{"id":3150,"date":"2008-01-01T00:00:00","date_gmt":"2007-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/la-banlieue-en-plan-table-ronde3150\/"},"modified":"2008-01-01T00:00:00","modified_gmt":"2007-12-31T23:00:00","slug":"la-banlieue-en-plan-table-ronde3150","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3150","title":{"rendered":"La banlieue en plan. Table ronde avec Patrick Braouezec, Djilali Mekki, Marwan Mohammed"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Nicolas Sarkozy pr\u00e9sente le plan banlieues le 22 janvier \u00e0 Vaulx-en-Velin. Apr\u00e8s trente ans de r\u00e9voltes urbaines, des Minguettes \u00e0 Villiers-le-Bel, ces engagements gouvernementaux parviendront-ils \u00e0 changer la donne dans les quartiers populaires ? R\u00e9unis autour d&#8217;une table, un chercheur, un \u00e9lu et un acteur associatif ne sont gu\u00e8re optimistes. <\/p>\n<p><strong> Marwan Mohammed. <\/strong> Fondamentalement, le sch\u00e9ma n&#8217;a pas chang\u00e9 entre les r\u00e9voltes de novembre 2005 et les r\u00e9cents \u00e9v\u00e9nements de Villiers-le-Bel. Le ph\u00e9nom\u00e8ne reste presque inchang\u00e9 et remonte d&#8217;ailleurs \u00e0 1979, dans le quartier des Minguettes. Les drames de ce genre seront de plus en plus fr\u00e9quents et de plus en plus durs. On a bien senti cela \u00e0 Villiers-le-Bel. S&#8217;il y a une \u00e9volution \u00e0 pointer, c&#8217;est celle du regard sur ces r\u00e9voltes. Il existe aujourd&#8217;hui un sentiment de saturation sur les interpr\u00e9tations sociales de ces ph\u00e9nom\u00e8nes. On le sent tr\u00e8s bien dans les d\u00e9bats ou les rencontres&#8230; voire dans le courrier insultant qu&#8217;un sociologue peut parfois recevoir. Le mode d&#8217;explication sociale et politique, qui passait tr\u00e8s bien dans les ann\u00e9es 1980 et 1990, arrive \u00e0 saturation. Le rapport de force a chang\u00e9 et la vision dominante est aujourd&#8217;hui celle de criminalisation de ces r\u00e9voltes. La port\u00e9e politique est bien l\u00e0. La lame de fond repose sur un sentiment de r\u00e9volte sociale, tr\u00e8s politique. Mais ce qui n&#8217;est pas conventionnel est disqualifi\u00e9 en termes d&#8217;expression collective. La complexit\u00e9 repose sur le fait que, sur ce ph\u00e9nom\u00e8ne, viennent se greffer des opportunit\u00e9s d\u00e9linquantes, alimentant les discours criminalisants. <\/p>\n<p><strong> Patrick Braouezec. <\/strong> Je rejoins assez ce constat. Le sc\u00e9nario est toujours le m\u00eame. Il commence par un drame, souvent en lien avec la police, suivi d&#8217;une non-consid\u00e9ration des faits et s&#8217;ach\u00e8ve dans une flamb\u00e9e de violence. L&#8217;institution n&#8217;arrive pas \u00e0 reconna\u00eetre ses torts ou \u00e0 admettre l&#8217;existence d&#8217;un probl\u00e8me. La plupart de ces jeunes vivent des situations de rejet et expriment un mal-\u00eatre profond. Plus largement, ces quartiers populaires sont les r\u00e9v\u00e9lateurs d&#8217;une crise de la soci\u00e9t\u00e9. Dans son r\u00f4le, la droite rench\u00e9rit sur la criminalisation de ces \u00e9v\u00e9nements et continue \u00e0 minimiser les liens entre causes sociales et r\u00e9voltes. Mais je comprends moins pourquoi les partis de gauche et surtout le PS ont embo\u00eet\u00e9 le pas \u00e0 la droite sur ces questions. Peut-\u00eatre faut-il y voir les cons\u00e9quences de la coupure importante entre le monde politique et la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue par les jeunes. Aucune v\u00e9ritable interrogation n&#8217;est faite sur le pourquoi de ces r\u00e9voltes dans les quartiers populaires. Est-ce parce qu&#8217;elles sont \u00ab non conventionnelles \u00bb dans leur expression ? Peut-\u00eatre pas seulement. On notera par exemple que dans certaines occupations d&#8217;entreprises ou chez les agriculteurs, on assiste \u00e0 de v\u00e9ritables r\u00e9voltes, avec des mont\u00e9es de violence. Et cela passe beaucoup mieux ! <\/p>\n<p><strong> Djilali Mekki.  <\/strong> Avec les \u00e9v\u00e9nements de Villiers-le-Bel, nous avons franchi un tournant dans l&#8217;instrumentalisation, notamment sur la pr\u00e9sence d&#8217;armes dans les affrontements entre les jeunes et la police. On a essay\u00e9 de faire croire que la nouveaut\u00e9, c&#8217;\u00e9tait les armes \u00e0 feu en banlieue. Mais on voit \u00e7a tous les jours dans les faits divers. Puis on nous a expliqu\u00e9 que les policiers avaient gard\u00e9 leur sang froid, qu&#8217;ils n&#8217;avaient pas tir\u00e9 sur les jeunes, comme si cela n&#8217;\u00e9tait pas une chose normale, qui rel\u00e8ve de leur r\u00f4le et de leur responsabilit\u00e9. Le message me semble \u00eatre la pr\u00e9paration et la l\u00e9gitimation de la prochaine \u00e9tape, l&#8217;usage d&#8217;armes par les forces de l&#8217;ordre. <\/p>\n<p><strong> Marwan Mohammed.  <\/strong> Il faut quand m\u00eame \u00eatre clair sur un point, la police pouvait r\u00e9pliquer et avait le droit de le faire. Ils ne l&#8217;ont pas fait parce qu&#8217;ils savaient que cela allait provoquer un embrasement. On peut le mettre \u00e0 leur cr\u00e9dit. Toutefois, on est dans l&#8217;impasse et c&#8217;est le fruit d&#8217;un choix politique de Nicolas Sarkozy. Il a mis le paquet sur une doctrine de l&#8217;intervention polici\u00e8re bas\u00e9e sur l&#8217;ordre, a pratiqu\u00e9 un langage viril et rugueux et envoie ses troupes \u00e0 la confrontation. Or la surench\u00e8re nourrit la surench\u00e8re. En cons\u00e9quence, les contraintes pour les policiers sur le terrain sont de plus en plus importantes. On le constate dans le<em> turn over <\/em> tr\u00e8s importants dans les endroits difficiles. <\/p>\n<p>D&#8217;autre part, il serait int\u00e9ressant de d\u00e9crire le mode d&#8217;\u00e9mergence du discours dominant dans les m\u00e9dias et sur les plateaux t\u00e9l\u00e9. Les acteurs de terrain (assos, \u00e9ducateurs, militants, grands fr\u00e8res&#8230;) qui ont une action positive dans les quartiers sont toujours les grands absents du d\u00e9bat. A chaque fois que je vais sur un plateau, je trouve un \u00e9crivain dont on se demande bien pourquoi il a un avis sur la question, un repr\u00e9sentant d&#8217;un syndicat minoritaire de la police et un \u00e9lu. Il faut savoir que les syndicats minoritaires dans la police sont majoritaires sur les plateaux. Ce n&#8217;est pas neutre. Quant aux sociologues qui ont pris leurs responsabilit\u00e9s sur ces questions, ils se comptent sur les doigts d&#8217;une main car c&#8217;est risqu\u00e9 en termes de carri\u00e8re d&#8217;intervenir dans le d\u00e9bat public sur ce th\u00e8me. <\/p>\n<p><strong> Djilalil Mekki. <\/strong> Vous ne pouvez pas demander \u00e0 des gens qui ont \u00e9t\u00e9 mis au ban pendant trente ans de patienter encore. Les politiques n&#8217;ont pas pens\u00e9 \u00e0 l&#8217;humain. Or depuis les ann\u00e9es 1980 et la marche des Beurs, il n&#8217;y a rien de chang\u00e9. En dix-sept ans on compte 19 ministres de la ville. En cinq ans, 30 milliards d&#8217;euros ont \u00e9t\u00e9 investis. Pour quoi faire ? Le souci, c&#8217;est que les subventions ne vont pas o\u00f9 elles devraient aller. Certains \u00e9lus n&#8217;ont pas cherch\u00e9 \u00e0 investir socialement mais \u00e0 acheter une paix sociale. On sait comment cela fonctionne, il faut bien s&#8217;entendre avec la mairie en place pour d\u00e9crocher une subvention et avoir une action concr\u00e8te. <\/p>\n<p><strong> Patrick Braouezec. <\/strong> Vous avez raison de dire que les subventions sont r\u00e9duites l\u00e0 o\u00f9 elles seraient n\u00e9cessaires, c&#8217;est-\u00e0-dire dans l&#8217;accompagnement de proximit\u00e9. De droite \u00e0 gauche, la mesure n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 prise de ce qui se passait en profondeur et de ce que cela n\u00e9cessitait comme investissement. Mais il n&#8217;y a pas eu que des mauvaises choses dans la politique de la ville. On ne sait pas o\u00f9 nous en serions sans cela. On est dans une spirale qui nous am\u00e8ne droit dans l&#8217;impasse, si on ne s&#8217;attache pas \u00e0 r\u00e9tablir un climat de confiance entre les populations et les institutions, parmi lesquelles la police. Les habitants sont trop souvent ramen\u00e9s \u00e0 leurs situation de rel\u00e9gu\u00e9s. Il faut avoir le courage de prendre ce probl\u00e8me \u00e0 bras-le-corps, en s&#8217;appuyant sur les travaux de sociologues, les personnes de terrain et sur la parole des habitants.<\/p>\n<p><strong> Djilali Mekki. <\/strong> AC le feu a fait un tour de France des quartiers populaires avec un cahier de dol\u00e9ances. Nous avons d\u00e9couvert que les pratiques polici\u00e8res ne sont pas les premi\u00e8res causes de la col\u00e8re et de la d\u00e9sesp\u00e9rance. Elles arrivent en quatri\u00e8me position apr\u00e8s le logement, l&#8217;emploi et la discrimination. Il nous semble que le premier d\u00e9fi, c&#8217;est de cr\u00e9er dans les villes une solidarit\u00e9 locale. Car aujourd&#8217;hui, la r\u00e9alit\u00e9 des quartiers, c&#8217;est que les gens qui habitent en pavillon sont en opposition avec leurs voisins qui vivent en immeuble. Cela doit \u00eatre un objectif politique que de ressouder les quartiers. Ainsi, quand il y aura un probl\u00e8me, toute la ville sera concern\u00e9e et non le seul quartier stigmatis\u00e9. <\/p>\n<p><strong> Patrick Braouezec. <\/strong> D&#8217;abord, on n&#8217;attend pas un \u00ab plan Marshall \u00bb pour les banlieues, comme on l&#8217;entend souvent. Pas plus que des annonces de la part de la ministre. Il conviendrait de travailler la continuit\u00e9 de l&#8217;Etat dans ces quartiers. Il faut faire confiance aux gens, en leurs ressources personnelles, leurs innovation et les aider \u00e0 avoir des projets partag\u00e9s, des actions communes. Je pense que c&#8217;est \u00e0 partir des gens eux-m\u00eames qu&#8217;on peut reconstruire un destin collectif. En outre, il faut vraiment revenir \u00e0 une bonne police de proximit\u00e9 qui ne soit pas une police de coup. Je pense qu&#8217;on envoie la police au casse-pipe parce qu&#8217;on ne prend pas \u00e0 bras-le-corps les questions de fond. <\/p>\n<p><strong> Marwan Mohammed. <\/strong> Il faut savoir qu&#8217;on a une excellente police de proximit\u00e9 en France, c&#8217;est la gendarmerie. Elle est respectueuse et cela compte beaucoup. Les syndicats de police commencent d&#8217;ailleurs \u00e0 le dire. Dans cette logique de confrontation, tout le monde va dans le mur. D&#8217;autre part, il y a une demande d&#8217;Etat, de respect et d&#8217;ordre par les jeunes des quartiers populaires. Une bonne police est d&#8217;autant plus n\u00e9cessaire. D&#8217;autre part, pour revenir aux politiques de la ville, on ne peut absolument pas \u00e9valuer leur impact. Ce qu&#8217;on peut dire, en revanche, c&#8217;est que la d\u00e9gradation sociale est plus rapide que les moyens qui sont mis en \u0153uvre. Plus largement, il faut poser la question sociale, des ressources, de la r\u00e9partition des richesses. Et, si l&#8217;on veut d\u00e9battre en profondeur, de la mondialisation. La d\u00e9gradation en milieu urbain est un sympt\u00f4me. La cristallisation sur les rapports avec la police est une cons\u00e9quence. Il faut prendre du champ, pour comprendre dans quelle impasse plus globale on se trouve. <\/p>\n<p><strong> Recueilli par R\u00e9mi Douat <\/strong><\/p>\n<p>Marwan Mohammed, sociologue Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions p\u00e9nales (CNRS). Il travaille plus particuli\u00e8rement sur la sociabilit\u00e9 dans les quartiers populaires et les \u00ab bandes de jeunes \u00bb.<\/p>\n<p>Djilali Mekki, vice-pr\u00e9sident d&#8217;AClefeu, qui est n\u00e9 apr\u00e8s les r\u00e9voltes de 2005. L&#8217;association a effectu\u00e9, au lendemain de novembre 2005, un tour de France des quartiers populaires afin de recueillir les dol\u00e9ances de ses habitants.<\/p>\n<p>Patrick Braouezec, d\u00e9put\u00e9 PCF, pr\u00e9sident de la communaut\u00e9 d&#8217;agglom\u00e9ration Plaine Commune, co-auteur de Banlieues\/Lendemains de r\u00e9volte, co-\u00e9dition Regards\/ La Dispute, 2006. <\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b047, Janvier 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Nicolas Sarkozy pr\u00e9sente le plan banlieues le 22 janvier \u00e0 Vaulx-en-Velin. Apr\u00e8s trente ans de r\u00e9voltes urbaines, des Minguettes \u00e0 Villiers-le-Bel, ces engagements gouvernementaux parviendront-ils \u00e0 changer la donne dans les quartiers populaires ? 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