagnie d&#8217;assurances. \u00bb Dans la foul\u00e9e, il d\u00e9nonce \u00ab l&#8217;immobilisme \u00bb et \u00ab l&#8217;option ultralib\u00e9rale qui est un v\u00e9ritable d\u00e9ni de r\u00e9alit\u00e9 mais reposante pour les responsables politiques \u00bb. Sur les bancs de gauche on entend fuser des noms d&#8217;oiseaux : \u00ab d\u00e9mago ! \u00bb, \u00ab populiste ! \u00bb. Dans les actes, le ministre de l&#8217;Economie dit se reconna\u00eetre dans le rapport Camdessus command\u00e9 par ses bons soins et rendu public mi-octobre. Il pourrait, selon lui, faire d\u00e9coller la croissance. Au programme, affaiblissement du CDI et des droits des salari\u00e9s, contournement du r\u00e9gime des heures sup&#8217;, rel\u00e8vement, selon la CGT, des exon\u00e9rations des obligations sociales pour les entreprises ou encore diminution des effectifs de la fonction publique. Les principales organisations syndicales d\u00e9noncent un recul sur le droit du travail. Il faut aussi retenir de son passage \u00e0 Bercy de fort bonnes nouvelles fiscales pour les plus riches. Mais Sarkozy insiste : \u00ab Il n&#8217;y a qu&#8217;en France qu&#8217;on pense que je suis lib\u00e9ral \u00bb, a-t-il d\u00e9clar\u00e9 lors d&#8217;un d\u00e9placement au Luxembourg.<\/p>\n<p>L&#8217;anecdote rapport\u00e9e par un journaliste allemand en dit long sur son talent de marionnettiste. Dans un avion qui vole vers une usine Alstom, le ministre demande \u00e0 un assistant de lui rappeler la situation de l&#8217;entreprise. Il \u00e9carte d&#8217;un revers de manche le rapport technique que l&#8217;\u00e9narque lui propose. Selon le journaliste, le ministre a secou\u00e9 la t\u00eate : \u00ab Ce n&#8217;est pas ce que je veux entendre. D\u00e9crivez-moi la situation d&#8217;Alstom comme si votre p\u00e8re travaillait l\u00e0-bas et qu&#8217;il soit inquiet pour son emploi. \u00bb M\u00eame si de l&#8217;avis g\u00e9n\u00e9ral, c&#8217;est un bosseur acharn\u00e9, \u00ab il n&#8217;est pas un homme de dossiers \u00bb, avance Anita Hausser. Patrice Leclerc, conseiller g\u00e9n\u00e9ral communiste des Hauts-de-Seine, travaille avec Sarkozy, pr\u00e9sident du Conseil g\u00e9n\u00e9ral. Et confirme : \u00ab Il s&#8217;en fout. Interrog\u00e9 sur un dossier, il nous renvoie aux \u00e9narques qui l&#8217;entourent. Au final, c&#8217;est lui qui tranche. C&#8217;est un homme de symbole. \u00bb Cons\u00e9quence, il ne s&#8217;exprime pas comme un technocrate, une des cl\u00e9s de sa diff\u00e9rence.<\/p>\n<p>Comment cet homme qui, depuis les caf\u00e9s qu&#8217;il servait \u00e0 la permanence de Neuilly, a toujours jou\u00e9 sa popularit\u00e9 sur le terrain, va-t-il s&#8217;y prendre pour conserver la main jusqu&#8217;\u00e0 la lointaine \u00e9ch\u00e9ance pr\u00e9sidentielle ? Qui plus est \u00e0 la t\u00eate d&#8217;un parti. Si l&#8217;on en croit un de ses proches \u00e0 Bercy, il veut cultiver cette ubiquit\u00e9 travaill\u00e9e sans rel\u00e2che. Il va r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 un projet politique, travailler aux pr\u00e9occupations des Fran\u00e7ais et faire du terrain, explique-t-il en substance. Bref, poursuivre la course \u00e0 la pr\u00e9sidentielle. \u00ab L&#8217;Elys\u00e9e est son objectif de chaque seconde \u00bb, raconte Patrice Leclerc.<\/p>\n<p><strong> Nostalgique des flics <\/strong><\/p>\n<p>Mais comment continuer \u00e0 draguer \u00e0 gauche ? \u00ab A la t\u00eate de l&#8217;UMP, il va m\u00e9caniquement perdre en popularit\u00e9, r\u00e9pond St\u00e9phane Roz\u00e8s. Etre au service d&#8217;un camp et, qui plus est, d&#8217;une formation politique n&#8217;est jamais gage de popularit\u00e9. En outre le risque pour lui serait de se distinguer id\u00e9ologiquement de Matignon et de l&#8217;Elys\u00e9e par une posture lib\u00e9rale sur le plan \u00e9conomique alors que le pays ne l&#8217;est plus. Au sein m\u00eame de la droite on est plus conservateur que lib\u00e9ral. \u00bb Le pronostic de Nicolas Domenach est un peu diff\u00e9rent. \u00ab C&#8217;est un indocile et il va le montrer. Sa personnalit\u00e9 et son parcours le lui dictent. C&#8217;est un sacr\u00e9 d\u00e9fi et quand il en voit passer un, il le lui faut. \u00bb Il a effectivement d\u00e9j\u00e0 jet\u00e9 les bases d&#8217;une forme de libert\u00e9 vis-\u00e0-vis des usages. Les usages, Sarkozy les explique en pr\u00e9ambule de sa profession de foi envoy\u00e9e aux militants : \u00ab Bien \u00e9videmment, l&#8217;UMP doit soutenir le gouvernement et l&#8217;action du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. \u00bb Mais il va au-del\u00e0. \u00ab Pour le faire avec efficacit\u00e9, l&#8217;UMP doit \u00eatre un espace de libert\u00e9, de cr\u00e9ativit\u00e9, d&#8217;ouverture \u00bb, poursuit-il. On est pr\u00e9venu. Les anecdotes spectaculaires ne manquent pas. Le 8 octobre dernier, \u00e0 la sortie d&#8217;une rencontre avec le Medef, il se jette sur les flics : \u00ab A quel groupement appartenez-vous ? Avez-vous des probl\u00e8mes ? Vous me manquez ! \u00bb lance-t-il \u00e0 la mani\u00e8re d&#8217;un Jack Lang, ministre de la Culture perp\u00e9tuel (5). Enfin, Nicolas Sarkozy va voyager. Quand il fait du tourisme, la France s&#8217;en souvient. C&#8217;est de New York qu&#8217;il est revenu avec la tol\u00e9rance z\u00e9ro dans ses bagages. R.D.<\/p>\n<p>2. Anita Hausser est auteure de Sarkozy, itin\u00e9raire d&#8217;une <\/p>\n<p>ambition, \u00e9ditions de l&#8217;Archipel.<\/p>\n<p>3. Rapport\u00e9 par Cuverville, journal d&#8217;information satirique \u00e0 Toulon. www.cuverville.org<\/p>\n<p>4. http:\/\/www.alliance-police-nationale.com\/<\/p>\n<p>5. Rapport\u00e9 par le Canard encha\u00een\u00e9 du 13 octobre.<\/p>\n<p>Pr\u00eacheur du dimanche<\/p>\n<p>Il avait promis un \u00ab feu d&#8217;artifice \u00bb jusqu&#8217;\u00e0 son d\u00e9part du minist\u00e8re, voici le bouquet final. Sarkozy s&#8217;attaque, dans un livre paru fin octobre, \u00e0 la la\u00efcit\u00e9 et \u00e0 la place de l&#8217;islam. Il affirme sa \u00ab culture \u00bb, \u00ab tradition \u00bb et \u00ab confession \u00bb catholique et estime que la religion est un \u00ab \u00e9l\u00e9ment civilisateur \u00bb. Vis-\u00e0-vis de l&#8217;islam, sujet de premier plan selon lui, il se prononce encore une fois pour la discrimination positive. Il \u00e9voque aussi le Conseil fran\u00e7ais du culte musulman, le voile, \u00ab probl\u00e8me plus profond \u00bb que sa partie visible, pour arriver au c\u0153ur du sujet, l&#8217;\u00e9volution de la loi de 1905 : implication de l&#8217;Etat dans la formation des clercs, financement plus \u00ab dynamique \u00bb des cultes&#8230; Concernant les religions en Europe, Sarkozy estime n\u00e9cessaire de mentionner la primaut\u00e9 de l&#8217;h\u00e9ritage chr\u00e9tien dans le pr\u00e9ambule de la Constitution. Il est en outre \u00ab prudent \u00bb et \u00ab r\u00e9serv\u00e9 \u00bb sur l&#8217;entr\u00e9e de la Turquie. <\/p>\n<p>Nicolas Sarkozy, La R\u00e9publique, les religions, <\/p>\n<p>l&#8217;esp\u00e9rance. Entretiens avec le pr\u00eatre Philippe Verdin et le <\/p>\n<p>philosophe Thibaud Collin, \u00e9ditions du Cerf, 176 p., 17 e<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Craint, adul\u00e9, inqui\u00e9tant, trouble, populiste et populaire. Une ascension construite par le verbe et par l&#8217;acte. 54 % des Fran\u00e7ais veulent lui voir jouer un r\u00f4le important. Pr\u00e9sident ? Sarkozy occupe le terrain et impose son programme ultralib\u00e9ral. 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