{"id":3221,"date":"2004-12-01T14:58:00","date_gmt":"2004-12-01T13:58:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/lendemains-du-oui-socialiste3221\/"},"modified":"2004-12-01T14:58:00","modified_gmt":"2004-12-01T13:58:00","slug":"lendemains-du-oui-socialiste3221","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3221","title":{"rendered":"Lendemains du \u00ab oui \u00bb socialiste"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Derni\u00e8re minute. Les r\u00e9sultats du r\u00e9f\u00e9rendum interne au Parti socialiste sont tomb\u00e9s : 59 % des militants ont dit \u00ab oui \u00bb \u00e0 la constitution europ\u00e9enne. Analyse \u00e0 chaud. Par Roger Martelli <\/p>\n<p>Le \u00ab oui \u00bb l&#8217;a emport\u00e9 au PS. Dans la culture socialiste, quelque chose pousse \u00e0 consid\u00e9rer que l&#8217;Europe doit \u00eatre consolid\u00e9e \u00e0 n&#8217;importe quel prix. Il faut dire \u00ab oui \u00bb, quel que soit le contenu des politiques europ\u00e9ennes suivies. La dramatisation du d\u00e9bat interne, que les m\u00e9dias ont port\u00e9e au paroxysme, a-t-elle accentu\u00e9 le trait au final ? C&#8217;est possible. En tout cas, les tenants du \u00ab oui \u00bb semblent avoir r\u00e9ussi \u00e0 convaincre les militants qu&#8217;une victoire du \u00ab non \u00bb entra\u00eenerait une crise mortelle pour l&#8217;Union europ\u00e9enne. En sens inverse, les partisans du \u00ab non \u00bb n&#8217;ont pas r\u00e9ussi \u00e0 imposer l&#8217;id\u00e9e que leur vote \u00e9tait la meilleure mani\u00e8re de lib\u00e9rer l&#8217;Europe des vieux d\u00e9mons lib\u00e9raux qui l&#8217;\u00e9touffent aujourd&#8217;hui. Il est vrai, de ce point de vue, que la fibre antilib\u00e9rale d&#8217;un homme comme Laurent Fabius a du mal \u00e0 faire valoir sa l\u00e9gitimit\u00e9&#8230;<\/p>\n<p>Le choix des socialistes n&#8217;a donc rien d&#8217;une surprise, m\u00eame si l&#8217;on s&#8217;attendait g\u00e9n\u00e9ralement, il y a peu, \u00e0 un r\u00e9sultat plus serr\u00e9 qu&#8217;il ne l&#8217;a \u00e9t\u00e9 au bout du compte. Ses cons\u00e9quences n&#8217;en sont pas moins importantes, pour la bataille du r\u00e9f\u00e9rendum national du printemps prochain, pour le PS lui-m\u00eame et pour la gauche <\/p>\n<p>en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>1. La d\u00e9cision socialiste conforte le camp du \u00ab oui \u00bb. Les arguments du \u00ab non \u00bb ne manquent pourtant pas de force et toutes les enqu\u00eates d&#8217;opinion montrent sa capacit\u00e9 d&#8217;entra\u00eenement, m\u00eame si celle-ci est encore bien loin du compte. Pour l&#8217;instant, les Fran\u00e7ais semblent consid\u00e9rer qu&#8217;il s&#8217;agit de s&#8217;affirmer pour ou contre l&#8217;Europe : or l&#8217;Europe est devenue une r\u00e9alit\u00e9 d&#8217;une telle \u00e9paisseur que, \u00e0 l&#8217;exception des nostalgiques de la passion cocardi\u00e8re, on ne voit pas comment on pourrait se prononcer contre elle. Si le \u00ab non \u00bb veut \u00e9largir son audience, sans doute devra-t-il pousser plus avant l&#8217;id\u00e9e que, d\u00e9cid\u00e9ment, le temps n&#8217;est plus seulement de d\u00e9cider s&#8217;il faut ou non une Union europ\u00e9enne. Ou plut\u00f4t, les partisans du \u00ab non \u00bb doivent convaincre que le moment est venu de dire, non pas si l&#8217;Europe doit se faire &#8211; elle est d\u00e9j\u00e0 faite &#8211; mais si elle doit ou non s&#8217;installer comme une r\u00e9alit\u00e9 populaire et d\u00e9mocratique. L&#8217;Europe restera une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 la fois r\u00e9elle et abstraite si elle ne construit pas un socle \u00e9conomique conciliant justice sociale et modernit\u00e9 et si elle ne construit pas un \u00e9quilibre politique qui la lib\u00e8re du petit cercle des \u00ab d\u00e9cideurs \u00bb europ\u00e9ens actuels, des multinationales et des technocraties, europ\u00e9ennes comme nationales d&#8217;ailleurs.<\/p>\n<p>Au fond, l&#8217;essentiel est d\u00e9sormais d&#8217;argumenter sur le fait que si l&#8217;Europe \u00e9touffe, c&#8217;est \u00e0 cause du socle \u00e9conomique, social et politique qui est le sien aujourd&#8217;hui et que la Constitution projet\u00e9e conforte jusqu&#8217;\u00e0 la caricature. Alors le \u00ab non \u00bb prendrait l&#8217;allure, non pas du d\u00e9but du chaos, mais de l&#8217;amorce d&#8217;une authentique renaissance europ\u00e9enne. Il est vrai que, pour l&#8217;instant, le \u00ab non \u00bb a une tr\u00e8s grave faiblesse. Sans doute est-il la r\u00e9ponse la plus positive au marasme europ\u00e9en actuel, mais il appara\u00eet trop flou dans les alternatives qu&#8217;il sugg\u00e8re. De quelle Europe la victoire du \u00ab non \u00bb ouvrirait-elle la perspective ? A ce jour, les r\u00e9ponses n&#8217;apparaissent pas clairement. Et pourtant, les propositions ne manquent pas. A l&#8217;automne 2003, la Fondation Copernic avait publi\u00e9 une note intitul\u00e9e L&#8217;Europe : une alternative. Or on ne peut pas dire qu&#8217;elle ait suscit\u00e9 des d\u00e9bats fr\u00e9n\u00e9tiques dans la gauche en g\u00e9n\u00e9ral et m\u00eame alternative&#8230; Dans la pr\u00e9paration des r\u00e9centes \u00e9lections europ\u00e9ennes encore, de longues discussions ont abouti \u00e0 la r\u00e9daction d&#8217;une Charte citoyenne pour une autre Europe, \u00e9labor\u00e9e par des militants associatifs, syndicalistes et politiques de diff\u00e9rentes sensibilit\u00e9s. Personne n&#8217;en a parl\u00e9&#8230; N&#8217;est-il pas temps de faire \u00e9merger, sur le devant de la sc\u00e8ne publique, cette question de l&#8217;alternative europ\u00e9enne ?<\/p>\n<p>2. Le Parti socialiste aura connu la fracture la plus importante depuis le printemps 1990, \u00e0 l&#8217;occasion du fameux congr\u00e8s de Rennes. Sans doute le d\u00e9bat socialiste a-t-il \u00e9t\u00e9 parasit\u00e9 par la traditionnelle querelle des \u00ab \u00e9l\u00e9phants \u00bb, et notamment celle des \u00ab pr\u00e9sidentiables \u00bb. Sans doute, le camp des \u00ab non \u00bb a-t-il \u00e9t\u00e9 ainsi \u00e0 la fois dynamis\u00e9 et p\u00e9nalis\u00e9 par la figure controvers\u00e9e de Laurent Fabius. Sans doute la personnalit\u00e9 de l&#8217;ancien Premier ministre a-t-elle contribu\u00e9, en fin de parcours, \u00e0 agr\u00e9ger contre lui une part non n\u00e9gligeable d&#8217;h\u00e9sitants qui, sans se satisfaire de la Constitution europ\u00e9enne, ont voulu \u00e0 tout le moins barrer la route d&#8217;un homme qui n&#8217;a jamais r\u00e9ussi \u00e0 se d\u00e9faire de son image de froideur et de distance.<\/p>\n<p>Mais au-del\u00e0 du d\u00e9bat sur les hommes, la controverse sur la Constitution a port\u00e9 incontestablement sur de forts contenus politiques et sociaux. Dominique Strauss-Kahn a, comme il en a l&#8217;habitude, \u00e9nonc\u00e9 avec le plus de nettet\u00e9 l&#8217;enjeu du d\u00e9bat. A plusieurs reprises, il a expliqu\u00e9 qu&#8217;une majorit\u00e9 en faveur du \u00ab oui \u00bb permettrait d&#8217;aider le PS \u00e0 \u00ab affirmer et assumer son orientation r\u00e9formiste \u00bb (Le Nouvel Observateur du 12 novembre). Le 26 novembre, dans les Echos, il prolonge son id\u00e9e : le r\u00e9sultat du r\u00e9f\u00e9rendum interne \u00ab va nous permettre de voir si le r\u00e9formisme de gauche, qui \u00e9tait inscrit dans nos textes, \u00e0 l&#8217;issue du congr\u00e8s de Dijon, il y a un an et demi, est vraiment majoritaire. Si c&#8217;est le cas, comme je l&#8217;esp\u00e8re, nous pourrons b\u00e2tir un projet ancr\u00e9 dans le r\u00e9el et renforcer notre coop\u00e9ration avec les autres partis de la gauche europ\u00e9enne. Partout, en Europe, il y a une volont\u00e9 de r\u00e9nover le mod\u00e8le social-d\u00e9mocrate \u00bb. Le matin du r\u00e9sultat, le d\u00e9put\u00e9 Jean-Christophe Cambad\u00e9lis confirmait : \u00ab C&#8217;est la victoire d&#8217;une ligne, le r\u00e9formisme pl\u00e9biscit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Au fur et \u00e0 mesure que s&#8217;amplifiait le d\u00e9bat socialiste, les responsables ont d\u00e9plac\u00e9 leur argumentaire : jug\u00e9 m\u00e9diocre mais incontournable au printemps, le projet constitutionnel est devenu \u00e0 l&#8217;automne un texte positif, ouvrant la possibilit\u00e9 d&#8217;une Europe sociale. L&#8217;ensemble des dirigeants socialistes, Fran\u00e7ois Hollande en t\u00eate, s&#8217;est engouffr\u00e9 dans l&#8217;argumentaire d\u00e9velopp\u00e9 par l&#8217;ancien ministre des Finances Dominique Strauss-Kahn. La victoire du \u00ab oui \u00bb est ainsi la base de structuration d&#8217;un p\u00f4le assumant d\u00e9sormais enti\u00e8rement le tournant socialiste amorc\u00e9 en 1983, au temps de la \u00ab rigueur \u00bb, et faisant de l&#8217;acceptation de la \u00ab mondialisation \u00bb lib\u00e9rale le socle de red\u00e9finition d&#8217;un projet social-d\u00e9mocrate. Tony Blair, en son temps, l\u00e9gitima la ligne \u00ab sociale-lib\u00e9rale \u00bb qu&#8217;il proposait en expliquant que le plus difficile n&#8217;\u00e9tait pas de conqu\u00e9rir le pouvoir mais de le conserver. L&#8217;axe majoritaire de la direction socialiste semble pr\u00eate \u00e0 lui embo\u00eeter le pas : rien ne sert de dire que l&#8217;on va changer le monde, puisque nous savons que nous ne le ferons pas&#8230;<\/p>\n<p>Reste que, face \u00e0 l&#8217;ajustement progressif du \u00ab oui \u00bb, les partisans du \u00ab non \u00bb ont martel\u00e9 la critique du contenu \u00ab lib\u00e9ral \u00bb du projet constitutionnel, faisant ainsi de l&#8217;affirmation franchement antilib\u00e9rale une base d&#8217;identification persistante du socialisme fran\u00e7ais. La victoire du \u00ab oui \u00bb est de ce fait \u00e0 double tranchant. Elle ouvre la voie \u00e0 une rupture culturelle des socialistes avec le vieux fonds anticapitaliste qui dynamisa le Parti socialiste \u00ab mitterrandis\u00e9 \u00bb au d\u00e9but des ann\u00e9es 70. Mais elle risque d&#8217;accro\u00eetre la rupture avec ceux qui consid\u00e8rent toujours que, r\u00e9formiste ou non, le PS doit s&#8217;adosser au refus de la logique dominante du march\u00e9.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Hollande sort \u00e0 nouveau renforc\u00e9 du d\u00e9bat interne des socialistes, comme il l&#8217;avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&#8217;issue de la s\u00e9quence \u00e9lectorale de 2004. Parviendra-t-il \u00e0 \u00e9viter que la faille de la controverse europ\u00e9enne ne se transforme en gouffre ? Rien n&#8217;est moins s\u00fbr. Pour maintenir l&#8217;unit\u00e9 des socialistes, il aura du mal \u00e0 imposer nettement la coh\u00e9rence politique que sugg\u00e8re Dominique Strauss-Kahn. Celui-ci a relanc\u00e9 \u00e0 sa mani\u00e8re le d\u00e9bat qui traverse le socialisme fran\u00e7ais depuis vingt ans. L&#8217;ajustement de 1983 \u00e9tait-il une parenth\u00e8se, un recul tactique devant l&#8217;offensive n\u00e9olib\u00e9rale, ou marquait-il une \u00e9volution strat\u00e9gique, l&#8217;entr\u00e9e de la social-d\u00e9mocratie dans un nouvel \u00e2ge rompant d\u00e9finitivement avec tout ce qui pouvait rester de la matrice r\u00e9volutionnaire originelle ?<\/p>\n<p>Les partisans du \u00ab non \u00bb ont \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9s \u00e0 s&#8217;engager dans ce d\u00e9bat. Que leur position ait \u00e9t\u00e9 port\u00e9e plut\u00f4t par une jeune g\u00e9n\u00e9ration de socialistes n&#8217;est pas sans importance pour l&#8217;avenir. Cela sugg\u00e8re que les jeux ne sont sans doute pas faits \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du Parti socialiste : les tenants du \u00ab non \u00bb esp\u00e9raient bien plus qu&#8217;ils n&#8217;ont obtenu. Mais dans ce contexte d&#8217;affrontement sur le fond, le r\u00e9sultat des \u00ab non \u00bb devrait porter bien au-del\u00e0 de la seule question constitutionnelle.<\/p>\n<p>3. Le vote des socialistes va sans nul doute peser sur le d\u00e9bat g\u00e9n\u00e9ral. Anticipe-t-il sur le vote des Fran\u00e7ais ? Rien n&#8217;est moins s\u00fbr. D&#8217;une certaine fa\u00e7on, les socialistes \u00e9taient les plus difficiles \u00e0 convaincre. Sur les vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, ils ont tellement entrem\u00eal\u00e9 leurs choix europ\u00e9ens et leurs reculs id\u00e9ologiques, que le non supposait de leur part un retour critique gigantesque. Que, dans ce contexte, 45 % des militants aient choisi ce vote n&#8217;est pas sans signification forte&#8230; et sans donner des raisons d&#8217;esp\u00e9rer \u00e0 ceux qui s&#8217;engagent contre le projet constitutionnel. Il faudra pourtant tirer les le\u00e7ons de cet \u00e9pisode. Le non gagnerait sans nul doute \u00e0 renforcer la dimension alternative qui le sous-tend. Et ses partisans feraient bien de m\u00e9diter sur le \u00ab cas Strauss-Kahn \u00bb. Cet homme a donn\u00e9 au \u00ab oui \u00bb la force d&#8217;une coh\u00e9rence politique. Le \u00ab non \u00bb n&#8217;a-t-il pas besoin lui aussi d&#8217;une coh\u00e9rence de ce type et d&#8217;une convergence des acteurs pour lui donner une cr\u00e9dibilit\u00e9 ? On a raison de dire que le \u00ab non \u00bb, \u00e0 rebours du chaos actuel, ouvre la voie d&#8217;une v\u00e9ritable remise en chantier de l&#8217;Union europ\u00e9enne. Mais \u00e0 quoi ouvre-t-il la voie ? A une Europe franchement anti-lib\u00e9rale, ou pas ? Cela m\u00e9riterait discussion, et serr\u00e9e. <strong> Roger Martelli. <\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Derni\u00e8re minute. 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