{"id":3289,"date":"2004-05-01T14:44:00","date_gmt":"2004-05-01T12:44:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/entre-deux-electoral3289\/"},"modified":"2023-07-03T14:52:23","modified_gmt":"2023-07-03T12:52:23","slug":"entre-deux-electoral3289","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3289","title":{"rendered":"Entre-deux \u00e9lectoral"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Apr\u00e8s la vague qui a plac\u00e9 le PS \u00e0 la t\u00eate de l&#8217;\u00e9crasante majorit\u00e9 des r\u00e9gions fran\u00e7aises et le s\u00e9v\u00e8re avertissement envoy\u00e9 au gouvernement, quelles perspectives pour la gauche et la droite ? Tour d&#8217;horizon, \u00e0 la veille des \u00e9lections europ\u00e9ennes. Par Roger Martelli et Antoine Ch\u00e2telain <\/p>\n<p>La France \u00e9lectorale n&#8217;en finit pas de ces convulsions qu&#8217;elle conna\u00eet depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 80. Comment, en effet, ne pas souligner les allers et retours surprenants ? En 1993, la gauche du mitterrandisme finissant subit un camouflet l\u00e9gislatif. En 1995, la droite parach\u00e8ve son triomphe \u00e0 la pr\u00e9sidentielle. En 1997, le faux-pas pr\u00e9sidentiel permet \u00e0 la gauche de reprendre les r\u00eanes. En 2002, un s\u00e9isme balaie la gauche plurielle. En 2004, la droite enregistre sa plus monumentale claque \u00e9lectorale depuis 1981. Qu&#8217;en conclure ? Que nous ne sommes pas sortis de la crise politique, mais que les pistes ne manquent pas pour esp\u00e9rer y parvenir.<\/p>\n<p>Sur les r\u00e9sultats \u00e9lectoraux, beaucoup d&#8217;analyses ont \u00e9t\u00e9 produites d\u00e8s le lendemain du premier tour. Les p\u00e9rip\u00e9ties gouvernementales ont fait l&#8217;objet, au fil des jours, de toutes les supputations, superficielles ou inform\u00e9es. Nous avons pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ici r\u00e9fl\u00e9chir sur un temps plus long. Ces \u00e9lections s&#8217;ins\u00e8rent dans une s\u00e9quence politique large, d&#8217;au moins deux d\u00e9cennies. Calendrier \u00e9lectoral aidant, elles sont les derni\u00e8res avant la s\u00e9rie d\u00e9cisive qui, en 2007, verra se cumuler quatre types de scrutin : cantonal, l\u00e9gislatif, municipal et, surtout, pr\u00e9sidentiel.<\/p>\n<p>Nous avons cherch\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir aux enjeux qui concernent plus sp\u00e9cifiquement la droite et le parti socialiste. Nous y avons ajout\u00e9 une r\u00e9flexion sur l&#8217;articulation nouvelle entre social et politique. R.M. et A.C.<\/p>\n<p><strong> L&#8217;IMBROGLIO DE LA DROITE <\/strong><\/p>\n<p>La droite vient de prendre un s\u00e9rieux coup. Tout a \u00e9t\u00e9 dit sur le sujet : la politique la plus lib\u00e9rale que la France ait connue depuis longtemps a multipli\u00e9 les amertumes, nourri la col\u00e8re, provoqu\u00e9 l&#8217;usure des gouvernants. Jean-Pierre Raffarin se r\u00e9clamait de la France \u00ab d&#8217;en bas \u00bb pour \u00e9craser le monde du travail : la r\u00e9ponse est venue, dans la rue en 2003, dans les urnes en 2004. L&#8217;\u00c9lys\u00e9e est au pied du mur. Jacques Chirac a choisi de maintenir tr\u00e8s provisoirement Raffarin&#8230; et de le contredire en acceptant une part de la demande sociale jusqu&#8217;alors violemment refus\u00e9e. C&#8217;est le moins qu&#8217;il pouvait faire. Mais il accro\u00eet du m\u00eame coup la contradiction fondamentale du \u00ab chiraquisme \u00bb : le discours de la \u00ab fracture sociale \u00bb est r\u00e9apparu, sans que le cap lib\u00e9ral ait \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9. Jean-Pierre Raffarin a donc quelques semaines pour r\u00e9ussir ce qui est proprement une mission impossible. Quant \u00e0 Nicolas Sarkozy, il est \u00e0 la peine \u00e0 Bercy, au risque d&#8217;user une popularit\u00e9 engrang\u00e9e dans le s\u00e9curitaire, mais difficilement convertible en euros&#8230;<\/p>\n<p><strong> Contradictions <\/strong><\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la question gouvernementale, la droite est devant des choix d&#8217;une complexit\u00e9 maximale. La rupture principale a eu lieu pour elle au d\u00e9but des ann\u00e9es quatre-vingt. En ce temps-l\u00e0, alors que le monde basculait dans la \u00ab contre-r\u00e9volution lib\u00e9rale \u00bb, Jacques Chirac d\u00e9cida de renoncer \u00e0 la tradition nationale-\u00e9tatique du gaullisme historique pour rallier l&#8217;option du lib\u00e9ralisme \u00ab int\u00e9gral \u00bb. Ce choix coh\u00e9rent aida au regain de la droite dans la d\u00e9cennie 80 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 90, mais il buta, en France comme dans d&#8217;autres pays, sur les contrecoups politiques des d\u00e9sastres sociaux qu&#8217;il avait lui-m\u00eame provoqu\u00e9s. Depuis dix ans, la droite fran\u00e7aise est ainsi \u00e0 la recherche d&#8217;une nouvelle coh\u00e9rence. Celle du lib\u00e9ralisme \u00ab pur \u00bb, incarn\u00e9e inlassablement par Alain Madelin, peine \u00e0 s&#8217;imposer sur la sc\u00e8ne politique. La voie plus pragmatique du chiraquisme a, elle, l&#8217;avantage d&#8217;une plus grande souplesse d&#8217;adaptation : la prestation t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e du Pr\u00e9sident, au lendemain du second tour des r\u00e9gionales, en a \u00e9t\u00e9 une nouvelle et remarquable illustration. Mais elle a l&#8217;inconv\u00e9nient d&#8217;une lisibilit\u00e9 incertaine, faisant courir le risque de valider, au bout du compte, le discours populiste qui voit, dans le grand retour de l&#8217;autorit\u00e9 et dans le repli national, le seul chemin possible pour une illusoire relance.<\/p>\n<p>D\u00e8s son succ\u00e8s de 1995, le nouveau Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique pensa qu&#8217;il pouvait g\u00e9rer les contradictions de la droite \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur d&#8217;une vaste galaxie partisane allant des lib\u00e9raux convaincus aux h\u00e9ritiers de la d\u00e9mocratie chr\u00e9tienne. Au moment o\u00f9 s&#8217;est cr\u00e9\u00e9e l&#8217;UMP, en avril 2002, il a cru que son pari \u00e9tait en passe de r\u00e9ussir. Ce n&#8217;est plus de saison. Fran\u00e7ois Bayrou a confirm\u00e9 son installation autonome aux \u00e9lections r\u00e9gionales : m\u00eame si les cantonales ont \u00e9t\u00e9, \u00e0 droite comme \u00e0 gauche, marqu\u00e9es par un certain vote utile&#8230; Quant \u00e0 l&#8217;UMP, qui voit se profiler la perspective de \u00ab violente temp\u00eate \u00bb (Fran\u00e7ois Baroin), elle doit d\u00e9sormais reconna\u00eetre officiellement l&#8217;existence en son sein de \u00ab sensibilit\u00e9s \u00bb : Pierre M\u00e9haignerie y incarne la \u00ab sensibilit\u00e9 sociale \u00bb, Alain Madelin le \u00ab courant r\u00e9formateur lib\u00e9ral \u00bb, le radical Andr\u00e9 Rossinot pr\u00e9f\u00e8re le \u00ab p\u00f4le social, europ\u00e9en et la\u00efque \u00bb, tandis que le d\u00e9put\u00e9 de l&#8217;Essonne Nicolas Dupont-Aignan se veut le chef de file des \u00ab souverainistes \u00bb.<\/p>\n<p><strong> Tentation du centre <\/strong><\/p>\n<p>Le temps est-il venu d&#8217;un grand retour du centrisme ? Pour une part, Fran\u00e7ois Bayrou rappelle que la droite, comme la gauche, est ind\u00e9fectiblement une et multiple. Mais son succ\u00e8s relatif ne peut dissimuler que, en politique, le centre se trouve \u00eatre tout \u00e0 la fois une tentation et une impossibilit\u00e9. Comme le MRP sous la IVe R\u00e9publique, Giscard d&#8217;Estaing s&#8217;imagina d\u00e9j\u00e0, au milieu des ann\u00e9es 70, qu&#8217;il pouvait rassembler ces \u00ab deux Fran\u00e7ais sur trois \u00bb dont il expliquait qu&#8217;ils \u00e9taient la base d&#8217;un centrisme potentiellement majoritaire. La tentation, ajoutons-le, n&#8217;a pas \u00e9pargn\u00e9 la gauche. Dans les ann\u00e9es 80, alors que le communisme reculait de fa\u00e7on continue, Fran\u00e7ois Mitterrand crut le moment venu de relancer l&#8217;hypoth\u00e8se du grand rassemblement centriste que Gaston Defferre avait port\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 60. Chaque fois, \u00e0 droite comme \u00e0 gauche, ces tentatives ont fait long feu. Comme si la droite et la gauche ne pouvaient se sortir d&#8217;une contradiction. Pour \u00eatre majoritaire, il semble que l&#8217;essentiel est d&#8217;attirer \u00e0 soi une part significative du camp adverse, ce qui pourrait pousser vers le compromis \u00ab centriste \u00bb. Mais on ne peut \u00eatre majoritaire si l&#8217;on ne gagne pas d&#8217;abord son propre camp, ce qui conduit plut\u00f4t \u00e0 affirmer l&#8217;identit\u00e9 originelle de chaque famille politique.<\/p>\n<p>Les majorit\u00e9s se gagnent-elles \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie ou dans le noyau ? La logique purement math\u00e9matique porte plut\u00f4t vers le premier terme. Mais la crise politique et l&#8217;incertitude qui a gagn\u00e9 chaque camp oblige les deux grands p\u00f4les \u00e0 affirmer leur diff\u00e9rence. Auquel cas, il n&#8217;est pas s\u00fbr que la solution \u00ab centriste \u00bb soit v\u00e9ritablement une carte pertinente pour la droite, surtout dans un contexte o\u00f9 le Front national marque le pas et confirme son implantation et, ce faisant, maintient sa force de pression.  R. M.<\/p>\n<p><strong> LES INTERROGATIONS DU PS <\/strong><\/p>\n<p>Deux ans apr\u00e8s l&#8217;\u00e9lectrochoc du printemps 2002, la gauche est dans une situation plus riante. Cela n&#8217;implique pas pour autant qu&#8217;elle soit sans probl\u00e8mes. La \u00ab divine surprise \u00bb des r\u00e9gionales, dans un premier temps, a dop\u00e9 l&#8217;appareil socialiste, violemment chahut\u00e9 par la d\u00e9route de Lionel Jospin. Au soir du second tour, les commentaires vont tous dans le m\u00eame sens : ces \u00e9lections ont confort\u00e9 la ligne pr\u00f4n\u00e9e par Fran\u00e7ois Hollande, contre tous ses d\u00e9tracteurs et notamment ceux de sa \u00ab gauche \u00bb. A entendre ces analyses, la vague des r\u00e9gionales aurait montr\u00e9 que ce n&#8217;\u00e9tait pas parce qu&#8217;il n&#8217;avait pas \u00e9t\u00e9 assez \u00e0 gauche que les \u00e9lecteurs de 2002 avaient sanctionn\u00e9 le socialisme au pouvoir. Les r\u00e9gionales qui voient le triomphe du PS n&#8217;ont-elles pas \u00e9t\u00e9 globalement une d\u00e9ception pour l&#8217;extr\u00eame gauche qui esp\u00e9rait, une fois de plus, engranger les b\u00e9n\u00e9fices de son opposition pass\u00e9e \u00e0 la \u00ab gauche plurielle \u00bb ?<\/p>\n<p>Pourtant, ce regard optimiste peut \u00eatre temp\u00e9r\u00e9. Les r\u00e9gionales ont aussi montr\u00e9 que, lorsque l&#8217;offre politique s&#8217;y pr\u00eatait : quand le choix ne se limitait pas \u00e0 une liste d&#8217;union de la gauche et \u00e0 une liste LO-LCR : une proportion de l&#8217;\u00e9lectorat allant de 10 % \u00e0 20 % des suffrages exprim\u00e9s s&#8217;est port\u00e9e sur une liste pr\u00e9sent\u00e9e comme plus \u00ab \u00e0 gauche \u00bb que la liste conduite par le Parti socialiste. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne tendrait \u00e0 montrer que, si les \u00e9lecteurs de gauche ne sont pas enthousiastes devant des strat\u00e9gies d&#8217;isolement du type de celle que pr\u00f4ne le tandem d&#8217;Arlette Laguiller et d&#8217;Olivier Besancenot, ils peuvent \u00eatre tent\u00e9s par un choix plus ouvertement critique et combatif \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du lib\u00e9ralisme dominant.<\/p>\n<p><strong> Glissements <\/strong><\/p>\n<p>Par ailleurs, la vague qui a plac\u00e9 le PS \u00e0 la t\u00eate de l&#8217;\u00e9crasante majorit\u00e9 des r\u00e9gions fran\u00e7aises a lib\u00e9r\u00e9 les socialistes de leur traumatisme de 2002, mais n&#8217;a pas tranch\u00e9 la question de leurs perspectives d&#8217;avenir. Pour l&#8217;instant, la course aux \u00ab pr\u00e9sidentiables \u00bb a laiss\u00e9 le champ libre aux incontournables, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn. Mais tous deux ont pour caract\u00e9ristique premi\u00e8re d&#8217;\u00eatre class\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 de la droite du PS, suppos\u00e9s plus proches d&#8217;un socialisme \u00e0 la Tony Blair que de la social-d\u00e9mocratie d&#8217;autrefois. Les socialistes peuvent consid\u00e9rer que les r\u00e9gionales n&#8217;ont pas invalid\u00e9 le choix d&#8217;un socialisme \u00ab mod\u00e9r\u00e9 \u00bb et choisir l&#8217;un des deux \u00ab \u00e9l\u00e9phants \u00bb, capables de mordre \u00e0 la fois sur l&#8217;\u00e9lectorat de gauche et sur une frange des \u00e9lecteurs de droite. Mais ils peuvent aussi penser que le moment est venu de relancer un PS plus \u00e0 gauche. Cela ferait bien s\u00fbr le bonheur des minoritaires, \u00ab Nouveau Monde \u00bb ou \u00ab Nouveau Parti socialiste \u00bb, qui semblent d\u00e9sireux de conjuguer leurs efforts pour \u00e9viter le glissement trop accentu\u00e9 du PS vers sa droite. Mais, pour l&#8217;instant, ladite gauche a du mal \u00e0 convaincre une majorit\u00e9 qui reste sensible \u00e0 la puissance m\u00e9diatique des \u00ab t\u00e9nors \u00bb, de Jack Lang \u00e0 Bertrand Delano\u00eb. Or si le choix entre les options de droite et de gauche r\u00e9pugne \u00e0 un ensemble militant qui reste attach\u00e9 \u00e0 l&#8217;unit\u00e9 socialiste, il n&#8217;est pas facile de dire o\u00f9 se placera le curseur entre gauchissement et droitisation du parti. Et moins facile encore de dire qui est le mieux \u00e0 m\u00eame de porter un tel projet&#8230;<\/p>\n<p>Autant de points, en tout cas, qui sont loin d&#8217;\u00eatre tranch\u00e9s dans l&#8217;organisation. Sans doute les europ\u00e9ennes contribueront-elles \u00e0 pr\u00e9ciser les hypoth\u00e8ses. Mais tout d\u00e9pendra aussi de la mani\u00e8re dont \u00e9volueront les autres composantes de la gauche.  A. C.<\/p>\n<p><strong> LE SOCIAL ET LE POLITIQUE <\/strong><\/p>\n<p>D&#8217;une certaine mani\u00e8re, les \u00e9lections de mars ont relanc\u00e9 la question du rapport entre champ social et champ politique institutionnel. Elles l&#8217;ont fait en deux temps.<\/p>\n<p><strong> Participation <\/strong><\/p>\n<p>Acte un : tout le monde annon\u00e7ait un nouveau record d&#8217;abstentions. Les ingr\u00e9dients \u00e9taient r\u00e9unis : m\u00e9contentement social, d\u00e9sarroi de l&#8217;\u00e9lectorat de droite, doutes persistants \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la politique et de son exercice. Or la participation \u00e9lectorale a enregistr\u00e9 une reprise sensible : quatre points de plus au premier tour des r\u00e9gionales, et dix points de plus au second tour des cantonales. Depuis la fin des ann\u00e9es 80, on assistait \u00e0 la mont\u00e9e des votes dits \u00ab hors syst\u00e8me \u00bb (extr\u00eame droite, extr\u00eame gauche, formations cat\u00e9gorielles&#8230;). Cela n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 le cas cette fois-ci. L&#8217;extr\u00eame droite a certes confort\u00e9 ses positions et, en particulier, a renforc\u00e9 certains de ses ancrages locaux ; mais elle n&#8217;a pas r\u00e9alis\u00e9 le \u00ab carton \u00bb que l&#8217;on pr\u00e9voyait de-ci de-l\u00e0. Quant \u00e0 l&#8217;extr\u00eame gauche, elle retrouve son niveau de 1998, mais demeure tr\u00e8s en-de\u00e7\u00e0 de son score exceptionnel d&#8217;avril 2002. Au total, ce sont plut\u00f4t les grandes formations qui ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des deux dimanches \u00e9lectoraux : c&#8217;est vrai pour le Parti socialiste aux deux types d&#8217;\u00e9lection, comme c&#8217;est vrai pour l&#8217;UMP, au d\u00e9triment de l&#8217;UDF, lors du scrutin cantonal.<\/p>\n<p>Sans doute relativisera-t-on le propos. Si l&#8217;abstention a recul\u00e9, elle reste \u00e0 un niveau tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 (37,9 %), inqui\u00e9tant en soi, largement au-dessus des \u00e9lections r\u00e9gionales de 1986 et 1992 (respectivement 21,8 % et 31,2 %). Elle n&#8217;a d&#8217;ailleurs pas recul\u00e9 de fa\u00e7on \u00e9gale. Elle l&#8217;a fait plus fortement dans les grandes agglom\u00e9rations que dans les zones plus marqu\u00e9es par la ruralit\u00e9. Elle a fl\u00e9chi plus nettement en Ile-de-France ou en Rh\u00f4ne-Alpes que dans le Languedoc-Roussillon ou dans le Nord-Pas-de-Calais, plus sensiblement en Poitou-Charentes que dans le Centre ou dans le Limousin. Rien ne dit que le regain de participation met fin \u00e0 la tendance observ\u00e9e depuis pr\u00e8s de quinze ans. Il a toutefois montr\u00e9 qu&#8217;il n&#8217;y avait aucune fatalit\u00e9 sociologique ou politique au d\u00e9sint\u00e9ressement des Fran\u00e7ais \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la chose publique. Quand la pression sociale a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement forte (ce fut le cas des grandes agglom\u00e9rations au printemps 2003) ou quand l&#8217;enjeu \u00e9lectoral \u00e9tait \u00e9vident (comme il l&#8217;a \u00e9t\u00e9 dans la r\u00e9gion m\u00eame du Premier ministre), la participation a connu un r\u00e9el \u00e9lan.<\/p>\n<p>Acte deux : la formation du nouveau gouvernement a sanctionn\u00e9 l&#8217;\u00e9chec des repr\u00e9sentants de l&#8217;ainsi nomm\u00e9e \u00ab soci\u00e9t\u00e9 civile \u00bb. Luc Ferry, Jean-Jacques Aillagon et Francis Mer ont \u00e9t\u00e9 remerci\u00e9s, comme l&#8217;avaient \u00e9t\u00e9, au temps de la gauche au pouvoir, Claude All\u00e8gre ou L\u00e9on Schwartzenberg. Le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique n&#8217;a pas manqu\u00e9 de donner sens \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement. Sans doute a-t-il diplomatiquement salu\u00e9 la contribution des personnalit\u00e9s \u00e9vinc\u00e9es, mais son message a \u00e9t\u00e9 clair : la politique est un m\u00e9tier qui demande du temps et qui s&#8217;apprend. Quand les choses vont mal, on se tourne vers les \u00ab professionnels \u00bb de la politique&#8230;<\/p>\n<p><strong> FIN DE PARTIE ? <\/strong><\/p>\n<p>On pourrait voir dans ce faisceau de faits : r\u00e9sultats \u00e9lectoraux et remaniement minist\u00e9riel \u00ab cibl\u00e9 \u00bb : quelque chose comme une fin de partie. Sur la base du constat d&#8217;une politique en crise, on avait beaucoup dissert\u00e9 sur l&#8217;injection d&#8217;un sang neuf : la \u00ab soci\u00e9t\u00e9 civile \u00bb dans le discours de droite, le \u00ab mouvement social \u00bb du c\u00f4t\u00e9 de la gauche. Au premier abord, les \u00e9lections de mars semblent avoir remis les pendules \u00e0 l&#8217;heure : quand la crise politique est maximale, et quels que soient les discours critiques que l&#8217;on tient par ailleurs, on se tourne vers les \u00ab comp\u00e9tences \u00bb politiques. Et, si possible, on va les chercher dans les grandes \u00ab machines \u00bb des partis \u00e0 vocation gouvernementale.<\/p>\n<p>Le constat est possible ; il n&#8217;en est pas moins discutable. Ce que montrent les \u00e9lections, c&#8217;est que, face \u00e0 un dilemme politique, l&#8217;\u00e9lecteur fait un choix avant tout politique, de \u00ab contenu \u00bb pourrait-on dire. Il a sanctionn\u00e9 cruellement la politique gouvernementale et signifi\u00e9 \u00e0 la gauche qu&#8217;il ne lui tenait pas grief d\u00e9finitivement de ses \u00e9checs pass\u00e9s. En revanche, \u00e0 l&#8217;extr\u00eame gauche qui entendait \u00eatre l&#8217;expression politique du \u00ab mouvement social \u00bb d\u00e9ploy\u00e9 depuis plus de dix ans, l&#8217;\u00e9lectorat de gauche a plut\u00f4t r\u00e9pondu qu&#8217;il restait perplexe devant une d\u00e9marche qui sous-estimait gravement la n\u00e9cessit\u00e9 de dynamiques bien \u00e0 gauche, certes, mais \u00e0 vocation majoritaire.<\/p>\n<p>Un clou ne doit pas chasser l&#8217;autre. Les \u00e9lections r\u00e9centes n&#8217;infirment pas le constat d&#8217;une politique institutionnelle qui reste hors d&#8217;\u00e9tat d&#8217;exprimer les pr\u00e9occupations et les attentes d&#8217;une population \u00e0 la recherche de perspectives, individuelles et collectives. Elles n&#8217;infirment donc pas l&#8217;hypoth\u00e8se de la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;une \u00ab nouvelle alliance \u00bb entre dynamiques sociales et constructions politiques. <\/p>\n<p>De ce point de vue, il n&#8217;est pas indiff\u00e9rent de noter que, lorsque des configurations originales ont \u00e9t\u00e9 tent\u00e9es pour associer acteurs sociaux et politiques, ce ne fut pas sans effet. Ainsi en a-t-il \u00e9t\u00e9 en Ile-de-France avec la liste de la \u00ab Gauche populaire et citoyenne \u00bb, en Midi-Pyr\u00e9n\u00e9es avec la liste alternative des \u00ab Motiv\u00e9s \u00bb et m\u00eame, \u00e0 leur mani\u00e8re, du c\u00f4t\u00e9 des listes dites \u00ab d&#8217;initiative communiste \u00bb constitu\u00e9es en Aquitaine ou dans le Nord-Pas-de-Calais.<\/p>\n<p>Ce qui ne fonctionne pas, ce sont les r\u00e9ponses courtes. L&#8217;\u00e9chec des repr\u00e9sentants de droite de la \u00ab soci\u00e9t\u00e9 civile \u00bb montre qu&#8217;il n&#8217;y a pas d&#8217;\u00e9quivalence de comp\u00e9tence entre l&#8217;exp\u00e9rience professionnelle et l&#8217;exp\u00e9rience proprement politique. L&#8217;\u00e9chec relatif de l&#8217;extr\u00eame gauche montre que la protestation ne suffit pas \u00e0 \u00e9tablir un pont entre la combativit\u00e9 sociale et le changement politique par les institutions. L&#8217;\u00e9chec des listes \u00ab cat\u00e9gorielles \u00bb : comme les chasseurs : montre qu&#8217;il n&#8217;y a pas de possibilit\u00e9 de repr\u00e9sentation politique directe de la demande sociale par le seul r\u00e9seau des associations.<\/p>\n<p><strong> Constructions <\/strong><\/p>\n<p>Que les r\u00e9ponses courtes n&#8217;aient pas convaincu n&#8217;autorise pourtant pas \u00e0 maintenir la seule logique de la d\u00e9l\u00e9gation aux comp\u00e9tences r\u00e9put\u00e9es \u00ab politiques \u00bb. Mais il oblige \u00e0 une r\u00e9flexion exigeante. Si la d\u00e9l\u00e9gation pure et simple ne suffit pas, et si la substitution de la comp\u00e9tence sociale \u00e0 la comp\u00e9tence politique est inop\u00e9rante, il n&#8217;y a donc qu&#8217;une voie, difficile mais n\u00e9cessaire : celle de la constitution de lieux politiques, qui ne se limitent pas au jeu des organisations proprement partisanes, et qui associent des acteurs diff\u00e9rents, associatifs, politiques et syndicaux, dans la recherche commune de constructions politiques, \u00e9laborations de projets, d&#8217;initiatives et, \u00e9ventuellement, de perspectives \u00e9lectorales communes.<\/p>\n<p>C&#8217;est dans ce travail proprement politique, o\u00f9 ne se dissolvent pas les sp\u00e9cificit\u00e9s des acteurs, o\u00f9 les partis gardent leur place mais n&#8217;exercent plus le monopole de l&#8217;expression politique, o\u00f9 chacun agit \u00e0 \u00e9galit\u00e9 de dignit\u00e9 et de responsabilit\u00e9, que se reconstruira la dynamique d\u00e9mocratique. Des exp\u00e9riences comme celles de l&#8217;Ile-de-France montrent qu&#8217;il est possible d&#8217;envisager concr\u00e8tement une telle d\u00e9marche. Encore faut-il la perfectionner. Encore faut-il l&#8217;\u00e9tendre.  R. M.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Apr\u00e8s la vague qui a plac\u00e9 le PS \u00e0 la t\u00eate de l&#8217;\u00e9crasante majorit\u00e9 des r\u00e9gions fran\u00e7aises et le s\u00e9v\u00e8re avertissement envoy\u00e9 au gouvernement, quelles perspectives pour la gauche et la droite ? Tour d&#8217;horizon, \u00e0 la veille des \u00e9lections europ\u00e9ennes. 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