{"id":312,"date":"1997-01-01T00:00:00","date_gmt":"1996-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/un-bouquet-de-noel312\/"},"modified":"1997-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1996-12-31T23:00:00","slug":"un-bouquet-de-noel312","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=312","title":{"rendered":"Un bouquet de No\u00ebl"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Des formules pr\u00e9sidentielles \u00e0 la r\u00e9forme de l&#8217;arm\u00e9e, d&#8217;une \u00e9toile cubaine aveugle aux seigneurs de Behring&#8230; <\/p>\n<p>Cela commence par le fol empressement d&#8217;un journaliste aupr\u00e8s du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique; avec peu de questions intelligibles, mais \u00e0 l&#8217;aide de bruits de bouche sans fin, il harc\u00e8le le chef de l&#8217;Etat, s&#8217;emballe pour un rien et cherche \u00e0 occuper le temps d&#8217;antenne comme sur le plateau de &#8221; Capital &#8221; o\u00f9 il r\u00e8gne sans partage. Dans ces conditions, l&#8217;h\u00f4te de l&#8217;Elys\u00e9e cherche vainement \u00e0 glaner une petite seconde, pour placer son mot pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 du soir, conservateurs. Mais \u00e0 beaucoup la r\u00e9p\u00e9ter, &#8221; les Fran\u00e7ais sont des conservateurs &#8221; est une formule qui sonne &#8221; veaux &#8221; et qui vise paradoxalement ceux qui bougent pour briser la routine, exclure l&#8217;exclusion et partager autrement les richesses; ceux qui ne voient plus o\u00f9 on les am\u00e8ne et qui pr\u00e9f\u00e8rent s&#8217;arr\u00eater pour en parler.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, \u00e0 la recherche des &#8221; professionnels de la paix &#8220;, l&#8217;arm\u00e9e fran\u00e7aise fait sa pub \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. La r\u00e9forme y avance au pas cadenc\u00e9 de questions que l&#8217;officier recruteur pose aux acteurs muets, bien align\u00e9s dans un m\u00eame cadre fixe, voire une m\u00eame dur\u00e9e. Le silence dans les rangs donne le ton et la mesure de la discipline qui attend ces personnages en sant\u00e9 dont certains affichent, s\u00e9duction oblige, des penchants romantiques. Globalement, ce n&#8217;est qu&#8217;un p\u00e2le reflet de la jeunesse fran\u00e7aise; la mutation a fait table rase de la conscription. Ainsi on avance, para\u00eet-il, pour notre plus grand bien, dans le meilleur des mondes&#8230; Sur F3, des signaux empruntent une autre longueur d&#8217;onde. D\u00e8s la prime s\u00e9ance, les chasseurs de morses de Ouelen, le village le plus extr\u00eame du bout du monde, emmagasinent de la viande \u00e0 tour de bras dans des galeries de leur sous-sol gel\u00e9. Ces seigneurs de Behring n&#8217;ont pas perdu la main et encha\u00eenent les gestes pr\u00e9cis du harponneur; conserv\u00e9s au plus profond de leur identit\u00e9, ces petits &#8221; riens &#8221; les prot\u00e8gent des cons\u00e9quences de la faillite de la soci\u00e9t\u00e9 russe, car Ouelen, au bout de la cha\u00eene, ne re\u00e7oit plus rien. Ici, pour affronter la puissante colonie de morses, images d&#8217;une singuli\u00e8re densit\u00e9, le chasseur se retourne un peu; il laisse la baleini\u00e8re trop lourde, impos\u00e9e par l&#8217;administration et reconstruit le bateau des origines, pour plus de mobilit\u00e9&#8230;<\/p>\n<p>Pour avancer dans la nuit, &#8221; Faut pas r\u00eaver &#8221; tend la lumi\u00e8re d&#8217;une \u00e9toile qui s&#8217;\u00e9teint au coeur de l&#8217;\u00eele de Cuba. Aveugle, Alicia Alonso triomphe pendant plus de vingt ans sur toutes les sc\u00e8nes du monde, elle y glisse et pirouette les yeux voil\u00e9s, guid\u00e9e par le calcul des pas et la pr\u00e9cision des figures&#8230; Le film d\u00e9voile avec d\u00e9licatesse la vilaine d\u00e9marche de l&#8217;\u00e9toile qui, \u00f4 joie, lorsque le piano se manifeste prend son envol; ce corps meurtri devient un corps sublime&#8230;m\u00e9taphore de l&#8217;\u00eele.&#8221; Elle ne nous a jamais abandonn\u00e9s &#8221; dira un vieux Cubain dans les rues de La Havane. Elle demeure l\u00e0, pour transmettre et conserver, avec fiert\u00e9, les gestes d&#8217;une diff\u00e9rence. Si elle ne voit plus les choses, elle sent les pas, les ombres bondissantes de ses \u00e9l\u00e8ves et conseille \u00e0 la nouvelle Gis\u00e8le d&#8217;offrir, d&#8217;exag\u00e9rer avec la main et la t\u00eate, d&#8217;offrir encore.<\/p>\n<p>Le meilleur est au bout de la nuit car &#8221; Nimbus &#8220;, habit\u00e9 par le charme d&#8217;Elise Lucet, est une divine surprise. L&#8217;invit\u00e9 du jour est accompagn\u00e9 de questions simples et claires et il a le temps de parler. Yves Coppens, pal\u00e9ontologue, commente avec \u00e9motion et pr\u00e9cision la d\u00e9couverte du site de la vall\u00e9e de Coa, au Portugal, qui bouleverse la vision de l&#8217;art pal\u00e9olithique. L\u00e0, des hommes se sont exprim\u00e9s en plein air et non pas dans les profondeurs des cavernes; leurs signaux per\u00e7us seulement depuis peu sont d&#8217;une efficacit\u00e9 extraordinaire. De nuit, \u00e0 la lumi\u00e8re artificielle rasante, le film fixe des relev\u00e9s sublimes, gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;usage de calques qui saisissent la moindre vibration du silex dans les rainures. Comme dans un disque, l&#8217;homme de Cro-Magnon a pu y inscrire sa voix par les vibrations du corps, puis de l&#8217;outil. Si, pour le moment, le pass\u00e9 reste silencieux, Yves Coppens a grand espoir de le faire chanter un jour. Il n&#8217;y a pas de n\u00e9vrose obsessionnelle \u00e0 trouver et conserver amoureusement, dit-il, seul l&#8217;anime le respect des gens du pass\u00e9 comme il a celui des gens d&#8217;aujourd&#8217;hui auxquels il conseille de m\u00e9diter ce proverbe africain: &#8221; Si, dans l&#8217;existence, tu ne sais plus o\u00f9 tu vas, retourne-toi, tu verras d&#8217;o\u00f9 tu viens &#8220;&#8230; D&#8217;o\u00f9 viennent les acquis sociaux, ce tr\u00e9sor pr\u00e9cieux \u00e0 conserver&#8230;<\/p>\n<p>* Directeur de l&#8217;Ecole sup\u00e9rieure d&#8217;audiovisuel (ESAV) de l&#8217;Universit\u00e9 de Toulouse.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Des formules pr\u00e9sidentielles \u00e0 la r\u00e9forme de l&#8217;arm\u00e9e, d&#8217;une \u00e9toile cubaine aveugle aux seigneurs de Behring&#8230; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-312","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/312","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=312"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/312\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=312"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=312"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=312"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}