{"id":3291,"date":"2004-05-01T14:45:00","date_gmt":"2004-05-01T12:45:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/paysage-syndical-a-jardiner3291\/"},"modified":"2004-05-01T14:45:00","modified_gmt":"2004-05-01T12:45:00","slug":"paysage-syndical-a-jardiner3291","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3291","title":{"rendered":"Paysage syndical \u00e0 jardiner"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> R\u00e9gionales, \u00e9lections professionnelles, mouvements sociaux : comment ces \u00e9v\u00e9nements ont-ils model\u00e9 le paysage syndical ? Au del\u00e0 de la recherche de nouvelles marques, un constat commun : le besoin de convergences, d&#8217;unit\u00e9 et de projets alternatifs. Par KARINE GANTIN <\/p>\n<p>Avec la fracassante d\u00e9faite de la droite aux \u00e9lections r\u00e9gionales, une France hostile au tout-lib\u00e9ral s&#8217;est manifest\u00e9e. S&#8217;est-elle ragaillardie au point de tourner d\u00e9finitivement la page des d\u00e9ceptions et frustrations provoqu\u00e9es par le mouvement des retraites ? Se pr\u00e9pare-t-elle peut-\u00eatre, face au nouveau dossier de la r\u00e9forme de la S\u00e9curit\u00e9 sociale, \u00e0 un troisi\u00e8me tour social sur fond unitaire ? Pour l&#8217;anticiper, il faut d&#8217;abord revenir sur douze mois qui, depuis le printemps 2003, ont contribu\u00e9 \u00e0 faire \u00e9voluer le paysage syndical fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Ev\u00e9nement majeur augurant d&#8217;une nouvelle p\u00e9riode, la sph\u00e8re syndicale avait subi l&#8217;\u00e9quivalent de plusieurs tremblements de terre lors du mouvement contre la r\u00e9forme des retraites, il y a un an \u00e0 peine. La faiblesse des mobilisations dans le secteur priv\u00e9 n&#8217;\u00e9tait pas pass\u00e9e inaper\u00e7ue, malgr\u00e9 la multiplicit\u00e9 des causes qui ont motiv\u00e9 cette moindre implication. Les syndicats de l&#8217;Education nationale, eux, s&#8217;\u00e9taient \u00e9puis\u00e9s \u00e0 l&#8217;exc\u00e8s, de longs mois seuls, alors qu&#8217;ils faisaient gr\u00e8ve \u00e0 la fois contre la d\u00e9centralisation et la r\u00e9forme des retraites, d\u00e9sesp\u00e9rant d&#8217;\u00eatre soutenus par le reste du mouvement social. Ils en gardent une certaine amertume. Quant \u00e0 l&#8217;unit\u00e9 d&#8217;action syndicale d\u00e9cid\u00e9e d\u00e8s janvier 2003, elle a vol\u00e9 en \u00e9clats au printemps, \u00e0 lasuite de la signature de l&#8217;accord gouvernemental par la CFDT : Ch\u00e9r\u00e8que faisant soudain sans pr\u00e9venir cavalier seul :  et du fait des graves accusations de trahison port\u00e9es par les Sud et leur coordination,  le G10-solidaires, contre les autres syndicats et notamment la CGT qui ont souhait\u00e9 appeler \u00e0 la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale. C&#8217;est aussi, dans la foul\u00e9e du mouvement des retraites, un syndicat qui a \u00e9clat\u00e9 : min\u00e9e par la signature de l&#8217;accord gouvernemental par son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, la CFDT a perdu au fil des mois plusieurs dizaines de milliers d&#8217;adh\u00e9rents au moins, une v\u00e9ritable h\u00e9morragie de ses forces vives, qui ont abandonn\u00e9 le champ syndical ou  rejoint d&#8217;autres organisations,  CGT, Sud, FSU en premier lieu. Bref, ce mouvement des retraites fut un moment fatidique comme dans une trag\u00e9die grecque, quand tout bascule du fait de l&#8217;accumulation de crimes familiaux, juste avant que ne se dessine l&#8217;acheminement vers une recomposition nouvelle.<\/p>\n<p>Depuis, les \u00e9pisodes successifs qui ont anim\u00e9 le champ social et les diverses \u00e9lections professionnelles de ces douze derniers mois ont continu\u00e9 de dessiner un paysage syndical clairement en recherche de nouvelles marques. Mouvements des ch\u00f4meurs, des intermittents, des chercheurs et, plus r\u00e9cemment, rejet du changement de statut annonc\u00e9 pour EDF-GDF, grognes d&#8217;enseignants, ont port\u00e9 des revendications d&#8217;allure corporatiste de prime abord, mais motiv\u00e9es par l&#8217;urgence. Elles ont en r\u00e9alit\u00e9 esquiss\u00e9 une vision d&#8217;ensemble, confirm\u00e9e par les derni\u00e8res \u00e9lections r\u00e9gionales : celle d&#8217;une recherche d&#8217;alternative sociale face \u00e0 une politique lib\u00e9rale faite de coupes budg\u00e9taires syst\u00e9matiques et de pression constante \u00e0 la pr\u00e9carisation des travailleurs. Tous ces mouvements ont cependant \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9s par la difficult\u00e9 de cr\u00e9er des convergences : entre intermittents et ch\u00f4meurs, par exemple, pourtant li\u00e9s par l&#8217;enjeu de gestion de l&#8217;Unedic : ce qui s&#8217;est traduit \u00e0 maintes reprises pour tous par des journ\u00e9es de mobilisation. Finalement,  une convergence s&#8217;est dessin\u00e9e entre intermittents, chercheurs, enseignants ainsi qu&#8217;organisations hostiles \u00e0 la fois au tout-s\u00e9curitaire version Sarkozy et aux attaques contre le tissu associatif social. Mais elle est d&#8217;abord le fait d&#8217;un vocable invent\u00e9 par la presse de \u00ab guerre contre l&#8217;intelligence \u00bb, et d&#8217;attaques concentr\u00e9es du gouvernement Raffarin et de la majorit\u00e9 UMP. Ces derniers ont  d&#8217;ailleurs tent\u00e9 de profiter de l&#8217;occasion pour diviser le mouvement social d\u00e9j\u00e0 peu homog\u00e8ne, en opposant aux \u00ab intellectuels irresponsables \u00bb les travailleurs souffrants de \u00ab la France d&#8217;en-bas \u00bb.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, les \u00e9lections professionnelles et aux comit\u00e9s d&#8217;entreprises, qui ont eu lieu successivement dans plusieurs entreprises du priv\u00e9 (voir tableaux), dans le secteur de la sant\u00e9, \u00e0 la SNCF et dans plusieurs corps de fonctionnaires, se sont traduites globalement par un recul de la CFDT, qui paie sa position face au mouvement des retraites, par une progression de la CGT, qui confirme avec succ\u00e8s sa position de premi\u00e8re organisation syndicale fran\u00e7aise, et par une progression des Sud, qui ent\u00e9rine la constitution d&#8217;un p\u00f4le radical et contestataire \u00e0 gauche de la CGT.<\/p>\n<p>Enfin, l&#8217;ann\u00e9e \u00e9coul\u00e9e, c&#8217;est aussi, comme pour une forme de r\u00e9pit qui pose pourtant de nouvelles questions sur l&#8217;articulation du monde syndical au sein d&#8217;un mouvement social plus vaste, le rassemblement altermondialiste massif sur le plateau du Larzac pendant l&#8217;\u00e9t\u00e9, puis le d\u00e9roulement \u00e0 l&#8217;automne en France du Forum social europ\u00e9en (FSE) de 2003. Ces deux \u00e9v\u00e9nements ont permis des rassemblements convergents et festifs des militants, et plus globalement celui des luttes r\u00e9centes ou en cours autour d&#8217;un paradigme anti-lib\u00e9ral commun. Fait notable, alors que les syndicalistes de la CGT, du G10-Solidaires ou de la FSU ont particip\u00e9 massivement \u00e0 l&#8217;organisation et aux r\u00e9unions du FSE, en marge de ce dernier s&#8217;est \u00e9galement tenu un forum syndical europ\u00e9en auquel participaient \u00e0 peu pr\u00e8s tous les syndicats fran\u00e7ais, avec Fran\u00e7ois Ch\u00e9r\u00e8que lui-m\u00eame dans le r\u00f4le de l&#8217;orateur d\u00e9sign\u00e9 pour introduire cette journ\u00e9e de travail consacr\u00e9e, fort diplomatiquement, aux solidarit\u00e9s des syndicats europ\u00e9ens avec le reste du monde.<\/p>\n<p>Les \u00e9lections de mars ont aid\u00e9 les Fran\u00e7ais \u00e0 prendre leur revanche sur le deuxi\u00e8me tour de la pr\u00e9sidentielle 2002, qui avait contraint bon gr\u00e9 mal gr\u00e9 la vaste majorit\u00e9 d&#8217;entre eux \u00e0 voter pour Jacques Chirac. Pour l&#8217;ensemble des syndicalistes, le r\u00e9sultat de ces \u00e9lections appelle aussi \u00e0 des mobilisations renouvel\u00e9es contre le tout-lib\u00e9ral et le d\u00e9mant\u00e8lement de l&#8217;Etat so-cial. Il reste \u00e0 savoir \u00e0 quoi sauront ressembler les mobilisations ult\u00e9rieures. H\u00e9las, plusieurs indices ne pr\u00e9jugent gu\u00e8re d&#8217;une mobilisation audacieuse, comme les deux journ\u00e9es organis\u00e9es \u00e0 l&#8217;initiative de la CES par exemple, qui ne virent gu\u00e8re d\u00e9filer que quelques dizaines de milliers de participants dans les rues fran\u00e7aises, tandis que nos voisins italiens et allemands d\u00e9filaient par centaines de milliers. Mais la poursuite sans grande inflexion de la politique \u00e9conomique et sociale de l&#8217;UMP, et tout particuli\u00e8rement la r\u00e9forme qui s&#8217;annonce sur la S\u00e9curit\u00e9 sociale, pourraient changer la donne : elle concerne autant le priv\u00e9 que le public, et touche directement \u00e0 la fois le pouvoir d&#8217;achat des Fran\u00e7ais et un enjeu symbolique fort. L&#8217;enjeu pourrait donc justifier le \u00ab passage \u00e0 l&#8217;acte \u00bb. Parce que, comme le dit la CGT dans sa campagne de mobilisation commenc\u00e9e, \u00ab la s\u00e9cu, c&#8217;est vital \u00bb. <\/p>\n<p>K.G.<\/p>\n<p><strong> Et maintenant, qu&#8217;est-ce qu&#8217;on fait ? <\/strong><\/p>\n<p>Avec les interventions de Pierre Khalfa, animateur du GROUPE DES 10-Solidaires, G\u00e9rard Aschieri, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la FSU, Jean-Christophe Le Duigou, secr\u00e9taire conf\u00e9d\u00e9ral de la CGT, Fran\u00e7ois Desanti, responsable de la CGT-ch\u00f4meurs.<\/p>\n<p>Sur le r\u00e9sultat des \u00e9lections r\u00e9gionales de mars et sur les cons\u00e9quences \u00e0 en tirer pour elles-m\u00eames, les analyses des grandes organisations syndicales fran\u00e7aises convergent et se compl\u00e8tent. Pierre Khalfa, animateur du G10-Solidaires qui regroupe notamment les syndicats Sud, se f\u00e9licite d&#8217;embl\u00e9e : les r\u00e9sultats des r\u00e9gionales, qui ont donn\u00e9 21 r\u00e9gions \u00e0 la gauche, \u00e9tablissent les conditions d&#8217;une meilleure mobilisation \u00e0 l&#8217;avenir. \u00ab C&#8217;est le r\u00e9sultat des mobilisations pass\u00e9es, intermittents, chercheurs, ch\u00f4meurs, analyse-t-il. C&#8217;est \u00e0 la fois le produit des mobilisations sociales et la confirmation d&#8217;un tournant antilib\u00e9ral qui perdure depuis plusieurs ann\u00e9es. \u00bb Mais il reste prudent. Pour lui, certes, \u00ab il est difficile de pr\u00e9voir n\u00e9anmoins les mobilisations futures, par nature impr\u00e9visibles. Mais si le gouvernement s&#8217;ent\u00eate dans de nouvelles mesures r\u00e9gressives dans divers dossiers concernant plusieurs cat\u00e9gories de population, alors je m&#8217;attends \u00e0 une convergence renforc\u00e9e des pr\u00e9occupations des Fran\u00e7ais face \u00e0 la politique lib\u00e9rale de la droite \u00bb.<\/p>\n<p>G\u00e9rard Aschieri, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la FSU, f\u00e9d\u00e9ration essentiellement pr\u00e9sente dans l&#8217;Education nationale, analyse \u00e9galement le r\u00e9sultat des \u00e9lections comme le rejet d&#8217;une politique fond\u00e9e sur l&#8217;option lib\u00e9rale, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment l&#8217;expression du souci caus\u00e9 par la remise en cause gouvernementale \u00e0 la fois des services publics et de certaines solidarit\u00e9s comme les retraites : \u00ab les Fran\u00e7ais n&#8217;ont bien s\u00fbr pas vot\u00e9 \u00e0 cause des luttes des derniers mois mais les deux ph\u00e9nom\u00e8nes convergent. C&#8217;est pourquoi le mouvement syndical a la responsabilit\u00e9 de se montrer exigeant afin d&#8217;obtenir des r\u00e9ponses aux revendications des salari\u00e9s. Ce vote massif des r\u00e9gionales contre la droite est un appel \u00e0 plus d&#8217;unit\u00e9 de notre part&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Pour Jean-Christophe Le Duigou, secr\u00e9taire conf\u00e9d\u00e9ral de la CGT en charge des questions \u00e9conomiques, le r\u00e9sultat des r\u00e9gionales confirme de m\u00eame le besoin d&#8217;interventions convergentes des syndicats, voire d&#8217;unit\u00e9 des organisations syndicales : \u00ab le vote de mars implique une grande responsabilit\u00e9 des organisations syndicales, dit-il. Car si ce vote t\u00e9moigne d&#8217;un rejet critique d&#8217;un certain nombre de choix gouvernementaux, il n&#8217;implique pas pour autant la remise en selle \u00e9vidente de la gauche : il y a rejet de la politique gouvernementale sans alternatives politiques construites. Les syndicats doivent donc ici jouer tout leur r\u00f4le et contribuer \u00e0 construire des r\u00e9ponses concr\u00e8tes. C&#8217;est notamment le r\u00f4le des conf\u00e9d\u00e9rations. \u00bb Le responsable CGT, qui s&#8217;inqui\u00e8te par ailleurs de la confirmation de l&#8217;implantation nationale du FN, voit \u00e9galement dans la baisse de l&#8217;abstention un encouragement \u00e0 l&#8217;action syndicale telle qu&#8217;il la souhaite : cette \u00ab mobilisation citoyenne \u00bb montre en effet selon lui qu&#8217;il n&#8217;y a pas d\u00e9politisation de la soci\u00e9t\u00e9 comme on l&#8217;a pourtant parfois annonc\u00e9.<\/p>\n<p><strong> Le mouvement des ch\u00f4meurs <\/strong><\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Desanti, responsable de la CGT-ch\u00f4meurs, lui, a des raisons encore plus \u00e9videntes de se r\u00e9jouir du r\u00e9sultat des \u00e9lections : \u00ab elles sont une gifle aux sortants, rebout\u00e9s sur la question sociale : souvenir de la r\u00e9forme des retraites et du hold-up sur l&#8217;assurance-ch\u00f4mage, crainte de la r\u00e9forme \u00e0 venir sur l&#8217;assurance maladie&#8230; C&#8217;est aussi une contestation \u00e9vidente de la libert\u00e9 donn\u00e9e aux entreprises priv\u00e9es de licencier m\u00eame quand elles sont en bonne sant\u00e9. C&#8217;est enfin une sanction de l&#8217;intrusion de la pr\u00e9carit\u00e9 dans les entreprises priv\u00e9es comme publiques, que va renforcer bient\u00f4t encore le projet de r\u00e9forme de la S\u00e9curit\u00e9 sociale. Les gens ne peuvent plus faire de projets : jeunes ou vieux, hommes ou femmes, Fran\u00e7ais et immigr\u00e9s. Mais ces \u00e9lections, et surtout la d\u00e9claration de Chirac qui s&#8217;en est suivie, consacrent en outre le probl\u00e8me des ch\u00f4meurs comme une question cl\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise. Nous autres, mouvements de ch\u00f4meurs, mon syndicat CGT et les trois autres associations existantes (AC ! contre le ch\u00f4mage, APEIS, MNCP), consid\u00e9rons le recul du pouvoir en place sur l&#8217;ASS comme notre victoire, c&#8217;est le fruit de nos mobilisations. Cela nous encourage \u00e0 poursuivre et \u00e0 nous mobiliser sur le dossier des recalcul\u00e9s \u00bb. Dossier pour lequel les ch\u00f4meurs ont obtenu voil\u00e0 peu une importante victoire judiciaire \u00e0 Marseille. Mais, rappelle Desanti, \u00ab tout ne sera pas judiciaire. Et si nous r\u00e9servons une oreille \u00e0 la justice, l&#8217;autre reste tendue vers le gouvernement. Bien s\u00fbr, l&#8217;action en justice pour faire valoir nos droits contre les Assedic a des allures spectaculaires, mais la logique du conflit social, contre gouvernement et Medef r\u00e9unis, pour nous pr\u00e9domine. \u00bb L\u00e0 encore, la bataille sera syndicale. \u00ab Nous n&#8217;oublions pas que le PARE, que nous contestons, a \u00e9t\u00e9 agr\u00e9\u00e9 par le gouvernement Jospin \u00bb, insiste le responsable syndical.<\/p>\n<p>Tirant les cons\u00e9quences des \u00e9lections de mars \u00e0 l&#8217;or\u00e9e des batailles \u00e0 venir autour de la r\u00e9forme de l&#8217;assurance-maladie, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la CGT, Bernard Thibault, a appel\u00e9 \u00e0 un sommet syndical des secr\u00e9taires g\u00e9n\u00e9raux des cinq centrales historiques dites \u00ab repr\u00e9sentatives \u00bb (CGT, CFDT, FO, CGC, CFTC), invitant en outre l&#8217;UNSA et la FSU. \u00ab C&#8217;est une proposition forte, commente Jean-Christophe Le Duigou. D\u00e9j\u00e0, dans la bataille pour les retraites, la CGT avait fait pr\u00e9dominer aussi loin que possible cet esprit unitaire. Face aux attaques en cours contre la sant\u00e9, l&#8217;\u00e9volution du code du travail, la privatisation des services publics, nous avons besoin de travailler en convergence pour r\u00e9ussir \u00e0 peser. Et m\u00eame si, finalement, en avril ne se sont r\u00e9unies que la CGT avec l&#8217;UNSA et la FSU (nos partenaires \u00e0 la fin du mouvement des retraites, soit dit en passant), nous n&#8217;abandonnons pas l&#8217;objectif de mobilisation plus large. \u00bb La CFDT, qui avait donn\u00e9 son accord de principe \u00e0 un tel sommet, posait n\u00e9anmoins en pr\u00e9alable la condition d&#8217;une r\u00e9union en t\u00eate-\u00e0-t\u00eate avec la CGT, ce que celle-ci a refus\u00e9, \u00ab par respect pour les autres partenaires \u00bb, expose Le Duigou. La CFDT a donc finalement renonc\u00e9 \u00e0 participer, et son refus a entra\u00een\u00e9 avec elle celui de la CGC et de la CFTC, pourtant \u00e9galement d&#8217;accord a priori pour une telle rencontre. Quant \u00e0 l&#8217;habituel cavalier seul Force ouvri\u00e8re, malgr\u00e9 un nouveau secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral en la personne Jean-Claude Mailly et l&#8217;int\u00e9r\u00eat que l&#8217;ancienne organisation de Marc Blondel pouvait avoir \u00e0 coop\u00e9rer sur le terrain de la S\u00e9curit\u00e9 sociale pour y regagner le terrain perdu par elle ces derni\u00e8res ann\u00e9es, elle a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, comme \u00e0 son accoutum\u00e9e, consacrer son identit\u00e9 \u00ab \u00e0 part \u00bb en d\u00e9clinant l&#8217;invitation.<\/p>\n<p>\u00ab La CGT joue le jeu de l&#8217;unit\u00e9 de mani\u00e8re particuli\u00e8rement satisfaisante \u00bb, se r\u00e9jouit G\u00e9rard Aschieri de la FSU, m\u00eame si, malgr\u00e9 des relations sur le plan local, la CGT refuse de nouer des relations avec le G10-Solidaires sur le plan national. \u00ab Il y a une double raison \u00e0 cela, explique Jean-Christophe Le Duigou pour la CGT. D&#8217;abord, la campagne men\u00e9e contre nous depuis juin 2003 visant \u00e0 nous faire porter \u00ab l&#8217;\u00e9chec du mouvement des retraites \u00bb malgr\u00e9 ce qu&#8217;ont \u00e9t\u00e9 les efforts de la CGT pour unir public et priv\u00e9 dans un m\u00eame mouvement, a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s mal v\u00e9cue par nous et ne correspond pas \u00e0 notre conception du travail en commun, fait de d\u00e9cisions collectives \u00e0 assumer collectivement. Ensuite, le G10 reste ambigu sur son propre statut conf\u00e9d\u00e9ral, ce qui complique la donne.  Or, la CGT ressent avec acuit\u00e9 dans la p\u00e9riode actuelle le besoin d&#8217;un niveau interprofessionnel pour faire le lien entre les luttes : un de nos objectifs majeurs est de surmonter le risque du corporatisme en remplissant, de tous nos efforts, l&#8217;ensemble de l&#8217;espace interm\u00e9diaire entre les luttes locales ou sectorielles, d&#8217;une part, et une conception id\u00e9ologique antilib\u00e9rale globale d&#8217;autre part, qui \u00e0 elle seule ne suffit pas \u00e0 faire du syndicalisme une force de contre-propositions efficace. En compl\u00e9ment des luttes cat\u00e9gorielles actuelles, dont la demande chaque fois pressante de r\u00e9ponse \u00e0 des probl\u00e8mes pr\u00e9cis est \u00e0 la fois la force et la limite, nous estimons fondamental que soient \u00e9labor\u00e9es des strat\u00e9gies conf\u00e9d\u00e9rales \u00e0 l&#8217;\u00e9chelon national. \u00bb<\/p>\n<p><strong> FREINS ET ESPOIRS <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;unit\u00e9, donc, est loin d&#8217;\u00eatre faite, ainsi qu&#8217;en t\u00e9moigne encore G\u00e9rard Aschieri sur un autre point : \u00ab L&#8217;unit\u00e9 syndicale n\u00e9cessite encore un gros travail. Nous nous connaissons mal, et les questions r\u00e9ciproques parfois basiques sur nos engagements respectifs lors de nos r\u00e9unions communes l&#8217;attestent. Cette m\u00e9connaissance les uns des autres s&#8217;explique de deux mani\u00e8res au moins : non seulement nous ne travaillons gu\u00e8re ensemble, mais nous nous ignorons largement. Bien s\u00fbr, il y a les difficult\u00e9s id\u00e9ologiques. Et la diff\u00e9rence entre le pays r\u00e9el et le pays l\u00e9gal, bref la repr\u00e9sentativit\u00e9 num\u00e9rique r\u00e9elle de nos organisations en termes de nombre de militants, n&#8217;arrange rien&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Pierre Khalfa, du G10, confirme les difficult\u00e9s d&#8217;une d\u00e9marche collective : \u00ab Le mouvement social aujourd&#8217;hui est tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne : d&#8217;origines, d&#8217;horizons, de pr\u00e9occupations, en tout, il accuse une forte diversit\u00e9. Mais des mobilisations communes sont pourtant bel et bien possibles face aux politiques d&#8217;ensemble n\u00e9olib\u00e9rales actuelles, qui s&#8217;attaquent \u00e0 un compromis social lui-m\u00eame consid\u00e9r\u00e9 comme fondamental par la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise. Des initiatives r\u00e9centes comme celle du KO social visaient d\u00e9j\u00e0 ces convergences, m\u00eame si l&#8217;effet est rest\u00e9 limit\u00e9. \u00bb Il d\u00e9veloppe les ambitions du G10 : \u00ab nous souhaitons aujourd&#8217;hui construire des processus de mobilisation unitaires sur des initiatives concr\u00e8tes. Si le gouvernement s&#8217;ent\u00eate dans une remise en cause frontale de ce compromis social, la situation sera en effet difficile sans cadre syndical unitaire. Sur ce point, les choses sont en train d&#8217;\u00e9voluer, mais lentement. La r\u00e9forme de l&#8217;assurance maladie, dans cette perspective, sera pour nous tous un dossier central.\u00bb Pierre Khalfa tient \u00e0 rappeler par ailleurs que le dossier des retraites n&#8217;est pas clos pour autant, et que la bataille pour leur sauvegarde n&#8217;est pas finie. D&#8217;ailleurs, analyse-t-il, \u00ab le mouvement des retraites \u00e9tait un \u00e9chec relatif seulement, dans la mesure o\u00f9 le gouvernement n&#8217;a pas r\u00e9ussi \u00e0 convaincre l&#8217;opinion du bien-fond\u00e9 de sa r\u00e9forme. Le mouvement n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 balay\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Desanti, de la CGT-ch\u00f4meurs, atypique, se veut fort d&#8217;une exp\u00e9rience r\u00e9ussie de coordination avec les autres associations de ch\u00f4meurs, \u00ab une unit\u00e9 sur des dossiers concrets mais qui sent la colle forte \u00bb, sourit-il. C&#8217;est en partie pourquoi, sans doute, il demeure optimiste sur les perspectives d&#8217;une unit\u00e9 syndicale plus g\u00e9n\u00e9rale, m\u00eame s&#8217;il dit rester attentif \u00e0 la place que les grandes organisations syndicales laisseront de fait parmi elles aux mouvements de ch\u00f4meurs. \u00ab Mais, pour r\u00e9ussir \u00e0 lancer la machine de la mobilisation, il faut \u00e0 mon sens que le mouvement social gagne au moins une bataille sur un enjeu symbolique : un succ\u00e8s politique sur le dossier de la S\u00e9curit\u00e9 sociale, ou sur la privatisation d&#8217;EDF, ou sur les recalcul\u00e9s redonnerait confiance aux gens et nous est de ce fait n\u00e9cessaire pour poursuivre dans de bonnes conditions&#8230; D\u00e9j\u00e0, la d\u00e9claration de Chirac reculant sur l&#8217;ASS apr\u00e8s les \u00e9lections r\u00e9gionales a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue comme un espoir par beaucoup, pas seulement par les ch\u00f4meurs. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Bien qu&#8217;on ne soit pas devenu la huiti\u00e8me conf\u00e9d\u00e9ration syndicale fran\u00e7aise, nous sommes capables demain d&#8217;en mettre encore dans la rue et dans la gr\u00e8ve \u00bb, rench\u00e9rit G\u00e9rard Aschieri pour la FSU. <\/p>\n<p>\u00ab Nous repr\u00e9sentons une partie des salari\u00e9s fran\u00e7ais avec laquelle il faut compter. Mais si les personnels de l&#8217;Education nationale sont pr\u00eats pour demain se battre  sur des enjeux li\u00e9s \u00e0 l&#8217;enseignement, ils sont d&#8217;abord int\u00e9ress\u00e9s par des mobilisations interprofessionnelles avec d&#8217;autres syndicats. Ils ne voudront sans doute pas recommencer \u00e0 se lancer seuls pendant des mois dans la bataille sans \u00eatre suivis. C&#8217;est d&#8217;ailleurs pourquoi les dirigeants de notre f\u00e9d\u00e9ration, d&#8217;abord implant\u00e9e dans l&#8217;enseignement, se sentent naturellement partie prenante d&#8217;une d\u00e9marche unitaire. \u00bb Pour le 1er mai, \u00e0 Paris d\u00e9j\u00e0, CGT, UNSA, FSU et G10 ont lanc\u00e9 un appel commun \u00e0 la grande manifestation traditionnelle. Une sorte de test de l&#8217;\u00e9tat des troupes avant de plus grandes bagarres.  <\/p>\n<p>K.G.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> R\u00e9gionales, \u00e9lections professionnelles, mouvements sociaux : comment ces \u00e9v\u00e9nements ont-ils model\u00e9 le paysage syndical ? Au del\u00e0 de la recherche de nouvelles marques, un constat commun : le besoin de convergences, d&#8217;unit\u00e9 et de projets alternatifs. Par KARINE GANTIN <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[315],"class_list":["post-3291","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-syndicats"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3291","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3291"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3291\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3291"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3291"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3291"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}