{"id":3167,"date":"2008-02-01T00:00:00","date_gmt":"2008-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/municipales-la-tambouille3167\/"},"modified":"2008-02-01T00:00:00","modified_gmt":"2008-01-31T23:00:00","slug":"municipales-la-tambouille3167","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3167","title":{"rendered":"Municipales, la tambouille \u00e9lectorale. Et la politique, bordel ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Les enjeux locaux et territoriaux sont de plus en plus cruciaux. or, le d\u00e9bat ne se structure pas politiquement. La recomposition se fait sur le registre de la confusion. La traditionnelle union de la gauche est mise \u00e0 mal. Analyse, zoom sur la Seine-Saint-Denis et entretien avec St\u00e9phane Roz\u00e8s. <\/p>\n<p>Les \u00e9lections municipales ont toujours \u00e9t\u00e9 une pi\u00e8ce ma\u00eetresse de la d\u00e9mocratie politique \u00e0 la fran\u00e7aise, en tout cas depuis que la IIIe R\u00e9publique, en 1882, a d\u00e9cid\u00e9 de confier au suffrage universel le soin de d\u00e9signer \u00e0 la fois l&#8217;assembl\u00e9e communale et le maire. De simple \u00e9chelon administratif de l&#8217;Etat, la commune est pass\u00e9e au statut de territoire de d\u00e9lib\u00e9ration et de choix. La politisation r\u00e9publicaine s&#8217;est d\u00e9ploy\u00e9e d&#8217;abord par le prisme de la d\u00e9mocratie municipale, constituant un lieu d&#8217;apprentissage de la citoyennet\u00e9 et un vivier de formation d&#8217;un personnel politique \u00e9largi. Il en est rest\u00e9 quelque chose : l&#8217;\u00e9lection municipale a toujours eu un caract\u00e8re \u00e9minemment politique, entrem\u00ealant dans des proportions variables le poids des \u00e9tiquettes politiques et celui des personnalit\u00e9s. L&#8217;importance de la dimension politique a toutefois vari\u00e9 dans le temps.<\/p>\n<p><strong> ALLIANCES A GAUCHE <\/strong><\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1960, sur un fond g\u00e9n\u00e9ral de participation \u00e9lectorale accrue, s&#8217;installe une habitude qui a contribu\u00e9 grandement \u00e0 la politisation des enjeux municipaux. A l&#8217;int\u00e9rieur d&#8217;un syst\u00e8me politique que la Ve R\u00e9publique oriente vers la logique majoritaire, s&#8217;est tr\u00e8s vite pos\u00e9e la question des dynamiques capables d&#8217;installer des majorit\u00e9s stables. Le Parti communiste, qui formalise  en 1964-1965 sa strat\u00e9gie d&#8217;union de la gauche, propose d\u00e8s les \u00e9lections communales de 1965 que cette formule devienne le mode de constitution par excellence des listes en milieu urbain. D&#8217;abord refus\u00e9e par des socialistes qui penchent alors, avec Gaston Defferre, vers des alliances centristes, cette m\u00e9thode devient peu \u00e0 peu la norme \u00e0 gauche. Le point culminant de cette strat\u00e9gie est atteint en 1977 : les listes d&#8217;union de la gauche se g\u00e9n\u00e9ralisent, permettent une spectaculaire pouss\u00e9e de la gauche dans tout le pays et confortent le communisme municipal.<\/p>\n<p>Comment caract\u00e9riser l&#8217;\u00e9quilibre alors atteint ? La gestion municipale a acquis son rythme de croisi\u00e8re. Dans l&#8217;ensemble, le remodelage actif du cadre urbain, qui avait distingu\u00e9 l&#8217;espace municipal communiste dans les ann\u00e9es trente, est devenu le mod\u00e8le de r\u00e9f\u00e9rence. L&#8217;administration communale participe ainsi, partout, d&#8217;une intervention publique \u00e9largie. Paradoxalement, c&#8217;est au moment o\u00f9 la pratique municipale estompe en partie l&#8217;originalit\u00e9 gestionnaire de la droite et de la gauche, que l&#8217;\u00e9lection elle-m\u00eame acquiert sa signification politique la plus forte. C&#8217;est, \u00e0 bien des \u00e9gards, une situation inverse que nous vivons aujourd&#8217;hui.<\/p>\n<p><strong> ENJEU LOCAL RENFORCE <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;enjeu local s&#8217;est \u00e9paissi. Alors que le secteur public recule et que s&#8217;affaiblissent les m\u00e9canismes globaux de la redistribution sociale, le d\u00e9veloppement des territoires prend une importance accrue. Pour une bonne part, les in\u00e9galit\u00e9s sociales se nouent dans un rapport diff\u00e9renci\u00e9 au territoire : la disparit\u00e9 de l&#8217;acc\u00e8s au logement, aux transports, aux lieux de formation ou aux biens culturels devient une modalit\u00e9 de construction des in\u00e9galit\u00e9s. Les logiques de d\u00e9veloppement territorial, \u00e9galitaires ou concurrentielles, ordonnent de plus en plus la dynamique sociale. Le local devient ainsi un lieu privil\u00e9gi\u00e9 d&#8217;arbitrage entre les efforts d&#8217;att\u00e9nuation des effets de la pr\u00e9carit\u00e9 et les politiques concert\u00e9es de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Or, tandis que la r\u00e9gulation territoriale devient cruciale, le lien avec les grands enjeux de soci\u00e9t\u00e9 se distend. Sans doute observe-t-on toujours une gauche plus soucieuse du \u00ab social \u00bb et des in\u00e9galit\u00e9s qui s&#8217;y tissent, et une droite plus sensible \u00e0 la valorisation du territoire dans une logique \u00ab d&#8217;excellence \u00bb et de concurrence. Mais la droite peine, dans une logique concurrentielle accentu\u00e9e, \u00e0 maintenir le minimum de redistribution capable d&#8217;att\u00e9nuer le choc des s\u00e9gr\u00e9gations. Quant \u00e0 la gauche, elle a du mal \u00e0 passer d&#8217;une gestion \u00ab keyn\u00e9sienne \u00bb \u00e0 l&#8217;ancienne, appuy\u00e9e sur un Etat national interventionniste et actif, \u00e0 une logique plus d\u00e9nationalis\u00e9e, o\u00f9 le local n&#8217;appara\u00eet plus comme un simple \u00e9chelon subalterne de l&#8217;Etat-Nation. Au fond, droite et gauche sont confront\u00e9es aujourd&#8217;hui \u00e0 la redistribution g\u00e9n\u00e9rale des missions et des moyens de l&#8217;action publique. Le d\u00e9fi, \u00e0 gauche, n&#8217;en est que plus grand : comment, dans une logique perturbante de transfert des charges, concilier la volont\u00e9 de r\u00e9duire les in\u00e9galit\u00e9s et la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9velopper les territoires pour \u00e9largir la cr\u00e9ation de richesses qui s&#8217;y op\u00e8re ?<\/p>\n<p><strong> DEFAUT DE POLITISATION <\/strong><\/p>\n<p>Force est de constater que les r\u00e9ponses, dans les lieux urbains les plus marqu\u00e9s par les in\u00e9galit\u00e9s, la pr\u00e9carit\u00e9 et la pauvret\u00e9 de masse, rel\u00e8vent bien souvent de la quadrature du cercle. Faute de dynamique commune imm\u00e9diatement perceptible, la tentation est grande, soit de d\u00e9velopper une strat\u00e9gie \u00ab d\u00e9fensive \u00bb visant \u00e0 limiter les effets les plus criants de la pauvret\u00e9, soit de s&#8217;adapter plus ou moins ouvertement aux logiques concurrentielles de valorisation des territoires. Dans le premier cas, la gauche risque de s&#8217;identifier aux territoires vou\u00e9s inexorablement \u00e0 constituer la \u00ab p\u00e9riph\u00e9rie \u00bb du d\u00e9veloppement contemporain ; auquel cas, elle se fragilise par rapport \u00e0 une droite cens\u00e9e incarner le d\u00e9veloppement et la modernit\u00e9. Dans le second cas, la gauche se \u00ab lib\u00e9ralise \u00bb en acceptant un seuil r\u00e9put\u00e9 incompressible d&#8217;in\u00e9galit\u00e9 ; auquel cas, elle se fragilise par manque d&#8217;originalit\u00e9 et se trouve contrainte \u00e0 la recherche de nouvelles alliances, estompant le clivage de la droite et de la gauche.<\/p>\n<p>C&#8217;est l\u00e0 que l&#8217;on touche au point culminant du paradoxe contemporain. Alors que le territoire local gagne en importance strat\u00e9gique, la lisibilit\u00e9 politique des affrontements suscit\u00e9s est de plus en plus incertaine. La distinction de la droite et de la gauche ne fait pas l&#8217;objet d&#8217;un d\u00e9bat clair et argument\u00e9. Quant aux formules du rassemblement politique n\u00e9cessaire (pas de gestion stable sans majorit\u00e9 pour la formuler et pour la faire vivre), elles continuent de se penser dans les termes auxquels on s&#8217;est accoutum\u00e9. Que, dans une phase de transition, une part de \u00ab bricolage \u00bb soit n\u00e9cessaire pour b\u00e2tir des majorit\u00e9s cr\u00e9dibles et des \u00e9quipes efficaces ne pose pas de probl\u00e8mes existentiels insurmontables.<\/p>\n<p>Pour la gauche, l&#8217;enjeu de long terme n&#8217;en est pas moins redoutable. Alors que de plus en plus d&#8217;\u00e9lecteurs potentiels affirment qu&#8217;ils vont se d\u00e9terminer sur des enjeux locaux, on assiste aujourd&#8217;hui \u00e0 un d\u00e9faut de politisation desdits enjeux territoriaux. Inutile, dans ce cadre, de se cacher que la d\u00e9politisation est en fait une politisation par d\u00e9faut. Si la distinction de la gauche et de la droite n&#8217;a plus suffisamment de sens, c&#8217;est le \u00ab sens commun \u00bb qui l&#8217;emporte, c&#8217;est-\u00e0-dire les id\u00e9es lib\u00e9rales dominantes.<\/p>\n<p><strong> LE LOCAL ET LA POLITIQUE <\/strong><\/p>\n<p>Les avanc\u00e9es se construiront donc : ou ne se construiront pas : sur un double registre concomitant :<\/p>\n<p><strong> Dynamique sociale et gestion locale. <\/strong> Pendant la plus grande part du XXe si\u00e8cle, la conception de la dynamique sociale g\u00e9n\u00e9rale (les mod\u00e8les de transformation sociale) et les repr\u00e9sentations de la gestion locale allaient de pair. Il est difficile aujourd&#8217;hui de ne pas repenser ces synergies. Quelle logique de transformation la gauche peut-elle promouvoir sur le terrain du local ? Comment r\u00e9articuler, dans des projets nouveaux, la gestion locale et les grands enjeux contemporains de soci\u00e9t\u00e9 ? Comment produire, non pas de la croissance in\u00e9galitaire mais du d\u00e9veloppement partag\u00e9 ? Comment combiner, pour ce faire, l&#8217;initiative des acteurs locaux et celle des pouvoirs publics ? Quelles pratiques collectives proposer pour y parvenir et quelles r\u00e9formes imposer pour briser les cadres install\u00e9s ?<\/p>\n<p><strong> Dynamiques politiques. <\/strong> Encore faut-il d\u00e9gager les dynamiques politiques permettant d&#8217;avancer. Construire des majorit\u00e9s est en effet n\u00e9cessaire, aujourd&#8217;hui comme hier. Penser que cette construction est possible dans une indiff\u00e9renciation de la gauche et de la droite est toutefois une impasse. Une gestion territoriale efficace, du point de vue du d\u00e9veloppement humain, suppose une capacit\u00e9 \u00e9largie \u00e0 ne pas s&#8217;adapter passivement aux normes impos\u00e9es. Mais le rassemblement \u00e0 gauche ne peut se contenter des formes anciennes, trop marqu\u00e9es par d&#8217;autres p\u00e9riodes, par d&#8217;autres enjeux de soci\u00e9t\u00e9. Le rassemblement politique, surtout \u00e0 l&#8217;\u00e9chelon local, doit s&#8217;ouvrir \u00e0 des gisements d&#8217;implication civique encore inexploit\u00e9s. La pratique d\u00e9mocratique locale et les formes structurelles de la politisation doivent construire de nouvelles alliances, en r\u00e9articulant le social et le politique, les cultures et les g\u00e9n\u00e9rations. Dans ce domaine comme dans les autres, la r\u00e9p\u00e9tition peut \u00eatre un palliatif provisoire ; elle n&#8217;est pas une solution. Roger Martelli<\/p>\n<p><em> Regards <\/em> n\u00b048, F\u00e9vrier 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Les enjeux locaux et territoriaux sont de plus en plus cruciaux. or, le d\u00e9bat ne se structure pas politiquement. La recomposition se fait sur le registre de la confusion. La traditionnelle union de la gauche est mise \u00e0 mal. 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