{"id":3207,"date":"2008-04-01T11:32:00","date_gmt":"2008-04-01T09:32:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/cheikh-taha-rock-is-not-dead3207\/"},"modified":"2023-06-23T23:06:27","modified_gmt":"2023-06-23T21:06:27","slug":"cheikh-taha-rock-is-not-dead3207","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3207","title":{"rendered":"Cheikh Taha : rock is not dead"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Tout y est, dans son livre Rock la casbah : l&#8217;hommage au punk, le \u00ab bled \u00bb, le fran\u00e7ais qui fait le lien, Elvis, le rock. En attendant un nouvel album country. Depuis les d\u00e9buts de son groupe Carte de s\u00e9jour, Rachid Taha creuse son chemin, se nourrit de rencontres, refuse les identit\u00e9s ferm\u00e9es, les r\u00f4les assign\u00e9s. Portrait. <\/p>\n<p>Quelque part, cette vague impression d&#8217;avoir toujours connu Rachid Taha. En tout cas, cela doit \u00eatre un sentiment assez r\u00e9pandu dans ma g\u00e9n\u00e9ration. En fait, plut\u00f4t de ne l&#8217;avoir jamais vraiment perdu de vue. Un peu comme une relation en pointill\u00e9, qui s&#8217;\u00e9claire de temps en temps au fil des d\u00e9cennies, en guise de guirlande m\u00e9morielle. L&#8217;id\u00e9e de le rencontrer rameute ainsi son lot de souvenirs. La France monochrome des ann\u00e9es 1980 d&#8217;abord, qui d\u00e9couvre avec la marche des beurs que les immigr\u00e9s ne sont pas partis. Pire, ils ont fait des enfants qui refusent de la fermer et de baisser la t\u00eate. Et ce groupe, Carte de s\u00e9jour. Quel nom ! Bien avant NTM ! Des Arabes et du rock. Dur \u00e0 imaginer aujourd&#8217;hui o\u00f9 chacun doit se planter dans sa musique comme un arbre, c&#8217;est-\u00e0-dire immobile avec des racines en forme de cha\u00eenes. Reprenons&#8230; \u00ab Douce France \u00bb en 1986. Le verlan de 1968. Le pays qui revire violemment \u00e0 droite. Le FN grimpe. Et survient cette reprise d&#8217;un titre compos\u00e9 pendant l&#8217;Occupation, en outre distribu\u00e9e \u00e0 l&#8217;Assembl\u00e9e nationale. D\u00e9j\u00e0 cette bouille sous la casquette, dans un clip aux images tr\u00e8s p\u00e9tainistes. Tout \u00e0 l&#8217;envers, Rachid. Plus tard, il explorera la techno, les musiques \u00e9lectroniques, se teint les cheveux en blond. Et, bien s\u00fbr, il enregistrera \u00ab Ya Raha \u00bb. Un morceau de Dahmane El Harrachi, le barde de l&#8217;immigration, arriv\u00e9 dans l&#8217;Hexagone en 1949. Aujourd&#8217;hui, beaucoup de gens pensent que le titre est de sa plume. Peu importe. Il en sourit, tout comme de cette image de chanteur de ra\u00ef qui lui colle \u00e0 la peau depuis \u00ab 1,2,3 soleil \u00bb. Rien ne sert de lutter, ni de se plaindre. Autant profiter et avancer. \u00ab Tu imagines, moi qui adorais les films indiens quand j&#8217;\u00e9tais m\u00f4me en Alg\u00e9rie, qui r\u00eavais de m&#8217;y rendre, d&#8217;y triompher, je  viens d&#8217;en visionner  un o\u00f9 l&#8217;on reprend \u00abYa Raha\u00bb. Au d\u00e9part, ma culture est cin\u00e9matographique. La musique, elle se voyait dans les salles obscures. Les westerns avec les bandes originales d&#8217;Ennio Morricone. Et les films d&#8217;Elvis Presley, o\u00f9 il chantait toujours. \u00bb Elvis, le rock, la base. Il sort la biographie \u00e9crite par Peter Guralnick. Fouille dans des piles de bouquins, rebondit d&#8217;un th\u00e8me \u00e0 l&#8217;autre, d&#8217;un auteur dont il ne se souvient plus vraiment du nom \u00e0 la musique de nouveau. Et il encha\u00eene sur les filiations, les m\u00e9langes. La <em>\u00ab surf music \u00bb<\/em> californienne des ann\u00e9es soixante, invent\u00e9e par Dick Dane, de son vrai nom Richard Mansour, et donc tout se recoupe, <em>\u00ab tu comprends que tout s&#8217;explique, cette influence orientaliste dans la guitare \u00bb<\/em>. Il creuse. Refuse les identit\u00e9s ferm\u00e9es, les r\u00f4les assign\u00e9s.<em> \u00ab Dans mon quartier, \u00e0 l&#8217;adolescence, on m&#8217;appelait le Portugais, parce que je ne ressemblais \u00e0 personne. \u00bb <\/em><\/p>\n<h2>Afro-libertaire<\/h2>\n<p>Finalement on revient \u00e0 la raison de notre pr\u00e9sence. Son livre Rock la casbah, tout y est. L&#8217;hommage au punk, le \u00ab bled \u00bb, le fran\u00e7ais qui fait le lien. Dedans, au fil des pages, un d\u00e9dale de passions et d&#8217;amiti\u00e9s. Car \u00ab ce sont les autres qui t&#8217;\u00e9l\u00e8vent. Ce qui compte, ce sont les rencontres qui jalonnent ta vie, qui te nourrissent, qui t&#8217;\u00e9vitent les pi\u00e8ges du sectarisme. Elles m&#8217;ont permis de choisir mon chemin. Comme mon ancien manager lorsqu&#8217;il m&#8217;a initi\u00e9 \u00e0 Artaud \u00bb.<\/p>\n<p> Alors, pour s&#8217;y retrouver, on cherche \u00e0 s&#8217;accrocher \u00e0 un petit fil d&#8217;Ariane. Un de ses potes le qualifie d&#8217;<em>\u00ab afro-libertaire \u00bb<\/em>. Une d\u00e9finition, s&#8217;il vous pla\u00eet, sid Taha. <em>\u00ab Oui, j&#8217;aime bien, mais au sens salons de coiffure. J&#8217;adore ces endroits. J&#8217;adorerais en trouver un qui s&#8217;appellerait afro-libertaire. Trop classe. Du c\u00f4t\u00e9 de la gare du Nord, par exemple. Un salon africain, o\u00f9 r\u00e8gne la palabre. Et puis la sp\u00e9cificit\u00e9 des gens tient aussi \u00e0 la fa\u00e7on dont ils sont coiff\u00e9s. Avec \u00e9videmment cette notion de libert\u00e9. Il existe des Afro-Am\u00e9ricains. Moi, je suis afro-libertaire. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Rembobinons davantage. L&#8217;enfance. Oran. La guerre.<em> \u00ab Mon oncle a \u00e9t\u00e9 balanc\u00e9 d&#8217;un h\u00e9licopt\u00e8re par l&#8217;arm\u00e9e fran\u00e7aise, qui  en avait apr\u00e8s un de ses fr\u00e8res dans le maquis. C&#8217;est pour cela que je n&#8217;ai jamais demand\u00e9 la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise. Pourtant mes parents ne m&#8217;ont absolument pas \u00e9lev\u00e9 dans la rancune. Et c&#8217;est chiant ce passeport vert. Y compris dans les pays arabes soi-disant fr\u00e8res. Tu sais, les Egyptiens, par exemple, ils nous regardent nous, les Maghr\u00e9bins, un peu comme leurs Antillais, qui parlent mal l&#8217;arabe. Pour en revenir \u00e0 l&#8217;histoire, je pense que la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie n&#8217;est pas finie. Je la subis encore. La situation s&#8217;est m\u00eame empir\u00e9e quelque part. Nous, on avait la carte de s\u00e9jour, on \u00e9tait encore n\u00e9 l\u00e0-bas, on se sentait \u00e9tranger, donc les insultes, je ne vais pas dire qu&#8217;on les trouvait normales, mais on se disait qu&#8217;on allait rentrer. Les jeunes d&#8217;aujourd&#8217;hui sont fran\u00e7ais, dans les papiers, la fameuse seconde voire troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration. C&#8217;est eux qui souffrent le plus de cette situation, qui n&#8217;ont pas la place dont ils devraient b\u00e9n\u00e9ficier, quand ils vont chercher du travail ou un logement. D&#8217;o\u00f9 des r\u00e9actions comme siffler La Marseillaise. \u00bb <\/em><\/p>\n<h2>La France<\/h2>\n<p>Et puis, il bascule. Quand il parle de la France et surtout de la culture fran\u00e7aise, les tr\u00e9molos dans la voix sonnent authentiques. <em>\u00ab Je l&#8217;aime, cette France, je voudrais qu&#8217;elle soit parfaite, c&#8217;est pour cela que je ne supporte aucun de ses d\u00e9fauts. \u00bb<\/em> Il s&#8217;av\u00e8re bien  plus chauvin in fine que tous nos ministres r\u00e9unis. Un amoureux d\u00e9pit\u00e9, inconsolable, en col\u00e8re.<em> \u00ab Regarde le cin\u00e9ma fran\u00e7ais. On n&#8217;a rien \u00e0 dire ou quoi ? Les acteurs et les actrices sont consensuels. Je vais peut-\u00eatre caricaturer, mais si P\u00e9tain \u00e9tait l\u00e0, ils suivraient comme des moutons. En fait, c&#8217;est cela qui me d\u00e9range, il y a un c\u00f4t\u00e9 vichyssois qui me gonfle actuellement. On critique les USA. J&#8217;aimerais que chez nous on s&#8217;inspire un peu de leurs films critiques et de leurs s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9. On devrait en prendre de la graine. J&#8217;ai fait des concerts en Angleterre contre la guerre en Irak, ici rien ne se passe. Les musiciens que je fr\u00e9quente l\u00e0-bas sont tous engag\u00e9s, vraiment \u00e0 gauche. Il faut dire que la culture fran\u00e7aise n&#8217;a pas choisi les meilleurs de ses enfants. Quand je vois l&#8217;aura de Derrida \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger et la reconnaissance minable qu&#8217;il obtient chez nous, j&#8217;ai envie de leur crier : derridez-vous. \u00bb<\/em><\/p>\n<h2>Les racines<\/h2>\n<p>Pas tendre avec le coq gaulois, il n&#8217;encense pas davantage ses \u00ab racines \u00bb. L&#8217;amoureux des femmes ne les voit pas soumises. <em>\u00ab Il faut toujours commencer par balayer devant sa porte. Comment s&#8217;en sortir quand tu constates la condition de la femme dans le monde arabe ? Une civilisation unijambiste, \u00e7a boite, m\u00eame s&#8217;il y a des proth\u00e8ses. Tant que la femme sera rel\u00e9gu\u00e9e au r\u00f4le de faire-valoir, de faire des gamins ou la pute, on n&#8217;avancera pas. On ne peut pas \u00e9ternellement vivre dans l&#8217;hypocrisie. C&#8217;est quand tu fermes ta bouche que tu sers l&#8217;Occident. Tu persistes dans l&#8217;ignorance. Tu corresponds \u00e0 la caricature. La religion, c&#8217;est ce qu&#8217;on en fait. C&#8217;est sa femme, Khadija, qui apprend l&#8217;arabe au proph\u00e8te. En fait, je r\u00eave que le monde devienne un grand hammam. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Alors la suite ? Apr\u00e8s Diwan ?<em> \u00ab Mon prochain album sera country. J&#8217;y retrouve plein de choses, y compris de l&#8217;Alsace o\u00f9 j&#8217;ai s\u00e9journ\u00e9 en arrivant d&#8217;Alg\u00e9rie. La musique, c&#8217;est d&#8217;abord de la m\u00e9decine en fait. C&#8217;est pour gu\u00e9rir. Des incantations, des pri\u00e8res, des soins de l&#8217;\u00e2me. Rien d&#8217;autre. En tout cas pour moi, cela marche encore tr\u00e8s bien. \u00bb <\/em><\/p>\n<p>Rachid Taha,<em> Rock la casbah <\/em>, \u00e9d. Flammarion, coll. Pop culture, 21 euros<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-3207 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/dm9vre5w0aalkti-c5c.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/dm9vre5w0aalkti-c5c-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"dm9vre5w0aalkti.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tout y est, dans son livre Rock la casbah : l&#8217;hommage au punk, le \u00ab bled \u00bb, le fran\u00e7ais qui fait le lien, Elvis, le rock. En attendant un nouvel album country. 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