{"id":3024,"date":"2008-01-01T00:00:00","date_gmt":"2007-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/nicolas-sarkozy-contre-l3024\/"},"modified":"2008-01-01T00:00:00","modified_gmt":"2007-12-31T23:00:00","slug":"nicolas-sarkozy-contre-l3024","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3024","title":{"rendered":"Nicolas Sarkozy contre l&#8217;explication sociologique"},"content":{"rendered":"<p>Le 29 novembre, \u00e0 son retour de Chine, Nicolas Sarkozy commente les violences urbaines. Contre l\u00b9interpr\u00e9tation sociale, ou sociologique, il veut imposer une grille de lecture strictement polici\u00e8re : \u00ab Ce qui s\u00b9est pass\u00e9 \u00e0 Villiers-le-Bel n\u00b9a rien \u00e0 voir avec une crise sociale, \u00e7a a tout \u00e0 voir avec la voyoucratie \u00bb \u00ad il parle m\u00eame de \u00ab trafiquants \u00bb, comme en 2005 il avait lanc\u00e9 des accusations sans fondements. Fadela Amara ne dit pas autre chose : \u00ab Ce qui s\u00b9est pass\u00e9, ce n\u00b9est pas une crise sociale. \u00bb La secr\u00e9taire d\u00b9Etat \u00e0 la Ville justifie ainsi le silence qu\u00b9elle a gard\u00e9 pendant les \u00e9v\u00e9nements : \u00ab Ce qui s\u00b9est pass\u00e9 \u00e0 Villiers-le-Bel, apr\u00e8s la mort dramatique des deux adolescents, rel\u00e8ve d\u00b9abord de l\u00b9ordre public et non pas de la politique de la ville. \u00bb Les violences urbaines seraient vraiment violentes, mais pas vraiment urbaines.<\/p>\n<p>En fait, Nicolas Sarkozy pr\u00e9f\u00e8re une autre explication \u00ab sociologique \u00bb : \u00ab Il y a le malaise social, il y a une immigration qui pendant des ann\u00e9es n\u00b9a pas \u00e9t\u00e9 ma\u00eetris\u00e9e, des ghettos qui ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s, des personnes qui ne se sont pas int\u00e9gr\u00e9es. \u00bb C\u00b9est donc l\u00b9occasion de justifier une fois de plus \u00ab la politique d\u00b9immigration choisie \u00bb. L\u00b9essentiel, c\u00b9est que la grille de lecture dispense de prendre des mesures \u00ab sociales \u00bb : \u00ab La r\u00e9ponse aux \u00e9meutes, c\u00b9est pas plus d\u00b9argent encore sur le dos du contribuable. \u00bb En revanche, \u00ab la r\u00e9ponse aux \u00e9meutes, c\u00b9est l\u00b9arrestation des \u00e9meutiers \u00bb. Pour retrouver les coupables, \u00ab mettez les moyens que vous voulez \u00bb, d\u00e9clare-t-il aux policiers (y compris, on l\u00b9a vu, des r\u00e9compenses financi\u00e8res aux \u00ab t\u00e9moins \u00bb). A l\u00b9inverse, le porte-parole du gouvernement pr\u00e9vient d\u00e9j\u00e0 des limites du plan sur les banlieues que Fadela Amara annoncera en janvier : \u00ab Le but n\u00b9est pas de d\u00e9verser une fois de plus des milliards. \u00bb Et d\u00b9ajouter : \u00ab On n\u00b9est pas l\u00e0 pour refaire un \u00e9ni\u00e8me plan cibl\u00e9 sur la pierre. \u00bb Pour les banlieues, on a d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9. Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique le dit moins cr\u00fbment : \u00ab Apr\u00e8s tout ce qui a \u00e9t\u00e9 fait et bien fait sur les b\u00e2timents, on va investir sur les gens. \u00bb<\/p>\n<p>C\u00b9est la rupture revendiqu\u00e9e par Nicolas Sarkozy. En novembre 2005, son pr\u00e9d\u00e9cesseur se faisait au contraire sociologue pour expliquer les violences dans les banlieues : \u00ab Certains territoires cumulent trop de handicaps, trop de difficult\u00e9s. [?] Des territoires o\u00f9 des enfants sont d\u00e9scolaris\u00e9s, o\u00f9 trop de jeunes peinent \u00e0 trouver un emploi, m\u00eame lorsqu\u00b9ils ont r\u00e9ussi leurs \u00e9tudes. Aux racines des \u00e9v\u00e9nements que nous venons de vivre, il y a \u00e9videmment cette situation. \u00bb Comme en mai 2005, lors de l\u00b9installation de la Halde, Jacques Chirac d\u00e9non\u00e7ait \u00ab ce poison pour la soci\u00e9t\u00e9 que sont les discriminations \u00bb : \u00ab je veux dire aux enfants des quartiers difficiles, quelles que soient leurs origines, qu\u00b9ils sont tous les filles et les fils de la R\u00e9publique. \u00bb On mesure le chemin parcouru, quand on entend Fadela Amara d\u00e9clarer aujourd\u00b9hui :  \u00ab Ce n\u00b9est pas parce qu\u00b9on est pauvre, exclu, discrimin\u00e9, que l\u00b9on peut tout saccager. \u00bb Sur la fracture sociale et raciale, il n\u00b9y aurait plus qu\u00b9une chose \u00e0 dire : ce n\u00b9est pas une excuse.<\/p>\n<p>En effet, le pr\u00e9sident ne veut voir que des victimes et des coupables : il n\u00b9y a plus de place pour l\u00b9explication. Aussi, dans son tribunal permanent de la s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure, la sociologie sonne-t-elle comme une dangereuse excuse. \u00ab  Je r\u00e9fute toute forme d\u00b9ang\u00e9lisme qui vise \u00e0 trouver en chaque d\u00e9linquant une victime de la soci\u00e9t\u00e9, en chaque \u00e9meutier un probl\u00e8me social. \u00bb Il se fait donc mena\u00e7ant : \u00ab Quand on veut expliquer l\u00b9inexplicable, c\u00b9est qu\u00b9on s\u00b9appr\u00eate \u00e0 excuser l\u00b9inexcusable. \u00bb La formule a une histoire. Nicolas Sarkozy l\u00b9employait d\u00e9j\u00e0 le 16 d\u00e9cembre 2004 en Isra\u00ebl, \u00e0 propos de l\u00b9antis\u00e9mitisme, et il la reprend le 7 novembre 2007 \u00e0 Washington, devant l\u00b9American Jewish Committee : \u00ab Je suis pr\u00eat \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter cette phrase autant de fois qu\u00b9il le faut. \u00bb Et d\u00b9expliquer : \u00ab Les analyses intellectuelles pour expliquer les diff\u00e9rentes fa\u00e7ons d\u00b9arriver \u00e0 l\u00b9antis\u00e9mitisme ne sont que des formes de complicit\u00e9 indirecte. \u00bb Bref, \u00ab trop d\u00b9intelligence en la mati\u00e8re conduit \u00e0 une forme de complicit\u00e9 \u00bb. Sans m\u00eame parler de l\u00b9\u00e9cho entre antis\u00e9mitisme et banlieues, le message est clair. Une fois encore, le pr\u00e9sident pr\u00e9tend contr\u00f4ler l\u00b9interpr\u00e9tation des faits sociaux. L\u00b9enjeu, ce ne sont donc pas seulement les sciences sociales ; c\u00b9est la soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame.  \u00c9.F.<\/p>\n<p>Eric Fassin, sociologue, Ecole normale sup\u00e9rieur, chercheur \u00e0 l&#8217;Iris (CNRS\/EHESS)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 29 novembre, \u00e0 son retour de Chine, Nicolas Sarkozy commente les violences urbaines. 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