{"id":3203,"date":"2008-04-01T00:00:00","date_gmt":"2008-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/une-seule-ethique-le-profit3203\/"},"modified":"2008-04-01T00:00:00","modified_gmt":"2008-03-31T22:00:00","slug":"une-seule-ethique-le-profit3203","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3203","title":{"rendered":"Une seule \u00e9thique : le profit"},"content":{"rendered":"<p>Sous les applaudissements, de Sarkozy \u00e0 Rocard, voil\u00e0 Laurence Parisot qui s&#8217;attaque courageusement aux patrons voyous. Et tout le monde, ou presque, d&#8217;applaudir la nouvelle chevali\u00e8re blanche qui va nettoyer les \u00e9curies d&#8217;Augias et moraliser le capitalisme. C&#8217;est oublier l&#8217;hymne \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9 dont notre h\u00e9ro\u00efne faisait un principe essentiel, en amour et dans le travail. C&#8217;est surtout ne rien comprendre au capitalisme r\u00e9ellement existant.<\/p>\n<p>Commen\u00e7ons par le petit bout de la lorgnette. Michel de Virville, l&#8217;homme qui a n\u00e9goci\u00e9 le prix du silence de Gautier-Sauvagnac, est aussi l&#8217;auteur, en 2004, d&#8217;un rapport Pour un Code du travail plus efficace, particuli\u00e8rement r\u00e9actionnaire. Mais, dans une autre vie, il avait \u00e9t\u00e9 aussi le conseiller social du cardinal Lustiger. Autre exemple personnalis\u00e9 : Daniel Bouton, le PDG de J\u00e9r\u00f4me Kerviel, avait pondu en 2002 un rapport intitul\u00e9 Pour un meilleur gouvernement des entreprises cot\u00e9es, qui insistait particuli\u00e8rement sur le risque que le hors-bilan devienne une \u00ab zone de non-droit soustraite aux r\u00e8gles d&#8217;\u00e9valuation et d&#8217;information \u00bb. Cette recommandation prend tout son sel aujourd&#8217;hui, car c&#8217;est exactement sur ce type de pratique que la Soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, sous l&#8217;\u00e9gide du m\u00eame Bouton, avait construit sa r\u00e9ussite. <\/p>\n<p>Tout cela pour dire que les m\u00e9canismes fondamentaux du syst\u00e8me l&#8217;emportent toujours sur les grandes d\u00e9clarations et les bonnes intentions dont l&#8217;enfer est pav\u00e9. Le capitalisme ne conna\u00eet qu&#8217;un seul crit\u00e8re de r\u00e9ussite : le profit maximal. C&#8217;est apr\u00e8s tout ce qu&#8217;on apprend dans tous les manuels d&#8217;\u00e9conomie les plus orthodoxes, o\u00f9 l&#8217;on aura du mal \u00e0 trouver la moindre pinc\u00e9e d&#8217;\u00e9thique. Et les deux grands ressorts de ce syst\u00e8me sont l&#8217;exploitation et la concurrence. Prenons, par exemple, un patron qui licencie, restructure ou d\u00e9localise. S&#8217;il est une bonne \u00e2me, cela le fait souffrir. Mais s&#8217;il ne se r\u00e9signe pas \u00e0 prendre ces p\u00e9nibles d\u00e9cisions, la concurrence va le conduire \u00e0 la faillite. Et c&#8217;est vrai, dans une large mesure. Le crime social qu&#8217;il commet en mettant des salari\u00e9s \u00e0 la porte est parfaitement l\u00e9gal et pourtant pas moins grave que tel abus de biens sociaux. Mais Sarkozy veille : le m\u00eame qui d\u00e9nonce un jour les patrons voyous s&#8217;empresse, le lendemain, de d\u00e9p\u00e9naliser les d\u00e9lits patronaux encore soumis \u00e0 la loi et re\u00e7oit l&#8217;assentiment de la patronne du Medef.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9thique du capitalisme lui vient toujours de l&#8217;ext\u00e9rieur. C&#8217;est seulement quand il est solidement encadr\u00e9 par une l\u00e9gislation et une r\u00e9glementation qu&#8217;il se plie \u00e0 la morale. Or, le capitalisme s&#8217;est aujourd&#8217;hui largement lib\u00e9r\u00e9 des pressions qui pourraient r\u00e9fr\u00e9ner ses ardeurs. Que ce soit dans le domaine social ou sp\u00e9culatif, on voit bien qu&#8217;il fait \u00e0 peu pr\u00e8s ce qu&#8217;il veut et se montre particuli\u00e8rement innovant. Cet amoralisme d\u00e9brid\u00e9 repose sur de solides bases mat\u00e9rielles : un rapport des forces sociales favorable, et la mondialisation qui lui permet de retirer ses billes \u00e0 la moindre menace de \u00ab rigidit\u00e9 \u00bb excessive.<\/p>\n<p>De l&#8217;int\u00e9rieur du syst\u00e8me, les observateurs les plus lucides peuvent bien souligner les risques d&#8217;une telle d\u00e9rive. Mais il n&#8217;existe pas, \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle mondiale, d&#8217;institution capable de modifier les  r\u00e8gles du jeu de ce capitalisme mondialis\u00e9. La concurrence fait rage entre pays et entre capitaux, rendant impossible tout projet de r\u00e9gulation : partout le mauvais capitalisme chasse le bon. De toute mani\u00e8re, les solutions avanc\u00e9es ne sont pas \u00e0 la hauteur de l&#8217;enjeu. Ainsi, Patrick Artus peut bien \u00e9crire que \u00ab le capitalisme est en train de s&#8217;autod\u00e9truire \u00bb mais ses recettes sont d&#8217;une na\u00efvet\u00e9 confondante. Il recommande par exemple d&#8217;\u00ab accepter un rendement plus faible des placements, une rentabilit\u00e9 plus faible du capital \u00bb (1) ou encore que la finance renonce aux \u00ab actifs artificiels dont le sous-jacent n&#8217;aboutit pas au financement d&#8217;investissements utiles \u00bb (2). Il se rend bien compte que cela \u00ab changerait \u00e9videmment le r\u00f4le de la finance \u00bb. Et, assur\u00e9ment, le capitalisme lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Mais un capitalisme qui accepterait de lui-m\u00eame \u00ab une rentabilit\u00e9 plus faible du capital \u00bb, cela n&#8217;existe pas. Il n&#8217;y a donc rien \u00e0 attendre d&#8217;une auto-r\u00e9forme, et tous les discours sur la responsabilit\u00e9, la transparence, la gouvernance, ne sont que du marketing. La seule morale que le capitalisme ait jamais connue, c&#8217;est celle qui lui a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e : par les luttes sociales et par les craintes qu&#8217;elles ont pu \u00e9veiller chez lui. <\/p>\n<p>Michel Husson (\u00e9conomiste, membre de la fondation copernic et du conseil scientifique d&#8217;Attac)<\/p>\n<p>1. Flash Natixis n\u00b042, 29 janvier 2008.<\/p>\n<p>2. Flash Natixis n\u00b087, 29 f\u00e9vrier 2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sous les applaudissements, de Sarkozy \u00e0 Rocard, voil\u00e0 Laurence Parisot qui s&#8217;attaque courageusement aux patrons voyous. Et tout le monde, ou presque, d&#8217;applaudir la nouvelle chevali\u00e8re blanche qui va nettoyer les \u00e9curies d&#8217;Augias et moraliser le capitalisme. C&#8217;est oublier l&#8217;hymne \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9 dont notre h\u00e9ro\u00efne faisait un principe essentiel, en amour et dans le [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[16],"tags":[],"class_list":["post-3203","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-michel-husson"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3203","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3203"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3203\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3203"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3203"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3203"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}