{"id":3177,"date":"2008-02-01T00:00:00","date_gmt":"2008-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/ray-bradbury-ou-l-homme-qui-vendit3177\/"},"modified":"2008-02-01T00:00:00","modified_gmt":"2008-01-31T23:00:00","slug":"ray-bradbury-ou-l-homme-qui-vendit3177","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3177","title":{"rendered":"Ray Bradbury ou l&#8217;homme qui vendit la lune&#8230;"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Fahrenheit 451, ce roman adapt\u00e9 au cin\u00e9ma par Fran\u00e7ois Truffaut, en 1966, c&#8217;est lui.  Les Chroniques martiennes, lues dans les coll\u00e8ges fran\u00e7ais depuis plus de quarante ans, c&#8217;est encore lui. Autant dire qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un classique dont Deno\u00ebl vient de publier un recueil anniversaire. Rencontre \u00e0 Los Angeles. <\/p>\n<p>A 88 ans, Ray Bradbury se d\u00e9place en chaise roulante, souffre de surdit\u00e9 et d&#8217;une forte myopie, mais cet auteur prolifique de 600 nouvelles continue d&#8217;\u00e9crire tous les matins, surtout du th\u00e9\u00e2tre. Qu&#8217;on aime ou pas ses livres, il s&#8217;agit bien du dernier des Mohicans du genre&#8230; Quoique&#8230; ne lui dites pas qu&#8217;il est un auteur de science-fiction, il se dit \u00e9crivain de \u00ab fantasy \u00bb : \u00ab J&#8217;ai \u00e9crit un seul livre de science-fiction, c&#8217;est Fahrenheit 451, bas\u00e9 sur la r\u00e9alit\u00e9. La science-fiction est une description de la r\u00e9alit\u00e9. La fantasy, une description de l&#8217;irr\u00e9el. Donc, les Chroniques martiennes ne sont pas de la science-fiction, c&#8217;est de la fantasy. \u00bb \u00bb Bref, il veut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00e9crivain tout court, \u00ab hybride \u00bb, \u00e9clectique. Ne lui demandez pas d&#8217;expliquer ce qu&#8217;il fait, comme Frederico Fellini, il ne veut pas le savoir&#8230; \u00ab Je ne pr\u00e9vois pas l&#8217;avenir : je pr\u00e9viens des dangers. Il y a un gros probl\u00e8me de pollution chez nous. Nous devrions faire comme vous, construire des centrales nucl\u00e9aires&#8230; ce serait plus \u00e9cologique. (sic !) \u00bb <\/p>\n<p><strong> Subtilit\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>Ray Bradbury a, \u00e9trangement, une r\u00e9putation de \u00ab r\u00e9actionnaire \u00bb&#8230; Or, il s&#8217;est engag\u00e9, d\u00e8s 1967, contre la guerre du Vi\u00eatnam : \u00ab Nous aurions d\u00fb faire comme de Gaulle, nous d\u00e9sengager&#8230; J&#8217;ai sign\u00e9 la motion contre cette sale guerre. Et je n&#8217;\u00e9tais pas le seul&#8230; Nous avons soutenu la candidature d&#8217;Eugene McCarthy et de Robert Kennedy. Mais, en g\u00e9n\u00e9ral, j&#8217;essaie de s\u00e9parer mon activit\u00e9 litt\u00e9raire de mon action politique. Ceux qui essaient de faire de la propagande \u00e0 travers leurs livres courent \u00e0 l&#8217;\u00e9chec. La subtilit\u00e9 est bien plus efficace. \u00bb Bon, \u00e0 propos de l&#8217;Irak, il a suivi le mouvement&#8230; Ray Bradbury est n\u00e9 en 1920 \u00e0 Waukegan (Illinois), d&#8217;une m\u00e8re immigrante su\u00e9doise et d&#8217;un p\u00e8re am\u00e9ricain technicien de ligne \u00e0 haute tension. Son grand-p\u00e8re et son arri\u00e8re-grand-p\u00e8re \u00e9taient \u00e9diteurs de journaux. Il lit et \u00e9crit toute sa jeunesse, passant beaucoup de temps \u00e0 la biblioth\u00e8que de Waukegan. Lorsqu&#8217;il a quatorze ans, sa famille s&#8217;installe \u00e0 Los Angeles, o\u00f9 il vit toujours. Il obtient son dipl\u00f4me au lyc\u00e9e de Los Angeles \u00e0 quinze ans, mais le jeune homme choisit de ne pas aller \u00e0 l&#8217;universit\u00e9. Au lieu de cela, il vend des journaux et arpente les biblioth\u00e8ques. Influenc\u00e9 par les \u00ab pulp \u00bb, notamment les h\u00e9ros de science-fiction Flash Gordon et Buck Rodgers, il commence \u00e0 \u00e9crire des histoires courtes : short stories. Et publie ses premi\u00e8res fictions dans des fanzines d\u00e8s 1938 (\u00ab Hollerbochen&#8217;s dilemna \u00bb, dans Imagination). Sa premi\u00e8re nouvelle r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e para\u00eet dans le magazine Super Science Stories en 1941, et son premier livre, Dark Carnival (qui deviendra plus tard The October Country), recueil de nouvelles, est \u00e9dit\u00e9 en 1947 par Arkham House.<\/p>\n<p><strong> Dans les sous-sols <\/strong> <\/p>\n<p>Dans sa pr\u00e9face \u00e0 l&#8217;\u00e9dition du cinquanti\u00e8me anniversaire de la publication de ses \u0153uvres majeures, chez Deno\u00ebl (1), Bradbury raconte  comment il a pu se consacrer \u00e0 la litt\u00e9rature \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 de Los Angeles, au calme (chez lui, il y avait sa femme et sa premi\u00e8re des quatre filles \u00e0 venir) : \u00ab J&#8217;ai entendu que l&#8217;on tapait \u00e0 la machine quelque part dans les sous-sols de la biblioth\u00e8que, et je suis descendu afin de voir de quoi il retournait exactement. Ce qui m&#8217;a permis de d\u00e9couvrir un local o\u00f9 douze machines \u00e0 \u00e9crire \u00e9taient \u00e0 la disposition de quiconque souhaitait les louer pour dix cents la demi-heure. \u00bb Des dizaines de rouleaux de pi\u00e8ces (9, 80 dollars) et neuf jours plus tard, il avait \u00e9crit le premier jet de ce qui allait devenir son chef-d&#8217;\u0153uvre : Fahrenheit 451. Temp\u00e9rature \u00e0 laquelle le papier s&#8217;enflamme et se consume. L&#8217;histoire d&#8217;un fireman (pompier) charg\u00e9 de br\u00fbler les livres&#8230; Un livre consid\u00e9r\u00e9, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de 1984, de Orwell, ou Le meilleur des mondes, de Huxley, comme l&#8217;un des meilleurs romans d&#8217;anticipation du XXe si\u00e8cle. L&#8217;adaptation au cin\u00e9ma par Fran\u00e7ois Truffaut, en 1966, a contribu\u00e9 \u00e0 en faire un best-seller encore tr\u00e8s lu aujourd&#8217;hui.<\/p>\n<p><strong> La table de travail <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;auteur des Pommes d&#8217;or du soleil, texte moins connu, n&#8217;a pas sa langue dans sa poche : \u00ab Je suis meilleur que Norman Mailer ! On va vite l&#8217;oublier&#8230; Il n&#8217;aimait pas la vie. Il la d\u00e9testait m\u00eame, comme lorqu&#8217;on ouvre la t\u00e9l\u00e9 et qu&#8217;on voit ces h\u00e9ros machos agressifs. Qu&#8217;il aille au diable ! Philippe K. Dick \u00e9tait pareil : n\u00e9gatif. Je n&#8217;aime pas les auteurs n\u00e9gatifs. J&#8217;ai \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9 par Edgar Poe, mais il \u00e9tait moins n\u00e9gatif que Lovecraft.  Je me souviens avoir lu, enfant, une nouvelle martienne de Edgar S. Burroughs, l&#8217;auteur de Tarzan : c&#8217;est lui qui m&#8217;a donn\u00e9 l&#8217;id\u00e9e d&#8217;\u00e9crire sur Mars. Jules Verne surtout m&#8217;a influenc\u00e9, j&#8217;adore la France ! J&#8217;\u00e9tais contre la guerre du Vi\u00eatnam parce que nous aurions d\u00fb faire comme de Gaulle, nous d\u00e9sengager (&#8230;) L&#8217;Irak, c&#8217;est plus compliqu\u00e9 : il fallait virer ce dictateur, Saddam. (&#8230;) Je me sens \u00e9crivain de Los Angeles, o\u00f9 on est moins snob qu&#8217;\u00e0 New York. Ici, on peut vivre comme on veut. \u00bb Aller sur Mars ? Pourquoi faire ? Il vit \u00e0 Los Angeles&#8230; <\/p>\n<p>Cet auteur de 600 nouvelles d\u00e9gage une \u00e9nergie et une fra\u00eecheur contagieuses : \u00ab La chose la plus importante dans la vie est de faire ce qu&#8217;on a envie de faire et de le faire avec amour. Personne ne peut nous aider. Tous les matins, je me mets \u00e0 ma table de travail et j&#8217;\u00e9cris, ce depuis soixante-dix ans ! \u00bb Du th\u00e9\u00e2tre, surtout&#8230; Son dernier livre, paru en septembre, Now and forever, n&#8217;est pas encore traduit en France. <\/p>\n<p>Guillaume Ch\u00e9rel<\/p>\n<p>1. Au sommaire du volume, romans et nouvelles : Fahrenheit 451 ; Chroniques martiennes, Les Pommes d&#8217;or du soleil, de Ray Bradbury, romans traduits par Jacques Chambon et Henri Robillot, nouvelles par Richard Negrou, r\u00e9vis\u00e9es par Philippe Gindre, Deno\u00ebl, Lunes d&#8217;Encre, 739 p., 29 euros   <\/p>\n<p><em> Regards <\/em> n\u00b048, F\u00e9vrier 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Fahrenheit 451, ce roman adapt\u00e9 au cin\u00e9ma par Fran\u00e7ois Truffaut, en 1966, c&#8217;est lui.  Les Chroniques martiennes, lues dans les coll\u00e8ges fran\u00e7ais depuis plus de quarante ans, c&#8217;est encore lui. 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