{"id":311,"date":"1997-01-01T00:00:00","date_gmt":"1996-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/l-humanite-dans-l-urgence311\/"},"modified":"1997-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1996-12-31T23:00:00","slug":"l-humanite-dans-l-urgence311","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=311","title":{"rendered":"L&#8217;humanit\u00e9 dans l&#8217;urgence"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Pour des millions de Fran\u00e7ais, le dimanche soir est devenu le moment o\u00f9 tout s&#8217;arr\u00eate, c&#8217;est l&#8217;heure d'&#8221; Urgences &#8220;. <\/p>\n<p>On d\u00e9place les r\u00e9unions de famille, on reporte au lendemain ce qu&#8217;il faudrait pourtant terminer aujourd&#8217;hui: pas question de rater le feuilleton, comme si, cette fois-ci, quelque chose de vital allait se passer, qu&#8217;on ne voudrait manquer sous aucun pr\u00e9texte. Il y a bien la solution du magn\u00e9toscope, mais on ne l&#8217;utilisera qu&#8217;en derni\u00e8re instance, pour que l&#8217;affaire n&#8217;apparaisse pas trop r\u00e9chauff\u00e9e. L&#8217;urgence n&#8217;attend pas. Pourquoi ce feuilleton a-t-il un tel succ\u00e8s ? Pourquoi suscite-t-il un tel attachement de la part de son public ? N&#8217;y a-t-il pas l\u00e0, comme disent les sociologues, un &#8221; ph\u00e9nom\u00e8ne de soci\u00e9t\u00e9 &#8221; ? On remarquera d&#8217;abord que l&#8217;engouement pour les histoires de m\u00e9decins, d&#8217;infirmi\u00e8res, de malades et d&#8217;h\u00f4pital, n&#8217;est pas nouveau. Il a nourri, pendant longtemps, une litt\u00e9rature populaire, au sein de laquelle ce type de r\u00e9cit formait d\u00e9j\u00e0 un genre \u00e0 part. La t\u00e9l\u00e9vision reprend ici un th\u00e8me \u00e0 succ\u00e8s, ce qui montre que le passage de l&#8217;\u00e9crit \u00e0 l&#8217;audiovisuel s&#8217;op\u00e8re progressivement, au moins dans ce domaine. Le succ\u00e8s qui est \u00e0 la base d'&#8221; Urgences &#8221; tient sans doute \u00e0 sa formidable capacit\u00e9 de synth\u00e8se, qui en fait un spectacle total. Toute la famille peut le regarder ensemble, l&#8217;\u00e9mission n&#8217;a rien de choquant et, m\u00eame si certaines sc\u00e8nes sont difficiles, parce qu&#8217;elles montrent des blessures ou du sang, on n&#8217;y verra l\u00e0 au fond que &#8221; la vie &#8220;. Dans cette formidable synth\u00e8se de la vie, de la mort, de l&#8217;amour, de la haine, m\u00eame la violence vue sur l&#8217;\u00e9cran est l\u00e9gitime, donc tout public. Et puis, quoi qu&#8217;on en pense, l&#8217;univers de l&#8217;h\u00f4pital a quelque chose de rassurant. Au coeur de la d\u00e9tresse, il y a l&#8217;\u00e9vocation d&#8217;un monde o\u00f9 l&#8217;on est pris en charge, o\u00f9 l&#8217;on devient, pour son propre bien, l&#8217;objet de rythmes et de rites qui n&#8217;ont d&#8217;autres finalit\u00e9s que le soin. L&#8217;engouement pour l&#8217;h\u00f4pital d'&#8221; Urgences &#8220;, c&#8217;est aussi le signe que le monde ext\u00e9rieur nous para\u00eet de plus en plus dur, brutal et que nous aspirons \u00e0 un univers qui ne soit pas r\u00e9gi uniquement par la loi de la jungle. Bien s\u00fbr, le feuilleton am\u00e9ricain montre bien &#8211; et les t\u00e9l\u00e9spectateurs fran\u00e7ais n&#8217;y pr\u00eatent pas toujours l&#8217;attention n\u00e9cessaire &#8211; que le monde ext\u00e9rieur ne s&#8217;annule pas compl\u00e8tement et que les in\u00e9galit\u00e9s sociales sont pr\u00e9sentes aussi dans l&#8217;acc\u00e8s au soin (on sait que Outre-Atlantique cette in\u00e9galit\u00e9 est particuli\u00e8rement manifeste). Le feuilleton insiste avec pr\u00e9cision sur le travail des m\u00e9decins, des infirmi\u00e8res et des aides-soignantes. L\u00e0 aussi l&#8217;univers de l&#8217;h\u00f4pital nous rassure et nous rassemble: voil\u00e0 un travail qui n&#8217;a gu\u00e8re de chance d&#8217;\u00eatre un jour m\u00e9canis\u00e9, automatis\u00e9, d\u00e9qualifi\u00e9. Le travail m\u00e9dical, tout entier tourn\u00e9 au service de l&#8217;autre, est un des derniers, dans un monde qui n&#8217;en fait plus une valeur centrale, \u00e0 avoir encore un sens. Il repr\u00e9sente le symbole du service public. Bien s\u00fbr, et on ne manque pas de nous le rappeler, le m\u00e9decin a parfois d&#8217;autres objectifs que celui que lui assignait Hypocrate. Il poursuit une carri\u00e8re, et n&#8217;h\u00e9site pas, pour certains, \u00e0 mentir, \u00e0 marcher sur les autres, mais ce ne sont l\u00e0 que des d\u00e9viations par rapport \u00e0 une morale commune. Le monde de l&#8217;h\u00f4pital pose d&#8217;ailleurs un probl\u00e8me original, qui n&#8217;int\u00e9resse pas que le sociologue: comment peut-il y avoir une hi\u00e9rarchie dans une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9galitaire ? Car ce monde, et c&#8217;est peut-\u00eatre pour cela qu&#8217;il nous fascine, est une m\u00e9taphore de soci\u00e9t\u00e9 \u00e9galitaire, o\u00f9 chacun est ramen\u00e9 \u00e0 son humanit\u00e9 fondamentale. Nous sommes tous \u00e9gaux devant la maladie et surtout la mort. C&#8217;est l\u00e0 au fond que la r\u00e9alit\u00e9 et la fiction se rejoignent, dans un genre t\u00e9l\u00e9visuel \u00e9tonnant, le documentaire-fiction, qui nous donne l&#8217;impression, rare, que le m\u00e9dia n&#8217;interpose plus ses \u00e9ternelles paillettes et qu&#8217;il est redevenu un simple miroir de nos questions les plus essentielles.<\/p>\n<p>* Chercheur en communication au CNRS.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Pour des millions de Fran\u00e7ais, le dimanche soir est devenu le moment o\u00f9 tout s&#8217;arr\u00eate, c&#8217;est l&#8217;heure d'&#8221; Urgences &#8220;. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-311","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/311","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=311"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/311\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=311"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=311"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=311"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}