{"id":3321,"date":"2004-03-01T14:18:00","date_gmt":"2004-03-01T13:18:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/energie-nucleaire-un-debat-atomise3321\/"},"modified":"2004-03-01T14:18:00","modified_gmt":"2004-03-01T13:18:00","slug":"energie-nucleaire-un-debat-atomise3321","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3321","title":{"rendered":"\u00e9nergie nucl\u00e9aire, un d\u00e9bat atomis\u00e9"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Le nucl\u00e9aire civil est une question \u00e9pineuse. Alors que se profile sa relance avec une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de r\u00e9acteurs (EPR), les anti haussent le ton et le d\u00e9bat national promis par le gouvernement brille par son absence.<\/p>\n<p>Une manif d\u00e9but 2004 offrait la photographie d&#8217;un face-\u00e0-face vieux comme le nucl\u00e9aire. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, 10 000 porteurs de banderoles d\u00e9filant \u00e0 reculons pour refuser \u00ab ce retour en arri\u00e8re \u00bb que serait la relance du nucl\u00e9aire. De l&#8217;autre, les d\u00e9fenseurs de l&#8217;atome, qui, par voie de presse, opposent la n\u00e9cessit\u00e9 de faire face \u00e0 des besoins \u00e9nerg\u00e9tiques croissants. Au centre de la pol\u00e9mique, la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de r\u00e9acteurs EPR (European Pressurized Reactor) qui attend toujours le feu vert du gouvernement et pr\u00e9figure une relance de la fili\u00e8re. L&#8217;EPR est techniquement controvers\u00e9 : \u00ab dernier avatar d&#8217;une technologie d\u00e9pass\u00e9e \u00bb pour Benjamin Dessus (voir entretien) et capitalisation du meilleur des technologies franco-allemandes pour Francis Sorin, directeur du p\u00f4le information de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise d&#8217;\u00e9nergie nucl\u00e9aire.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 d&#8217;une forc\u00e9ment trop simple dichotomie entre pro et antinucl\u00e9aire, ce retour des mobilisations peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme le signe d&#8217;un manque de d\u00e9bat \u00e0 l&#8217;heure de choix importants sur la politique \u00e9nerg\u00e9tique. Le r\u00e9seau Sortir du nucl\u00e9aire, qui organisait la manif et f\u00e9d\u00e8re 688 associations, syndicats et partis (1), estime que, face \u00e0 la d\u00e9termination du gouvernement, de l&#8217;administration et des industriels de la fili\u00e8re, l&#8217;opposition devrait s&#8217;intensifier. \u00ab Pour nous, les vrais utopistes sont les pro-nucl\u00e9aires, ass\u00e8ne Fr\u00e9d\u00e9ric Marillier, charg\u00e9 de campagne pour Greenpeace France. Comment y voir un avenir \u00e9conomique dans un tel contexte de d\u00e9clin. Il y a peu de probabilit\u00e9 d&#8217;exporter ce r\u00e9acteur. \u00bb D&#8217;ailleurs, n&#8217;est-ce pas un signe qu&#8217;il ait \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment boud\u00e9 par la Chine ? En face, on objecte une commande ferme de la Finlande et on glisse \u00ab la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir les comp\u00e9tences \u00bb au niveau international, r\u00e9cemment invoqu\u00e9e par le premier ministre lui-m\u00eame. Autant d&#8217;arguments qui viennent se t\u00e9lescoper et renforcer un sentiment d&#8217;absence de construction concert\u00e9e d&#8217;un <\/p>\n<p>avenir \u00e9nerg\u00e9tique viable. Signe au plus haut niveau d&#8217;une paralysie du dialogue, l&#8217;interminist\u00e9riel entre Ecologie, Industrie et Transports semble en panne, t\u00e9moignant encore d&#8217;une absence de lecture globale.<\/p>\n<p>Dans les rangs de Sortir du nucl\u00e9aire, on estime qu&#8217;il faut s&#8217;emparer de la question : \u00ab Face \u00e0 la relance consid\u00e9r\u00e9e comme une \u00e9vidence incontournable, nous assistons \u00e0 une saine prise de conscience, explique St\u00e9phane Lhomme, porte-parole du r\u00e9seau Sortir du nucl\u00e9aire. La seule perspective possible, c&#8217;est la r\u00e9duction de la consommation. \u00bb La France a dans ce domaine une forte pente \u00e0 remonter : selon la Banque mondiale (2), un Fran\u00e7ais aurait consomm\u00e9, en 2000, 47 % d&#8217;\u00e9nergie de plus qu&#8217;un Italien, 10 % de plus qu&#8217;un Anglais et 6,5 % de plus qu&#8217;un Allemand. A l&#8217;\u00e9chelle mondiale, un Am\u00e9ricain consomme dix fois plus d&#8217;\u00e9nergie qu&#8217;un terrien moyen. Dans ce contexte, efficacit\u00e9 et sobri\u00e9t\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique semblent d\u00e9passer les clivages partisans. M\u00eame Jacques Chirac, auteur de la reprise des essais dans le Pacifique, avait ouvert la voie au sommet de la Terre de Johannesburg avec des envol\u00e9es \u00e9colos de circonstance. Les termes de \u00ab durable \u00bb et \u00ab renouvelable \u00bb deviennent arguments politiques incontournables.<\/p>\n<p>Autre consensus : peu osent aujourd&#8217;hui pr\u00e9senter s\u00e9rieusement des solutions alternatives cl\u00e9s en main. Reste que dans ce contexte de peu de concertation, la perspective de l&#8217;EPR ne rassure pas le r\u00e9seau Sortir du nucl\u00e9aire : \u00ab Le plus inqui\u00e9tant, insiste le responsable de Greenpeace, c&#8217;est que ce retour du nucl\u00e9aire d\u00e9tournerait les moyens financiers et humains des enjeux que nous soulevons. Peut-on mener de front relance nucl\u00e9aire et r\u00e9el travail de diversification \u00e9nerg\u00e9tique ? \u00bb Dans ce d\u00e9bat, le b\u00e9otien a bien du mal \u00e0 s&#8217;y retrouver. EPR, d\u00e9pass\u00e9 ou pas ? Nucl\u00e9aire, \u00e9nergie d&#8217;avenir ou pas ? Au-del\u00e0 des enjeux \u00e9conomiques et environnementaux, c&#8217;est v\u00e9ritablement une question de d\u00e9mocratie que soul\u00e8vent ces interrogations et la faiblesse du d\u00e9bat. R.D.<\/p>\n<p>1. Parmi lesquels Greenpeace, les Verts, la LCR, la Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne&#8230;<\/p>\n<p>2. Chiffres publi\u00e9s et analys\u00e9s dans Alternatives \u00e9conomiques n\u00b0 215, juin 2003.<\/p>\n<p>Luc Foulquier*<\/p>\n<p>\u00ab Pas de r\u00e9ponse aux besoins \u00e9nerg\u00e9tiques sans le nucl\u00e9aire \u00bb<\/p>\n<p>* Luc Foulquier est ing\u00e9nieur, chercheur en \u00e9cologie.<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat sur la question du nucl\u00e9aire a-t-il eu lieu ?<\/p>\n<p>Luc Foulquier : Le vrai probl\u00e8me porte sur la nature du d\u00e9bat que l&#8217;on souhaite avoir. Pour les \u00ab anti \u00bb, le d\u00e9bat commence \u00e0 partir du moment ou l&#8217;on arr\u00eate le nucl\u00e9aire, sans autre forme de dialogue. Ce n&#8217;est pas une mani\u00e8re de prendre la question. On est devant des totalitarismes, des deux c\u00f4t\u00e9s. Or, il faut faire vivre les contradictions, se battre pour la diversit\u00e9. Par ailleurs, je m&#8217;\u00e9tonne de cette focalisation sur le nucl\u00e9aire. On en parle plus que d&#8217;AZF, par exemple. Or, le risque industriel et environnemental est consid\u00e9rable. De nombreux sujets scientifiques m\u00e9ritent un vrai d\u00e9bat. Enfin, je ne crois pas que les orientations scientifiques peuvent \u00eatre prises par r\u00e9f\u00e9rendum permanent. Tout le monde ne peut pas \u00eatre sp\u00e9cialiste de tout.<\/p>\n<p>Le public a-t-il seulement eu l&#8217;occasion de s&#8217;emparer de la question ?<\/p>\n<p>Luc Foulquier : En regardant de mani\u00e8re concr\u00e8te ce qui s&#8217;est pass\u00e9 depuis un an, on constate qu&#8217;il \u00e9tait possible de s&#8217;inviter au d\u00e9bat. Les r\u00e9unions \u00e9taient publiques, peu y sont all\u00e9s et beaucoup ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 la politique de la chaise vide. C&#8217;est dommage. Les r\u00e9unions sont pourtant nombreuses, y compris \u00e0 un niveau national : les associations scientifiques, le PCF, les Verts, ATTAC, la F\u00eate de l&#8217;Humanit\u00e9, le Forum social europ\u00e9en&#8230; Autant d&#8217;occasions d&#8217;en parler. Jamais nous n&#8217;avions vu autant d&#8217;articles de presse sur le nucl\u00e9aire, l&#8217;\u00e9olien, EPR ou ITER&#8230;Peut-\u00eatre a-t-on pu avoir la sensation d&#8217;absence de d\u00e9bat, mais il a bien eu lieu.<\/p>\n<p>Faut-il faire l&#8217;EPR ?<\/p>\n<p>Luc Foulquier : Est-on capable de r\u00e9pondre aux besoins \u00e9nerg\u00e9tiques ? Voil\u00e0 la question qui doit guider la r\u00e9flexion. Dans cette perspective, il faut \u00e9videmment se lancer dans l&#8217;EPR sans quoi des lendemains difficiles se pr\u00e9parent. Bien que je sois favorable aux \u00e9oliennes, par exemple, il ne faut laisser dire que cela puisse \u00eatre une solution possible de remplacement. Par ailleurs, nous devons respecter les accords de Kyoto sur la r\u00e9duction d&#8217;\u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre. Comment peut-on r\u00e9soudre cette question sans le nucl\u00e9aire ? La meilleure solution se trouve dans la diversification. Les \u00e9l\u00e9ments naturels, canicules, grands froids&#8230; nous imposent d&#8217;\u00eatre toujours en surcapacit\u00e9. Nous en avons eu r\u00e9cemment l&#8217;illustration \u00e0 New York, lorsque la ville s&#8217;est retrouv\u00e9e plong\u00e9e dans le noir. Les probl\u00e8mes rencontr\u00e9s en Californie s&#8217;expliquent par la non-diversification des ressources \u00e9nerg\u00e9tiques.<\/p>\n<p>Est-il pertinent de pr\u00e9senter la question sous la forme de l&#8217;alternative nucl\u00e9aire ou effet de serre ?<\/p>\n<p>Luc Foulquier : Absolument. On peut expliquer \u00e7a par la question centrale des transports. Le nucl\u00e9aire constitue 25 % de l&#8217;\u00e9nergie en France. La question d&#8217;\u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre reste enti\u00e8re, avec l&#8217;utilisation massive de p\u00e9trole. Alors, comment d\u00e9velopper le ferroutage pour r\u00e9duire la consommation de fioul sans production \u00e9lectrique suffisante pour faire fonctionner les trains ? On ne peut pas dire d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 que le TGV nous est et nous sera utile, puis d&#8217;un autre expliquer qu&#8217;il faut arr\u00eater le nucl\u00e9aire. M\u00eame en augmentant de mani\u00e8re significative l&#8217;\u00e9olien ou d&#8217;autres techniques, et je pense qu&#8217;il faut le faire, on ne r\u00e9sout pas le probl\u00e8me de la demande \u00e9nerg\u00e9tique. C&#8217;est l\u00e0 que je diverge d&#8217;avec les antinucl\u00e9aires.<\/p>\n<p>Le Danemark, souvent pris en exemple, est le pays le plus pollueur d&#8217;Europe pour les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre parce qu&#8217;ils doivent recourir au charbon et au p\u00e9trole. S&#8217;ils avaient une centrale nucl\u00e9aire, ce ne serait pas le cas. En Allemagne, ils continuent de travailler sur le nucl\u00e9aire, parce qu&#8217;ils savent qu&#8217;ils vont y revenir.<\/p>\n<p>Quelle doivent \u00eatre les places de l&#8217;efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique et de la sobri\u00e9t\u00e9 ?<\/p>\n<p>Luc Foulquier : Il ne faut pas opposer les termes du probl\u00e8me. Quoi qu&#8217;il en soit, les besoins augmentent, alors il n&#8217;y a pas d&#8217;autre solution que le nucl\u00e9aire si l&#8217;on veut r\u00e9pondre aux besoins de tous. Il ne faut pas occulter que la moiti\u00e9 de l&#8217;humanit\u00e9 manque d&#8217;\u00e9nergie. Par ailleurs, l&#8217;\u00e9conomie des ressources fossiles, (gaz, charbon et p\u00e9trole) est indispensable. Il n&#8217;en reste que pour quelques d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement de l&#8217;efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique doit aussi faire partie de l&#8217;\u00e9quation. Il faut tout mener de front. Travailler uniquement \u00e0 \u00e9conomiser l&#8217;\u00e9nergie ne fonctionne pas. Il faut aussi se poser les questions jusqu&#8217;au bout. Le silicium des panneaux solaires, par exemple, est une mati\u00e8re polluante. Et puis si l&#8217;on veut travailler sur l&#8217;efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, c&#8217;est une raison de plus pour \u00eatre attentif au projet ITER.<\/p>\n<p>Le projet ITER communique sur une technologie \u00ab presque \u00bb acquise. Que peut-on dire des perspectives \u00e9nerg\u00e9tiques et de la s\u00e9curit\u00e9 ?<\/p>\n<p>Luc Foulquier : ITER est un projet scientifique qui s&#8217;inscrit dans le long terme et ce n&#8217;est effectivement pas pour tout de suite. Et la seule mani\u00e8re de partir gagnant, c&#8217;est de croire au projet. Mais je m&#8217;\u00e9tonne que certains fassent mine de d\u00e9couvrir que pour l&#8217;heure seule la fission est ma\u00eetris\u00e9e, et non la fusion, sur laquelle repose ce projet . En ce qui concerne la s\u00fbret\u00e9, l&#8217;explosion est par d\u00e9finition impossible. Le processus demande la pr\u00e9sence de tritium radioactif, qui pose peu de probl\u00e8me de radioprotection humaine. Il n&#8217;y aurait plus de question de d\u00e9chets. Les avantages sont consid\u00e9rables : ce serait un atout de taille pour lutter contre la rar\u00e9faction des ressources fossiles ou encore contre les pressions \u00e9conomiques, politiques et militaires li\u00e9es au p\u00e9trole et au gaz. Recueilli par R.D.<\/p>\n<p>Benjamin Dessus*<\/p>\n<p>\u00abLe nucl\u00e9aire en France souffre de monolithisme culturel \u00bb<\/p>\n<p>*Benjamin Dessus est ing\u00e9nieur, \u00e9conomiste et pr\u00e9sident de Global Chance. Il a longtemps dirig\u00e9 le programme ECODEV du CNRS. Il est co-auteur du rapport \u00ab Etude \u00e9conomique prospective de la fili\u00e8re \u00e9lectrique nucl\u00e9aire \u00bb <\/p>\n<p>command\u00e9 en 2000 par Lionel Jospin.<\/p>\n<p>A-t-on vraiment eu le grand d\u00e9bat promis par le gouvernement sur la question du nucl\u00e9aire ?<\/p>\n<p>Benjamin Dessus : On a bien eu un d\u00e9bat sur l&#8217;\u00e9nergie, mais qui a \u00e9vit\u00e9 d&#8217;aborder vraiment la question du nucl\u00e9aire. Sauf pour dire, dans le Livre blanc (1), qu&#8217;il faut garder l&#8217;option nucl\u00e9aire ouverte afin d&#8217;\u00eatre pr\u00eat vers 2020 \u00e0 engager un nouveau programme de construction de centrales. Nous avons alors assist\u00e9 \u00e0 un jeu de poker menteur entre la ministre de l&#8217;Industrie, Nicole Fontaine, Jean-Pierre Raffarin et le lobby nucl\u00e9aire. La premi\u00e8re conseillant au second de valider tout de suite le projet de d\u00e9monstrateur EPR, propos\u00e9 par les pro-nucl\u00e9aires, et Raffarin disant en substance qu&#8217;il n&#8217;en \u00e9tait pas question sans d\u00e9bat pr\u00e9alable. Au final, il n&#8217;y a pas eu discussion. On a pu v\u00e9rifier une fois encore la force de la pression des tenants du nucl\u00e9aire, administration du minist\u00e8re de l&#8217;Industrie et industriels du nucl\u00e9aire en t\u00eate. Il n&#8217;y a toujours pas de dossier officiel du gouvernement pour justifier ce projet. Au point que le travail contradictoire r\u00e9dig\u00e9 par Global Chance r\u00e9pond en fait \u00e0 une absence totale de vrai dossier sur la n\u00e9cessit\u00e9 ou pas de lancement \u00e0 court terme d&#8217;un EPR.<\/p>\n<p>Vous concluez dans vos travaux \u00e0 l&#8217;inutilit\u00e9 d&#8217;un tel projet. Pourquoi ?<\/p>\n<p>Benjamin Dessus : Nous l&#8217;avions d\u00e9j\u00e0 d\u00e9montr\u00e9, avec Charpin et Pellat, en 2000. Depuis, les choses n&#8217;ont gu\u00e8re \u00e9volu\u00e9. M\u00eame dans le pire sc\u00e9nario, celui d&#8217;une croissance maximum de la consommation d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9, on n&#8217;a pas besoin de nouvelle centrale de base importante avant 2025. D&#8217;un point de vue \u00e9conomique, les co\u00fbts de r\u00e9f\u00e9rence calcul\u00e9s par la DGEMP sont fond\u00e9s sur des m\u00e9thodes de calcul qui me semblent contestables et sur la base de donn\u00e9es uniquement en provenance d&#8217;AREVA. Ces chiffres sont syst\u00e9matiquement 20 % plus faibles que ceux que nous avions retenus avec Charpin et Pellat, avec l&#8217;accord de tout le monde, il y a trois ans. Et quand on pose des questions, on nous r\u00e9pond que c&#8217;est secret. Dans ces conditions, comment exercer un jugement, si ce n&#8217;est n\u00e9gatif ?<\/p>\n<p>Du point de vue de la s\u00e9curit\u00e9, ce r\u00e9acteur dit de troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration n&#8217;offre pas de progr\u00e8s notable. C&#8217;est m\u00eame plut\u00f4t pire  puisque l&#8217;EPR propos\u00e9 emploie plus de plutonium que les centrales existantes, alors qu&#8217;il induit plus de risques de prolif\u00e9ration que l&#8217;uranium. Du point de vue des d\u00e9chets les plus dangereux, on fait un progr\u00e8s de 15 \u00e0 20 %, ce qui n&#8217;est pas significatif.<\/p>\n<p>En fait, l&#8217;EPR appara\u00eet plus comme le dernier avatar d&#8217;une technologie des ann\u00e9es 50 (les premiers r\u00e9acteurs des sous-marins am\u00e9ricains) que comme une technologie d&#8217;avenir.<\/p>\n<p>Outre la force du lobby nucl\u00e9aire que vous \u00e9voquez, qu&#8217;est-ce qui emp\u00eache ou parasite le d\u00e9bat sur l&#8217;\u00e9nergie ?<\/p>\n<p>Benjamin Dessus : La longue histoire militaro-gaullienne et le secret qui entourait la bombe ont marqu\u00e9 les m\u0153urs. Aujourd&#8217;hui, l&#8217;opacit\u00e9 demeure et l&#8217;administration pr\u00e9tend toujours savoir pour tout le monde ce qui est bon ou pas pour la communaut\u00e9 nationale. Au-del\u00e0, je suis convaincu que l&#8217;administration, en connivence avec l&#8217;industrie nucl\u00e9aire, se r\u00e9v\u00e8le assez partisane et incomp\u00e9tente. Le Livre blanc, par exemple, rec\u00e8le des fautes factuelles importantes. J&#8217;ai le sentiment d&#8217;une communaut\u00e9 administrative et industrielle autour du CEA, de la Cogema et de Framatome enferm\u00e9e sur elle-m\u00eame et depuis trop longtemps dans une forteresse. Elle souffre d&#8217;un dangereux monolithisme culturel, qui finit par la rendre incomp\u00e9tente par absence de d\u00e9bat et de contradiction interne.<\/p>\n<p>Qu&#8217;est-ce qui peut ouvrir le d\u00e9bat ?<\/p>\n<p>Benjamin Dessus : L&#8217;exemple europ\u00e9en a un r\u00f4le \u00e0 jouer. L&#8217;association Global Chance invite r\u00e9guli\u00e8rement nos voisins pour entendre leur exp\u00e9rience. On constate que des grands pays \u00ab s\u00e9rieux \u00bb comme l&#8217;Allemagne, la Belgique ou l&#8217;Angleterre prennent des directions tr\u00e8s diff\u00e9rentes des n\u00f4tres. Cela signifie bien qu&#8217;elles sont \u00ab d\u00e9battables \u00bb. Quand les Allemands ont d\u00e9cid\u00e9 de sortir du nucl\u00e9aire, la r\u00e9action de la France fut d&#8217;expliquer qu&#8217;ils se trompaient et qu&#8217;ils allaient s\u00fbrement changer d&#8217;avis tr\u00e8s vite. En revanche, jamais les Allemands n&#8217;ont dit cela de l&#8217;action de la France. M\u00eame quand ils ne sont pas d&#8217;accord, ils ne commencent pas par dire que c&#8217;est impossible. L&#8217;Allemagne n&#8217;est pas isol\u00e9e dans cette d\u00e9cision. Notre entourage europ\u00e9en se pose la question du nucl\u00e9aire et de l&#8217;effet de serre et y r\u00e9pond diff\u00e9remment de nous. Cela pourrait au moins nous interroger. Mais nous restons sur nos certitudes. Pour ces raisons, l&#8217;approche altermondialiste est int\u00e9ressante : elle diversifie les sources d&#8217;information et contourne un monologue franco-fran\u00e7ais bloqu\u00e9.<\/p>\n<p>Poss\u00e8de-t-on suffisamment d&#8217;informations sur le projet ITER qui compte sur la fusion nucl\u00e9aire ?<\/p>\n<p>Benjamin Dessus : Ici encore, la question du bilan global n&#8217;est pas pos\u00e9e. Pour l&#8217;instant, le solde \u00e9nerg\u00e9tique est tr\u00e8s n\u00e9gatif. En clair, \u00e7a ne marche pas. Mais si cela devait marcher un jour, cela serait-il aussi efficace qu&#8217;on le pr\u00e9tend et sans dommage pour l&#8217;environnement ? On ne le sait pas et, plus grave, on ne se pose pas vraiment la question. D&#8217;abord on nous explique que la fusion ne fait pas de d\u00e9chets. De toute \u00e9vidence, c&#8217;est vrai, la fusion ne fait pas de d\u00e9chets de fission comme ceux que l&#8217;on conna\u00eet dans les centrales actuelles. Seulement, la fusion a pour objet de cr\u00e9er le plus grand nombre de neutrons possible, neutrons dix fois plus \u00e9nerg\u00e9tiques que ceux des centrales traditionnelles. Le fonctionnement du r\u00e9acteur implique qu&#8217;ils viennent heurter des parois m\u00e9talliques, les fragilisant et les rendant radioactives. Quand il faudra les changer, ce qui ne manquera pas d&#8217;arriver souvent (une fois par an), nous serons en pr\u00e9sence de d\u00e9chets radioactifs. Deuxi\u00e8mement, ITER implique la pr\u00e9sence de tritium, \u00e9l\u00e9ment extr\u00eamement dangereux du point de vue de la radioactivit\u00e9 et de la prolif\u00e9ration. Un accident \u00e9quivaudrait \u00e0 un Tchernobyl. Cela m\u00e9rite des pr\u00e9cautions majeures et surtout de ne pas dire qu&#8217;un tel r\u00e9acteur est absolument sans danger. D&#8217;ailleurs le prix Nobel de physique Koshiba \u00e9crit tout simplement qu&#8217;il n&#8217;a rien contre la fusion mais surtout pas au Japon, c&#8217;est beaucoup trop dangereux.<\/p>\n<p>Que faut-il faire \u00e9voluer dans les mentalit\u00e9s pour mieux appr\u00e9hender la question du nucl\u00e9aire et plus globalement de l&#8217;\u00e9nergie pour demain ?<\/p>\n<p>Benjamin Dessus : Il faut d&#8217;abord pr\u00e9senter les termes du probl\u00e8me correctement. Savoir si l&#8217;on veut davantage d&#8217;\u00e9olien ou de nucl\u00e9aire est une question de deuxi\u00e8me ordre bien que cela soit toujours pr\u00e9sent\u00e9 comme la question centrale. La premi\u00e8re pr\u00e9occupation devrait \u00eatre la mod\u00e9ration de la consommation. A l&#8217;horizon 2050 et \u00e0 d\u00e9veloppement \u00e9quivalent, il y a un facteur deux entre la consommation des sc\u00e9narios sobres et celle des sc\u00e9narios \u00ab laisser faire \u00bb. C&#8217;est l\u00e0 que sont les vraies marges de man\u0153uvre. C&#8217;est l\u00e0 que les mentalit\u00e9s doivent \u00e9voluer au-del\u00e0 du progr\u00e8s technique. Aujourd&#8217;hui, par exemple, on sait qu&#8217;on consomme l&#8217;\u00e9quivalent de deux tranches nucl\u00e9aires pour les veilles de nos appareils m\u00e9nagers. C&#8217;est consid\u00e9rable, alors qu&#8217;il suffirait de faire une r\u00e9glementation imposant des interrupteurs sur nos appareils. L&#8217;Etat doit aider le citoyen \u00e0 \u00eatre responsable. Inciter, l\u00e9gif\u00e9rer, r\u00e9glementer, taxer, produire du discours public&#8230; Les outils sont nombreux. Mais pour l&#8217;heure, le moins qu&#8217;on en puisse dire, c&#8217;est que, au nom de la libert\u00e9 individuelle et du march\u00e9, nous n&#8217;en prenons pas la voie. Recueilli par R.D.<\/p>\n<p>1. Le Livre blanc sur les \u00e9nergies est \u00e0 t\u00e9l\u00e9charger sur www.industrie.gouv.fr<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Le nucl\u00e9aire civil est une question \u00e9pineuse. Alors que se profile sa relance avec une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de r\u00e9acteurs (EPR), les anti haussent le ton et le d\u00e9bat national promis par le gouvernement brille par son absence.<\/p>\n","protected":false},"author":569,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-3321","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3321","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/569"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3321"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3321\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3321"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3321"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3321"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}