{"id":3250,"date":"2004-07-01T14:07:00","date_gmt":"2004-07-01T12:07:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/espagne-les-faits-zapatero3250\/"},"modified":"2004-07-01T14:07:00","modified_gmt":"2004-07-01T12:07:00","slug":"espagne-les-faits-zapatero3250","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3250","title":{"rendered":"Espagne  Les faits zapatero"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Depuis l&#8217;\u00e9lection de Jos\u00e9 Luis Rodriguez Zapatero, L&#8217;Europe sociale-d\u00e9mocrate a les yeux tourn\u00e9s vers l&#8217;Espagne. Sa fibre d\u00e9mocratique et ses promesses sociales lui ont attir\u00e9 un large appui populaire. Mais des voix s&#8217;\u00e9l\u00e8vent \u00e0 gauche pour \u00e9mettre doutes et inqui\u00e9tudes sur la capacit\u00e9 du gouvernement de se soustraire au diktat du lib\u00e9ralisme. ENQU\u00caTE Par CHAKRI BeLA\u00cfD ET ENTRETIEN R\u00c9ALIS\u00c9 PAR AM\u00c9LIE JEAMMET <\/p>\n<p> No nos falles ! \u00bb (1), scandaient les jeunes rassembl\u00e9s au soir du 14 mars devant le si\u00e8ge du PSOE \u00e0 Madrid. Message re\u00e7u. \u00ab Le pouvoir ne me changera pas \u00bb, assurait Jos\u00e9 Luis Rodriguez Zapatero au soir de sa victoire le 16 mars. L&#8217;homme qui, depuis trois mois, assure le retour de la gauche au pouvoir mesure ses responsabilit\u00e9s. L&#8217;espoir est immense. Les sondages en t\u00e9moignent : 60,2 % des Espagnols ont une bonne image de leur chef de gouvernement, une cote jamais atteinte depuis la transition d\u00e9mocratique. Le style Zapatero pla\u00eet : \u00ab transparent \u00bb selon ses termes et enclin au dialogue, l&#8217;homme tranche avec l&#8217;opacit\u00e9 et l&#8217;autoritarisme de son pr\u00e9d\u00e9cesseur, Aznar. Il appara\u00eet aussi comme un homme qui fait ce qu&#8217;il dit : parit\u00e9 hommes\/femmes au gouvernement, retrait des troupes d&#8217;Irak, suppression de la religion en tant que mati\u00e8re obligatoire \u00e0 l&#8217;\u00e9cole, augmentation du salaire minimum d\u00e9but juillet. Reste que le chantier, notamment social, est immense. L&#8217;Espagne accuse l&#8217;un des taux de ch\u00f4mage les plus \u00e9lev\u00e9s d&#8217;Europe et des carences en termes de protection sociale des plus aigu\u00ebs (2). L&#8217;avenir politique de Zapatero d\u00e9pend de la r\u00e9solution de ces probl\u00e8mes. Ses priorit\u00e9s ? La fin de la \u00ab scandaleuse et injuste pr\u00e9carit\u00e9 \u00bb de l&#8217;emploi (3), l&#8217;augmentation sensible des salaires minimums et des retraites et la \u00ab mise \u00e0 disposition des familles, \u00e0 des prix accessibles, de 180 000 logements par an \u00bb.<\/p>\n<p>R\u00e9soudra-t-il ces gros dossiers aussi facilement qu&#8217;il a pris ses premi\u00e8res mesures ? Celles-ci ne lui ont pas co\u00fbt\u00e9 tr\u00e8s cher&#8230; Le gouvernement a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9, en outre, des traditionnels cent jours de gr\u00e2ce. De quelle marge de man\u0153uvre politique et financi\u00e8re b\u00e9n\u00e9ficie-t-il d\u00e9sormais ? Jusqu&#8217;o\u00f9 veut-il et peut-il aller ?<\/p>\n<p><strong> Les contraintes du d\u00e9ficit z\u00e9ro <\/strong><\/p>\n<p>A douze si\u00e8ges de la majorit\u00e9 absolue aux Cort\u00e8s (parlement espagnol), le PSOE peut l\u00e9gif\u00e9rer sur les questions sociales en s&#8217;appuyant sur les votes d&#8217;appoint de partis de gauche notamment d&#8217;Izquierda Unida (groupe vert et communiste). Du reste, une grande partie des mesures sociales promises lors de la campagne feront l&#8217;objet de d\u00e9crets gouvernementaux. Toutefois, rel\u00e8ve Francisco Caparros, journaliste \u00e0 Cambio16, un hebdomadaire de gauche progressiste, \u00ab Zapatero sait qu&#8217;il doit dialoguer avec les partenaires sociaux et leur faire des concessions. Mais il devra jouer de ses talents de n\u00e9gociateur, car s&#8217;il s&#8217;incline trop devant les syndicats, le patronat se mettra en travers de son chemin. Et Zapatero ne peut se permettre de se le mettre \u00e0 dos. Ce serait d\u00e9clarer la guerre aux d\u00e9put\u00e9s PP. \u00bb On peut augurer que sa propension au dialogue et aux compromis, qui l&#8217;ont hiss\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de son parti, lui facilitera la t\u00e2che.<\/p>\n<p>Reste la question, plus probl\u00e9matique en revanche, des moyens financiers n\u00e9cessaires \u00e0 la r\u00e9alisation de la politique sociale. Zapatero a assur\u00e9 que le \u00ab crit\u00e8re qui guidera [son] action sera le principe de stabilit\u00e9 budg\u00e9taire \u00bb, le sacro-saint \u00ab d\u00e9ficit z\u00e9ro \u00bb que l&#8217;Espagne maintient depuis quatre ans. Pour veiller au grain, Zapatero a fait appel \u00e0 Pedro Solbes, surnomm\u00e9 \u00ab p\u00e8re la rigueur \u00bb depuis son mandat comme commissaire europ\u00e9en aux Affaires \u00e9conomiques et mon\u00e9taires. Figure assez controvers\u00e9e \u00e0 gauche, Solbes rassure les milieux \u00e9conomiques qui voient en lui un continuateur de la politique d&#8217;aust\u00e9rit\u00e9 d&#8217;Aznar. A gauche, on s&#8217;inqui\u00e8te de l&#8217;\u00e9troite marge financi\u00e8re laiss\u00e9e pour accomplir les ambitions sociales du programme \u00e9lectoral.<\/p>\n<p><strong> Tranquilliser les march\u00e9s <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Selon nous, le programme social de la campagne \u00e9lectorale \u00e9tait de la poudre aux yeux \u00bb, ass\u00e8ne Jos\u00e9 Manuel Fernandez, conseiller parlementaire d&#8217;Izquierda Unida. Il poursuit : \u00ab Pedro Solbes vient de r\u00e9it\u00e9rer son inflexibilit\u00e9 concernant le respect du d\u00e9ficit z\u00e9ro. Comment r\u00e9soudre, dans ces conditions, l&#8217;ampleur des probl\u00e8mes sociaux qui touchent les Espagnols ? Certains projets des ministres de l&#8217;Emploi et du Logement sont d\u00e9j\u00e0 menac\u00e9s ! Outre son projet de mettre \u00e0 disposition des habitats sociaux, la ministre du Logement s&#8217;\u00e9tait engag\u00e9e durant la campagne \u00e0 aider les plus modestes \u00e0 l&#8217;acquisition ou au paiement de leur loyer. Pedro Solbes s&#8217;y est oppos\u00e9, invoquant son incompatibilit\u00e9 avec le cadre budg\u00e9taire. Personne \u00e0 gauche ne remet en question le pacte de stabilit\u00e9. Nous disons juste qu&#8217;il y a de la marge entre 0 et 3 % pour faire une politique sociale. Quant \u00e0 la progressivit\u00e9 des imp\u00f4ts sur les plus-values inscrite dans le programme \u00e9lectoral, la question ne sera pas d\u00e9battue avant la fin de l&#8217;ann\u00e9e 2005 selon Solbes. Pourquoi ? Pour tranquilliser les march\u00e9s. Zapatero ne l&#8217;a pas nomm\u00e9 pour rien&#8230; \u00bb<\/p>\n<p><strong> La pol\u00e9mique \u00e0 gauche <\/strong><\/p>\n<p>Cette question cristallise les pol\u00e9miques \u00e0 gauche. Le quotidien de droite El Mundo assure lui m\u00eame qu&#8217;\u00ab il sera difficile d&#8217;engager de profondes r\u00e9formes sociales sans s&#8217;attaquer au budget de l&#8217;Etat \u00bb. Francisco Caparros se veut plus mesur\u00e9 : \u00ab Ne pr\u00e9jugeons pas des ambitions sociales de Zapatero. Il faut savoir que le budget actuel allou\u00e9 au social a \u00e9t\u00e9 vot\u00e9 sous Aznar. La marge de man\u0153uvre financi\u00e8re est donc tr\u00e8s \u00e9troite. Attendons de voir le vote du budget 2005 cet automne, nous y verrons plus clair sur ses intentions. Il n&#8217;emp\u00eache que l&#8217;inflexibilit\u00e9 de Solbes sera un s\u00e9rieux handicap \u00e0 l&#8217;accomplissement des mesures sociales. \u00bb Quant aux deux syndicats majoritaires, leurs avis divergent. Si Comisiones Obreras (tendance communiste) se dit aussi inquiet sur l&#8217;orthodoxie de Solbes, l&#8217;UGT (Union General de los Trabajadores, tendance socialiste) conditionne la r\u00e9solution des probl\u00e8mes sociaux \u00e0 l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;un nouveau mod\u00e8le \u00e9conomique. Jesus Perez, un responsable de la conf\u00e9d\u00e9ration, estime qu&#8217;\u00ab il est fondamental que le gouvernement g\u00e9n\u00e8re plus de richesses s&#8217;il veut r\u00e9aliser de larges d\u00e9penses sociales. C&#8217;est pourquoi, il faut un mod\u00e8le bas\u00e9 sur la valeur ajout\u00e9e et la haute productivit\u00e9. Sur ce plan, notre retard est \u00e9norme. \u00c7a signifie qu&#8217;il faut investir dans la recherche scientifique, l&#8217;industrie de haute technologie, l&#8217;infrastructure, la qualification de la main-d&#8217;\u0153uvre. Ce mod\u00e8le garantirait de l&#8217;emploi et att\u00e9nuerait la pr\u00e9carit\u00e9 \u00bb. Un discours bien surprenant de la part d&#8217;un syndicat et qui rejoint celui du candidat Zapatero qui, le 1er mars dans une tribune libre de la revue Cambio16, d\u00e9clarait : \u00ab L&#8217;Espagne a besoin d&#8217;une grande impulsion \u00e9conomique bas\u00e9e sur une \u00e9conomie comp\u00e9titive, dynamique et innovatrice. Condition sine qua non pour mener \u00e0 bien notre politique sociale. \u00bb<\/p>\n<p><strong> \u00ab Du bricolage budg\u00e9taire \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>Dans cette optique, Pedro Solbes vient de promettre des aides au patronat pour, dit-il, \u00ab ressusciter la politique industrielle et impulser le commerce ext\u00e9rieur \u00bb. Le cabinet du ministre des Affaires sociales confirme : \u00ab notre croissance actuelle est de 3 %. Elle ne cessera d&#8217;augmenter au fil des ans et, avec elle, les ressources publiques destin\u00e9es prioritairement aux d\u00e9penses sociales. Celles-ci s&#8217;\u00e9l\u00e8veront d&#8217;autant plus lorsque nous atteindrons notre objectif de hausse de la productivit\u00e9. \u00bb Ce pronostic est toutefois mis \u00e0 mal par les \u00e9conomistes, de quelque ob\u00e9dience qu&#8217;ils soient. Selon eux, la p\u00e9rennit\u00e9 de la croissance actuelle est compromise. Et pour cause, derri\u00e8re ce miracle, il y a l&#8217;endettement des m\u00e9nages et la fi\u00e8vre autour de la construction immobili\u00e8re financ\u00e9e en partie par les fonds structurels europ\u00e9ens (d\u00e9gressifs), qui fournissent selon les experts jusqu&#8217;\u00e0 un point de croissance annuelle. Affect\u00e9e \u00e0 son tour par les d\u00e9localisations, l&#8217;Espagne devrait souffrir de la concurrence des nouveaux pays de l&#8217;Est europ\u00e9en \u00e0 tr\u00e8s bas co\u00fbts de main-d&#8217;\u0153uvre. Quant \u00e0 la perspective de tirer les dividendes d&#8217;une \u00e9conomie comp\u00e9titive, elle reste lointaine. Conditionner les d\u00e9penses sociales \u00e0 la sant\u00e9 al\u00e9atoire du march\u00e9 espagnol, c&#8217;est donner peu de garanties \u00e0 l&#8217;accomplissement de profondes r\u00e9formes sociales.<\/p>\n<p>Que faut-il donc en attendre ? \u00ab Du bricolage budg\u00e9taire \u00bb, suppose Francisco Caparros. \u00ab Aussi, il est probable que les promesses sociales de Zapatero se r\u00e9sumeront \u00e0 un saupoudrage de mesurettes. \u00bb Les Espagnols entendent-ils les choses de cette fa\u00e7on ? \u00ab Personne \u00e0 gauche ne doute que ZP nous trompera, conclut Jos\u00e9 Manuel Fernandez. Mais les gens demandent des r\u00e9sultats. Ils ne veulent pas de ch\u00e8ques en blanc. Quatre ans, c&#8217;est long. Si au bout d&#8217;une ann\u00e9e, ils ne voient pas venir les choses, ils vont descendre dans la rue, c&#8217;est certain. \u00bb Un comble pour ZP qui l&#8217;a si souvent foul\u00e9e en signe de solidarit\u00e9 contre Aznar, l&#8217;\u00ab antisocial \u00bb&#8230; CH.B.<\/p>\n<p>1. \u00ab Ne nous trompe pas, ne nous d\u00e9\u00e7ois pas. \u00bb<\/p>\n<p>2. En 2000, les d\u00e9penses de protection sociale repr\u00e9sentaient 20,1 % du PIB contre 27,3 % au niveau communautaire.<\/p>\n<p>3. 30,5 % des salari\u00e9s en activit\u00e9 sont touch\u00e9s par la pr\u00e9carit\u00e9.<\/p>\n<p>Les dates<\/p>\n<p>Ann\u00e9es 1880 : Cr\u00e9ation des premi\u00e8res organisations syndicales.<\/p>\n<p>1923-1929 : Dictature de Miguel Primo de Rivera.<\/p>\n<p>1931 : Av\u00e8nement de la Seconde R\u00e9publique.<\/p>\n<p>1933 : Fondation de la Phalange, courant politique de tendance fasciste.<\/p>\n<p>1936 : D\u00e9but de la guerre civile entre r\u00e9publicains et nationalistes.<\/p>\n<p>1939 : Francisco Franco devient chef de l&#8217;Etat.<\/p>\n<p>1955 : Entr\u00e9e de l&#8217;Espagne \u00e0 l&#8217;ONU avec l&#8217;aide des Etats-Unis.<\/p>\n<p>1968 : Attentats au Pays basque. L&#8217;ETA coordonne dans cette r\u00e9gion l&#8217;agitation sporadique depuis 1961. <\/p>\n<p>1975 : Mort de Franco et av\u00e8nement de Juan Carlos Ier de Borbon y Borbon. D\u00e9but de la transition d\u00e9mocratique (1975-1981).<\/p>\n<p>1977 : D\u00e9but de la Movida, mouvement culturel de lib\u00e9ration.<\/p>\n<p>1977 : Victoire de UCD (Union du centre d\u00e9mocratique) de tendance centriste. <\/p>\n<p>1981 (23 f\u00e9vrier) : Coup d&#8217;Etat militaire du colonel Tejero avort\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;intervention du roi Juan Carlos.<\/p>\n<p>1982 : Victoire aux \u00e9lections l\u00e9gislatives du PSOE men\u00e9 par Felipe Gonzalez. <\/p>\n<p>Politique de redistribution, instauration d&#8217;un r\u00e9gime de libert\u00e9 civile et politique.<\/p>\n<p>1986 : Entr\u00e9e de l&#8217;Espagne dans la Communaut\u00e9 \u00e9conomique europ\u00e9enne (CEE). Victoire du PSOE aux \u00e9lections l\u00e9gislatives.<\/p>\n<p>1992 : Organisation par l&#8217;Espagne de l&#8217;Exposition universelle \u00e0 S\u00e9ville et des Jeux Olympiques \u00e0 Barcelone.<\/p>\n<p>Juin 1993 : Victoire du PSOE aux \u00e9lections l\u00e9gislatives. Les socialistes perdent la majorit\u00e9 absolue. <\/p>\n<p>1996 : Victoire du Parti Populaire (PP, conservatisme lib\u00e9ral) aux \u00e9lections l\u00e9gislatives du 3 mars.<\/p>\n<p>Adh\u00e9sion \u00e0 la structure de l&#8217;OTAN.<\/p>\n<p>Mars 2000 : Le Parti Populaire remporte les \u00e9lections l\u00e9gislatives obtenant la majorit\u00e9 absolue.<\/p>\n<p>2004 (11 mars) : Attentats \u00e0 Madrid d&#8217;un groupe de terroristes islamistes.<\/p>\n<p>2004 (16 mars) : Victoire du PSOE aux \u00e9lections l\u00e9gislatives, men\u00e9 par Jos\u00e9 Luis Rodriguez Zapatero. <\/p>\n<p><strong> SABINE LE BAYON* <\/strong> <\/p>\n<p>\u00abLes marges de man\u0153uvre de Zapatero sont tr\u00e8s \u00e9troites \u00bb<\/p>\n<p>* Sabine Le Bayon est \u00e9conomiste \u00e0 l&#8217;Observatoire fran\u00e7ais des conjonctures \u00e9conomiques (OFCE), sp\u00e9cialiste de l&#8217;\u00e9conomie espagnole.<\/p>\n<p>Quel est le programme social du nouveau chef du gouvernement espagnol ?<\/p>\n<p>Sabine Le Bayon : Une des premi\u00e8res r\u00e9formes que Zapatero a d\u00e9j\u00e0 mise en \u0153uvre est l&#8217;augmentation du salaire minimum, qui doit passer de 460 \u00e0 600 euros en quatre ans. Il repr\u00e9sente actuellement la moiti\u00e9 de la moyenne des salaires minimum en Union europ\u00e9enne, et les prix espagnols commencent \u00e0 rattraper la moyenne europ\u00e9enne : cette r\u00e9forme est donc justifi\u00e9e.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les d\u00e9penses sociales sont tr\u00e8s faibles en Espagne. Zapatero souhaite revaloriser les pensions de retraites les plus faibles et augmenter les d\u00e9penses de sant\u00e9.<\/p>\n<p>Un des grands axes du programme social de Zapatero concerne la politique du logement. La r\u00e9cente baisse des taux d&#8217;int\u00e9r\u00eat en Union europ\u00e9enne a favoris\u00e9 l&#8217;endettement des m\u00e9nages pour acqu\u00e9rir des logements. Mais ce boom immobilier s&#8217;est fait au d\u00e9triment du march\u00e9 locatif. Zapatero souhaite permettre \u00e0 720 000 familles, en quatre ans, d&#8217;acc\u00e9der au logement \u00e0 un prix abordable, en incitant fiscalement les propri\u00e9taires qui ont des logements inoccup\u00e9s \u00e0 les mettre sur le march\u00e9, et en augmentant la proportion de terrains que les promoteurs immobiliers doivent c\u00e9der aux municipalit\u00e9s pour construire des logements sociaux.<\/p>\n<p>Au niveau du ch\u00f4mage, le bilan du gouvernement Aznar est positif, puisque le taux de ch\u00f4mage a diminu\u00e9 de moiti\u00e9 et s&#8217;\u00e9tablit aux alentours de 11 %. Mais cette diminution s&#8217;est faite au prix d&#8217;une grande pr\u00e9carit\u00e9, et le taux de ch\u00f4mage est reparti \u00e0 la hausse depuis deux ans. Quels sont les projets de Zapatero dans ce domaine ?<\/p>\n<p>Sabine Le Bayon : La part des CDD en Espagne est importante, elle repr\u00e9sente 31 % de l&#8217;emploi salari\u00e9, mais elle a diminu\u00e9 depuis 1992. En 1997, le gouvernement Aznar a engag\u00e9 une r\u00e9forme du march\u00e9 du travail qui favorise les CDI par des baisses de cotisations sociales, au d\u00e9triment des CDD, dont les cotisations ont \u00e9t\u00e9 augment\u00e9es. Zapatero veut poursuivre cette politique et a annonc\u00e9 un renforcement du contr\u00f4le de l&#8217;application de la r\u00e9glementation pour lutter contre les abus de recours aux CDD. En \u00e9change, le patronat r\u00e9clame une diminution des indemnit\u00e9s de licenciement. Zapatero doit trouver un \u00e9quilibre d\u00e9licat, en relan\u00e7ant le dialogue social qui s&#8217;est un peu crisp\u00e9 \u00e0 la fin du second mandat d&#8217;Aznar.<\/p>\n<p>Le gouvernement d&#8217;Aznar est parvenu \u00e0 maintenir un d\u00e9ficit z\u00e9ro, et le nouveau gouvernement s&#8217;est engag\u00e9 \u00e0 maintenir l&#8217;Espagne dans cette voie. Comment Zapatero compte-t-il financer son programme ?<\/p>\n<p>Sabine Le Bayon : Il s&#8217;est engag\u00e9 \u00e0 ne pas augmenter la pression fiscale, mais souhaite r\u00e9former le calcul de certains imp\u00f4ts, notamment en r\u00e9tablissant la progressivit\u00e9 de l&#8217;imp\u00f4t sur le capital supprim\u00e9e en 1996, pour une plus grande \u00e9quit\u00e9 entre la taxation du capital et celle du travail. Mais, pour l&#8217;instant, cette r\u00e9forme est repouss\u00e9e \u00e0 2005. Par ailleurs, si les finances publiques sont bonnes, c&#8217;est gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;exc\u00e9dent des comptes de la protection sociale, gr\u00e2ce \u00e0 la forte cr\u00e9ation d&#8217;emplois ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Mais depuis deux ans, la croissance ralentit et le ch\u00f4mage remonte l\u00e9g\u00e8rement. Enfin, Zapatero devra \u00e9galement, \u00e0 partir de 2006, compter sans les fonds structurels europ\u00e9ens dont l&#8217;Espagne b\u00e9n\u00e9ficie actuellement, qui repr\u00e9sentent 1 % du PIB. Seules les r\u00e9gions les plus pauvres conserveront ces aides.<\/p>\n<p>Zapatero est donc pris entre deux feux : d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 il doit trouver un financement pour ses promesses \u00e9lectorales et de l&#8217;autre, son ministre de l&#8217;Economie, Pedro Solbes, fait pression pour maintenir une orthodoxie budg\u00e9taire. Solbes a cependant admis un d\u00e9ficit de 1 %, et il est d&#8217;accord pour assouplir la loi de stabilit\u00e9 budg\u00e9taire qui oblige l&#8217;Etat et les r\u00e9gions \u00e0 atteindre un d\u00e9ficit z\u00e9ro tous les ans. Le crit\u00e8re du d\u00e9ficit z\u00e9ro sera conserv\u00e9, mais sur le cycle, ce qui permettrait aux r\u00e9gions d&#8217;\u00eatre en d\u00e9ficit en p\u00e9riode de faible croissance, et de compenser par des exc\u00e9dents en cas de bonne conjoncture. Mais les marges de man\u0153uvres restent \u00e9troites, et le gouvernement compte beaucoup sur la croissance.<\/p>\n<p>La croissance a en effet \u00e9t\u00e9 forte ces derni\u00e8res ann\u00e9es, mais elle ralentit depuis deux ans. Quels sont les probl\u00e8mes que va devoir affronter le nouveau gouvernement de ce point de vue ?<\/p>\n<p>Sabine Le Bayon : La productivit\u00e9 est faible, et le syst\u00e8me productif est orient\u00e9 vers des produits \u00e0 faible valeur ajout\u00e9e. Les co\u00fbts salariaux espagnols commencent \u00e0 rattraper ceux des autres pays de l&#8217;UE, et l&#8217;\u00e9largissement aux pays de l&#8217;Est, o\u00f9 la productivit\u00e9 n&#8217;est pas n\u00e9gligeable et les co\u00fbts salariaux tr\u00e8s bas, a entra\u00een\u00e9 une augmentation des d\u00e9localisations, ce qui est un \u00e9lectrochoc pour les Espagnols. Zapatero a donc annonc\u00e9 son intention de miser sur la recherche-d\u00e9veloppement et l&#8217;\u00e9ducation afin d&#8217;am\u00e9liorer la productivit\u00e9, et de d\u00e9velopper des secteurs \u00e0 forte valeur ajout\u00e9e pour faire face \u00e0 cette nouvelle concurrence.<\/p>\n<p>La croissance actuelle s&#8217;appuie sur l&#8217;endettement des m\u00e9nages qui est devenu tr\u00e8s important, et compte tenu de la hausse des taux qui devrait intervenir progressivement, la situation peut devenir critique, car les Espagnols empruntent beaucoup \u00e0 taux variable. On risque de se retrouver dans une situation de surendettement, avec des retours sur la consommation.<\/p>\n<p>Les sources de la croissance restent donc fragiles, et les r\u00e9formes, \u00e0 ce niveau, vont prendre du temps.<\/p>\n<p>Globalement, peut-on dire que la politique de Zapatero est radicalement diff\u00e9rente de celle du gouvernement pr\u00e9c\u00e9dent ?<\/p>\n<p>Sabine Le Bayon : Il y a une vraie inflexion sur certains dossiers : le salaire minimum, le logement par exemple. Mais dans la mesure o\u00f9 Zapatero s&#8217;est engag\u00e9 \u00e0 ne pas augmenter la pression fiscale et \u00e0 conserver un \u00e9quilibre budg\u00e9taire assez strict, les marges de man\u0153uvre sont tr\u00e8s \u00e9troites. On retrouve les grandes lignes d&#8217;une politique assez lib\u00e9rale, car la victoire de Zapatero a \u00e9t\u00e9 inattendue, et pour rassurer les milieux d&#8217;affaires, il a tent\u00e9 de trouver un consensus. PROPOS RECUEILLIS PAR AM\u00c9LIE JEAMMET<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Depuis l&#8217;\u00e9lection de Jos\u00e9 Luis Rodriguez Zapatero, L&#8217;Europe sociale-d\u00e9mocrate a les yeux tourn\u00e9s vers l&#8217;Espagne. Sa fibre d\u00e9mocratique et ses promesses sociales lui ont attir\u00e9 un large appui populaire. Mais des voix s&#8217;\u00e9l\u00e8vent \u00e0 gauche pour \u00e9mettre doutes et inqui\u00e9tudes sur la capacit\u00e9 du gouvernement de se soustraire au diktat du lib\u00e9ralisme. ENQU\u00caTE Par CHAKRI BeLA\u00cfD ET ENTRETIEN R\u00c9ALIS\u00c9 PAR AM\u00c9LIE JEAMMET <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-3250","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3250","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3250"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3250\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3250"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3250"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3250"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}