{"id":334,"date":"1997-01-01T00:00:00","date_gmt":"1996-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/sous-les-pieds-des-refugies-un-des334\/"},"modified":"1997-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1996-12-31T23:00:00","slug":"sous-les-pieds-des-refugies-un-des334","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=334","title":{"rendered":"Sous les pieds des r\u00e9fugi\u00e9s, un des plus riches sous-sols d&#8217;Afrique"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>Aper\u00e7u g\u00e9o-politique<strong> Trois pays de la r\u00e9gion des grands lacs d&#8217;Afrique, le Za\u00efre, le Burundi et le Rwanda ont destin li\u00e9. L&#8217;origine des conflits qui jettent des milliers de pauvres gens sur les routes est moins ethnique qu&#8217;il n&#8217;y para\u00eet. Le sous-sol extr\u00eamement riche du Sud et de l&#8217;Est za\u00efrois attire les rivalit\u00e9s &#8211; fort peu humanitaires &#8211; des Etats-Unis et de la France. <\/strong><\/p>\n<p>Za\u00efre, Burundi, Rwanda. Une origine commune, la proximit\u00e9, les oppositions et les haines accumul\u00e9es, expliquent que tout \u00e9v\u00e9nement se produisant dans l&#8217;un des pays a imm\u00e9diatement des r\u00e9percussions chez les deux autres. En avril 1994, \u00e0 la mort du pr\u00e9sident du Rwanda, victime d&#8217;un attentat, un g\u00e9nocide est perp\u00e9tr\u00e9: entre 500 000 et un million de Rwandais, essentiellement du groupe de population appel\u00e9 les Tutsis, sont massacr\u00e9s, avant que le Front Patriotique Rwandais (FPR), &#8211; \u00e0 majorit\u00e9 tutsie et dont les membres vivaient en exil en Ouganda o\u00f9 il a re\u00e7u soutien et aide &#8211; parvienne \u00e0 chasser l&#8217;arm\u00e9e et les milices hutus, auteurs du g\u00e9nocide, et prenne le pouvoir.<\/p>\n<p> <strong> Avec le soutien des militaires fran\u00e7ais <\/strong><\/p>\n<p>Dans les troupes du FPR se trouvaient \u00e9galement alors des Za\u00efrois. Chass\u00e9s quelques temps plus t\u00f4t de leur pays, pr\u00e9sents depuis plus de 200 ans au Za\u00efre, mais ayant des anc\u00eatres rwandais, ils avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9chus de leur nationalit\u00e9 et expropri\u00e9s par le r\u00e9gime mobutiste. Ils avaient choisi la fuite vers l&#8217;Ouganda o\u00f9 certains ont rejoint les camps d&#8217;entra\u00eenement du FPR. Le sort fait \u00e0 ces populations au Za\u00efre \u00e9tait directement li\u00e9 \u00e0 la conception mobutiste de la &#8221; d\u00e9mocratisation&#8221;. Menac\u00e9 par la vague de lib\u00e9ralisation qui traversait l&#8217;Afrique au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, le mar\u00e9chal Mobutu avait entrepris de la piloter lui-m\u00eame ! Ainsi furent cr\u00e9\u00e9s plusieurs centaines de partis, r\u00e9pliques caricaturales de l&#8217;ancien parti unique, et pour beaucoup, fond\u00e9s sur des all\u00e9geances ethniques. C&#8217;est dans ce contexte qu&#8217;a commenc\u00e9 la chasse aux &#8221; non-originaires&#8221;, marqu\u00e9e par les massacres de Masisi, une ville du Nord-Kivu, et par l&#8217;exil forc\u00e9 de ces populations vers l&#8217;Ouganda.<\/p>\n<p>Comble de l&#8217;ironie, le g\u00e9n\u00e9ral Mobutu alors mis au ban de la communaut\u00e9 internationale, allait saisir l&#8217;occasion des tragiques \u00e9v\u00e9nements du Rwanda pour se refaire une l\u00e9gitimit\u00e9. Avec le soutien des militaires fran\u00e7ais, il accueillait au Za\u00efre les r\u00e9fugi\u00e9s hutus &#8211; auxquels s&#8217;\u00e9taient m\u00eal\u00e9s les responsables des massacres programm\u00e9s &#8211; fuyant l&#8217;avanc\u00e9e de l&#8217;arm\u00e9e du FPR. Pendant deux ans, dans des camps de fortune, avec la complicit\u00e9 de l&#8217;arm\u00e9e za\u00efroise, les assassins se sont abrit\u00e9s derri\u00e8re des populations prises en otage et emp\u00each\u00e9es de rentrer au Rwanda par la peur et le chantage. Le nouveau pouvoir rwandais essentiellement tutsi (3 minist\u00e8res sont tenus par des personnalit\u00e9s ind\u00e9pendantes du FPR; le pr\u00e9sident, Pasteur Bizimungu, est un Hutu, membre du FPR) affirmait vouloir assurer la s\u00e9curit\u00e9 des r\u00e9fugi\u00e9s qui rentreraient dans leur pays. C&#8217;est pourquoi, en alliance avec divers groupes za\u00efrois et par accord tacite avec le gouvernement rwandais, ces exil\u00e9s za\u00efrois ont, sous le nom de Banyamulenge, repris les armes pour tenter de faire d&#8217;une pierre deux coups: se d\u00e9barrasser de Mobutu et s\u00e9curiser la fronti\u00e8re du Rwanda et du Burundi.<\/p>\n<p>Les int\u00e9r\u00eats contradictoires des Etats, que l&#8217;on rencontre dans bien d&#8217;autres r\u00e9gions du monde, mais aussi la parent\u00e9 des populations des trois pays, et l&#8217;errance des r\u00e9fugi\u00e9s lient inextricablement les probl\u00e8mes les uns aux autres. La grille de lecture ethnique de la situation, insuffisante, peut conduire \u00e0 des consid\u00e9rations simplistes. Certes, les diff\u00e9rences ont le plus souvent \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9es en termes ethnique par les populations: ce sont bien les Tutsis qui ont \u00e9t\u00e9 massivement vis\u00e9s en avril 1994, au Rwanda et il y a bien eu g\u00e9nocide. Mais les Hutus progressistes, favorables \u00e0 une r\u00e9partition des pouvoirs, sur une base non ethnique pr\u00e9cis\u00e9ment, ont \u00e9t\u00e9 parmi les premi\u00e8res victimes.<\/p>\n<p>Au Burundi, le Front d\u00e9mocratique (FRODEBU) s&#8217;il est majoritairement hutu (\u00e0 l&#8217;image de la population burundaise) comprend aussi des Tutsis adversaires du pouvoir pr\u00e9c\u00e9dent. Aussi les r\u00e8glements de compte, tant apr\u00e8s l&#8217;assassinat du pr\u00e9sident Ndyaye qu&#8217;apr\u00e8s le coup d&#8217;Etat, touchent les deux communaut\u00e9s. On voit combien l&#8217;approche ethnique emp\u00eache de poser les probl\u00e8mes r\u00e9els et peut donc servir d&#8217;alibi aux d\u00e9tenteurs de pouvoir peu d\u00e9sireux de le l\u00e2cher. Mobutu jette des groupes minoritaires en p\u00e2ture \u00e0 la vindicte de son peuple \u00e9puis\u00e9 par des d\u00e9cennies d&#8217;exploitation, pour mieux garder un pouvoir patrimonial ou m\u00eame familial. Tactique \u00e9prouv\u00e9e et mani\u00e9e par les dictateurs depuis l&#8217;ind\u00e9pendance. Le recours ethnique ou clanique est \u00e9galement le refuge des faibles et des innocents que ne prot\u00e8gent pas ou plus les autorit\u00e9s, quand elles ne sont pas elles-m\u00eames responsables des massacres (1).<\/p>\n<p> <strong> Pour \u00e9teindre les incendies allum\u00e9es par les politiques <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;explication ethnique des \u00e9v\u00e9nements rassure les opinions publiques occidentales, que l&#8217;id\u00e9e d&#8217;une violence atavique des ethnies africaines conforte dans leur vision du continent, et qui, en ce domaine, font toute confiance au r\u00f4le de l&#8217;humanitaire, appel\u00e9 \u00e0 \u00e9teindre des incendies allum\u00e9s par les politiques. L&#8217;ethnicisation permet aussi de ne jamais poser les questions en termes de r\u00e8glement durable et elle occulte la responsabilit\u00e9 des grandes puissances. Ainsi la chute des cours du caf\u00e9, seule ressource d&#8217;exportation des deux Etats, programm\u00e9e dans les Etats du Nord, est-elle g\u00e9n\u00e9ralement ignor\u00e9e; or elle produisit une rage des paysans qui s&#8217;est traduite sur le plan ethnique. Par ailleurs, le Burundi, comme pr\u00e9c\u00e9demment le Liberia et la Somalie, b\u00e9n\u00e9ficiait, avant 1993, d&#8217;un soutien au d\u00e9veloppement massif que l&#8217;aide humanitaire est venue remplacer. Il y a une forme de pathologie des anciens clients des grandes puissances: &#8221; On l&#8217;a constat\u00e9 dans beaucoup de pays mais c&#8217;est particuli\u00e8rement vrai pour le Burundi et le Rwanda: la distribution prolong\u00e9e de nourriture est extr\u00eamement nuisible \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie locale. Ces deux pays \u00e9taient parmi les rares en Afrique \u00e0 \u00eatre autosuffisants sur le plan alimentaire. Ils effectuaient deux \u00e0 trois r\u00e9coltes par an. Or, on les habitue \u00e0 vivre de l&#8217;aide alimentaire. Peu \u00e0 peu, ils perdent donc le r\u00e9flexe de cultiver plus et, parall\u00e8lement de nouvelles habitudes alimentaires se cr\u00e9ent (&#8230;). Or il est \u00e9vident qu&#8217;on ne r\u00e9soudra pas le probl\u00e8me du sous-d\u00e9veloppement en Afrique en distribuant \u00e0 tous ses habitants des rations alimentaires&#8221;.(2)<\/p>\n<p> <strong> Dans la logique de s\u00e9lection de &#8221; zones utiles &#8221; en Afrique <\/strong><\/p>\n<p>A l&#8217;\u00e9poque de la guerre froide, le Za\u00efre \u00e9tait un \u00e9l\u00e9ment essentiel du camp occidental sur le continent africain. Situ\u00e9 au centre g\u00e9ographique de l&#8217;Afrique, il a des fronti\u00e8res avec 11 pays et ouvre aussi bien sur l&#8217;Afrique Australe, sur la Corne \u00e0 l&#8217;est, que sur l&#8217;Ouest p\u00e9trolier. Et surtout, il regorge de minerais de toutes sortes, en quantit\u00e9 in\u00e9gal\u00e9e ailleurs. Soutier des occidentaux, le mar\u00e9chal Mobutu tient depuis plus de 30 ans le pays, \u00e0 coup d&#8217;exactions et de pillage organis\u00e9 du territoire. Le changement des ann\u00e9es 1990 l&#8217;a rendu moins utile et moins fr\u00e9quentable, voire encombrant. Les Etats-Unis et la Belgique l&#8217;ont abandonn\u00e9, et ont stopp\u00e9 l&#8217;aide financi\u00e8re. Priv\u00e9 des subsides du FMI, Mobutu utilise pour gouverner sa fortune personnelle qui se confond largement avec les finances za\u00efroises. La France s&#8217;est d\u00e9marqu\u00e9e de l&#8217;attitude de ses alli\u00e9s, et a continu\u00e9 de le soutenir, renfor\u00e7ant son r\u00f4le dans la r\u00e9gion en s&#8217;implantant militairement au Rwanda au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. Son projet, jamais vraiment avou\u00e9: constituer un p\u00f4le francophone face \u00e0 un possible p\u00f4le anglophone avec ses relais tutsis (Ouganda, Kenya, Burundi). D\u00e9barrass\u00e9s de la menace sovi\u00e9tique, les Occidentaux peuvent laisser libre cours \u00e0 leur concurrence. Les Etats-Unis ont affirm\u00e9 qu&#8217;il n&#8217;y avait plus de chasse gard\u00e9e en Afrique et la succession du mar\u00e9chal Mobutu ouvrira la question de la mainmise sur le pactole za\u00efrois. Les Etats-Unis ont tiss\u00e9 un r\u00e9seau d&#8217;alliances dans cette r\u00e9gion: le pr\u00e9sident ougandais Yoweri Museveni, s&#8217;est rapproch\u00e9 des deux r\u00e9gimes pro-am\u00e9ricains du Nord, l&#8217;Erythr\u00e9e et l&#8217;Ethiopie; l&#8217;a\u00e9roport de Kigali et le r\u00e9seau routier rwandais repr\u00e9sentent un point d&#8217;appui militaire de premi\u00e8re importance en Afrique de l&#8217;Est et pour l&#8217;ouverture sur l&#8217;oc\u00e9an Indien; le vice-Pr\u00e9sident du Rwanda, Paul Kagame a \u00e9t\u00e9 form\u00e9 aux Etats-Unis (3).<\/p>\n<p>Ce faisceau de circonstances conduit la diplomatie fran\u00e7aise \u00e0 continuer \u00e0 jouer contre vents et mar\u00e9es la carte Mobutu. Cela explique son insistance \u00e0 r\u00e9clamer une intervention militaire pour pr\u00e9server l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 du Za\u00efre. Paris craint le d\u00e9crochage de trois r\u00e9gions riches, dont le Kivu agricole &#8211; voire p\u00e9trolier et gazier &#8211; qui jouxte le Burundi et le Rwanda. Mais aussi le Shaba (ex-Katanga) et le Kasa\u00ef qui regorgent de ressources min\u00e9rales (cuivre, cobalt, diamants, etc.). Dans la logique de la s\u00e9lection de &#8221; zones utiles &#8221; en Afrique, des regroupements tels que les r\u00e9alisent dans les faits les Banyamulenge avec leurs alli\u00e9s tutsis du Rwanda ne sont pas impensables. On est ici bien loin d&#8217;une solution durable et admissible pour tous. En revanche, l&#8217;\u00e9clatement d&#8217;un pays comme le Za\u00efre (200 groupes ethniques ! &#8221; un mille-feuilles de populations &#8221; selon Colette Braeckmann) ouvrirait une \u00e8re de souffrances extr\u00eames pour les populations.<\/p>\n<p>Depuis 1993, l&#8217;ancien pr\u00e9sident tanzanien, Julius Nyerere travaille en concertation avec presque toutes les parties \u00e0 trouver un accord possible. Les accords dits &#8221; d&#8217;Arusha &#8221; ont \u00e9t\u00e9 an\u00e9antis par le g\u00e9nocide de 1994 et les \u00e9v\u00e9nements qui ont suivi. Cependant, dans le m\u00eame esprit, le partage des pouvoirs, \u00e0 l&#8217;africaine, (obtenu par la n\u00e9gociation et tenant compte des diff\u00e9rences), le principe de l&#8217;intangibilit\u00e9 des fronti\u00e8res, et le retour de tous les r\u00e9fugi\u00e9s chez eux sont des conditions incontournables pour un r\u00e9glement acceptable. Au contraire, le jeu des divisions des grandes puissances souffle sur les braises d&#8217;un feu mal \u00e9teint, attis\u00e9 par les massacres r\u00e9cents.<\/p>\n<p>1. Politique africaine, premier trimestre 1996, notamment l&#8217;article de D.Bangoura &#8221; Etat et s\u00e9curit\u00e9 en Afrique &#8220;.<\/p>\n<p>2. La D\u00e9mocratie pyromane, livre d&#8217;entretien entre Ahmedou Ould Abdallah et Stephen Smith, Calmann L\u00e9vy, 1996<\/p>\n<p>3. Bonnie Campbell analyse, dans Politique africaine du premier trimestre 1996, la reconceptualisation de l&#8217;Etat par les organismes de financement multilat\u00e9raux et l&#8217;United States Agency for International Developpment.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-334","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/334","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=334"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/334\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=334"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=334"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=334"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}