{"id":3187,"date":"2008-03-01T00:00:00","date_gmt":"2008-02-29T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/gauches-remettre-l-ouvrage-sur-le3187\/"},"modified":"2008-03-01T00:00:00","modified_gmt":"2008-02-29T23:00:00","slug":"gauches-remettre-l-ouvrage-sur-le3187","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3187","title":{"rendered":"Gauches : remettre l&#8217;ouvrage sur le m\u00e9tier"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Une victoire est possible et n\u00e9cessaire pour la gauche aux \u00e9lections municipales. Mais est-elle suffisante ? Une gauche offensive, critique, constructive reste en attente en France. En Allemagne, elle s&#8217;appelle die Linke et elle a d\u00e9j\u00e0 gagn\u00e9 des marges de man\u0153uvre. Analyse et tour d&#8217;horizon.  <\/p>\n<p> Il y a moins d&#8217;un an, le ph\u00e9nom\u00e8ne Sarkozy crevait l&#8217;\u00e9cran. Ray-Ban, k\u00e4rcher, bling-bling, il dessinait les contours d&#8217;une droite assum\u00e9e et expansive, quelque chose comme une contre-r\u00e9volution lib\u00e9rale \u00e0 la fran\u00e7aise. L&#8217;ambition \u00e9tait claire : permettre \u00e0 la droite de rompre, et avec son immobilisme doctrinal, et avec ses valses-h\u00e9sitations strat\u00e9giques. En bref, en finir irr\u00e9m\u00e9diablement avec l&#8217;\u00e8re du bin\u00f4me Giscard-Chirac, entam\u00e9e trois d\u00e9cennies auparavant&#8230; Il n&#8217;est pas facile de dire ce dont Sarkozy est le nom. Heureuses ou hasardeuses, exag\u00e9r\u00e9es ou non, les r\u00e9miniscences historiques ne manquent pas pour d\u00e9crire un univers \u00e9voquant plus le Second Empire et ses paillettes que le gaullisme et ses r\u00eaves de grandeur. Toutefois, quand une rupture est en train d&#8217;advenir, les mots anciens ont du mal \u00e0 recouvrir la r\u00e9alit\u00e9 en gestation. Comparaison n&#8217;est pas toujours raison&#8230;<\/p>\n<p>Il arrive que les mots ne soient pas au rendez-vous parce que la r\u00e9alit\u00e9 elle-m\u00eame garde une part d&#8217;incertitude. Il y a dans le sarkozysme une part de flou et peut-\u00eatre ces pointill\u00e9s sont-ils au c\u0153ur des m\u00e9saventures du trublion de l&#8217;Elys\u00e9e. Son projet est pr\u00eat, archi-pr\u00eat depuis longtemps, et il ne lui manque pas un bouton de gu\u00eatre. L&#8217;envie de pouvoir et l&#8217;inventivit\u00e9 politique ne sont pas en reste. Le culot et l&#8217;esprit de \u00ab com \u00bb sont au rendez-vous. Y a-t-il pour autant derri\u00e8re lui des forces, un Etat, un parti capables de suivre la symphonie ? Rien n&#8217;est moins s\u00fbr. Il y a du \u00ab r\u00e9seau \u00bb dans la politique ; mais la politique ne se r\u00e9duit pas au r\u00e9seau. Il faut de la construction politique par en bas, du relais efficace, et pas seulement une plume, une poign\u00e9e de cadres comp\u00e9tents ou une batterie de bons communicants. Sarkozy est si volontaire, si press\u00e9, si s\u00fbr de sa bonne \u00e9toile, de ses id\u00e9es, de ses amis, qu&#8217;il \u00e9puise par avance ceux qui sont pourtant pr\u00eats \u00e0 le suivre. Lib\u00e9ral, autoritaire, ultralib\u00e9ral-populiste, au point qu&#8217;il finit par oublier que&#8230; la soci\u00e9t\u00e9 ne se gouverne pas par d\u00e9cret.<\/p>\n<p><strong> MARGES DE MAN?UVRE <\/strong><\/p>\n<p>Le voil\u00e0 donc au c\u0153ur de la temp\u00eate, \u00e0 deux doigts d&#8217;\u00e9lections locales qui s&#8217;annon\u00e7aient calamiteuses pour la gauche et qui seront peut-\u00eatre sa divine surprise. On ne s&#8217;en plaindra pas. Que subsistent des contre-pouvoirs \u00e0 gauche face \u00e0 ce pouvoir de droite-l\u00e0 est une chance qu&#8217;il ne faudrait surtout pas bouder. Tant de choses vont se jouer dans l&#8217;espace urbain contemporain qu&#8217;il vaut mieux conqu\u00e9rir quelques marges de man\u0153uvre, pour \u00e9viter le pire et pr\u00e9parer le meilleur. Mais que la gauche prenne garde, d\u00e8s maintenant, que ne se reproduise pas, demain, ce qui s&#8217;est d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 hier. Souvenons-nous&#8230; Dans l&#8217;euphorie de la gauche plurielle, communistes et socialistes font carton plein aux \u00e9lections territoriales de 1998 ; rassur\u00e9s&#8230; ils sont mis KO debout en 2001-2002. En 2004, deux ans \u00e0 peine apr\u00e8s la d\u00e9b\u00e2cle pr\u00e9sidentielle, la gauche caracole en t\u00eate aux m\u00eames \u00e9lections territoriales. Tout va bien, tr\u00e8s bien m\u00eame&#8230; jusqu&#8217;en 2007 !<\/p>\n<p>Un clou ne chasse pas l&#8217;autre. Gagner les \u00e9lections dites interm\u00e9diaires pour s&#8217;effondrer aux scrutins d\u00e9cisifs n&#8217;est pas une situation enviable, a fortiori elle n&#8217;est pas durablement tenable. Depuis 1997, la gauche fran\u00e7aise a perdu toutes les \u00e9lections nationales structurantes. Le Parti socialiste s&#8217;est recentr\u00e9 mais a mordu la poussi\u00e8re. La gauche de gauche a gagn\u00e9 la bataille r\u00e9f\u00e9rendaire de 2005, mais s&#8217;est volatilis\u00e9e en 2007. Le PS peut toucher le jackpot au printemps 2008 et pourtant se retrouver nu dans la foul\u00e9e. Le PCF peut sauver les meubles et, malgr\u00e9 tout, s&#8217;installer dans le r\u00f4le de suppl\u00e9tif du pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<p>La question, d\u00e8s la fin mars, sera de savoir quoi faire d&#8217;une victoire d&#8217;un jour. Ne sous-estimons pas la gravit\u00e9 de la p\u00e9riode que nous sommes en train de vivre. Nous atteignons \u00e0 un point tel de d\u00e9sagr\u00e9gation des rep\u00e8res, d&#8217;incertitude de l&#8217;esprit public, de doute sur les institutions elles-m\u00eames que la texture d\u00e9mocratique de la France est en question. Plus d&#8217;un quart de si\u00e8cle d&#8217;alternance, de recul des convictions anciennes sans que de nouvelles voient v\u00e9ritablement le jour&#8230; Vingt-cinq ann\u00e9es o\u00f9 la droite se cherche et ne se trouve pas, tandis que la gauche dominante renonce et ne sait plus o\u00f9 elle est&#8230; Un quart de si\u00e8cle que l&#8217;on nous dit que la r\u00e9volution est morte, que la soci\u00e9t\u00e9 ne se transforme pas, que le march\u00e9 est l&#8217;horizon ind\u00e9passable de la libert\u00e9&#8230; Un quart de si\u00e8cle que l&#8217;on nous propose d&#8217;\u00e9changer nos r\u00eaves d&#8217;\u00e9mancipation contre des plats de lentilles, le d\u00e9sir d&#8217;agir sur le monde contre la religion du CAC 40, la passion de l&#8217;\u00e9galit\u00e9 contre les d\u00e9lices de la fluidit\u00e9&#8230;<\/p>\n<p><strong> IMPASSE DES \u00ab DEUX GAUCHES \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>Tout ce \u00ab raisonnable \u00bb est devenu totalement irr\u00e9aliste. Mais, face \u00e0 ce blocage, attention de ne pas succomber au vertige des solutions courtes et des \u00ab retours \u00e0 \u00bb&#8230; Face \u00e0 la gauche de renoncement social-lib\u00e9ral, la solution n&#8217;est pas dans la promotion d&#8217;une gauche minoritaire de la r\u00e9sistance et de la contestation. Que l&#8217;esprit de r\u00e9sistance vaille toujours mieux que l&#8217;adaptation \u00e0 l&#8217;ordre dominant est un fait. Qu&#8217;il ne faille pas pour autant renoncer \u00e0 construire d\u00e8s maintenant une gauche de transformation en est un autre. Pour l&#8217;instant, nous sommes totalement dans l&#8217;impasse des \u00ab deux gauches \u00bb. Entendons-nous bien&#8230; Depuis plus de deux si\u00e8cles, la gauche est polaris\u00e9e entre la tentation de l&#8217;accommodement au capitalisme et la conviction que la justice est impossible sans le d\u00e9passement dudit capitalisme. Mais la polarit\u00e9 ne signifie pas la s\u00e9paration en deux mondes \u00e9tanches : jusqu&#8217;au d\u00e9but des ann\u00e9es quatre-vingt, la gauche a \u00e9t\u00e9 polaris\u00e9e, mais la tonalit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale \u00e9tait donn\u00e9e par l&#8217;esprit critique de refus d&#8217;un ordre dict\u00e9 par les seuls march\u00e9s. Voil\u00e0 un quart de si\u00e8cle que ce n&#8217;est plus le cas : c&#8217;est l&#8217;esprit d&#8217;adaptation qui domine et l&#8217;on en mesure les effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res.<\/p>\n<p>Rien ne serait donc pire aujourd&#8217;hui que de s&#8217;enfermer dans l&#8217;\u00e9tat des choses existant. Une gauche ultra-majoritaire de recentrage social-lib\u00e9ral d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 et, de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9, une gauche radicale et minoritaire d&#8217;aiguillon de la pr\u00e9c\u00e9dente : cet \u00e9quilibre est meurtrier pour la gauche et source d&#8217;immobilisme d\u00e9mocratique gravissime pour la d\u00e9mocratie tout enti\u00e8re.<\/p>\n<p><strong> ADDITIONNER DES FORCES <\/strong> <\/p>\n<p>Or rien ne laisse entendre que cette situation est une fatalit\u00e9. Les forces sont l\u00e9gion qui souhaitent voir advenir autre chose. Nombre de syndicalistes ou de militants associatifs savent l&#8217;inconv\u00e9nient d&#8217;une gauche d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e, offrant de bien faibles d\u00e9fenses face aux forces de l&#8217;argent et aux tenants de l&#8217;ordre in\u00e9galitaire. Les communistes savent que leur id\u00e9al n&#8217;a pas d&#8217;avenir dans la subordination de fait au socialisme ou dans le splendide isolement. Les \u00e9cologistes voient bien que la port\u00e9e critique de l&#8217;\u00e9cologie politique se dilue dans l&#8217;acceptation de fait des normes du capital mondialis\u00e9. Les socialistes n&#8217;ont pas tous envie de rompre avec une histoire critique qui a accompagn\u00e9 pendant plus d&#8217;un si\u00e8cle l&#8217;espoir dans une soci\u00e9t\u00e9 de justice o\u00f9 la Bourse ne dicte pas sa loi. Les militants de l&#8217;extr\u00eame gauche, qui ont go\u00fbt\u00e9 aux charmes des convergences critiques des ann\u00e9es post-1995, n&#8217;ont pas envie de revenir \u00e0 l&#8217;isolement politique de nagu\u00e8re.<\/p>\n<p>Si l&#8217;on additionne tout cela, on a une gauche offensive, critique, constructive, capable de disputer l&#8217;h\u00e9g\u00e9monie \u00e0 toutes les tentations de recentrage, quelle que soit la figure tut\u00e9laire incarnant la piste sociale-lib\u00e9rale actuelle du socialisme europ\u00e9en. Le probl\u00e8me est que, pour l&#8217;instant, l&#8217;addition ne s&#8217;op\u00e8re pas. L&#8217;ann\u00e9e 2007, il est vrai, a \u00e9t\u00e9 des plus rudes. Les blessures ne se sont pas toutes referm\u00e9es. Mais les lueurs de l&#8217;esp\u00e9rance ne se sont pas non plus toutes \u00e9teintes. Il serait absurde de ne pas remettre l&#8217;ouvrage sur le m\u00e9tier. Que pouvons-nous objecter ensemble, aux refondations n\u00e9olib\u00e9rales comme aux tentations sociales-lib\u00e9rales ? Quel projet positif formuler ensemble, quelles propositions majeures faire vivre ? Quelles formes politiques cr\u00e9er, permettant de concilier la diversit\u00e9 de l&#8217;espace critique et la n\u00e9cessit\u00e9 de faire force politique commune ?<\/p>\n<p>On dira que tout cela ne se fera pas d&#8217;un coup de baguette magique. Sans doute. Mais n&#8217;attendons pas trop longtemps pour amorcer le processus. Ou alors, convenons que Fukuyama avait raison et que l&#8217;Histoire est finie&#8230; Ce qui n&#8217;aurait pas de sens. <strong> Roger Martelli <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b049, Mars 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Une victoire est possible et n\u00e9cessaire pour la gauche aux \u00e9lections municipales. Mais est-elle suffisante ? Une gauche offensive, critique, constructive reste en attente en France. En Allemagne, elle s&#8217;appelle die Linke et elle a d\u00e9j\u00e0 gagn\u00e9 des marges de man\u0153uvre. 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