{"id":3050,"date":"2008-02-19T00:00:00","date_gmt":"2008-02-18T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/l-ecrivain-bangladeshi-taslima3050\/"},"modified":"2008-02-19T00:00:00","modified_gmt":"2008-02-18T23:00:00","slug":"l-ecrivain-bangladeshi-taslima3050","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3050","title":{"rendered":"L&#8217;\u00e9crivain bangladeshi Taslima Nasreen d\u00e9nonce l&#8217;instrumentalisation politique de ses \u00e9crits"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Accus\u00e9e d&#8217;attiser la discorde entre les communaut\u00e9s par des \u00e9crits faisant offense \u00e0 l&#8217;Islam, Taslima Nasreen exprime son inqui\u00e9tude dans le journal indien Tehelka dat\u00e9 du 14 f\u00e9vrier. Pour elle, ses romans n&#8217;ont rien \u00e0 voir avec les troubles actuels, avant tout politiques. <\/p>\n<p>Les d\u00e9parts pr\u00e9cipit\u00e9s et les demandes de visa r\u00e9p\u00e9t\u00e9es sont devenus familiers \u00e0 Taslima Nasreen depuis son roman-reportage Lajja (La honte), publi\u00e9 en 1993. Sur fond de violences intercommunautaires, Lajja  raconte l&#8217;histoire d&#8217;une famille hindoue non pratiquante qui n&#8217;est plus accept\u00e9e au Bangladesh, pays dont la majorit\u00e9 de la population est musulmane. Interdit au Bangladesh, ce roman provoque alors la col\u00e8re des fondamentalistes musulmans qui proclament une fatwa contre l&#8217;\u00e9crivain. Taslima Nasreen est contrainte \u00e0 l&#8217;exil. Depuis, elle n&#8217;a pu retrouv\u00e9 son pays natal et en 2005, elle s&#8217;installe \u00e0 Calcutta pour retrouver une vie normale. Mais en mars 2007 un groupe islamiste du Nord de l&#8217;Inde annonce une r\u00e9compense pour sa d\u00e9capitation. En novembre, Taslima Nasreen pr\u00e9sente un nouveau roman traduit en telugu \u00e0 Hyderabad et se heurte \u00e0 de nouvelles menaces. Accus\u00e9e d&#8217; \u00ab avoir attis\u00e9 la discorde, la haine et la malveillance \u00bb entre groupes religieux, elle risque jusqu&#8217;\u00e0 trois ans de prison. Le 22 novembre, elle quitte Calcutta agit\u00e9e par des manifestations violentes, et apr\u00e8s un cours s\u00e9jour \u00e0 Jaipur dans le Rajasthan, elle est transf\u00e9r\u00e9e en r\u00e9sidence surveill\u00e9e dans la banlieue de New Delhi. <\/p>\n<p>Comme un oiseau en cage, l&#8217;\u00e9crivain souffre de l&#8217;absence de libert\u00e9 et d\u00e9nonce l&#8217;hypocrisie des autorit\u00e9s indiennes. \u00ab Apr\u00e8s m&#8217;\u00eatre battue pour ma propre libert\u00e9 et celle des autres, je me retrouve tout d&#8217;un coup sans aucune libert\u00e9. C&#8217;est quelque chose que je ne peux pas accepter\u00bb explique-t-elle au journal Tehelka.  L&#8217;\u00e9crivain n&#8217;a toujours pas obtenu la citoyennet\u00e9 indienne et souffre de l&#8217;absence de soutien de la part d&#8217;un pays qui se d\u00e9finit comme d\u00e9mocratie s\u00e9culaire et tol\u00e9rante mais qui ne veut \u00ab heurter \u00bb personne. Alors que la constitution indienne garantit la libert\u00e9 d&#8217;expression, l&#8217;\u00e9crivain est aujourd&#8217;hui encourag\u00e9e \u00e0 adoucir ses propos. Ce qui ne l&#8217;emp\u00eache pas de d\u00e9clarer dans la presse ses positions radicales : \u00abJe suis contre toutes les formes de fondamentalisme, de dogme, bigoterie et conservatisme. Je d\u00e9fends l&#8217;esprit et la pens\u00e9e libre. Je ne l&#8217;ai pas dit mais au Gujarat lorsqu&#8217;il y a eu des \u00e9meutes, j&#8217;ai envoy\u00e9 10 000 roupies (environ 230 euros) \u00e0 la communaut\u00e9 musulmane. [&#8230;] Je ne vois pas les gens comme des hindous, des bouddhistes, des musulmans ou des chr\u00e9tiens. Je les consid\u00e8re comme des \u00eatres humains. Je suis ath\u00e9iste. Je crois \u00e0 l&#8217;ath\u00e9isme positif et \u00e0 l&#8217;humanisme s\u00e9culaire.\u00bb<\/p>\n<p>Pour quelques mois encore, Tasleema Nasreen peut rester tranquille: le 14 f\u00e9vrier dernier, le gouvernement indien a renouvel\u00e9 son visa pour six mois. Ce geste de Saint Valentin n&#8217;\u00e9tait pourtant pas ce que l&#8217;on pourrait appeler un cadeau d&#8217;amour. Depuis 2005, le gouvernement indien a toujours refus\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9crivain la nationalit\u00e9 indienne. Surtout, le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Pranab Mukherjee, a pr\u00e9venu : l&#8217;\u00e9crivain peut rester en Inde mais pas question d&#8217; \u00ab heurter les sentiments \u00bb des communaut\u00e9s religieuses. En janvier, l&#8217;Inde a m\u00eame propos\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9crivain de lui arranger un d\u00e9part vers l&#8217;Europe. Et les autorit\u00e9s ont refus\u00e9 que le pr\u00e9sident fran\u00e7ais Nicolas Sarkozy lui d\u00e9cerne \u00e0 New Delhi le prix Simone de Beauvoir pour la libert\u00e9 des femmes. Peur de qui, de quoi ? Pour New Delhi, r\u00e9compenser une femme qui attise la haine des musulmans est quelque chose \u00e0 \u00e9viter \u00e0 tout prix. Politique oblige. <\/p>\n<p>Car le gouvernement semble pr\u00eat \u00e0 jouer le jeu des groupes fondamentalistes. Les autorit\u00e9s indiennes, de peur de faire monter les tensions, ont en effet encourag\u00e9 sa mise \u00e0 l&#8217;\u00e9cart de l&#8217;espace public, que ce soit pour l&#8217;expulser du Bangladesh ou du Bengale Occidental en novembre dernier. En r\u00e9alit\u00e9, de petits groupes d&#8217;extr\u00e9mistes agitent le \u00ab danger Taslima \u00bb pour consolider leur \u00e9lectorat musulman et renforcer leur influence sur la sc\u00e8ne politique. \u00ab Cela n&#8217;a rien \u00e0 voir avec moi \u00bb explique l&#8217;\u00e9crivain. \u00ab J&#8217;ai v\u00e9cu \u00e0 Calcutta pendant de nombreuses ann\u00e9es. Je me promenais seule dans la rue. Je n&#8217;ai jamais rencontr\u00e9 aucun fondamentaliste m&#8217;interpellant. \u00bb Et elle ajoute : \u00ab Je suis davantage victime d&#8217;une politique qui dorlote les fondamentalistes que des menaces fondamentalistes \u00bb Taslima Nasreen est convaincue que les menaces de novembre ne concernent pas le contenu du troisi\u00e8me tome de son autobiographie Dwikhandit. Pourtant, pour pouvoir rester en Inde, l&#8217;\u00e9crivain a \u00e9t\u00e9 contrainte de retirer des sections controvers\u00e9es de son livre. Ces paragraphes sont consid\u00e9r\u00e9s pourtant comme de simples faits de l&#8217;histoire de l&#8217;Islam, disponibles dans n&#8217;importe quel livre d&#8217;histoire. L&#8217;essentiel n&#8217;\u00e9tait pas tant le contenu \u00e0 supprimer mais le geste, dramatique pour un \u00e9crivain. Un geste qui n&#8217;a finalement pas grand chose \u00e0 avoir avec la religion mais davantage avec la politique. <\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui, Tasleema Nasreen comprend mal l&#8217;agitation autour de ses romans. \u00ab Je n&#8217;ai commis aucun crime. Je n&#8217;ai tu\u00e9 personne. \u00bb r\u00e9p\u00e8te-t-elle. Tout ce que l&#8217;\u00e9crivain demande est de pouvoir retourner \u00e0 Calcutta o\u00f9 elle peut parler sa langue, le bengali, et o\u00f9 elle peut retrouver ses lecteurs, ses amis et sa famille. Retrouver enfin un chez-soi o\u00f9 elle peut continuer \u00e0 \u00e9crire pour le droit des femmes.<\/p>\n<p>Naike Desquesnes<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Accus\u00e9e d&#8217;attiser la discorde entre les communaut\u00e9s par des \u00e9crits faisant offense \u00e0 l&#8217;Islam, Taslima Nasreen exprime son inqui\u00e9tude dans le journal indien Tehelka dat\u00e9 du 14 f\u00e9vrier. Pour elle, ses romans n&#8217;ont rien \u00e0 voir avec les troubles actuels, avant tout politiques. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[298],"class_list":["post-3050","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-asie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3050","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3050"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3050\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3050"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3050"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3050"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}