{"id":3208,"date":"2008-04-01T00:00:00","date_gmt":"2008-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/exposition-keith-haring-mythologie3208\/"},"modified":"2008-04-01T00:00:00","modified_gmt":"2008-03-31T22:00:00","slug":"exposition-keith-haring-mythologie3208","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3208","title":{"rendered":"Exposition Keith Haring: Mythologie pop"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> La fresque de l&#8217;h\u00f4pital Necker, \u00e0 Paris, c&#8217;est lui. Le peintre am\u00e9ricain Keith Haring investit les territoires de l&#8217;art urbain de son geste expressif, rapide, risqu\u00e9. Son vocabulaire visuel est lisible pour tous. Mythologie populaire et sources \u00e9rudites s&#8217;y r\u00e9pondent. \u00c0 Lyon, une r\u00e9trospective pr\u00e9sente 250 \u0153uvres du peintre mort \u00e0 31 ans. Une premi\u00e8re. <\/p>\n<p> Un square de New York, un centre de loisirs, une \u00e9cole, un h\u00f4pital parisien, une piscine, une \u00e9glise \u00e0 Pise, le mur de Berlin&#8230; Keith Haring peignait souvent dehors, en public, sur fond de musique hip-hop ou de rythmes afro-cubains. Cet ancrage urbain n&#8217;est pas anecdotique dans sa trajectoire artistique, fulgurante, condens\u00e9e sur une seule d\u00e9cennie, celle des ann\u00e9es 1980. Il en d\u00e9coule, en effet, une \u0153uvre explosive qui n&#8217;appelle pas la d\u00e9f\u00e9rence rituelle du spectateur face aux objets sacr\u00e9s. Un style plein d&#8217;humour et de sensualit\u00e9, malgr\u00e9 la gravit\u00e9 des sujets trait\u00e9s. Le geste est ample et vif, le format g\u00e9n\u00e9reux, le trait simple et ma\u00eetris\u00e9. Quant \u00e0 la palette de couleurs, audacieuse, elle semble jaillir de la surface peinte. <\/p>\n<p><strong> D\u00c9SINVOLTURE <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;exposition consacr\u00e9e \u00e0 Keith Haring qui se d\u00e9roule au Mus\u00e9e d&#8217;art contemporain de Lyon est la premi\u00e8re d&#8217;une telle envergure. Elle pr\u00e9sente 250 \u0153uvres glan\u00e9es dans diff\u00e9rents mus\u00e9es et galeries, mais aussi chez des collectionneurs priv\u00e9s. Outre les tableaux de l&#8217;artiste, dont quelques-uns surprennent tant ils tranchent avec sa touche habituelle, comme ses peintures \u00e0 l&#8217;encre nourries de tradition japonaise, on peut y voir aussi des sculptures. Certaines, laiss\u00e9es dehors sans souci de la conservation, ont fini par s&#8217;ab\u00eemer. Car cet art de rue \u00e0 l&#8217;origine, devenu art de masse, rejoignait la vie quotidienne et induisait une autre relation aux \u0153uvres, plus d\u00e9sinvolte peut-\u00eatre, en tout cas plus profane.<em> \u00ab Beaucoup de collectionneurs ont achet\u00e9 au coup de c\u0153ur, sans penser l&#8217;\u00e9ternit\u00e9. Du coup, leur rapport \u00e0 ces objets d&#8217;art est m\u00e2tin\u00e9 d&#8217;indolence. En Italie, on a m\u00eame pu voir des enfants grimper sur une des sculptures de Keith Haring. Je crois qu&#8217;il aurait aim\u00e9 \u00e7a \u00bb <\/em>, commente Gianni Mercurio, le commissaire de l&#8217;exposition.  <\/p>\n<p><strong> \u00c9PH\u00c9M\u00c8RE <\/strong><\/p>\n<p>Arriv\u00e9 \u00e0 New York de sa Pennsylvanie natale, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970, il r\u00e9alise ses premiers dessins dans le m\u00e9tro, \u00e0 la craie. Le jeune homme d\u00e9tourne ill\u00e9galement les panneaux noirs d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la publicit\u00e9 pour faire danser ses personnages \u00e9ph\u00e9m\u00e8res devant les voyageurs. A tort, il fut assimil\u00e9 aux graffeurs qui venaient de Harlem, du South Bronx et du Lower East Side. Keith Haring aimait leur travail, qui avait des points communs avec le sien : une gestuelle expressive, une rapidit\u00e9 d&#8217;ex\u00e9cution, une ligne \u00e9paisse et continue, une appropriation de l&#8217;espace public, un go\u00fbt du risque et un attrait pour la contre-culture.<em> \u00ab Je prenais souvent le m\u00e9tro pour aller voir les mus\u00e9es et les galeries et j&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 remarquer non seulement les graffitis de grandes dimensions sur les rames de m\u00e9tro mais aussi l&#8217;incroyable calligraphie \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur m\u00eame des wagons. Cette mati\u00e8re calligraphique me rappelait ce que j&#8217;avais appris sur la calligraphie chinoise et japonaise. Et aussi quelque chose comme un flux de conscience : cette relation entre l&#8217;esprit et la main que j&#8217;avais vue chez Dubuffet, Mark Tobey et Alechinsky \u00bb <\/em>, raconte l&#8217;artiste dans un entretien (1). <\/p>\n<p><strong> VULN\u00c9RABILIT\u00c9 <\/strong><\/p>\n<p>Mais contrairement aux graffeurs, qui \u0153uvrent en secret, jouant \u00e0 cache-cache avec les forces de l&#8217;ordre, lui s&#8217;expose franchement. La performance festive fait partie de son mode d&#8217;action : \u00ab Je venais de trouver une possibilit\u00e9 de travailler avec les graffitistes sans les imiter, car je ne voulais pas peindre sur les rames, je n&#8217;avais pas envie de me glisser dans les d\u00e9p\u00f4ts pour peindre en douce l&#8217;int\u00e9rieur ou l&#8217;ext\u00e9rieur des wagons. A vrai dire, en dessinant sur les surfaces noires, j&#8217;\u00e9tais encore plus vuln\u00e9rable et \u00e0 la merci des policiers : c&#8217;\u00e9tait une entreprise plut\u00f4t risqu\u00e9e. \u00bb Au point de lui valoir de la prison. Loin des tags \u00e9nigmatiques, en forme de signatures r\u00e9it\u00e9r\u00e9es \u00e0 l&#8217;identique, marqueurs de territoires et de trajectoires, Keith Haring habille le m\u00e9tro de symboles graphiques compr\u00e9hensibles par tous. C&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;il invente un langage simple li\u00e9 aux contraintes de la rue. Une mythologie populaire peupl\u00e9e de serpents, de b\u00e9b\u00e9s, de soucoupes volantes, de chiens, de pyramides, de postes de t\u00e9l\u00e9vision&#8230; H\u00e9ritage de son p\u00e8re, dessinateur amateur de BD, il s&#8217;inspire de la bande dessin\u00e9e, comme Alechinsky dont il se sent proche. Mais il puise aussi aux sources de l&#8217;Antiquit\u00e9 et de l&#8217;histoire de l&#8217;art officielle : Dubuffet, Picasso, Matisse, Pollock, etc. Des \u0153uvres attestant de ces connexions, snob\u00e9es par la critique qui n&#8217;y retrouvait pas la \u00ab marque \u00bb habituelle de Keith Haring, sont pr\u00e9sent\u00e9es dans cette gigantesque r\u00e9trospective. <\/p>\n<p>Mixte de r\u00e9f\u00e9rences l\u00e9gitimes et de contre-culture,<em> \u00ab l&#8217;art de Haring est li\u00e9 aux instances de la culture pop. Et ce dans la mesure o\u00f9 il s&#8217;est occup\u00e9 de la fracture entre culture populaire et culture \u00e9rudite \u00bb <\/em>, note le critique Demetrio Paparoni. Coutumier de la vie underground new-yorkaise, il expose au Club 57, une bo\u00eete de nuit o\u00f9 s&#8217;accordent musique rap et performances d&#8217;artistes. Moins courtis\u00e9 par les galeristes et mus\u00e9es que son ami Jean-Michel Basquiat, par exemple, il cr\u00e9e sa propre boutique. A l&#8217;int\u00e9rieur de sa Pop Shop, reconstitu\u00e9e dans le cadre de l&#8217;exposition, il commercialise des produits en s\u00e9rie : tee-shirts, boutons, etc. Ce qui lui vaut des controverses am\u00e8res.<em> \u00ab Nous avions en commun l&#8217;hostilit\u00e9 qu&#8217;\u00e9prouvaient \u00e0 notre \u00e9gard un tas de gens envieux qui voulaient que nous restions petits. Ils disaient : OK, si vous avez l&#8217;intention de devenir un produit de consommation de masse et s&#8217;il y a un grand nombre de gens qui veulent acheter votre travail, \u00e7a veut dire que vous ne valez rien ! \u00bb <\/em>, raconte Madonna qui le c\u00f4toya.<em> \u00ab Quand vous visitez les principaux mus\u00e9es am\u00e9ricains, vous ne trouvez jamais un Keith Haring expos\u00e9 bien en \u00e9vidence. Je pense que l&#8217;establishment artistique a beaucoup de mal \u00e0 se r\u00e9concilier avec quelqu&#8217;un qui est un grand peintre ou un grand sculpteur et qui embrasse en m\u00eame temps sans r\u00e9serve la culture populaire \u00bb <\/em>, explique le galeriste Jeffrey Deitch.  <\/p>\n<p><strong> LUDIQUE <\/strong><\/p>\n<p>On a aussi reproch\u00e9 \u00e0 Keith Haring un c\u00f4t\u00e9 na\u00eff, voire superficiel. C&#8217;\u00e9tait oublier que sous une forme ludique, il portait un regard s\u00e9v\u00e8re sur son \u00e9poque, marqu\u00e9e par le r\u00e8gne de l&#8217;argent, le sida, les discriminations raciales et sexuelles, la violence des conflits arm\u00e9s&#8230; Montagne d&#8217;\u00e9crans, dessin\u00e9s \u00e0 l&#8217;encre, pour d\u00e9signer le pouvoir de la t\u00e9l\u00e9vision. Superposition de corps cens\u00e9e repr\u00e9senter des cadavres de guerre mais qui pourrait tout autant avoir une charge \u00e9rotique. Lorsque les \u0153uvres portent un titre, ce qui est assez rare, l&#8217;artiste se fait activiste. Engag\u00e9 contre les ravages de la drogue avec Crack is Wack, il prend position contre l&#8217;esclavage en des termes politiques dans Prophets of Rage.<br \/>\n<em> \u00ab J&#8217;ai toujours su (&#8230;) que je mourrais jeune \u00bb <\/em>, affirmait Keith Haring. Fulgurance du geste, comme d&#8217;une vie : cette ligne si caract\u00e9ristique de son travail, trac\u00e9e d&#8217;une traite, sans retouche ni esquisse pr\u00e9alable, ressemble \u00e0 la carri\u00e8re \u00e9clair de son auteur qui meurt en 1990, \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de trente et un ans, emport\u00e9 par le virus du sida. Le temps d&#8217;inventer un langage d&#8217;une \u00e9tonnante vitalit\u00e9. Un art f\u00e9brile compos\u00e9 de signes arch\u00e9typaux qui prend place dans l&#8217;instant. <\/p>\n<p><strong> Marion Rousset <\/strong><\/p>\n<p>1. John Gruen,<em> Keith Haring, The authorized Biography <\/em>, Fireside, 1992.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> La fresque de l&#8217;h\u00f4pital Necker, \u00e0 Paris, c&#8217;est lui. Le peintre am\u00e9ricain Keith Haring investit les territoires de l&#8217;art urbain de son geste expressif, rapide, risqu\u00e9. Son vocabulaire visuel est lisible pour tous. Mythologie populaire et sources \u00e9rudites s&#8217;y r\u00e9pondent. \u00c0 Lyon, une r\u00e9trospective pr\u00e9sente 250 \u0153uvres du peintre mort \u00e0 31 ans. 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