{"id":3182,"date":"2008-03-01T00:00:00","date_gmt":"2008-02-29T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/mediterranee-battante-karima3182\/"},"modified":"2008-03-01T00:00:00","modified_gmt":"2008-02-29T23:00:00","slug":"mediterranee-battante-karima3182","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3182","title":{"rendered":"M\u00e9diterran\u00e9e battante : Karima Berriche"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Cette fille d&#8217;immigr\u00e9s alg\u00e9riens qui a r\u00e9ussi ses \u00e9tudes a choisi de construire sa vie professionnelle dans la ZUP Nord de Marseille. Devenue directrice de l&#8217;Agora,  centre social de la cit\u00e9 Buss\u00e9rine, elle s&#8217;est r\u00e9concili\u00e9e avec son histoire.  <\/p>\n<p>\u00ab Sortez de la cit\u00e9 ! Allez voir de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 ! \u00bb<\/p>\n<p> Lorsqu&#8217;elle r\u00e9unit des familles maghr\u00e9bines, kurdes et comoriennes autour d&#8217;une grande galette, Karima Berriche est combl\u00e9e. Elle prend des nouvelles d&#8217;une grand-m\u00e8re malade ou d&#8217;un fr\u00e8re rentr\u00e9 au bled. Karima aime tant les gens qu&#8217;elle irradie de la gaiet\u00e9. \u00ab Je les respecte pour ce qu&#8217;ils sont. \u00bb Dans une douce ironie, elle taquine un chibani : \u00ab Bien, mon commandant ! \u00bb, lance-t-elle \u00e0 ce vieil homme en djellaba qui \u00e9gr\u00e8ne sa vie : il a combattu dans l&#8217;arm\u00e9e fran\u00e7aise, travaill\u00e9 dans les mines du Nord, construit le m\u00e9tro parisien&#8230; Il lui fait penser \u00e0 son p\u00e8re, d\u00e9barqu\u00e9 \u00e0 Marseille fin 1946, parmi les convois d&#8217;indig\u00e8nes envoy\u00e9s reconstruire la France d&#8217;apr\u00e8s- guerre.<\/p>\n<p>Dans le centre social de la cit\u00e9 Buss\u00e9rine, au c\u0153ur de la ZUP Nord de Marseille, Karima se sent dans son \u00e9l\u00e9ment. Elle est l&#8217;heureuse directrice de ce rare lieu de rencontre pour les familles, les jeunes et les enfants o\u00f9 l&#8217;on propose du soutien scolaire et toutes sortes d&#8217;animations. \u00ab Parfois, on vient simplement boire un caf\u00e9 parce qu&#8217;on s&#8217;y sent bien. L&#8217;Agora est la maison de tous \u00bb, insiste Karima. Cela peut sembler bizarre, mais elle aime travailler dans cet environnement de tours dress\u00e9es dans les ann\u00e9es 1960-1975 \u00ab sans aucun \u00e9quipement structurant \u00bb. Est-ce parce que ce ghetto recouvrit \u00e0 la va-vite le plus grand bidonville de Marseille qui abrita en son temps son grand-p\u00e8re et son p\u00e8re ?<\/p>\n<p>Karima Berriche, 47 ans aujourd&#8217;hui, emm\u00e9nage avec ses parents \u00e0 Buss\u00e9rine l&#8217;ann\u00e9e de son bac. Pour celle qui est n\u00e9e dans un quartier populaire voisin, fait de b\u00e2tisses modestes, mais individuelles, et de jardins, c&#8217;est un choc : \u00ab Je n&#8217;avais jamais vu autant d&#8217;Arabes et de Noirs ! \u00bb D&#8217;embl\u00e9e, elle hait cette cit\u00e9, y vit en pointill\u00e9, le nez coll\u00e9 \u00e0 ses cahiers. \u00ab J&#8217;ai v\u00e9cu la disqualification r\u00e9sidentielle, l&#8217;enfermement entre soi, insupportable ! \u00bb Ses \u00e9tudes en sociologie sont une bouff\u00e9e d&#8217;air. Karima obtient un DEA, malgr\u00e9 ses d\u00e9savantages. \u00ab Angela Davis disait qu&#8217;elle \u00e9tait femme, noire et communiste ! Moi, c&#8217;est femme, immigr\u00e9 et handicap\u00e9e ! \u00bb Karima fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 sa jambe qui bo\u00eete. Elle a eu la polio, enfant.<\/p>\n<p>En 1994, elle est dipl\u00f4m\u00e9e. Elle a fui la cit\u00e9 pour se r\u00e9installer avec ses parents dans le vieux quartier ouvrier, mais Buss\u00e9rine colle \u00e0 sa vie. \u00ab Rep\u00e9r\u00e9e par mes pairs, je red\u00e9couvre le quartier par le biais associatif \u00bb, raconte-t-elle. Sollicit\u00e9e, elle se m\u00eale d&#8217;abord au projet cr\u00e9atif d&#8217;un artiste. Celui-ci dispense de la danse-th\u00e9rapie afin de lutter contre la toxicomanie. Puis, elle int\u00e8gre un groupe de femmes maghr\u00e9bines qui f\u00e9d\u00e8re des \u00e9nergies. Karima devient formatrice. Dans le quartier, les r\u00e9bellions se sont renforc\u00e9es, conduites par des parents d&#8217;\u00e9l\u00e8ves et des enseignants, des acteurs sociaux, des \u00e9lus du PCF. Ensemble, ils ont port\u00e9 des revendications et donn\u00e9 naissance \u00e0 une association pour apporter des solutions. Puis l&#8217;association a \u00e9t\u00e9 pressentie par la CAF pour animer le nouveau centre social Agora. C&#8217;est ainsi que Karima en devient directrice.<\/p>\n<p>C\u00e9libataire, sans enfants, elle est un peu la m\u00e8re de tous les adolescents du centre. \u00ab Ils disent que l&#8217;Agora est leur seconde famille \u00bb, sourit-elle. Bacheli\u00e8re, Karima ne connaissait pas ses voisins, maintenant, elle s&#8217;\u00e9merveille : \u00ab Il y a une vie de village, une vraie vie intense ! \u00bb La voil\u00e0 fascin\u00e9e par \u00ab l&#8217;intelligence des gens \u00bb. Elle s&#8217;explique : \u00ab Pour moi, l&#8217;intelligence, c&#8217;est de transcender son individualit\u00e9 sur un projet collectif. Or, non seulement il y a de la solidarit\u00e9, mais c&#8217;est incroyable combien les gens savent ce qui leur convient. Ils font une v\u00e9ritable expertise. \u00bb Leurs diagnostics, elle les a tant de fois recueillis ! A quoi bon ? \u00ab Si le social use, les r\u00e9ponses politiques usent encore plus&#8230; \u00bb, soupire-t-elle.<\/p>\n<p>Dynamique, Karima se bat tous les jours. Quand elle sort de r\u00e9union, elle croit quitter un ring. Au quotidien, elle se bat surtout contre la peur. \u00ab Les gens sont habit\u00e9s par la peur de ce qu&#8217;ils renvoient. A Buss\u00e9rine, l&#8217;identit\u00e9 n&#8217;est pas une carte de visite ! \u00bb Alors les habitants se r\u00e9fugient dans le communautarisme. \u00ab Entre Noirs et Arabes, il n&#8217;y a pas d&#8217;autres mod\u00e8les contradictoires pour faire de vrais choix. \u00bb Elle leur dit : \u00ab Sortez ! Allez affronter l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 ! \u00bb Mais Karima se sent d\u00e9sarm\u00e9e face \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00ab qui se nourrit d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 en manque de places \u00bb.<\/p>\n<p>Elle a enfin trouv\u00e9 la sienne. \u00ab Si on me mutait ailleurs, je changerais de m\u00e9tier pour rester dans cette cit\u00e9. \u00bb Du coup, ses parents ne la comprennent pas. Ils ont toujours r\u00eav\u00e9 de la sortir de la cit\u00e9. \u00ab Pour eux, ma carri\u00e8re est un \u00e9chec ! \u00bb Elle s&#8217;en fiche, elle travaille cinquante heures par semaine pay\u00e9es trente-cinq, voit son m\u00e9tier comme un engagement, parce qu&#8217;elle se sent redevable. \u00ab J&#8217;ai r\u00e9ussi \u00e0 m&#8217;en sortir gr\u00e2ce \u00e0 des gens qui m&#8217;ont dit que c&#8217;\u00e9tait possible ! \u00bb Quand une gamine en \u00e9chec scolaire obtient une bonne note \u00e0 l&#8217;\u00e9cole, apr\u00e8s le soutien scolaire, Karima trouve sa r\u00e9compense. Elle remplit ses batteries d&#8217;heureuse directrice. \u00ab Je me suis r\u00e9concili\u00e9e avec mon histoire gr\u00e2ce \u00e0 ce quartier. \u00bb C.R.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Cette fille d&#8217;immigr\u00e9s alg\u00e9riens qui a r\u00e9ussi ses \u00e9tudes a choisi de construire sa vie professionnelle dans la ZUP Nord de Marseille. Devenue directrice de l&#8217;Agora,  centre social de la cit\u00e9 Buss\u00e9rine, elle s&#8217;est r\u00e9concili\u00e9e avec son histoire.  <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-3182","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3182","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3182"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3182\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3182"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3182"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3182"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}