{"id":3249,"date":"2004-07-01T14:46:00","date_gmt":"2004-07-01T12:46:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/1944-1984-2004-les-tournants-de-la3249\/"},"modified":"2023-07-03T14:51:30","modified_gmt":"2023-07-03T12:51:30","slug":"1944-1984-2004-les-tournants-de-la3249","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3249","title":{"rendered":"1944 &#8211; 1984 &#8211; 2004 : LES TOURNANTS DE LA GAUCHE"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> La chronologie est ainsi faite&#8230; Les ann\u00e9es en \u00ab 4 \u00bb rythment l&#8217;\u00e9volution de la gauche fran\u00e7aise depuis quelques d\u00e9cennies. Retour vers le futur. Dossier r\u00e9alis\u00e9 par  roger martelli et cl\u00e9mentine autain <\/p>\n<p>Mil neuf cent quarante-quatre. La gauche sort renforc\u00e9e de la guerre. Elle avait port\u00e9 l&#8217;esp\u00e9rance en 1936, mais la d\u00e9b\u00e2cle de 40 avait fait oublier la joie des bals populaires et des usines occup\u00e9es. En 1944, la gauche est de retour, majoritaire avec la seule addition des communistes et des socialistes. Et dans cette gauche, les communistes ont pris nettement la t\u00eate. En ce temps-l\u00e0, tous les th\u00e8mes porteurs de la gauche pendant les ann\u00e9es trente sont devenus des lieux communs nationaux. La nationalisation, le droit au et du travail, la protection sociale sont \u00e9lev\u00e9s au statut de \u00ab fondamentaux \u00bb de la R\u00e9publique. La conjonction des communistes et des socialistes a obtenu, par l&#8217;impact des gr\u00e8ves puis par le sang des r\u00e9sistants, ce que les radicaux d&#8217;hier n&#8217;avaient pas obtenu ou ce qu&#8217;ils avaient m\u00eame refus\u00e9. Au d\u00e9but du si\u00e8cle, la R\u00e9publique se suffisait \u00e0 elle-m\u00eame ; en 1944, on admet qu&#8217;elle vaut si et seulement si elle est sociale.<\/p>\n<p><strong> L&#8217;exception fran\u00e7aise <\/strong><\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat est ce que l&#8217;on a pris l&#8217;habitude de d\u00e9signer comme \u00ab l&#8217;exception fran\u00e7aise \u00bb. Bien s\u00fbr, le terme est outrageusement approximatif. Ce qui se passe en France n&#8217;est pas tr\u00e8s diff\u00e9rent, sur le fond, de ce que connaissent au m\u00eame moment la plupart des pays d\u00e9velopp\u00e9s. En France, comme partout ailleurs, l&#8217;Etat a conquis dans la vie \u00e9conomique la place centrale que le lib\u00e9ralisme fondateur lui refusait. Mais la coloration franchement \u00ab jacobine \u00bb de la gauche fran\u00e7aise lui donne une dimension d\u00e9mocratique et populaire sans \u00e9quivalent. Ce n&#8217;est pas l&#8217;\u00e9tatisme, mais le paritarisme qui pr\u00e9vaut en mati\u00e8re de gestion de la S\u00e9curit\u00e9 sociale. Et l&#8217;institution des comit\u00e9s d&#8217;entreprise ouvre th\u00e9oriquement au salariat le droit de contr\u00f4ler la gestion&#8230;<\/p>\n<p><strong> Le march\u00e9, le gagneur <\/strong><\/p>\n<p>Mil neuf cent quatre-vingt-quatre. Nouveau tournant, h\u00e9las en sens inverse&#8230; A vrai dire, il est amorc\u00e9 un peu plus t\u00f4t : en 1981, quand le PS prend d\u00e9finitivement l&#8217;ascendant \u00e9lectoral sur le PCF ; en 1982, quand le gouvernement Mauroy esquisse l&#8217;inflexion de la \u00ab rigueur \u00bb. Mais c&#8217;est en 1984 que tout se met en coh\u00e9rence. Au printemps est scell\u00e9 le sort de la sid\u00e9rurgie. Il en sera des \u00ab hommes du fer \u00bb comme des mineurs britanniques : ils devront accepter d&#8217;\u00eatre ray\u00e9s de la carte sociale, les hauts fourneaux s&#8217;effondrent, dans la poussi\u00e8re et les larmes. La gr\u00e8ve et les marches combatives n&#8217;y font rien. Le gouvernement de gauche n&#8217;use pas de la m\u00eame brutalit\u00e9 que celui de Margaret Thatcher, mais le r\u00e9sultat est le m\u00eame : c&#8217;est la grande d\u00e9faite du mouvement ouvrier. A l&#8217;\u00e9t\u00e9, Pierre Mauroy c\u00e8de la place \u00e0 Laurent Fabius, les communistes quittent le gouvernement. Le temps est venu o\u00f9 le socialisme d\u00e9cide de s&#8217;adapter ouvertement aux lois pr\u00e9sum\u00e9es ind\u00e9passables du march\u00e9. Il se met \u00e0 encenser les \u00ab gagneurs \u00bb, au nom de l&#8217;ainsi dite modernit\u00e9. Au tout d\u00e9but des ann\u00e9es 80, on avait pu croire que la France allait se placer \u00e0 contre-courant de l&#8217;\u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale. En 1981, Fran\u00e7ois Mitterrand l&#8217;avait emport\u00e9 alors que la droite n\u00e9olib\u00e9rale balayait tout sur son passage, en Angleterre, aux Etats-Unis, en Su\u00e8de, en Allemagne. En 1984, la France rentre dans le rang. Mais \u00e0 la diff\u00e9rence des autres grands pays industrialis\u00e9s, ce sont les socialistes qui conduisent l&#8217;ajustement.<\/p>\n<p><strong> Fin de partage <\/strong><\/p>\n<p>Deux mille quatre. Ce peut \u00eatre le troisi\u00e8me tournant. Mais dans quelle direction ? Une chose est s\u00fbre : la bipolarisation est entr\u00e9e dans les faits. A gauche, en tout cas&#8230; Chirac en r\u00eavait, Hollande l&#8217;a fait : le PS, flirtant avec les 30 %, peut d\u00e9sormais ambitionner de couvrir tout le champ de la gauche. Fini le temps o\u00f9 la \u00ab gauche plurielle \u00bb mimait le partage des t\u00e2ches : aux communistes le social, aux \u00e9cologistes l&#8217;environnement et aux socialistes la ma\u00eetrise du grand tout ! L&#8217;horizon est clair, d\u00e9gag\u00e9 par la perspective de 2007. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, nous disent les socialistes, toutes tendances r\u00e9unies, la gauche ne pourra pas courir de nouveau le risque d&#8217;un nouveau 21 avril. En 2007, il lui faudra un seul candidat, et comment pourrait-il ne pas \u00eatre socialiste ?<\/p>\n<p>Pour la \u00e9ni\u00e8me fois depuis 1994, alors que l&#8217;app\u00e9tit socialiste allait grandissant, la frange la plus critique de la gauche est all\u00e9e dispers\u00e9e aux \u00e9lections. Les m\u00eames causes produisant les m\u00eames effets, elle s&#8217;est trouv\u00e9e \u00e9cras\u00e9e par l&#8217;\u00e9norme machine socialiste. Les Verts, les communistes, l&#8217;extr\u00eame gauche&#8230; 7 % plus 5 % plus 3 %, cela fait sans doute 15 %, mais cela compte pour du beurre face aux 30 % socialistes. Si chacun reste dans son coin, si le raccord ne se fait pas explicitement entre dynamique sociale : mouvement \u00ab social \u00bb et\/ou \u00ab altermondialiste \u00bb : la messe est dite : la gauche n&#8217;aura qu&#8217;un seul parti. Mais y retrouvera-t-on toute la gauche ?<\/p>\n<p>Ne nous y trompons pas : la page de la Lib\u00e9ration serait alors d\u00e9finitivement tourn\u00e9e. Il ne resterait plus \u00e0 la gauche d&#8217;alternative qu&#8217;\u00e0 se retrouver \u00e0 l&#8217;occasion de colloques c\u00e9l\u00e9brant le bon vieux temps. Et pourtant, les bases d&#8217;une perspective alternative existent. La droite, sur un petit nuage \u00e0 l&#8217;\u00e9t\u00e9 2002, se heurte \u00e0 une vive r\u00e9sistance. Les mauvais coups ont du mal \u00e0 passer. Sur le fond, la tentation de l&#8217;acceptation ou de l&#8217;adaptation est contredite par la volont\u00e9 persistante de voir pr\u00e9valoir d&#8217;autres normes que celles de la marchandise, d&#8217;autres crit\u00e8res que ceux de la rentabilit\u00e9 imm\u00e9diate. La critique de l&#8217;ordre lib\u00e9ral est aff\u00fbt\u00e9e et les propositions d&#8217;alternative s\u00e9rieuse ne manquent pas. Ce qui manque encore, c&#8217;est la volont\u00e9 politique de converger : pour ne pas laisser la droite \u00e0 son autisme et pour ne pas succomber aux sir\u00e8nes sociales-lib\u00e9rales.<\/p>\n<p>La gauche peut encore choisir entre l&#8217;enlisement et la recomposition. Trois ans, c&#8217;est beaucoup et c&#8217;est peu. R. M.<\/p>\n<p><strong> 1944. Les lendemains qui chantent <\/strong><\/p>\n<p>Et\u00e9 1944, la France se lib\u00e8re, les nouveaux pouvoirs se mettent en place. Octobre 1945, premi\u00e8res \u00e9lections l\u00e9gislatives : la gauche est majoritaire, le PCF devient le premier parti de France. La gauche entre dans une nouvelle phase : elle se refermera quatre d\u00e9cennies plus tard.<\/p>\n<p>A la Lib\u00e9ration, bien des choses laissent entendre qu&#8217;est n\u00e9e une France nouvelle. La gauche est largement majoritaire. Les vieux partis de droite ont explos\u00e9, pour la plupart discr\u00e9dit\u00e9s par leur adh\u00e9sion au vichysme et \u00e0 la collaboration. Seul le Mouvement des r\u00e9publicains populaires, un tout nouveau parti, d&#8217;inspiration d\u00e9mocrate-chr\u00e9tienne, en rupture avec la droite d&#8217;avant-guerre, est en \u00e9tat de reprendre le flambeau. Tous les autres sont r\u00e9duits \u00e0 la portion congrue. L&#8217;heure est \u00e0 l&#8217;antifascisme et \u00e0 la politique sociale. Le Conseil national de la R\u00e9sistance exprime cette inflexion. Les mots-cl\u00e9s de la politique sont ceux de la gauche : progr\u00e8s social, peuple, nationalisation, critique des \u00ab trusts \u00bb&#8230; La droite doit dissimuler qu&#8217;elle est \u00e0 droite et la gauche \u00ab marxiste \u00bb domine l&#8217;ensemble de la sc\u00e8ne politique fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Car la gauche majoritaire n&#8217;est plus tout \u00e0 fait la m\u00eame que quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t. Les protagonistes, bien s\u00fbr, n&#8217;ont pas chang\u00e9 : radicaux, socialistes, communistes sont toujours l\u00e0. Mais le rapport des forces entre eux est transform\u00e9. Dans l&#8217;entre-deux-guerres, le radicalisme continuait d&#8217;occuper sa fonction centrale, certes moins florissant qu&#8217;au temps de la IIIe R\u00e9publique triomphante, mais toujours au c\u0153ur de toutes les combinaisons gouvernementales. Dans les ann\u00e9es trente, on pouvait commencer \u00e0 se dire que la crise du radicalisme ouvrait un boulevard \u00e0 la branche fran\u00e7aise de la social-d\u00e9mocratie europ\u00e9enne. Quand s&#8217;est d\u00e9clench\u00e9 le second conflit mondial, les socialistes fran\u00e7ais contr\u00f4laient la CGT, disposaient d&#8217;un solide r\u00e9seau d&#8217;\u00e9lus, incarnaient la voie d&#8217;un capitalisme r\u00e9gul\u00e9 et humanis\u00e9. En 1936, pour la premi\u00e8re fois un socialiste, L\u00e9on Blum, \u00e9tait devenu chef du gouvernement&#8230;<\/p>\n<p>Or, en 1944, ce n&#8217;est pas le socialisme qui appara\u00eet comme le grand rassembleur de la gauche. Contrairement \u00e0 leurs attentes, les socialistes ne sont pas parvenus \u00e0 jouer le r\u00f4le qu&#8217;assument ailleurs le travaillisme britannique, la social-d\u00e9mocratie allemande ou le socialisme scandinave. En France, le communisme a le vent en poupe. Entre-temps, il est vrai, le PCF a \u00e9t\u00e9 la formation la plus active et la plus cr\u00e9ative du rassemblement populaire antifasciste. Il est sorti de la guerre aur\u00e9ol\u00e9 du double prestige de la R\u00e9sistance : n&#8217;est-il pas le \u00ab Parti des fusill\u00e9s \u00bb ? : et de l&#8217;Union sovi\u00e9tique du \u00ab mar\u00e9chalissime \u00bb Staline. La secte, combative mais marginale, du d\u00e9but des ann\u00e9es trente sort en t\u00eate des urnes aux \u00e9lections nationales de 1945. Le \u00ab parti de la classe ouvri\u00e8re \u00bb est devenu un parti de gouvernement. A la limite, par son r\u00e9seau impressionnant de municipalit\u00e9s, par la trame des \u00ab organisations de masse \u00bb qu&#8217;il contr\u00f4le et par la densit\u00e9 de son influence syndicale, c&#8217;est lui qui occupe la position h\u00e9g\u00e9monique dont les socialistes disposent partout ailleurs dans le mouvement ouvrier.<\/p>\n<p><strong> Les banlieues rouges <\/strong><\/p>\n<p>En 1944, la France penche \u00e0 gauche et la gauche est largement color\u00e9e par la pr\u00e9sence communiste et par l&#8217;irruption sur le devant de la sc\u00e8ne de l&#8217;espace ouvrier. La Lib\u00e9ration s&#8217;inscrit ainsi dans un vaste mouvement international marqu\u00e9 par la mont\u00e9e des r\u00e9gulations publiques et par le poids symbolique du salariat industriel. La classe ouvri\u00e8re est juridiquement prot\u00e9g\u00e9e et culturellement reconnue. Le temps de Germinal semble bien loin ! Le monde ouvrier est universellement exalt\u00e9, lui qui, selon les mots c\u00e9l\u00e8bres de l&#8217;\u00e9crivain catholique et r\u00e9sistant Fran\u00e7ois Mauriac, fut le seul \u00e0 \u00eatre \u00ab fid\u00e8le \u00e0 la France profan\u00e9e \u00bb. La banlieue, en ces temps-l\u00e0, est \u00ab rouge \u00bb, ostensiblement, massivement, m\u00eame si le PCF en r\u00e9gion parisienne ne retrouvera plus jamais ses scores mirifiques de 1936. Dans la gauche en expansion, c&#8217;est le PCF qui donne le ton.<\/p>\n<p><strong> Retour au mod\u00e8le stalinien <\/strong><\/p>\n<p>Il est m\u00eame \u00e0 deux doigts de dessiner un mod\u00e8le nouveau, diff\u00e9rent du bolchevisme originel. Comme d&#8217;autres dans le mouvement communiste international : le Bulgare Dimitrov, l&#8217;Italien Togliatti : Maurice Thorez a l&#8217;intuition que la nouvelle phase de l&#8217;apr\u00e8s-guerre peut laisser esp\u00e9rer un nouveau seuil dans l&#8217;histoire de la transformation sociale. Le choc de la guerre, le poids de l&#8217;URSS, la pouss\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des gauches dans le monde ne vont-ils pas permettre l&#8217;\u00e9mergence de nouvelles dynamiques sociales, o\u00f9 le capitalisme ne ferait plus la loi, sans que pour autant il soit n\u00e9cessaire de recourir aux m\u00e9thodes rigoureuses que les bolcheviks ont test\u00e9es en Russie ? Ne nous le cachons pas : si cette intuition d&#8217;une voie nouvelle de la r\u00e9volution avait pu se d\u00e9ployer en strat\u00e9gie coh\u00e9rente et continue, l&#8217;histoire de la gauche en e\u00fbt \u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9e. Mais ce ne fut pas le cas. Le groupe dirigeant fran\u00e7ais n&#8217;ose pas aller jusqu&#8217;au bout de l&#8217;innovation, par peur d&#8217;y perdre une certaine identit\u00e9. En outre, la guerre froide a vite remis les pendules \u00e0 l&#8217;heure : l&#8217;espoir en la \u00ab d\u00e9mocratie nouvelle \u00bb a laiss\u00e9 la place au grand retour du mod\u00e8le de la \u00ab dictature du prol\u00e9tariat \u00bb, dans sa stricte version stalinienne&#8230;<\/p>\n<p>Le PCF, entre1934 et 1944, avait su occuper l&#8217;espace d&#8217;une radicalit\u00e9 transformatrice capable de marquer la gauche dans son ensemble. Mais il ne s&#8217;est pas dot\u00e9 d&#8217;un v\u00e9ritable projet, fond\u00e9 sur la conscience claire des changements de la soci\u00e9t\u00e9 et du monde. A quoi bon un projet sp\u00e9cifique ? Le capitalisme reste le capitalisme et sa contradiction la plus forte se trouve dans l&#8217;existence de la grande Union sovi\u00e9tique et d&#8217;un mouvement communiste mondial renforc\u00e9&#8230; Faute de projet, les communistes se sont donc content\u00e9s d&#8217;un mod\u00e8le, toujours le m\u00eame. Mais quand ce mod\u00e8le a perdu sa force propulsive initiale, les communistes fran\u00e7ais se sont trouv\u00e9s d&#8217;autant plus rudement fragilis\u00e9s. Quant au socialisme, il s&#8217;est enlis\u00e9. La SFIO a fait corps avec la IVe R\u00e9publique, comme le radicalisme l&#8217;avait fait avec la IIIe. Le socialisme y a gagn\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9poque une image de gestionnaire scrupuleux : le \u00ab g\u00e9rant loyal du capitalisme \u00bb, que voulait \u00eatre Blum en 1936 : mais, malgr\u00e9 le marxisme revendiqu\u00e9 de ses dirigeants, il a perdu, dans les ann\u00e9es cinquante et soixante, la charge critique qui \u00e9tait encore la sienne avant-guerre.<\/p>\n<p><strong> Le programme commun <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9quilibre \u00e0 gauche de la Lib\u00e9ration a r\u00e9sist\u00e9 longtemps. La guerre froide aurait pu le mettre \u00e0 mal. Le PCF, qui d\u00e9fend \u00ab inconditionnellement \u00bb l&#8217;URSS : ce sont ses mots :, est politiquement isol\u00e9. Le clivage entre la droite et la gauche semble laisser la place \u00e0 l&#8217;affrontement de l&#8217;Est et de l&#8217;Ouest. Les socialistes sont dans le \u00ab camp am\u00e9ricain \u00bb, proclame le PCF ; \u00ab les communistes ne sont pas \u00e0 gauche, mais \u00e0 l&#8217;Est \u00bb, r\u00e9torque la SFIO. Mais si la guerre froide a stopp\u00e9 l&#8217;avanc\u00e9e du PCF, elle n&#8217;a pas \u00e9rod\u00e9 ses bases. Dans les ann\u00e9es cinquante, le \u00ab communisme municipal \u00bb est \u00e0 son apog\u00e9e et la CGT, o\u00f9 les communistes sont maintenant majoritaires, reste, \u00e9lection apr\u00e8s \u00e9lection, la force syndicale la plus influente dans le salariat fran\u00e7ais. La Ve R\u00e9publique, dans un premier temps, va m\u00eame conforter le rapport des forces en faveur du communisme. Alors que le radicalisme et le socialisme s&#8217;enfoncent dans une crise profonde, le PCF b\u00e9n\u00e9ficie de son statut de seule force coh\u00e9rente d&#8217;opposition au gaullisme. Les ann\u00e9es soixante voient bien s\u00fbr appara\u00eetre, sur la sc\u00e8ne politique, des concurrents \u00e0 la gauche du PCF. Mais le \u00ab gauchisme \u00bb sous toutes ses forces est loin de la force tranquille du PCF et, tous comptes faits, la musique des lendemains qui chantent exalte toujours la gauche. D&#8217;une mani\u00e8re ou d&#8217;une autre, depuis la Lib\u00e9ration, le communisme est la force majeure, que l&#8217;on vitup\u00e8re ou que l&#8217;on encense, que l&#8217;on imite ou que l&#8217;on cherche \u00e0 exorciser.<\/p>\n<p>Le \u00ab programme \u00bb du Conseil national de la R\u00e9sistance marquait l&#8217;entr\u00e9e dans la nouvelle phase ; le programme commun de gouvernement sign\u00e9 en 1972 par le PCF, le PS et les radicaux de gauche en est l&#8217;exacte continuation. A la fin des ann\u00e9es soixante-dix, le cycle de la Lib\u00e9ration ne s&#8217;est pas referm\u00e9. Il ne faudra pas bien longtemps pour qu&#8217;il le soit. R. M.<\/p>\n<p><strong> 1984. LA GAUCHE NE CHANGE PAS LA VIE <\/strong><\/p>\n<p>En mai 1981, Mitterrand est \u00e9lu pr\u00e9sident. La gauche suscite un formidable espoir. Tr\u00e8s vite, le tournant de la rigueur marque un changement de cap lib\u00e9ral. En 1984, le PCF entre en opposition et en turbulences internes.<\/p>\n<p>10 mai 1981. Le champagne \u00e9tait au frais, au cas o\u00f9. J&#8217;avais sept ans. Je ne comprenais pas grand-chose mais je savais qu&#8217;\u00e0 20 heures, le visage d&#8217;un homme appara\u00eetrait sur l&#8217;\u00e9cran de la t\u00e9l\u00e9vision et que ce moment serait important. L&#8217;heureux vainqueur de l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle s&#8217;appelait Fran\u00e7ois Mitterrand. Certains foyers \u00e9taient habit\u00e9s par l&#8217;id\u00e9e que les chars sovi\u00e9tiques arrivaient en France&#8230; Chez nous, la victoire de la gauche, c&#8217;\u00e9tait plut\u00f4t une bonne nouvelle, m\u00eame si l&#8217;espoir s&#8217;accompagnait d\u00e9j\u00e0 de la peur des d\u00e9sillusions. Sans le savoir, j&#8217;allais d\u00e9sormais faire partie de la \u00ab g\u00e9n\u00e9ration Mitterrand \u00bb, qui a grandi avec la gauche au pouvoir, celle qui n&#8217;a pas chang\u00e9 la vie. Une gauche brandissant le \u00ab principe de r\u00e9alit\u00e9 \u00bb, avec les contraintes ext\u00e9rieures pour pr\u00e9texte \u00e0 toutes ses capitulations, le maintien au pouvoir comme objectif premier. Elle a accouch\u00e9 d&#8217;une g\u00e9n\u00e9ration qui se demande vraiment ce que peut la politique&#8230;<\/p>\n<p>La strat\u00e9gie de Fran\u00e7ois Mitterrand, hiss\u00e9 \u00e0 la t\u00eate du Parti socialiste au Congr\u00e8s d&#8217;Epinay en 1971, reposait notamment sur un postulat : le PS doit devenir majoritaire au sein de la gauche. Devant le Congr\u00e8s de l&#8217;Internationale socialiste, en juin 1972, Fran\u00e7ois Mitterrand est d&#8217;une clart\u00e9 limpide : \u00ab Notre objectif fondamental est de refaire le grand parti socialiste sur le terrain occup\u00e9 par le parti communiste afin de faire la d\u00e9monstration que, sur les cinq millions d&#8217;\u00e9lecteurs communistes, trois millions peuvent voter socialiste. \u00bb On conna\u00eet, depuis, l&#8217;\u00e9nergie qu&#8217;il a pu investir pour d\u00e9truire son partenaire communiste !<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9lection du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique au suffrage universel pousse \u00e0 la bipolarisation. Convaincu que pour gagner la gauche doit se pr\u00e9senter unie, le PCF cherche un accord de fond avec le PS. L&#8217;enjeu est de consigner une base politique qui rende plus difficiles les habituels reniements sociaux-d\u00e9mocrates. En 1973, le programme commun de gouvernement lie les deux formations, auxquelles s&#8217;ajoutent les radicaux de gauche. Les th\u00e8ses communistes y ont la part belle, le PCF ayant largement tenu la plume. Il s&#8217;agit de \u00ab mettre fin aux injustices et aux incoh\u00e9rences du syst\u00e8me actuel \u00bb pour \u00ab ouvrir la voie au socialisme \u00bb. Pour autant, d\u00e8s 1977, le constat des d\u00e9saccords d\u00e9bouche sur un \u00e9chec de l&#8217;alliance : la volont\u00e9 r\u00e9elle de transformation sociale des socialistes est mise en cause par le PCF. C&#8217;est notamment la question des nationalisations qui creuse le diff\u00e9rend id\u00e9ologique. Fort de sa capacit\u00e9 \u00e0 int\u00e9grer la culture soixante-huitarde et d&#8217;un discours gauchi, le PS entame sa progression \u00e9lectorale, fatale au PCF qui plonge, pour sa part, dans un long processus de d\u00e9clin. Le PCF paie le prix d&#8217;un certain national-populisme m\u00e2tin\u00e9 d&#8217;ordre moral et d&#8217;une conception \u00ab bolchevique \u00bb du parti. Quand il bouge, dans les ann\u00e9es 70, il ne le fait pas jusqu&#8217;au bout. Mais n&#8217;est-il pas d\u00e9j\u00e0 trop tard ?<\/p>\n<p>A la diff\u00e9rence de 1965 et 1974, PS et PCF partent chacun de son c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 1981. Le nouveau rapport de force est sans appel : Georges Marchais recueille 15,3 % des voix alors que Fran\u00e7ois Mitterrand atteint 37 %. Pour les communistes, le choc est brutal et l&#8217;\u00e9motion gagne les rangs militants. Il faut pourtant ranger dans sa poche aigreur et d\u00e9fiance pour contribuer \u00e0 faire \u00e9lire le candidat socialiste&#8230; La victoire au deuxi\u00e8me tour est tout sauf \u00e9vidente. C&#8217;est d&#8217;ailleurs l&#8217;une des raisons pour lesquelles les 110 propositions du candidat Mitterrand avaient \u00e9t\u00e9 aussi radicales. L&#8217;homme comptait plus sur la force mobilisatrice d&#8217;un programme de rupture, visant \u00e0 rassembler un \u00ab front de classe \u00bb, que sur sa capacit\u00e9 \u00e0 le r\u00e9aliser. La tactique avait port\u00e9 ses fruits : la gauche sort victorieuse. Mais pour quoi faire ?<\/p>\n<p><strong> Rigueur et \u00abr\u00e9alisme\u00bb <\/strong><\/p>\n<p>D\u00e8s 1982, le tournant de la rigueur est amorc\u00e9, confirm\u00e9 en 1983, d\u00e9ploy\u00e9 en 1984. A son actif, la gauche au pouvoir compte bien l&#8217;abolition de la peine de mort, le 1 % culturel, les lois sociales dites Auroux ou encore la loi Defferre de d\u00e9centralisation. Mais les choix \u00e9conomiques ont min\u00e9 toute perspective de r\u00e9elle transformation sociale. Les 110 propositions sont progressivement jet\u00e9es aux oubliettes. Mitterrand a r\u00e9ussi un vrai tour de force : \u00eatre \u00e9lu sur un programme de rupture avec le capitalisme et appliquer une politique n\u00e9o-lib\u00e9rale.<\/p>\n<p>L&#8217;abandon des engagements n&#8217;a pas relev\u00e9 d&#8217;une d\u00e9cision collective. En 1982-1983, le choix a \u00e9t\u00e9 celui d&#8217;un seul homme, qui s&#8217;est appuy\u00e9 sur les conseils de quelques proches, parmi lesquels Jean Riboud ou Jacques Attali. Le PS n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9 pour trancher. Et m\u00eame les membres du gouvernement ont \u00e9t\u00e9 mis devant le fait accompli, \u00e0 la faveur d&#8217;une logique bien connue selon laquelle il faut \u00ab se soumettre ou se d\u00e9mettre \u00bb&#8230; Les socialistes sont arriv\u00e9s au pouvoir avec la volont\u00e9 d&#8217;y rester plus longtemps que leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs, et notamment que L\u00e9on Blum. Durer constituait en soi une victoire. Le Parti socialiste \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une grande machine \u00e0 gagner les \u00e9lections, avec une base trop \u00e9loign\u00e9e des classes ouvri\u00e8res et populaires. Or, la coupure entre les adh\u00e9rents du PS et les \u00e9lecteurs socialistes a jou\u00e9. Une majorit\u00e9 d&#8217;ouvriers votait socialiste mais, dans les instances, il n&#8217;y avait qu&#8217;environ 1 % d&#8217;ouvriers. Cette faiblesse est un classique de la social-d\u00e9mocratie. Elle permet d&#8217;opter pour la  facilit\u00e9.<\/p>\n<p><strong> capitulation face au capitalisme <\/strong><\/p>\n<p>La premi\u00e8re erreur, c&#8217;est probablement de ne pas avoir d\u00e9valu\u00e9 le franc aussit\u00f4t arriv\u00e9 au pouvoir. La seconde, c&#8217;est de s&#8217;\u00eatre accommod\u00e9 des contraintes du Syst\u00e8me mon\u00e9taire europ\u00e9en. Le gouvernement a beaucoup r\u00e9form\u00e9, mais sans toucher s\u00e9rieusement \u00e0 la fiscalit\u00e9 et au cr\u00e9dit. Mitterrand n&#8217;a pas voulu s&#8217;isoler et a c\u00e9d\u00e9 devant la pression de ses alli\u00e9s, notamment Thatcher et Kohl. Le Pr\u00e9sident a int\u00e9gr\u00e9 la France \u00e0 l&#8217;Europe lib\u00e9rale, ouvrant la voie par la suite \u00e0 l&#8217;Europe d&#8217;Amsterdam et de Maastricht.<\/p>\n<p>La crise \u00e9conomique internationale, mal anticip\u00e9e, donne l&#8217;argument majeur aux renoncements. La logique de planification \u00e9tait pourtant th\u00e9oriquement en marche. Le Plan devait \u00eatre le \u00ab r\u00e9gulateur global de l&#8217;\u00e9conomie \u00bb. Il est d&#8217;ailleurs significatif que le minist\u00e8re ait \u00e9t\u00e9 confi\u00e9 \u00e0 Michel Rocard, ennemi historique de Mitterrand et nagu\u00e8re figure de proue de la \u00ab deuxi\u00e8me gauche \u00bb. Au c\u0153ur de la r\u00e9gulation : les nationalisations, qui doivent permettre \u00e0 l&#8217;Etat d&#8217;\u00eatre au c\u0153ur de l&#8217;\u00e9conomie. Durant l&#8217;hiver 1982, les premi\u00e8res nationalisations s&#8217;\u00e9gr\u00e8nent, au moment m\u00eame o\u00f9 la croissance fait d\u00e9faut. Mais, faute de r\u00e9orientation \u00e9conomique, l&#8217;Etat actionnaire n&#8217;a pas les ressources n\u00e9cessaires pour renflouer les caisses des entreprises anciennement nationalis\u00e9es et pour assurer les besoins en investissement de celles nouvellement acquises. La planification est bien vite en berne. A quoi s&#8217;ajoute, tr\u00e8s rapidement, une gestion des entreprises publiques copiant sur le mod\u00e8le lib\u00e9ral. L&#8217;objectif de rentabilit\u00e9 a tr\u00e8s vite \u00e9t\u00e9 affich\u00e9 et les coupes sombres d&#8217;emploi ont laiss\u00e9 des traces profondes. Des zones d&#8217;activit\u00e9 ont ainsi \u00e9t\u00e9 transform\u00e9es en d\u00e9sert. Les mouvements de gr\u00e8ve ont \u00e9t\u00e9 contourn\u00e9s par de vastes plans sociaux, par ailleurs tr\u00e8s co\u00fbteux.<\/p>\n<p>C&#8217;est Laurent Fabius qui incarne, en 1984, ce que l&#8217;on a appel\u00e9 le tournant de la rigueur. Nomm\u00e9 Premier ministre apr\u00e8s deux gouvernements Mauroy, il ne cache pas ses propensions lib\u00e9rales. Et en avant la baisse du pouvoir d&#8217;achat, les coupes claires sur le front de l&#8217;emploi, les mesures favorisant le travail \u00e0 temps partiel&#8230; Fabius est notamment l&#8217;auteur de l&#8217;une des mesures les plus \u00e9tonnantes pour un gouvernement de gauche : la baisse des imp\u00f4ts. Giscard avait augment\u00e9 les pr\u00e9l\u00e8vements et c&#8217;est donc la gauche, \u00e0 l&#8217;exemple de Reagan et Thatcher, qui a diminu\u00e9 les recettes publiques&#8230; Dans la m\u00eame veine, Mitterrand a os\u00e9 la d\u00e9sindexation du salaire sur les prix. Une mesure quasi r\u00e9volutionnaire que n&#8217;aurait jamais os\u00e9 faire la droite ! Depuis 1983, la gauche a m\u00eame fait mieux, dans certains domaines, que ses coll\u00e8gues lib\u00e9raux. A tel point que Michel Rocard pouvait confier, devant un parterre de patrons : \u00ab qui sait si vous ne nous regretterez pas. \u00bb<\/p>\n<p><strong> Crise au PCF <\/strong><\/p>\n<p>Le PS infl\u00e9chit durablement sa trajectoire. Qui peut l&#8217;en emp\u00eacher ? Le PCF aurait bien aim\u00e9 mais n&#8217;en a pas eu les moyens. Car, qu&#8217;il soit en conflit ouvert avec le PS ou en union avec lui, le PCF recule, et rudement. Les europ\u00e9ennes de juin 1984 lui laissent \u00e0 peine un peu plus de 11 %. Le comit\u00e9 central qui suit l&#8217;\u00e9lection est chaud. Si chaud que la direction n&#8217;ose pas, contrairement aux usages, faire voter sur le rapport introductif pr\u00e9sent\u00e9 au nom du Bureau politique. Georges Marchais, bl\u00eame, est mis en cause. Pour lui, la r\u00e9alit\u00e9 est simple : il y a contre lui un complot, au centre duquel se trouvent les ministres, Charles Fiterman en t\u00eate. Ebranl\u00e9 en juin, le leader communiste reprend les choses en main \u00e0 l&#8217;\u00e9t\u00e9 : il faut contrer les \u00ab liquidateurs \u00bb. Il est confort\u00e9 par la d\u00e9cision prise par le Comit\u00e9 central, apr\u00e8s une nuit de n\u00e9gociations et de d\u00e9bats houleux, de ne pas participer au gouvernement Fabius. Au d\u00e9but juillet, le PCF jure ses grands dieux qu&#8217;il quitte le gouvernement mais pas la majorit\u00e9 pr\u00e9sidentielle. En septembre, quand s&#8217;ouvre la traditionnelle F\u00eate de l&#8217;Huma, il est dans l&#8217;opposition. Les anciens ministres n&#8217;ont plus la cote. Georges Marchais est rassur\u00e9 : il garde la main sur l&#8217;appareil et sur le parti.<\/p>\n<p>Mais la crise s&#8217;installe dans l&#8217;espace communiste. A l&#8217;automne 1984, Pierre Juquin lance la mouvance critique des \u00ab r\u00e9novateurs \u00bb. Charles Fiterman, d\u00e9stabilis\u00e9 par son d\u00e9part du gouvernement, estime que le moment n&#8217;est pas venu d&#8217;entrer en opposition frontale au noyau dirigeant. Juquin et ses amis sont isol\u00e9s, jusqu&#8217;\u00e0 la tentative de candidature Juquin \u00e0 la pr\u00e9sidentielle de 1988. Il tente alors une coalition \u00e9lectorale avec l&#8217;extr\u00eame gauche et quelques d\u00e9\u00e7us du socialisme. La dynamique n&#8217;est pas n\u00e9gligeable. L&#8217;op\u00e9ration se fait toutefois contre le PCF. Elle \u00e9choue, sans que les communistes en tirent profit. Le communiste dissident, Juquin, est lamin\u00e9, mais le communiste officiel, Lajoinie, est au tapis. Le flux des dissidences ne s&#8217;arr\u00eatera plus : \u00ab reconstructeurs \u00bb en 1987, \u00ab refondateurs \u00bb en 1989. Jusqu&#8217;au d\u00e9but des ann\u00e9es 90, le noyau dirigeant ne bouge pas : la th\u00e8se du \u00ab complot \u00bb justifie tous les immobilismes. Mais elle n&#8217;emp\u00eache pas l&#8217;\u00e9rosion des forces militantes&#8230; et la course en t\u00eate du PS.<\/p>\n<p>Faute d&#8217;alternative s\u00e9rieuse \u00e0 gauche, le PS peut \u00eatre bouscul\u00e9, humili\u00e9 m\u00eame, aux l\u00e9gislatives de 1993. Il garde sa cr\u00e9dibilit\u00e9 et les ressorts de son h\u00e9g\u00e9monie. Le PC est vou\u00e9 au statut, selon les moments, d&#8217;aiguillon ou de porteur d&#8217;eau. Jamais \u00e0 celui d&#8217;alternative cr\u00e9dible&#8230; <\/p>\n<p><strong> Panne \u00e0 gauche <\/strong><\/p>\n<p>En 1984, le PS a accept\u00e9 la logique de la rigueur. Il a ainsi ent\u00e9rin\u00e9 la victoire g\u00e9n\u00e9rale du n\u00e9olib\u00e9ralisme. A la limite, l&#8217;atonie populaire qu&#8217;il a provoqu\u00e9e lui sert en retour de justificatif. Comment voulez-vous r\u00e9sister aux lib\u00e9raux quand le peuple lui-m\u00eame se tait ? Le peuple ne sait plus o\u00f9 il en est, la gauche est sur la d\u00e9fensive. Mais au moment o\u00f9 le socialisme amorce une nouvelle mue, le communisme ne peut lui faire face efficacement. Quand le \u00ab mouvement social \u00bb amorce sa remont\u00e9e, entre 1993 et 1995, aucune force, \u00e0 la gauche du PS, n&#8217;est en \u00e9tat de contribuer \u00e0 la d\u00e9finition d&#8217;une autre voie que celle de l&#8217;accommodement. La gauche fran\u00e7aise, \u00e0 partir de 1984, est donc en panne. Pour combien de temps ? C.A.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> La chronologie est ainsi faite&#8230; Les ann\u00e9es en \u00ab 4 \u00bb rythment l&#8217;\u00e9volution de la gauche fran\u00e7aise depuis quelques d\u00e9cennies. Retour vers le futur. 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