{"id":3172,"date":"2008-02-01T00:00:00","date_gmt":"2008-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/autisme-l-internement-capte-par-la3172\/"},"modified":"2008-02-01T00:00:00","modified_gmt":"2008-01-31T23:00:00","slug":"autisme-l-internement-capte-par-la3172","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3172","title":{"rendered":"Autisme : l&#8217;internement capt\u00e9 par la cam\u00e9ra"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Sandrine Bonnaire prend la cam\u00e9ra pour dresser un constat fort sur l&#8217;autisme et son traitement dans les h\u00f4pitaux fran\u00e7ais. Un film politique, un cri d&#8217;alarme d&#8217;une artiste qui d\u00e9voile sa proximit\u00e9 avec cette maladie, car sa s\u0153ur en souffre, pour mobiliser les pouvoirs publics et aider les parents d\u00e9munis. <\/p>\n<p>La com\u00e9dienne Sandrine Bonnaire a r\u00e9alis\u00e9 un premier film, Elle s&#8217;appelle Sabine. Il sort sur les \u00e9crans le 30 janvier, apr\u00e8s avoir fait une tr\u00e8s forte impression lors d&#8217;une projection \u00e0 La Quinzaine des r\u00e9alisateurs \u00e0 Cannes 2007 et plong\u00e9 un grand nombre de t\u00e9l\u00e9spectateurs dans un \u00e9tat de sid\u00e9ration et d&#8217;\u00e9motion auquel ils ne s&#8217;attendaient sans doute pas. Etat proche, peut-\u00eatre, de ce que vivent les personnages film\u00e9s, des  autistes dont une s\u0153ur de la cin\u00e9aste, Sabine.<\/p>\n<p>L&#8217;autisme, terme employ\u00e9 d\u00e8s 1907, est une maladie qui fait peur, violente, difficilement diagnosticable, encore moins curable, d&#8217;autant plus que les traitements sont rarement appropri\u00e9s et suscitent depuis longtemps de vives discussions entre m\u00e9decins, psychiatres et travailleurs sociaux sur l&#8217;origine de la maladie et la fa\u00e7on de la traiter. Sandrine a d\u00e9cid\u00e9 de prendre une cam\u00e9ra pour exprimer sa col\u00e8re dans un combat qui puisse redonner \u00e0 ces malades leur \u00e9tat de sujets. Trop souvent l&#8217;abus de la camisole chimique et la diminution des lits dans les h\u00f4pitaux psychiatriques manquant de moyens font craindre le pire pour ces patients. Les lieux de vie qui devraient se substituer \u00e0 ces  lieux de r\u00e9gression sont trop peu nombreux encore. <\/p>\n<p>Sabine, une des s\u0153urs de Sandrine, est tardivement diagnostiqu\u00e9e comme psycho-infantile de forme autistique. Le t\u00e9moignage et les revendications de Sandrine s&#8217;expriment, dans le film, par plusieurs niveaux de langage : l&#8217;utilisation d&#8217;images d&#8217;archives : la com\u00e9dienne a tr\u00e8s t\u00f4t film\u00e9 Sabine : des images et des \u00e9changes de paroles ou de regards entre les deux s\u0153urs, les r\u00e9sidents et les \u00e9ducateurs en direct, la mise en relation du pass\u00e9 et du pr\u00e9sent, l&#8217;utilisation de cartons brefs et informatifs et un r\u00e9cit en voix off dit par la cin\u00e9aste, qui compl\u00e8tent l&#8217;action film\u00e9e sans l&#8217;interrompre. A tous les niveaux d&#8217;expression qu&#8217;elle utilise, Sandrine Bonnaire a trouv\u00e9 la bonne distance et le montage de Svetlana Vaynblat y contribue. Toutes deux, se m\u00e9fiant du pathos, ne fuient pourtant pas l&#8217;\u00e9motion. Mais elles ne m\u00e9nagent pas les spectateurs, et encore moins ceux qui auraient le pouvoir d&#8217;agir. <\/p>\n<p><strong> Avant et apr\u00e8s <\/strong><\/p>\n<p>Le film est politique et ne pr\u00e9tend pas, Sandrine Bonnaire le souligne, \u00eatre un documentaire sur l&#8217;autisme. La premi\u00e8re s\u00e9quence est significative : quelques notes de piano, soutenues par un peu de guitare, accompagnent des images qui parlent d&#8217;elles-m\u00eames : Sabine, jeune, joue avec ses cheveux longs, avec une \u00e9bauche de sourire qui ne monte pas jusqu&#8217;aux yeux. L&#8217;image est lumineuse mais surexpos\u00e9e, sur fond de musique toujours. Se substitue \u00e0 elle, dans une rue de village d\u00e9j\u00e0 plong\u00e9e dans la nuit, un personnage au corps \u00e9pais l\u00e9g\u00e8rement pench\u00e9 en avant qui s&#8217;\u00e9loigne de la cam\u00e9ra. Les cheveux courts, la lourdeur du corps et la lenteur des pas, le mauvais \u00e9clairage, accentuent son caract\u00e8re asexu\u00e9. Deux  cartons, brefs, donnent les premi\u00e8res informations. L&#8217;une apr\u00e8s l&#8217;autre, les deux Sabines, qui ne sont qu&#8217;une m\u00eame personne \u00e0 quelques ann\u00e9es de distance et apr\u00e8s un internement dans un h\u00f4pital psychiatrique, regardent la cam\u00e9ra. Le pr\u00e9-g\u00e9n\u00e9rique et le titre du film apparaissent, suivi par un tr\u00e8s long plan, immobile, d&#8217;un visage sans expression, au regard \u00e0 la fois vide et lourd, film\u00e9 de profil. Il emplit l&#8217;\u00e9cran  et la cin\u00e9aste laisse le temps au spectateur de s&#8217;impr\u00e9gner de cette image. Pendant tout le film elle travaille la longueur, le rythme, l&#8217;\u00e9clairage de ses plans, souvent s\u00e9par\u00e9s par des noirs comme celui, plus que justifi\u00e9, qui remplace ce qui \u00e9tait infilmable : les cinq ann\u00e9es d&#8217;enfermement. Ce \u00ab silence \u00bb visuel n&#8217;affaiblit pas, au contraire, les raisons pour lesquelles Sandrine Bonnaire, com\u00e9dienne, s&#8217;est empar\u00e9e d&#8217;une cam\u00e9ra. Qui n&#8217;est plus la petite cam\u00e9ra 8 mm de son adolescence, \u00e0 l&#8217;origine des images d&#8217;archives permettant de mesurer, en les juxtaposant au comportement actuel de Sabine, la perte de ses capacit\u00e9s cr\u00e9atrices, m\u00eame si l&#8217;adolescente \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 diff\u00e9rente. Diff\u00e9rents aussi sont Olivier et Sabrina, jeunes adultes souffrant d&#8217;autres pathologies, que filme Sandrine Bonnaire, comme elle le fait des \u00e9ducateurs dans leur travail quotidien. Elle s&#8217;en tient au but qu&#8217;elle s&#8217;est fix\u00e9 : dresser un constat assez fort pour mobiliser les pouvoirs publics et aider les parents d\u00e9munis, en les faisant profiter de sa \u00ab notori\u00e9t\u00e9 \u00bb, de sa proximit\u00e9 avec la maladie. Deux conversations au c\u0153ur du film, l&#8217;une avec la  psychologue qui a accueilli Sabine \u00e0 sa sortie d&#8217;h\u00f4pital et l&#8217;autre avec la maman d&#8217;Olivier, \u00e9clairent les raisons d&#8217;esp\u00e9rer des am\u00e9liorations dans le comportement des patients, avec des pertes irr\u00e9cup\u00e9rables, et l&#8217;in\u00e9vitable angoisse et sentiment de culpabilit\u00e9 des parents en souffrance, comme la peur de l&#8217;abandon de Sabine qui demande de mani\u00e8re obsessionnelle \u00e0 sa s\u0153ur si c&#8217;est s\u00fbr et certain qu&#8217;elle viendra la voir le lendemain. Qu&#8217;elle accepte de se voir telle qu&#8217;elle \u00e9tait au moment du voyage en Am\u00e9rique, malgr\u00e9 ses pleurs \u00ab de joie \u00bb est une avanc\u00e9e dans sa restructuration.<\/p>\n<p><strong> Ecrivains et th\u00e9rapeutes <\/strong><\/p>\n<p>Sandrine Bonnaire n&#8217;est pas la premi\u00e8re \u00e0 s&#8217;investir dans un combat de ce genre toujours \u00e0 recommencer mais sous des formes diff\u00e9rentes. Jean Vautrin a choisi d&#8217;\u00e9crire La Vie Ripolin, roman autobiographique d\u00e9di\u00e9 \u00e0 son fils Matthias, autiste ; Fran\u00e7oise Dolto a transcrit et publi\u00e9 Le Cas Dominique, en commentant les douze s\u00e9ances qui ont vu grandir un jeune adolescent autiste ; Bruno Bettelheim, directeur de l&#8217;\u00e9cole orthog\u00e9nique de Chicago, raconte dans La Forteresse vide l&#8217;\u00e9volution de Joey qui, de machine-enfant qu&#8217;il \u00e9tait, devint un sujet \u00e0 part enti\u00e8re. A tous ces th\u00e9rapeutes il fallut un lieu et des moyens pour faire exister un traitement.<\/p>\n<p><strong> Deligny, \u00e9ducateur-po\u00e8te <\/strong> <\/p>\n<p>Heureuse co\u00efncidence : alors que sort le film de Sandrine Bonnaire, \u00e9merge de l&#8217;oubli Fernand Deligny, grand \u00e9ducateur-po\u00e8te et anticonformiste, qui offrit un mas des C\u00e9vennes comme lieu de vie \u00e0 des enfants autistes. Un DVD et deux livres concourent \u00e0 cette renaissance : la publication, gr\u00e2ce \u00e0 Sandra Alvarez de Toledo, des \u0153uvres de cet homme singulier (1) et, parall\u00e8lement, la r\u00e9\u00e9dition de La Vie de radeau, le r\u00e9seau de Deligny au quotidien, petit livre de Jacques Lin (2). Ce dernier, ancien ouvrier qui rejoignit Deligny pour participer \u00e0 l&#8217;accueil d&#8217;enfants autistes, est aujourd&#8217;hui directeur du centre de vie de Monoblet. Comme lui, Sandrine Bonnaire partage les id\u00e9es de Deligny. Et sans doute se reconna\u00eetra-t-elle dans ces phrases : \u00ab Dans cet \u00e9ternel combat des actifs contre les assis, j&#8217;en appelle aux psychologues, psychiatres, biologistes, p\u00e9dagogues qui s&#8217;\u00e9loignent \u00e0 la d\u00e9couverte de l&#8217;homme, sans entendre les appels d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s qui, au hasard des \u00e9tablissements, essaient d&#8217;aider \u00e0 vivre les enfants rassembl\u00e9s autour d&#8217;eux et se sentent sournoisement enlis\u00e9s, les enfants et eux-m\u00eames, dans les \u00abcirconstances\u00bb d\u00e9su\u00e8tes et mesquines impos\u00e9es par les actuelles administrations. \u00bb (3) C&#8217;\u00e9tait en 1947. Luce Vigo<\/p>\n<p>1. Aux \u00e9ditions L&#8217;Arachn\u00e9en, 2007.<\/p>\n<p>2. Aux \u00e9ditions Le mot et le reste, 2007.<\/p>\n<p>3. Fernand Deligny, Les Vagabonds efficaces, 1947. <\/p>\n<p><em> Regards <\/em> n\u00b048, F\u00e9vrier 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Sandrine Bonnaire prend la cam\u00e9ra pour dresser un constat fort sur l&#8217;autisme et son traitement dans les h\u00f4pitaux fran\u00e7ais. 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