{"id":3018,"date":"2007-12-01T00:00:00","date_gmt":"2007-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/couleurs-du-retour3018\/"},"modified":"2007-12-01T00:00:00","modified_gmt":"2007-11-30T23:00:00","slug":"couleurs-du-retour3018","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3018","title":{"rendered":"Couleurs du retour"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> La r\u00e9alisatrice Carmen Castillo, ancienne collaboratrice de Salvador Allende \u00e0 la Moneda, raconte son retour au Chili. Une qu\u00eate qui illumine ce documentaire touffu, vivant, sur l&#8217;engagement. <\/p>\n<p>Une rue des faubourgs de Santiago, aujourd&#8217;hui comme les autres, dans laquelle se trouve une maison au portail bleu, refuge clandestin d&#8217;une famille chilienne, jusqu&#8217;au jour o\u00f9 les soldats de Pinochet la prirent d&#8217;assaut, le 5 octobre 1974. Un homme, Miguel Enriquez, coresponsable et fondateur du Mouvement de la gauche r\u00e9volutionnaire (MIR), est abattu, sa compagne, Carmen Castillo, enceinte, gri\u00e8vement bless\u00e9e, perd son b\u00e9b\u00e9 \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital o\u00f9 quelqu&#8217;un a r\u00e9ussi \u00e0 la faire transporter avant qu&#8217;elle ne se fasse expulser de son pays. Par chance leurs petites filles n&#8217;\u00e9taient pas dans la maison qui semble \u00eatre au c\u0153ur du r\u00e9cit.<\/p>\n<p>Mais ce n&#8217;est pas en quelques lignes, ou en quelques images, que Carmen Castillo, sc\u00e9nariste et r\u00e9alisatrice de ce film, peut raconter cette histoire, la sienne mais aussi celle de tout un peuple. Elle prend son temps : deux heures quarante :, un temps n\u00e9cessaire qui favorise les allers et retours entre le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent, les discussions avec son p\u00e8re, les retrouvailles et les t\u00e9moignages des voisins, les anciens camarades de combat, et les surgissements brusques de la m\u00e9moire et des doutes. <\/p>\n<p><strong> Retrouvailles <\/strong><\/p>\n<p>Un homme raconte devant une maison la mort de Miguel, des mains remuent de vieilles revues, des photos, l&#8217;amorce d&#8217;une t\u00eate de femme appara\u00eet sur la gauche. Et puis, plein \u00e9cran, l&#8217;image lumineuse du couple, accompagn\u00e9e de quelques notes de musique, et la voix off de Carmen Castillo, l\u00e9g\u00e8rement rauque : \u00ab Je ne suis pas oblig\u00e9e de me rappeler, c&#8217;est moi qui suis devenue une autre, \u00e9trang\u00e8re \u00e0 cette histoire. \u00bb Ainsi s&#8217;amorce le film, touffu, nourri de paroles, de silences aussi, de larmes et de rires, un film vivant. La couleur chante pour les  manifestations, la d\u00e9couverte rapide en voiture de petites maisons, ou les retrouvailles familiales au milieu d&#8217;une verdure luxuriante berc\u00e9e par le bruit de l&#8217;oc\u00e9an en contrebas. Et, en noir et blanc, ce qui appartient au pass\u00e9 : r\u00e9unions politiques passionn\u00e9es, celles d&#8217;abord des paysans luttant pour r\u00e9cup\u00e9rer leurs terres, puis celles des militants du MIR qui choisissent la lutte arm\u00e9e et dans laquelle beaucoup mourront, jamais oubli\u00e9s : on voit leurs visages, et quand on fait l&#8217;appel de leurs noms, la foule r\u00e9pond \u00ab pr\u00e9sent \u00bb. Ainsi les racines d&#8217;une histoire personnelle plongent-elles dans une histoire collective.<\/p>\n<p><strong> Peupl\u00e9 d&#8217;absents <\/strong><\/p>\n<p>Encore faut-il que Carmen Castillo, qui travaillait \u00e0 la Moneda avec Salvador Allende, puisse elle aussi faire ce chemin. Cela se fait par \u00e9tapes : c&#8217;est avec une amie, Sylvia, qu&#8217;elle s&#8217;approche de la maison de la rue Santa Fe, dans le mouvement quotidien des passants, rompu brusquement par l&#8217;image d&#8217;un cavalier solitaire portant un drapeau venu de nulle part, aussit\u00f4t disparu. Accompagn\u00e9e de Sylvia toujours, elle parle avec un ancien voisin qui les invite \u00e0 venir embrasser sa femme. Et sa voix revient dans le noir comme dans les couleurs de son retour. Elle s&#8217;interroge, se souvient, revoit la cordill\u00e8re des Andes dans l&#8217;\u00e9clat de sa blancheur, apr\u00e8s avoir parl\u00e9 de son d\u00e9sir de se d\u00e9barrasser de son sentiment de nostalgie, de son d\u00e9go\u00fbt de ce Santiago vide, \u00ab peupl\u00e9 d&#8217;absents \u00bb ou \u00ab de collabos \u00bb. Son p\u00e8re, comme toujours, la provoque et l&#8217;apaise. Un ami, ancien prisonnier, l&#8217;emm\u00e8ne dans le quartier des bouquinistes, certains ont d\u00fb br\u00fbler en partie leurs livres, apr\u00e8s le coup d&#8217;Etat. La qu\u00eate de Carmen Castillo nous entra\u00eene dans la villa Grimaldi, maison de tortures, et dans le stade, images bien connues que la r\u00e9alisatrice \u00e9claire par le croisement des r\u00e9cits dont certains \u00e9branlent son refus du Chili d&#8217;aujourd&#8217;hui. Elle s&#8217;apaise  en apprenant la v\u00e9rit\u00e9 sur la mort de son mari, revenu sur ses pas pour ne pas l&#8217;abandonner, et sur sa propre survie : une tr\u00e8s belle image la montre de dos s&#8217;\u00e9loignant doucement enlac\u00e9e \u00e0 son amie. Mais d&#8217;autres questions viennent alors la tarauder apr\u00e8s une conversation avec sa fille, mise \u00e0 l&#8217;abri comme les autres enfants qui se sont sentis orphelins. \u00ab Je ne savais pas, dit Carmen, que nous avions fait tant de mal. \u00bb Et elle ajoute : \u00ab Tous nos morts ont-ils disparu pour rien ? \u00bb Elle qui a r\u00e9ussi \u00e0 chanter avec les autres survivants et des jeunes militants l&#8217;hymne du MIR, un sourire illuminant enfin son  visage, trouve la r\u00e9ponse : \u00ab Non, ils ne sont  pas morts pour rien. Et dehors il fait beau. \u00bb   Luce Vigo<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b046, d\u00e9cembre 2007<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> La r\u00e9alisatrice Carmen Castillo, ancienne collaboratrice de Salvador Allende \u00e0 la Moneda, raconte son retour au Chili. 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