{"id":3201,"date":"2008-04-01T00:00:00","date_gmt":"2008-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/l-imaginaire-de-droite-au-pouvoir3201\/"},"modified":"2008-04-01T00:00:00","modified_gmt":"2008-03-31T22:00:00","slug":"l-imaginaire-de-droite-au-pouvoir3201","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3201","title":{"rendered":"L&#8217;imaginaire de droite au pouvoir"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entre \u00ab success story \u00bb et m\u00e9ritocratie, l&#8217;imaginaire sarkozyste vu par Mona Chollet, journaliste au<em> Monde diplomatique <\/em>. Derri\u00e8re le constat affligeant mais souvent dr\u00f4le, les bases de la reconstruction d&#8217;un \u00ab imaginaire de gauche \u00bb. Entretien. <\/p>\n<p><strong> La \u00ab success story \u00bb sert \u00ab l&#8217;imaginaire de droite \u00bb, \u00e9crivez-vous. Dans ce m\u00e9canisme, la figure du self-made-man est indispensable. Comment expliquer que le mythe soit si tenace ? <\/strong> <\/p>\n<p><strong> Mona Chollet. <\/strong> La solidit\u00e9 du mythe \u00ab si tu veux, tu peux \u00bb repose sur l&#8217;envie que chacun a d&#8217;y croire. Car ce serait merveilleux si c&#8217;\u00e9tait vrai, si les possibilit\u00e9s de r\u00e9ussite d\u00e9pendaient uniquement de soi. Ce n&#8217;est bien s\u00fbr pas le cas, m\u00eame s&#8217;il ne faut pas mettre de c\u00f4t\u00e9 les marges de man\u0153uvre de chacun. Ce mythe, un des fondements du propos sarkozyste, est une perp\u00e9tuelle justification des in\u00e9galit\u00e9s sociales. Quelques success stories sont mises en avant et marquent les esprits. On le voit avec les grands patrons proches du pr\u00e9sident. Leur plus grand m\u00e9rite est d&#8217;\u00eatre n\u00e9s dans la bonne famille. Le m\u00e9canisme de la success story implique que chacun esp\u00e8re \u00eatre un jour celui qui va se d\u00e9tacher du lot. C&#8217;est un nouvel opium du peuple, tr\u00e8s euphorisant, une fuite de la r\u00e9alit\u00e9 assez tentante car on aime tous les belles histoires. Cela joue sur des ressorts visc\u00e9raux et enfantins. Mais plus grave, le fait d&#8217;y croire emp\u00eache de s&#8217;organiser collectivement, de rechercher comment traduire en termes politiques une revendication d&#8217;\u00e9galit\u00e9 qui permettrait \u00e0 chacun d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 un mod\u00e8le de r\u00e9ussite autorisant \u00e0 chacun une vie agr\u00e9able.<\/p>\n<p><strong> Parmi ces quelques cas, on trouve Rachida Dati ou encore Rama Yade&#8230; <\/strong><\/p>\n<p><strong> M.C. <\/strong> Oui, l&#8217;une et l&#8217;autre servent \u00e0 mettre en sc\u00e8ne des histoires \u00e9difiantes qui permettent de faire l&#8217;\u00e9conomie de r\u00e9elles politiques \u00e9galitaires. On est dans le storytelling (1), en particulier quand elles racontent leur enfance. L&#8217;accent est mis sur les origines sociales d\u00e9favoris\u00e9es, pour mieux souligner la fulgurante ascension r\u00e9publicaine. Alors m\u00eame que Rama Yade est arriv\u00e9e en France avec son p\u00e8re diplomate et qu&#8217;elle a fr\u00e9quent\u00e9 une \u00e9cole priv\u00e9e. Devenues les symboles de ce que permet la France, elles ont \u00e9t\u00e9 offertes en p\u00e2ture aux journalistes. Pour Rachida Dati, on a assist\u00e9 \u00e0 une esp\u00e8ce de concours de journalistes pour voir qui exploiterait le mieux la fille de ma\u00e7on devenue l&#8217;alter ego de Nicolas Sarkozy. <\/p>\n<p><strong> Oui, vous citez Le Nouvel \u00e9conomiste qui \u00e9crit \u00e0 son propos : \u00ab Sur son berceau, les f\u00e9es ne se sont jamais pench\u00e9es. Alors, elle les a invent\u00e9es. Bannissant les d\u00e9terminismes, for\u00e7ant sa condition, son histoire est celle d&#8217;une volont\u00e9 glorifi\u00e9e. \u00bb <\/strong> <\/p>\n<p><strong> M.C. <\/strong> Oui, ou encore Rama Yade qui racontait \u00e0 l&#8217;hebdomadaire Le Point qu&#8217;elle cachait soigneusement l&#8217;Encyclopedia universalis, \u00ab seule richesse de la famille \u00bb ! Une fois au gouvernement, elles relaient le message de Nicolas Sarkozy : il n&#8217;y a dans ce pays ni racisme, ni discrimination et quand on veut, on peut. C&#8217;est une liquidation des d\u00e9terminations sociales. Il s&#8217;agit de figures construites par les id\u00e9ologues de la r\u00e9volution conservatrice, qui pr\u00e9tendent que l&#8217;individu n&#8217;est entrav\u00e9 ni par ses origines sociales ou culturelles, ni par sa couleur de peau, son sexe ou son orientation sexuelle&#8230; Sa seule appartenance \u00e0 la nation suffit \u00e0 lui donner les m\u00eames chances qu&#8217;\u00e0 tous.  <\/p>\n<p><strong> Quand la gauche avance les d\u00e9terminismes sociaux pour expliquer rel\u00e9gations et in\u00e9galit\u00e9s, la droite r\u00e9torque qu&#8217;il ne faut pas c\u00e9der \u00e0 la \u00ab victimisation \u00bb. La gauche doit-elle changer de focale ? <\/strong> <\/p>\n<p><strong> M.C. <\/strong> Il y a en effet une mode autour du concept de victimisation. Elle s&#8217;accompagne d&#8217;une intol\u00e9rance pour la lutte collective contre un ordre des choses discriminatoire. En d&#8217;autres termes, si vous luttez collectivement pour vos droits, vous vous victimisez. La seule chose acceptable pour s&#8217;en sortir serait la d\u00e9marche individuelle. <\/p>\n<p>Le discours sur le m\u00e9rite et l&#8217;effort  est une machine \u00e0 faire consentir les gens \u00e0 leur propre exploitation. La gauche est consternante quand elle tombe l\u00e0-dedans. Quelqu&#8217;un qui refuse un boulot parce qu&#8217;il gagne plus avec le RMI et les allocs a enti\u00e8rement raison. Segol\u00e8ne Royal disait que personne ne devait \u00eatre pay\u00e9 \u00e0 ne rien faire. Je trouve qu&#8217;il est pr\u00e9f\u00e9rable d&#8217;\u00eatre pay\u00e9 \u00e0 ne rien faire plut\u00f4t que de se faire exploiter. Il y aurait d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 le travail salari\u00e9, dynamique et vertueux, et de l&#8217;autre le laisser-aller. C&#8217;est une construction m\u00e9diatique caricaturale, un lieu commun. On peut r\u00e9torquer que de nombreux salari\u00e9s ont des boulots absolument nuisibles, d&#8217;un point de vue environnemental, humain ou social&#8230; et que par ailleurs, certaines personnes vivent des allocs mais se rendent utiles socialement. Tout en sachant qu&#8217;on ne peut pas subordonner le droit de vivre \u00e0 la question de l&#8217;utilit\u00e9 sociale, il faut vraiment repenser cette question, au-del\u00e0 des poncifs. <\/p>\n<p><strong> Une bonne partie du bouquin d\u00e9tricote \u00ab l&#8217;imaginaire sarkozyste \u00bb, mais il fait aussi le constat de l&#8217;atrophie de l&#8217;imaginaire de gauche&#8230; <\/strong> <\/p>\n<p><strong> M.C. <\/strong> En r\u00e9action \u00e0 la politique \u00ab bling bling \u00bb, la gauche antilib\u00e9rale prend le contre-pied absolu. Cela peut aboutir \u00e0 une forme de d\u00e9connexion, qui s&#8217;illustre par exemple dans son rapport aux formes et \u00e0 l&#8217;esth\u00e9tique, comme si l&#8217;aust\u00e9rit\u00e9 \u00e9tait gage d&#8217;authenticit\u00e9. Or le fond et la forme sont indissociables. <\/p>\n<p>Il y a quelque chose de puritain et de religieux dans un certain militantisme de gauche. Il me semble que cela repose sur une confusion. Car la notion d&#8217;h\u00e9donisme est presque toujours adoss\u00e9e au consum\u00e9risme. En clair, si on n&#8217;admire pas le yacht de Bollor\u00e9, le luxe et la consommation forcen\u00e9e, on est un peine-\u00e0-jouir, on est contre le plaisir. C&#8217;est la forme dominante du \u00ab plaisir \u00bb et il est difficile de s&#8217;en d\u00e9faire, tant le marketing et la publicit\u00e9 s&#8217;insinuent efficacement dans nos vies. Il faut s&#8217;approprier une forme d&#8217;h\u00e9donisme. Ce dernier doit combiner l&#8217;intellectuel et le sensuel, qui s&#8217;alimentent mutuellement pour devenir une vraie force. C&#8217;est tr\u00e8s important, car la vision promue par le lib\u00e9ralisme est celle d&#8217;un individu d\u00e9territorialis\u00e9, ali\u00e9n\u00e9, coup\u00e9 de ses semblables. Une forme de sensualit\u00e9 peut rattacher les gens \u00e0 ce qui compte vraiment pour eux, \u00e0 ce qui les relie aux autres, \u00e0 leur lieu de vie et, en d\u00e9finitive, \u00e0 ce qui les motive. <\/p>\n<p><strong> Comment aller \u00e0 rebours de la \u00ab r\u00e9ussite \u00bb clinquante telle que promue par le lib\u00e9ralisme sans passer pour un rabat-joie absolu ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> M.C. <\/strong> C&#8217;est compliqu\u00e9, mais j&#8217;ai encore le fantasme positif d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9galitaire, loin des repr\u00e9sentations n\u00e9gatives habituelles. Tout est fait pour nous en d\u00e9go\u00fbter, pour r\u00e9pandre l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;une telle soci\u00e9t\u00e9 serait terne et m\u00e9diocre. Or je parle bien d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9galitaire au niveau \u00e9conomique, ce qui n&#8217;implique pas qu&#8217;aucune t\u00eate ne doit d\u00e9passer. Il s&#8217;agit juste de permettre \u00e0 chacun d&#8217;avoir les m\u00eames chances au d\u00e9part. Ensuite chacun peut se distinguer. <\/p>\n<p><strong> Recueilli par R\u00e9mi Douat <\/strong><\/p>\n<p>[[1. Storytelling : m\u00e9thode marketing consistant \u00e0 raconter une histoire pour influencer le consommateur. La technique a fait son entr\u00e9e en politique.<br \/>\n]]Paru dans<em> Regards <\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entre \u00ab success story \u00bb et m\u00e9ritocratie, l&#8217;imaginaire sarkozyste vu par Mona Chollet, journaliste au<em> Monde diplomatique <\/em>. 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