{"id":3122,"date":"2008-05-06T00:00:00","date_gmt":"2008-05-05T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/passage-a-l-age-adulte3122\/"},"modified":"2008-05-06T00:00:00","modified_gmt":"2008-05-05T22:00:00","slug":"passage-a-l-age-adulte3122","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3122","title":{"rendered":"Passage \u00e0 l&#8217;\u00e2ge adulte"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Dans Le premier venu, les adolescents des autres films de Jacques Doillon sont devenus de jeunes adultes, pris dans le jeu de l&#8217;amour et du hasard. M\u00e9lancolie, remont\u00e9es d&#8217;enfance, fragilit\u00e9, affrontement brutal \u00e0 la vie. <\/p>\n<p> Le cin\u00e9ma de Jacques Doillon a presque toujours fait la part belle aux enfants et aux jeunes adolescents. Dans Le premier venu, les personnages sont devenus des adultes, enfin presque car ils ont encore des comportements d&#8217;enfance tout en ayant \u00e0 faire face \u00e0 des responsabilit\u00e9s que les conditions de vie rendent difficiles \u00e0 assumer. Dans le jeune p\u00e8re frustr\u00e9 on reconna\u00eet Thomas G\u00e9raldin, h\u00e9ros du Petit criminel (1990) qui, enferm\u00e9 dans la voiture d&#8217;un flic, cherchait \u00e9perdument \u00e0 retrouver sa s\u0153ur. Si les films de Doillon se font \u00e9cho, il n&#8217;y a pas forc\u00e9ment r\u00e9p\u00e9tition. C&#8217;est ce qui fait la richesse de sa filmographie.<\/p>\n<p><strong> Des vies caboss\u00e9es <\/strong><\/p>\n<p>A quoi joue Camille, grande gigue assez masculine, au regard rarement d\u00e9voil\u00e9, qui s&#8217;accroche \u00e0 Costa au pas rapide et nerveux ? Au gendarme et au voleur ? Au jeu de l&#8217;amour et du hasard ? Peut-on, en cinq jours, redonner un nouvel \u00e9lan \u00e0 des vies caboss\u00e9es, dans ces magnifiques paysages de la Baie de Somme, du Crotoy \u00e0 Val\u00e9ry-en-Caux, aussi contrast\u00e9s que les sentiments des personnages qui ont \u00e0 peine quitt\u00e9 l&#8217;adolescence ?<\/p>\n<p>D\u00e8s le g\u00e9n\u00e9rique du Premier venu de Jacques Doillon, \u00e9clate un pr\u00e9lude de La S\u00e9r\u00e9nade interrompue de Claude Debussy, qui ouvre, scande les jours qui passent et cl\u00f4t le film. Avec autant de force inattendue surgissent \u00e0 l&#8217;\u00e9cran un gar\u00e7on et une fille en pleine dispute, sans que l&#8217;on sache vraiment ce qui les oppose : une histoire de pull donn\u00e9 puis rendu, une relation sexuelle peu claire, la douleur, pour le gar\u00e7on, de ne pas avoir vu sa petite fille depuis trois ans ? Tr\u00e8s vite, on fait connaissance avec d&#8217;autres personnages : un copain d&#8217;enfance de Costa, Cyril, devenu flic (Guillaume Saurrel qui, lui aussi, joua le r\u00f4le d&#8217;un voyou dans un autre film de Jacques Doillon, Carr\u00e9ment \u00e0 l&#8217;ouest). Ils n&#8217;h\u00e9sitent pas  \u00e0 entrer dans l&#8217;\u00e9trange jeu o\u00f9 les entra\u00eene le personnage central du film, la jeune adulte, Camille, interpr\u00e9t\u00e9e dans ce premier r\u00f4le par Cl\u00e9mentine Baugrand, dont Jacques Doillon pr\u00e9serve la part de myst\u00e8re jusqu&#8217;\u00e0 la fin du film. On per\u00e7oit nettement que le cin\u00e9aste est fascin\u00e9 par elle, tout en aimant tous ses personnages, chacun \u00e0 sa fa\u00e7on. Lorsque Camille n&#8217;h\u00e9site pas \u00e0 frapper \u00e0 la porte de Mathilde, m\u00e8re de la petite fille de Costa, elle est fra\u00eechement re\u00e7ue par une femme blonde et drue, au parler franc : \u00ab Vous \u00eates qui ? \u00bb, lui demande-t-elle. Pleine de larmes retenues, elle lui jette \u00e0 la figure, avant de la mettre \u00e0 la porte, l&#8217;absence du p\u00e8re, sa vie quotidienne o\u00f9 elle gagne \u00e0 peine le Smic en serrant des cadenas et des serrures&#8230; La petite fille assiste \u00e0 la sc\u00e8ne, silencieuse. Camille ne renonce pas. <\/p>\n<p><strong> D\u00e9placements <\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est un film de qu\u00eate, de d\u00e9placements, d&#8217;une chambre \u00e0 l&#8217;autre, du bord de mer aux \u00e9tangs o\u00f9 les chasseurs de canards viennent se cacher dans les huttes quand c&#8217;est la saison, et que les \u00ab appeaux \u00bb (faux canards) attirent les vrais canards de passage. M\u00e9lancoliques, les deux gar\u00e7ons se rappellent les \u00ab appeaux \u00bb de leur enfance, en bois color\u00e9s et non pas en plastique comme aujourd&#8217;hui. Ces remont\u00e9es d&#8217;enfance dans les huttes o\u00f9 se sont r\u00e9fugi\u00e9s les gar\u00e7ons, sont des moments d&#8217;apaisement dans ces espaces clos, ou largement ouverts sur la mer, alors que chaque jour apporte son lot de coups, d&#8217;attitudes ambigu\u00ebs, d&#8217;agressions, de d\u00e9sespoir. Alors que la densit\u00e9 du ciel change, celle des sentiments est \u00e0 l&#8217;unisson. En m\u00eame temps, le film est structur\u00e9 de telle fa\u00e7on que chaque jour l&#8217;action avance, avec des moments de recul, quelquefois de complicit\u00e9, de tendresse vite balay\u00e9e de larmes. Des projets de voyage prennent forme qui n&#8217;ont aucune chance d&#8217;aboutir, mais il y a comme un fr\u00e9missement, plus fort chaque jour, qui, \u00e0 la fois, inqui\u00e8te les spectateurs mais aussi les rapproche de plus en plus de ces personnages aux agissements impr\u00e9visibles : que ce soit le vieux p\u00e8re de Costa ou la petite fille, bavarde et soudainement mutique. Costa se d\u00e9sesp\u00e8re. \u00ab Elle ne m&#8217;appellera jamais papa. \u00bb<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident que Camille est le moteur du film, sans que soit bien clair ce qui la fait agir, son rapport \u00e0 la morale courante, \u00e0 l&#8217;argent. Quand Costa part avec son ancienne femme rejoindre leur petite fille et que, rest\u00e9s seuls dans la hutte des chasseurs de canards, face \u00e0 face, Cyril dit simplement \u00e0 Camille : \u00ab \u00c7a va aller \u00bb, Jacques Doillon nous a tellement fait ressentir la fragilit\u00e9 de chacun des personnages, qu&#8217;une inqui\u00e9tude nous travaille.<\/p>\n<p><strong> Ouverture <\/strong><\/p>\n<p>Les films de Jacques Doillon nous laissent rarement indiff\u00e9rents, et particuli\u00e8rement Le premier venu. Il en a r\u00e9alis\u00e9 d&#8217;autres, comme Ponette, par exemple, qui a soulev\u00e9 de grands d\u00e9bats. Le premier venu n&#8217;est pas de cette veine, mais lorsque le film se termine, que le chant des oiseaux se fait entendre dans ce paysage particul\u00e8rement apaisant, la musique de Debussy n&#8217;arrive pas \u00e0 balayer notre appr\u00e9hension. Nous nous sommes attach\u00e9s fortement \u00e0 ces personnages, sauf \u00e0 l&#8217;agent immobilier, victime d\u00e9testable, et nous continuons au cinqui\u00e8me jour \u00e0 attendre la suite des \u00e9v\u00e9nements, tant le film continue \u00e0 vivre en nous. Cela est d\u00fb sans doute au grand talent de Jacques Doillon d&#8217;avoir \u00e9vit\u00e9 les m\u00e9faits de la psychologie et de laisser  le film ouvert, comme si tout pouvait encore arriver. Le cin\u00e9aste n&#8217;a cess\u00e9 de nous surprendre par l&#8217;arriv\u00e9e brusque des personnages si bien que maintenant, c&#8217;est dans notre t\u00eate que \u00e7a se passe, sans que nous arrivions \u00e0 \u00e9lucider la tr\u00e8s secr\u00e8te personnalit\u00e9 de Mathilde. Luce Vigo<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Dans Le premier venu, les adolescents des autres films de Jacques Doillon sont devenus de jeunes adultes, pris dans le jeu de l&#8217;amour et du hasard. 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