{"id":3337,"date":"2004-11-01T14:07:00","date_gmt":"2004-11-01T13:07:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/georgie-enjeu-de-convoitises3337\/"},"modified":"2004-11-01T14:07:00","modified_gmt":"2004-11-01T13:07:00","slug":"georgie-enjeu-de-convoitises3337","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3337","title":{"rendered":"G\u00e9orgie, enjeu de convoitises"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Pauvre mais strat\u00e9gique, la G\u00e9orgie, cette petite r\u00e9publique du Caucase, est un carrefour vers les richesses en hydrocarbures de la mer Caspienne. Int\u00e9r\u00eats europ\u00e9ens, am\u00e9ricains et russes s&#8217;y rencontrent. Retour sur un chantier g\u00e9opolitique. <\/p>\n<p>PAR GA\u00cbL GUICHARD<\/p>\n<p> Tous les G\u00e9orgiens pensent que l&#8217;Europe est notre destin final et qu&#8217;il faut poursuivre le cours de l&#8217;int\u00e9gration europ\u00e9enne. C&#8217;est pour nous la priorit\u00e9 (1) \u00bb d\u00e9clarait le pr\u00e9sident Mikhail Sakaashvili en janvier 2004. En huit mois, la diplomatie europ\u00e9enne a multipli\u00e9 ses \u00e9changes avec ce pays du Caucase. Le 17 ao\u00fbt, celui-ci appelait \u00e0 la tenue d&#8217;une conf\u00e9rence internationale pour r\u00e9gler le conflit qui l&#8217;oppose \u00e0 la r\u00e9gion s\u00e9cessionniste d&#8217;Oss\u00e9tie du Sud. A cette occasion, Mikhail Sakaashvili pr\u00e9cisait que \u00ab l&#8217;Organisation pour la s\u00e9curit\u00e9 et la coop\u00e9ration en Europe devait \u00eatre impliqu\u00e9e activement dans cette recherche d&#8217;une solution pacifique durable \u00bb.<\/p>\n<p>Appel\u00e9e \u00e0 la rescousse par la G\u00e9orgie, l&#8217;Europe tente de se poser en pacificatrice entre Moscou, Tbilissi et Washington. La position officielle est claire : \u00ab L&#8217;Assembl\u00e9e parlementaire et le Conseil de l&#8217;Europe soutiendront les autorit\u00e9s g\u00e9orgiennes dans leur volont\u00e9 d&#8217;assurer le respect de l&#8217;ordre constitutionnel dans leur pays par le dialogue et des moyens pacifiques \u00bb (2). L&#8217;Europe pr\u00f4ne une solution n\u00e9goci\u00e9e, non violente, en faveur de l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 territoriale et de la souverainet\u00e9 de la Georgie dans ses fronti\u00e8res internationalement reconnues.<\/p>\n<p>Une position qui heurte Moscou, que Bruxelles continue de vilipender sur la Tch\u00e9tch\u00e9nie, tout en cherchant \u00e0 temp\u00e9rer la politique de \u00ab rollback \u00bb (3), parfois agressive, pratiqu\u00e9e par les Etats-Unis. \u00ab C&#8217;est d&#8217;autant plus difficile que Tbilissi est branch\u00e9 22h\/24 sur Washington \u00bb, soulignent, en apart\u00e9, des repr\u00e9sentants fran\u00e7ais. Les Am\u00e9ricains, qui soutiennent la G\u00e9orgie pour qu&#8217;elle signe son Plan de partenariat individuel avec l&#8217;OTAN, ont envoy\u00e9 une trentaine de conseillers militaires priv\u00e9s, charg\u00e9s d&#8217;aider la G\u00e9orgie \u00e0 restructurer ses forces arm\u00e9es. Gelant dans la foul\u00e9e le processus de retrait des troupes russes en territoire g\u00e9orgien tel que pr\u00e9vu dans le trait\u00e9 d&#8217;Istanbul sign\u00e9 par les deux pays sous l&#8217;\u00e9gide de l&#8217;OSCE, en 1999, et qui pr\u00e9voit le d\u00e9mant\u00e8lement total des bases.<\/p>\n<p><strong> MOSCOU-TBILISSI, la discorde <\/strong><\/p>\n<p>Cette discorde entre Moscou et Tbilissi s&#8217;est raviv\u00e9e avec les pr\u00e9tentions g\u00e9orgiennes \u00e0 restaurer l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 territoriale d&#8217;un pays ressemblant plus \u00e0 un puzzle qu&#8217;\u00e0 une nation. Russes et G\u00e9orgiens se renvoient l&#8217;accusation d&#8217;entretenir le terrorisme international. Moscou accuse la G\u00e9orgie d&#8217;\u00eatre une zone d&#8217;entra\u00eenement et de retranchement pour les combattants tch\u00e9tch\u00e8nes, notamment dans la r\u00e9gion montagneuse des gorges de Pankisi. Tbilissi r\u00e9torque que les bases militaires russes fournissent en armement des s\u00e9paratistes oss\u00e8tes, abkhazes et&#8230; tch\u00e9tch\u00e8nes.<\/p>\n<p>La G\u00e9orgie est membre du Conseil de l&#8217;Europe depuis le 27 avril 1999. Parmi les engagements pris lors de son adh\u00e9sion figurent le respect des droits de l&#8217;Homme, le respect de la libert\u00e9 de parole et des m\u00e9dias et la mise en place de modifications constitutionnelles, dans le respect des droits des minorit\u00e9s. Mais le d\u00e9coupage stalinien a marqu\u00e9 les mentalit\u00e9s. Apr\u00e8s l&#8217;accession \u00e0 l&#8217;ind\u00e9pendance de la G\u00e9orgie, l&#8217;Adjarie, l&#8217;Abkhazie et l&#8217;Oss\u00e9tie du Sud ont manifest\u00e9 des vell\u00e9it\u00e9s s\u00e9paratistes, l\u00e9gitim\u00e9es par la constitution de la R\u00e9publique sovi\u00e9tique socialiste de G\u00e9orgie. L&#8217;Abkhazie et l&#8217;Oss\u00e9tie du Sud ont proclam\u00e9 leur ind\u00e9pendance et se sont engag\u00e9es dans un conflit militaire avec le pouvoir central.<\/p>\n<p>Si les Oss\u00e8tes et les Abkhazes sont des peuples non g\u00e9orgiens, l&#8217;Adjarie est peupl\u00e9e de G\u00e9orgiens islamis\u00e9s. Elle n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 en conflit arm\u00e9 avec les autorit\u00e9s centrales, mais a \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9e depuis l&#8217;ind\u00e9pendance par Aslan Abachidz\u00e9, soutenu par Moscou. En juin 2004, l&#8217;Adjarie l&#8217;a mise en \u00e9chec en \u00e9lisant \u00e0 une tr\u00e8s forte majorit\u00e9 les repr\u00e9sentants du parti soutenu par le pouvoir central \u00e0 la nouvelle chambre autonome. Cette victoire \u00e9lectorale du chef de l&#8217;Etat avait \u00e9t\u00e9 comment\u00e9e par des repr\u00e9sentants europ\u00e9ens : \u00ab Sakaashvili a remport\u00e9 une manche, mais il sait qu&#8217;il va le payer tr\u00e8s cher. Les Russes ne le laisseront pas gagner aussi facilement sur l&#8217;Oss\u00e9tie. \u00bb<\/p>\n<p><strong> diplomatie europ\u00e9enne <\/strong><\/p>\n<p>Elu \u00e0 la pr\u00e9sidence le 4 janvier dernier, Mikhail Sakaashvili a pris la t\u00eate d&#8217;un pays de pr\u00e8s de 5 millions d&#8217;habitants \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie ruin\u00e9e et d\u00e9pendante de la Russie pour ses exportations : 1,33 million d&#8217;euros de dettes, des pans entiers de l&#8217;industrie qui ne fonctionnent plus, d\u00e9flation et r\u00e9cession li\u00e9es \u00e0 la crise du rouble russe de 1998-1999.<\/p>\n<p>Ses deux principales fronti\u00e8res la relient \u00e0 la Turquie et \u00e0 la Russie. Si la premi\u00e8re est candidate \u00e0 l&#8217;\u00e9largissement, la seconde voit d&#8217;un \u0153il inquiet sa sph\u00e8re d&#8217;influence r\u00e9tr\u00e9cir. Pauvre mais strat\u00e9gique, la G\u00e9orgie est un carrefour vers les richesses en hydrocarbures de la mer Caspienne avec un front \u00e9tendu sur la mer Noire. De ce fait, \u00ab l&#8217;Union europ\u00e9enne n&#8217;a aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce qu&#8217;un conflit larv\u00e9 perdure \u00bb, explique-t-on dans les couloirs diplomatiques. Encore moins \u00e0 ce qu&#8217;un conflit ouvert se d\u00e9clare. La construction de l&#8217;ol\u00e9oduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, qui doit transporter le p\u00e9trole de la mer Caspienne vers la Turquie et l&#8217;Europe, a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e \u00e0 une compagnie dont 50 % des capitaux sont fran\u00e7ais. Outre qu&#8217;il doit mettre un terme au monopole russe de transport des hydrocarbures vers l&#8217;Europe, le trac\u00e9 a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 pour contourner les zones en guerre du Caucase nord et les r\u00e9gions s\u00e9cessionnistes de G\u00e9orgie.<\/p>\n<p>C&#8217;est dans ce contexte que s&#8217;est produit le coup de th\u00e9\u00e2tre abkhaze, le 4 octobre. Le r\u00e9sultat de l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle en Abkhazie a consacr\u00e9 la victoire \u00e9crasante du candidat soutenu par le pr\u00e9sident g\u00e9orgien. Ces r\u00e9sultats, contest\u00e9s pour irr\u00e9gularit\u00e9s par les deux principaux candidats, y compris celui sortant, n&#8217;ont pas encore \u00e9t\u00e9 valid\u00e9s par la Cour supr\u00eame. Ils signalent un possible revirement de la population akbkhaze en faveur de Sakaashvili. Et donnent raison \u00e0 la diplomatie europ\u00e9enne. L&#8217;Oss\u00e9tie du Sud serait alors isol\u00e9e comme seule r\u00e9gion s\u00e9cessionniste dans un pays qui tente par la concorde de se reconstruire \u00e9conomiquement. <\/p>\n<p>G.G.<\/p>\n<p>1. Interview accord\u00e9e \u00e0 RFI le 7 janvier 2004.<\/p>\n<p>2. Notes d&#8217;Evgeni Kirilov (Bulgarie), corapporteur sur la G\u00e9orgie aupr\u00e8s de l&#8217;Assembl\u00e9e parlementaire du Conseil de l&#8217;Europe, sur une conf\u00e9rence sur l&#8217;organisation constitutionnelle de la G\u00e9orgie, <\/p>\n<p>Tbilissi, 18-19 mai 2004.<\/p>\n<p>3. Cette th\u00e9orie qui pr\u00e9conise d&#8217;agir pour un reflux des positions russes dans ses pays voisins a pris le relais de la politique dite de \u00ab containment \u00bb qui visait \u00e0 limiter l&#8217;influence sovi\u00e9tique \u00e0 ses proches satellites.<\/p>\n<p><strong> CHRONOLOGIE <\/strong><\/p>\n<p>1801<\/p>\n<p>La G\u00e9orgie est int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 l&#8217;Empire russe du tsar Alexandre Ier. Les G\u00e9orgiens sont fractionn\u00e9s en des sous-ensembles <\/p>\n<p>ethniques et r\u00e9gionaux (Mingr\u00e9lie, Im\u00e9r\u00e9tie, Kakh\u00e9tie, Karthv\u00e9lie, Svanie, etc.), afin d&#8217;affaiblir les soul\u00e8vements de protestation.<\/p>\n<p>1921<\/p>\n<p>Les troupes sovi\u00e9tiques envahissent <\/p>\n<p>le pays qui est incorpor\u00e9 \u00e0 l&#8217;URSS pour former, avec l&#8217;Arm\u00e9nie et l&#8217;Azerba\u00efdjan, la R\u00e9publique socialiste f\u00e9d\u00e9rative sovi\u00e9tique de Transcaucasie.<\/p>\n<p>1936<\/p>\n<p>Dans le cadre de la r\u00e9organisation administrative de l&#8217;Asie centrale organis\u00e9e par Staline (originaire de pays), la G\u00e9orgie devient la R\u00e9publique socialiste sovi\u00e9tique de G\u00e9orgie, comprenant deux r\u00e9publiques autonomes, l&#8217;Abkhazie et l&#8217;Adjarie et une r\u00e9gion autonome, l&#8217;Oss\u00e9tie du Sud. Le russe remplace le g\u00e9orgien comme langue officielle.<\/p>\n<p>1990<\/p>\n<p>L&#8217;Oss\u00e9tie du Sud s&#8217;autoproclame r\u00e9publique ind\u00e9pendante. Elle r\u00e9it\u00e8re sa demande de rattachement \u00e0 l&#8217;Oss\u00e9tie du Nord, qui fait partie de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie, et fait appel \u00e0 cette derni\u00e8re pour obtenir un soutien logistique et arm\u00e9.<\/p>\n<p>1992<\/p>\n<p>L&#8217;URSS effondr\u00e9e, la G\u00e9orgie min\u00e9e par la guerre civile, Edouard Chevardnadze, populaire pour avoir r\u00e9tabli le g\u00e9orgien comme langue officielle du pays, devient chef de l&#8217;Etat.<\/p>\n<p>La r\u00e9gion du nord-ouest de la G\u00e9orgie, la R\u00e9publique autonome d&#8217;Abkhazie, d\u00e9clare son ind\u00e9pendance. La r\u00e9gion entre alors dans un conflit de plus de quinze mois avec le reste du pays, d\u00e9bouchant sur une impasse politique.<\/p>\n<p>1994<\/p>\n<p>Une force de maintien de la paix, compos\u00e9e de quatre parties (russe, g\u00e9orgienne, oss\u00e8te du Sud et oss\u00e8te du Nord) est \u00e9tablie en Oss\u00e9tie du sud. Des pourparlers sont enclench\u00e9s.<\/p>\n<p>2004<\/p>\n<p>Le 4 janvier, Mikhail Sakaashvili, le candidat de l&#8217;opposition \u00e0 Chevardnadze, soutenu par Moscou, est \u00e9lu pr\u00e9sident. Son programme : combattre la corruption \u00e9tatique, r\u00e9tablir l&#8217;Etat de droit et relancer l&#8217;\u00e9conomie.<\/p>\n<p>Le 1er ao\u00fbt, Tbilissi annonce qu&#8217;elle veut r\u00e9unifier le territoire national en rattachant \u00e0 la G\u00e9orgie la R\u00e9publique d&#8217;Oss\u00e9tie du Sud, autoproclam\u00e9e en 1992, et masse des troupes sur la fronti\u00e8re. Dans la nuit du 10 au 11 ao\u00fbt, la capitale, Tskhinvali, est bombard\u00e9e par les forces g\u00e9orgiennes.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Pauvre mais strat\u00e9gique, la G\u00e9orgie, cette petite r\u00e9publique du Caucase, est un carrefour vers les richesses en hydrocarbures de la mer Caspienne. Int\u00e9r\u00eats europ\u00e9ens, am\u00e9ricains et russes s&#8217;y rencontrent. 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