{"id":3279,"date":"2004-06-01T14:07:00","date_gmt":"2004-06-01T12:07:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/farc-40-bougies-et-900-otages3279\/"},"modified":"2004-06-01T14:07:00","modified_gmt":"2004-06-01T12:07:00","slug":"farc-40-bougies-et-900-otages3279","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3279","title":{"rendered":"FARC : 40 bougies et 900 otages !"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Il y a quarante ans, 48 paysans sans terre entraient en r\u00e9bellion, armes en main. Les Forces arm\u00e9es r\u00e9volutionnaires de Colombie (FARC) comptent aujourd&#8217;hui 18 000 combattants. Ils d\u00e9tiennent des centaines d&#8217;otages, parmi lesquels Ingrid B\u00e9tancourt. Retour sur une impasse politique. Par C\u00e9cile Raimbeau <\/p>\n<p>Colombie, mars 2001, dans la zone d\u00e9militaris\u00e9e pour les pourparlers de paix entre le gouvernement d&#8217;Andres Pastrana et les FARC. Trente ambassadeurs de pays \u00ab facilitateurs \u00bb sont attendus pour soutenir les n\u00e9gociations. Des familles de soldats d\u00e9tenus par les FARC se sont mobilis\u00e9es avec l&#8217;association Asfamipaz. Elles d\u00e9fendent l&#8217;id\u00e9e d&#8217;un \u00e9change de \u00ab prisonniers de guerre \u00bb, un troc entre les soldats captifs de la gu\u00e9rilla marxiste et des gu\u00e9rilleros emprisonn\u00e9s par l&#8217;arm\u00e9e.<\/p>\n<p>M\u00e8res et femmes de militaires manifestent devant l&#8217;espace de conciliabules tandis qu&#8217;approche Manuel Marulanda, le chef des FARC. Le vieux gu\u00e9rillero va traverser cette foule agit\u00e9e. Les journalistes pr\u00e9voient des altercations. Ils observent les m\u00e8res de soldats se presser autour du rebelle. Pourtant, loin de l&#8217;insulter, elles lui serrent la main ! La presse est surprise : \u00ab Excusez-moi, mais&#8230; c&#8217;est lui qui d\u00e9tient vos fils, non ? \u00bb \u00ab Certes, mais Marulanda veut bien nous les rendre ! C&#8217;est le gouvernement qui bloque l&#8217;\u00e9change ! \u00bb<\/p>\n<p>Ce flash-back est repr\u00e9sentatif de la complexit\u00e9 du d\u00e9bat sur la lib\u00e9ration des otages de Colombie. Car il y a, en son c\u0153ur, des revendications ch\u00e8res \u00e0 la gu\u00e9rilla, \u00e9mises d\u00e8s le d\u00e9but des dialogues de paix en novembre 1998. En aspirant \u00e0 un \u00e9change de prisonniers, \u00ab les FARC montrent au peuple et \u00e0 l&#8217;ennemi leur volont\u00e9 r\u00e9volutionnaire et humanitaire \u00bb, lit-on sur le site des insurg\u00e9s.<\/p>\n<p><strong> \u00ab Accord humanitaire \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>A l&#8217;\u00e9poque, la gu\u00e9rilla d\u00e9tenait des centaines de soldats et policiers, troufions ou grad\u00e9s. Mais le gouvernement du pr\u00e9sident Pastrana les laissait dans la jungle. Elu sur un programme de paix, il finit par n\u00e9gocier, deux mois apr\u00e8s le sommet, une sorte d&#8217;\u00e9change qu&#8217;on a d\u00e9nomm\u00e9 par euph\u00e9misme \u00ab accord humanitaire \u00bb. Il consistait en la lib\u00e9ration de 14 gu\u00e9rilleros malades, contre celle de 55 policiers et soldats. Quinze jours plus tard, la gu\u00e9rilla rel\u00e2chait unilat\u00e9ralement 304 soldats de base, gardant 48 officiers.<\/p>\n<p>Comme John Fredy Dias, pris au combat \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 21 ans, la plupart de ces lib\u00e9r\u00e9s avaient pass\u00e9 trois ans en jungle dans des conditions mis\u00e9rables. A leur lib\u00e9ration, le commandant militaire des FARC leur avait annonc\u00e9 : \u00ab Puisque votre gouvernement se moque de vous, nous allons vous lib\u00e9rer sans condition. Mais les FARC commenceront \u00e0 s\u00e9questrer des politiques ! On verra bien si l&#8217;indiff\u00e9rence sera la m\u00eame ! \u00bb \u00ab Si cela sert \u00e0 nous sauver, faites-le ! \u00bb, a pens\u00e9 le soldat.<\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui, John Fredy Dias s&#8217;explique : \u00ab Les \u00e9changes de prisonniers de guerre sont n\u00e9cessaires. Si l&#8217;arm\u00e9e les refuse, c&#8217;est parce que les g\u00e9n\u00e9raux reconna\u00eetraient ainsi les FARC comme les bellig\u00e9rants d&#8217;un conflit interne. Ce refus est une absurde histoire d&#8217;orgueil. Les FARC ne sont-ils pas une arm\u00e9e mondialement connue ? C&#8217;est ce que nous pensions, nous les soldats derri\u00e8re leurs barbel\u00e9s, impressionn\u00e9s par leur \u00e9quipement, leur discipline. \u00bb Ce n&#8217;est pas un hasard si la gu\u00e9rilla tient tant \u00e0 \u00e9changer des \u00ab prisonniers de guerre \u00bb. Dans le droit humanitaire international, ce terme ne s&#8217;utilise que dans le cadre de \u00ab conflits arm\u00e9s internationaux \u00bb et dans celui de deux types de conflits internes : un Etat s&#8217;affronte \u00e0 des groupes arm\u00e9s internationalement reconnus tels que des mouvements de lib\u00e9ration nationale ; un Etat s&#8217;affronte \u00e0 des groupes arm\u00e9s ayant acquis, sur une partie du territoire, des caract\u00e9ristiques similaires \u00e0 un gouvernement r\u00e9gulier et \u00e0 qui on a reconnu le statut de \u00ab bellig\u00e9rants \u00bb.<\/p>\n<p>Lorsque les gu\u00e9rilleros des FARC n\u00e9gociaient la paix, ils recherchaient <\/p>\n<p>une reconnaissance internationale. A l&#8217;\u00e9poque, Manuel Marulanda et ses camarades avaient au moins obtenu un statut politique en Colombie. C&#8217;\u00e9tait la reconnaissance minimale que le gouvernement pouvait leur octroyer pour ouvrir des dialogues dans le cadre de la l\u00e9gislation nationale.<\/p>\n<p><strong> tr\u00eave rompue <\/strong><\/p>\n<p>En f\u00e9vrier 2002, le processus de paix \u00e9tait rompu unilat\u00e9ralement par le pr\u00e9sident Pastrana. Les gu\u00e9rilleros devenaient des terroristes sans l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 constituer des prisonniers. La gu\u00e9rilla s&#8217;est mise \u00e0 d\u00e9tenir des politiques : Ingrid Betancourt et une vingtaine de d\u00e9put\u00e9s et s\u00e9nateurs. En retenant l&#8217;ex-candidate \u00e0 la pr\u00e9sidence, les FARC cherchent \u00e0 renforcer la pression pour favoriser un nouvel \u00ab \u00e9change \u00bb.<\/p>\n<p>Peut-on \u00e9changer les militaires restant aux mains des FARC contre des terroristes ? Pire, peut-on \u00e9changer des otages civils contre des terroristes ? A ces questions mal pos\u00e9es, la r\u00e9ponse est non, d&#8217;apr\u00e8s le gouvernement du successeur de Pastrana, le pr\u00e9sident Alvaro Uribe, \u00e9lu sur un programme de guerre par une population lass\u00e9e de pourparlers vains.<\/p>\n<p>L&#8217;association Asfamipaz n&#8217;a pas baiss\u00e9 les bras. Tous les mardis, une dizaine de familles manifestent devant le Congr\u00e8s. \u00ab Un accord humanitaire est possible ! \u00bb, exhibe leur banderole o\u00f9 figurent les noms de 34 officiers encore aux mains des FARC, certains depuis plus de six ans. \u00ab L&#8217;accord humanitaire \u00bb est envisag\u00e9 par l&#8217;article 3 commun aux quatre Conventions de Gen\u00e8ve. Il stipule de possibles \u00ab accords sp\u00e9ciaux \u00bb entre les parties d&#8217;un conflit international ou interne, s&#8217;ils \u00e9tendent une protection du droit humanitaire international. Ce type d&#8217;accord pourrait permettre au gouvernement colombien d&#8217;\u00e9changer des prisonniers sous couvert d&#8217;un motif humanitaire. Les otages politiques, qui ne sont pas des acteurs arm\u00e9s du conflit, pourraient ensuite \u00eatre lib\u00e9r\u00e9s \u00ab inconditionnellement \u00bb par les FARC, puisqu&#8217;ils ont justement \u00e9t\u00e9 kidnapp\u00e9s pour forcer le premier \u00e9change. Ce sc\u00e9nario est celui d\u00e9fendu par la plupart des familles de s\u00e9questr\u00e9s, dont celle d&#8217;Ingrid Betancourt. <\/p>\n<p><strong> TRACTATIONS <\/strong><\/p>\n<p>De tels accords ont toujours concern\u00e9 des personnes importantes (fr\u00e8re d&#8217;un ex-pr\u00e9sident, p\u00e8re d&#8217;un ex-ministre). \u00ab On arrive \u00e0 cela en s&#8217;assoyant \u00e0 une table, non pas en adoptant une attitude ferm\u00e9e au dialogue comme le fait M. Uribe \u00bb, remarque Carlos Lozano, directeur de l&#8217;hebdomadaire communiste Voz. \u00ab Les FARC ont demand\u00e9 que le gouvernement nomme une commission n\u00e9gociatrice. Eux ont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9sign\u00e9 leurs n\u00e9gociateurs. Mais tout ce qu&#8217;a fait Uribe, c&#8217;est nommer des \u00abfacilitateurs\u00bb de l&#8217;Eglise, des cur\u00e9s de bonne volont\u00e9, au r\u00f4le tr\u00e8s limit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Cette commission a rencontr\u00e9 les FARC en avril 2003. Depuis, elle renvoie des propositions corrig\u00e9es aux deux parties. Mais les points de discorde sont nombreux. Pour se livrer en toute s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 ces tractations d&#8217;hommes, les FARC demandent des zones d\u00e9militaris\u00e9es. Le gouvernement s&#8217;y oppose, pr\u00e9f\u00e9rant parler de \u00ab suspension d&#8217;op\u00e9ration militaire dans les lieux d&#8217;\u00e9change \u00bb qui n&#8217;impliquerait pas le retrait des militaires. Autre probl\u00e8me : les FARC veulent que leurs gu\u00e9rilleros lib\u00e9r\u00e9s restent dans le pays, refusant pour l&#8217;instant la proposition de Jacques Chirac de les recevoir en France. S&#8217;ils restaient en Colombie, ils devraient \u00eatre soumis \u00e0 un processus de \u00ab resocialisation \u00bb, comme l&#8217;exige l&#8217;\u00e9quipe d&#8217;Alvaro Uribe. Ce terme est inacceptable pour des rebelles convaincus de la l\u00e9gitimit\u00e9 de leur combat. Derni\u00e8re difficult\u00e9 : Ingrid Betancourt a tellement \u00e9t\u00e9 m\u00e9diatis\u00e9e qu&#8217;elle vaut bien Simon Trinidad, un chef gu\u00e9rillero arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Quito en janvier. Or, le gouvernement est si fier de cette prise qu&#8217;il n&#8217;acceptera jamais de l&#8217;\u00e9changer contre une batailleuse que l&#8217;oligarchie politique ex\u00e8cre.<\/p>\n<p><strong> s\u00e9questr\u00e9s civils <\/strong><\/p>\n<p>S&#8217;il r\u00e9ussissait \u00e0 voir le jour, un tel accord humanitaire aurait un gros d\u00e9faut : il ne r\u00e9soudrait pas le drame d&#8217;une troisi\u00e8me cat\u00e9gorie d&#8217;otages, les plus nombreux : les s\u00e9questr\u00e9s \u00e0 but lucratif. D\u00e9linquants ou gu\u00e9rilleros, leurs ravisseurs r\u00e9clament des ran\u00e7ons en moyenne \u00e9quivalentes \u00e0 230 000 euros. Ils seraient environ 3000 par an depuis 1998, mais les statistiques sont confuses. Et la d\u00e9sinformation organis\u00e9e par l&#8217;arm\u00e9e discr\u00e9dite les donn\u00e9es sur l&#8217;identit\u00e9 des ravisseurs. On attribue aux FARC 900 ou plus de ces kidnappings.<\/p>\n<p>Adepte d&#8217;une issue n\u00e9goci\u00e9e au conflit, l&#8217;ex-procureur Jaime Bernal Cuellar pr\u00e9tend que l&#8217;on pourrait inclure ces s\u00e9questr\u00e9s dans un accord, quitte \u00e0 verser une compensation financi\u00e8re \u00e0 la gu\u00e9rilla. Il ne s&#8217;agirait pas de payer les ran\u00e7ons, mais de financer les frais de bouche de la gu\u00e9rilla dans le cadre d&#8217;un processus de paix o\u00f9 elle s&#8217;engagerait \u00e0 ne plus s\u00e9questrer. \u00ab Propos\u00e9e par des \u00abfacilitateurs\u00bb europ\u00e9ens, cette solution avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9e lors des pourparlers sous M. Pastrana \u00bb, rappelle-t-il, convaincu que pour faire la paix, il faut tout mettre en \u0153uvre et compter sur des soutiens \u00e9trangers.<\/p>\n<p><strong> L&#8217;\u00ab aide \u00bb internationale <\/strong><\/p>\n<p>En Colombie, nombreux sont les d\u00e9fenseurs de la paix \u00e0 r\u00e9clamer l&#8217;aide internationale. Pas n&#8217;importe laquelle : cette aide doit \u00e9chapper aux int\u00e9r\u00eats propres \u00e0 chaque nation. Car le soutien \u00e0 Ingrid B\u00e9tancourt et l&#8217;intervention fran\u00e7aise au Br\u00e9sil en son unique faveur compliquent plut\u00f4t les n\u00e9gociations, d&#8217;apr\u00e8s le p\u00e8re Echeverri, secr\u00e9taire de la Commission n\u00e9gociatrice de l&#8217;Eglise. Il soupire, en s&#8217;excusant de ne pouvoir trop en dire. \u00ab Uribe n&#8217;est pas libre face \u00e0 cet accord : il y a surtout des conditions pos\u00e9es par les Etats-Unis et les forces arm\u00e9es nationales, supports de sa politique de s\u00e9curit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Grand bailleur de fonds de l&#8217;arm\u00e9e colombienne \u00e0 travers le Plan Colombie, Washington rejette tout \u00e9change, m\u00eame entre combattants. Comme M. Uribe, les autorit\u00e9s am\u00e9ricaines appuient une extinction de la gu\u00e9rilla par la force, envoyant des conseillers militaires entra\u00eener des unit\u00e9s sp\u00e9ciales pour r\u00e9cup\u00e9rer les otages. Or, une tentative de sauvetage en mai 2003 s&#8217;est sold\u00e9e par la mort de sept otages, dont l&#8217;ex-gouverneur d&#8217;une r\u00e9gion. Les FARC utilisent leurs d\u00e9tenus comme bouclier humain.<\/p>\n<p>\u00ab Au-del\u00e0 du discours public, les Etats-Unis s&#8217;arrangent du conflit colombien \u00bb, analyse Gustavo Petro, un d\u00e9put\u00e9 de gauche, aussi r\u00e9put\u00e9 pour son franc-parler qu&#8217;Ingrid. \u00ab Gr\u00e2ce au volume d&#8217;armes et \u00abd&#8217;aides\u00bb \u00e0 cette guerre, les Am\u00e9ricains augmentent leur influence sur l&#8217;arm\u00e9e et sur le gouvernement, construisant des niches de pouvoir au sein de l&#8217;Etat colombien. Ils font de la Colombie l&#8217;Isra\u00ebl de l&#8217;Am\u00e9rique Latine ! \u00bb Il y a l\u00e0 un pi\u00e8ge, selon cet ex-gu\u00e9rillero du M-19 (un groupe d\u00e9mobilis\u00e9) : cette tactique pourrait mener le pays vers un conflit international avec le Venezuela parce que Bush veut en finir avec Hugo Chavez. \u00ab Or, pour allumer le feu au conflit colombien, il leur faut emp\u00eacher tout type de n\u00e9gociation politique avec la gu\u00e9rilla \u00bb, conclut le d\u00e9put\u00e9.<\/p>\n<p>Son parti, le P\u00f4le D\u00e9mocratique, critique l&#8217;accord humanitaire qu&#8217;il trouve trop ponctuel. Il d\u00e9fend \u00ab un accord durable pour la libert\u00e9 \u00bb : n\u00e9gocier avec les FARC un renoncement \u00e0 faire de civils des otages pour un quelconque motif, politique ou lucratif. Ce type d&#8217;accord impliquerait aussi un engagement de la part de l&#8217;Etat \u00e0 respecter les libert\u00e9s publiques et les droits fondamentaux, menac\u00e9s par l&#8217;actuelle politique antiterroriste. Gustavo Petro se r\u00e9f\u00e8re aux d\u00e9tentions massives et arbitraires de milliers de syndicalistes ou d\u00e9fenseurs des droits humains soup\u00e7onn\u00e9s de \u00ab r\u00e9bellion \u00bb. Des arrestations collectives de 2000 \u00e0 2500 citoyens ont eu lieu dans tout le pays. L&#8217;absence de mandat, le parcage des suspects dans un stade, l&#8217;identification des \u00e9ventuels \u00ab rebelles \u00bb par des indicateurs masqu\u00e9s font partie des m\u00e9thodes des forces de l&#8217;ordre d&#8217;Alvaro Uribe. \u00ab Ces pratiques positionnent l&#8217;Etat et les FARC dans la m\u00eame logique : les FARC d\u00e9tiennent des civils contre le droit international qui \u00e9tablit une distinction entre civils et combattants ; l&#8217;Etat fait pareil ! \u00bb<\/p>\n<p>Le 17 avril, le pr\u00e9sident colombien a reconnu avoir donn\u00e9 l&#8217;ordre \u00e0 l&#8217;arm\u00e9e de trouver les otages. Et les FARC ont rejet\u00e9 toute n\u00e9gociation future avec son gouvernement. Une offensive militaire est d\u00e9j\u00e0 en cours qui pr\u00e9voit le d\u00e9ploiement de 15 000 soldats afin de quadriller les jungles du sud o\u00f9 les gu\u00e9rilleros d\u00e9tiennent la majorit\u00e9 des s\u00e9questr\u00e9s. L&#8217;accord humanitaire est aujourd&#8217;hui dans l&#8217;impasse. Ingrid B\u00e9tancourt et les autres s\u00e9questr\u00e9s de Colombie risquent de mourir&#8230; C.R.<\/p>\n<p>Qui sont les FARC ?<\/p>\n<p>Le 27 mai 1964, des paysans sans terre organis\u00e9s en groupes d&#8217;autod\u00e9fense forment une petite r\u00e9publique ind\u00e9pendante qui ne r\u00e9sistera pas aux forces mobilis\u00e9es par le pouvoir. Deux mois plus tard, ces paysans entrent en gu\u00e9rilla au nom d&#8217;une lutte pour la r\u00e9partition de la terre. Les FARC se r\u00e9clament alors du Parti communiste, ligne sovi\u00e9tique. Il y a bien des accords de paix en 1984 qui l\u00e9galisent l&#8217;aile politique des FARC. Mais leur parti est d\u00e9mantel\u00e9 par une vague d&#8217;assassinats de 4000 \u00e9lus et militants. Les survivants partent en exil ou retournent dans la clandestinit\u00e9. Puis, gr\u00e2ce \u00e0 la diversification de leurs sources de financement, les FARC connaissent un d\u00e9veloppement vertigineux qui d\u00e9range les int\u00e9r\u00eats des Etats-Unis. La gu\u00e9rilla contr\u00f4le aujourd&#8217;hui de grands pans du territoire. Son programme politique s&#8217;appuie sur trois lois \u00e9dict\u00e9es dans le maquis : une r\u00e9forme agraire, un imp\u00f4t sur la fortune et une loi anti-corruption. <\/p>\n<p>Les FARC, une machine \u00e0 faire de l&#8217;argent ?<\/p>\n<p>Carlos Lozano, Parti  communiste colombien <\/p>\n<p>\u00ab Les s\u00e9questrations de civils pour extorsion sont injustifiables. C&#8217;est une logique absurde de la guerre. Pour soutenir son appareil militaire face \u00e0  l&#8217;Etat, la gu\u00e9rilla a besoin de moyens. Cette pratique, comme le narcotrafic, a beaucoup discr\u00e9dit\u00e9 les FARC tout en servant la propagande nord-am\u00e9ricaine. Elle a aussi affect\u00e9 la base sociale du parti communiste. Mais les chefs des FARC ne sont pas partis vivre aux Bahamas. Ils combattent dans la jungle depuis quarante ans. Sans l&#8217;approuver, je continue \u00e0 reconna\u00eetre le caract\u00e8re politique et r\u00e9volutionnaire du mouvement gu\u00e9rillero colombien. \u00bb<\/p>\n<p>Gustavo Petro, P\u00f4le D\u00e9mocratique, de centre-gauche<\/p>\n<p>\u00ab Les gu\u00e9rilleros d&#8217;aujourd&#8217;hui sont moins r\u00e9volutionnaires que leurs anc\u00eatres. La lutte pour le pouvoir s&#8217;est transform\u00e9e en lutte de vengeance. Et le narcotrafic d\u00e9compose peu \u00e0 peu le commandement des FARC. La gu\u00e9rilla se fragmente. Des fronts sont encore dans la ligne de la vieille politique r\u00e9volutionnaire. D&#8217;autres contr\u00f4lent le territoire pour contr\u00f4ler le territoire. Des gu\u00e9rilleros s&#8217;enrichissent, gagnant du pouvoir sans avoir besoin d&#8217;appui populaire. Le mouvement gu\u00e9rillero actuel est une combinaison de stalinisme et de luttes vindicatives avec un esprit assez conservateur. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Il y a quarante ans, 48 paysans sans terre entraient en r\u00e9bellion, armes en main. Les Forces arm\u00e9es r\u00e9volutionnaires de Colombie (FARC) comptent aujourd&#8217;hui 18 000 combattants. Ils d\u00e9tiennent des centaines d&#8217;otages, parmi lesquels Ingrid B\u00e9tancourt. Retour sur une impasse politique. 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