{"id":3015,"date":"2007-12-01T00:00:00","date_gmt":"2007-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/oscar-niemeyer-au-dela-de-la3015\/"},"modified":"2007-12-01T00:00:00","modified_gmt":"2007-11-30T23:00:00","slug":"oscar-niemeyer-au-dela-de-la3015","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3015","title":{"rendered":"Oscar  Niemeyer, au  del\u00e0 de la l\u00e9gende"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> L&#8217;architecte de Brasilia, Oscar Niemeyer, est f\u00eat\u00e9 en ce mois de d\u00e9cembre dans le monde entier et en premier lieu au Br\u00e9sil. Catherine Tricot, qui a \u00e9t\u00e9 stagiaire dans son agence, fait ici son portrait rehauss\u00e9 des couleurs de ses souvenirs. <\/p>\n<p> Oscar Niemeyer, un des plus grands cr\u00e9ateurs du XXe si\u00e8cle, a trouv\u00e9 l&#8217;\u00e9nergie de vivre cent ans. Il se trouve que j&#8217;effectuais un stage de fin d&#8217;\u00e9tudes chez lui alors qu&#8217;il f\u00eatait ses 80 ans. Je me souviens encore de l&#8217;agitation qui accompagnait cette date. Journalistes et cin\u00e9astes se pressaient dans la petite agence de l&#8217;Avenida Atlantica pour recueillir encore une fois les paroles d&#8217;Oscar racontant la naissance de ses projets. A tous, il redisait ses phrases simples, aussi \u00e9pur\u00e9es que ses dessins. Comme eux, elles avaient l&#8217;apparence de la facilit\u00e9 mais elles avaient \u00e9t\u00e9 cisel\u00e9es \u00e0 force d&#8217;\u00eatre dites&#8230; Quand les mots justes \u00e9taient trouv\u00e9s pour exprimer sa pens\u00e9e, Oscar ne cherchait plus \u00e0 dire autrement la m\u00eame id\u00e9e. Il en est ainsi pour sa vie et son \u0153uvre. <\/p>\n<p>Niemeyer adore la simplicit\u00e9. Disons qu&#8217;elle est un objectif. Tout est ainsi : une fois la chose simple d\u00e9finie, \u00e9vidente, elle est adopt\u00e9e. Ses chemises ? Toutes les m\u00eames, en soie beige. Son repas de midi ? Pourquoi s&#8217;ennuyer \u00e0 consulter la carte. Le petit restaurant en bas de l&#8217;agence sert de bons poissons et un genre de pot au feu : il alterne sans d\u00e9vier. Fumer des cigarillos, mais des havanes, des petits Davidoff. C&#8217;est un peu comme s&#8217;il voulait r\u00e9server son temps, son \u00e9nergie \u00e0 autre chose : son travail surtout, ses amis ensuite, la politique enfin. <\/p>\n<p><strong> L&#8217;id\u00e9al enfantin <\/strong><\/p>\n<p>Je me souviens qu&#8217;\u00e0 l&#8217;instar du film fait par Henri-Georges Clouzot avec Picasso, un cin\u00e9aste lui a demand\u00e9 de dessiner sur une vitre ses projets et de les expliquer, la cam\u00e9ra face \u00e0 l&#8217;artiste. Proc\u00e9d\u00e9 ultra-simple qui permet au spectateur de revoir le geste cr\u00e9ateur. Pure illusion. Derri\u00e8re cette simplicit\u00e9 il y a eu des heures et des heures de travail pour trouver les quelques traits simples qui exprimeront le projet. Derri\u00e8re les quelques phrases, laconiques, il y a eu la m\u00eame mise au point pr\u00e9cise de la l\u00e9gende du projet et celle de la facilit\u00e9 de sa gestation. Oscar recherche l&#8217;\u00e9vidence.<\/p>\n<p>Niemeyer se veut un homme simple. Cette simplicit\u00e9 sonne comme un programme, un id\u00e9al. Celui de la na\u00efvet\u00e9 de l&#8217;enfance perdue. Il raconte souvent qu&#8217;il dessinait avant de parler. Mythe personnel ? En tout cas, c&#8217;est ce dessin-l\u00e0, les lignes d\u00e9cid\u00e9es et audacieuses d&#8217;un enfant, qu&#8217;il veut conserver. Son grand peintre de r\u00e9f\u00e9rence \u00e9tait Matisse qui, \u00e0 la fin de sa vie, avec la fra\u00eecheur d&#8217;un enfant, d\u00e9coupait dans les papiers de couleurs pour donner naissance \u00e0 des formes simples et fortes. Niemeyer a retenu la le\u00e7on et il fit de tr\u00e8s nombreux dessins qui m\u00ealent ce trait unique et continu \u00e0 des aplats de couleur. Il offrit en son temps un de ces dessins \u00e0 l&#8217;anc\u00eatre de Regards, R\u00e9volution, qui en fit une lithographie pour ses lecteurs.<\/p>\n<p><strong> Un enfant de la haute <\/strong><\/p>\n<p>Revenir \u00e0 l&#8217;enfance s\u00fbrement. Mais aussi se situer parmi les hommes comme les autres. Il raconte volontiers que, jeune homme, il n&#8217;\u00e9tait int\u00e9ress\u00e9 que par les femmes et le f\u00fatbol : religion br\u00e9silienne : et se pique de soutenir un club (Botafogo, si ma m\u00e9moire est bonne). Il n&#8217;aurait fait de l&#8217;architecture que pouss\u00e9 par le devoir de gagner de l&#8217;argent alors que naissait sa fille unique Anna Maria&#8230; On peine \u00e0 le croire. Car Oscar n&#8217;est certes pas un homme du peuple, ni m\u00eame de la classe moyenne. Il vient de la tr\u00e8s haute bourgeoisie. Une des plus belles avenues de la superbe baie de Rio ne porte-t-elle pas le nom de son grand-p\u00e8re ? Celui-ci \u00e9tait propri\u00e9taire des terrains qu&#8217;il fallut acheter quand Rio s&#8217;\u00e9tendit au del\u00e0 de Copacabana et Ipan\u00e9ma. On lui donna son patronyme. Niemeyer est aussi un nom connu dans le domaine de la m\u00e9decine : son fr\u00e8re \u00e9tait un des plus grands cardiologues du Br\u00e9sil. Oscar se souvient encore de sa grand-m\u00e8re paternelle, aimante et stricte comme la bourgeoisie l&#8217;\u00e9tait alors. Donc Oscar ne fut certainement jamais dans le besoin. Et c&#8217;est tout naturellement que, fils de bonne famille \u00e9clair\u00e9e, il se trouve \u00e0 travailler avec un des architectes les plus importants du milieu du XXe si\u00e8cle, Le Corbusier.<\/p>\n<p><strong> Niemeyer, Corbu et Mies <\/strong><\/p>\n<p>En 1936, Corbu d\u00e9barque au Br\u00e9sil pour construire selon les conceptions modernistes d&#8217;alors le nouveau minist\u00e8re de l&#8217;Education nationale et de la Sant\u00e9. Oscar, embarqu\u00e9 par son ami Lucio Costa, sera de l&#8217;aventure comme simple dessinateur. Un soir, il aurait fait un petit croquis pla\u00e7ant le b\u00e2timent sur pilotis, proposant de remplacer les fen\u00eatres par des  brise-soleil et la toiture par un toit terrasse. Ces proposition vont changer radicalement le projet, son allure autant que son fonctionnement. Le Corbusier retient la proposition de Niemeyer : l&#8217;architecture moderne fait ses premiers pas dans le jeune Br\u00e9sil. Comme c&#8217;est facile&#8230;<\/p>\n<p>La collaboration entre Niemeyer et Le Corbusier se poursuivra notamment dans le projet du si\u00e8ge de l&#8217;ONU \u00e0 New York. Le projet Corbu-Niemeyer sera le projet gagnant&#8230; Mais ils perdront, l&#8217;un puis l&#8217;autre, la paternit\u00e9 disput\u00e9e d&#8217;un b\u00e2timent si embl\u00e9matique. De cette lutte pour la reconnaissance qui est une forme de la lutte pour le pouvoir en architecture, Niemeyer tiendra toujours rigueur \u00e0 Corbu. Il ne le cite gu\u00e8re alors qu&#8217;ils avaient bien l&#8217;un et l&#8217;autre une m\u00eame forme de culture esth\u00e9tique et politique. De Le Corbusier, Niemeyer a retenu essentiellement l&#8217;audace formelle, des b\u00e2timents con\u00e7us comme des unit\u00e9s, des sculptures que le b\u00e9ton arm\u00e9 rend possibles. Etrangement, le seul architecte moderne que Niemeyer cite dans son travail m\u00eame est Mies van der Rohe, l&#8217;architecte allemand communiste, parti en exil aux Etats-Unis avec l&#8217;arriv\u00e9e des nazis. Mies fut l&#8217;architecte du m\u00e9tal et du verre, de l&#8217;angle droit, si peu familier \u00e0 Oscar, lui qui parle sans cesse du \u00ab dur angle droit \u00bb. Dans de tr\u00e8s nombreux b\u00e2timents de Niemeyer on retrouve en hommage le si\u00e8ge dessin\u00e9 par Mies van der Rohe pour le pavillon de l&#8217;exposition internationale en Espagne de 1936.<\/p>\n<p><strong> Niemeyer et le Br\u00e9sil <\/strong><\/p>\n<p>Oscar est connu comme un des grands architectes de la modernit\u00e9 du XXe si\u00e8cle. Il est jusqu&#8217;\u00e0 aujourd&#8217;hui l&#8217;un des tr\u00e8s rares architectes d&#8217;un pays \u00e9mergent pass\u00e9 \u00e0 la gloire mondiale, le Bob Marley de l&#8217;architecture. Au Br\u00e9sil m\u00eame sa popularit\u00e9 est immense. Je me souviens d&#8217;enfants l&#8217;ayant reconnu dans la rue lui demandant de signer le billet le plus courant (l&#8217;\u00e9quivalent du billet de 5 euros) sur lequel figure la place des Trois Pouvoirs qu&#8217;il con\u00e7ut \u00e0 Brasilia. Son nom s&#8217;attache \u00e0 la modernit\u00e9 et au dynamisme de son pays. Chacun ici sait que sur les plans de son ami d&#8217;alors, Lucio Costa, et tandis que Kubitchek pr\u00e9sidait le Br\u00e9sil, Oscar fut l&#8217;architecte des principaux b\u00e2timents de la nouvelle capitale, Brasilia. Les assembl\u00e9es avec leurs deux coupoles sym\u00e9triquement invers\u00e9e : l&#8217;une ouverte vers le ciel, l&#8217;autre retourn\u00e9e vers la terre, le palais de la Pr\u00e9sidence mais aussi le tr\u00e8s beau minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res, le th\u00e9\u00e2tre, l&#8217;a\u00e9roport et la sublime cath\u00e9drale : si petite et si majestueuse. Il recommande toujours \u00e0 ses visiteurs de se rendre \u00e0 Brasilia : \u00ab Vous aimerez ou vous n&#8217;aimerez pas, mais vous n&#8217;aurez jamais rien vu d&#8217;identique. \u00bb<\/p>\n<p><strong> Politique <\/strong><\/p>\n<p>Si Niemeyer compte pour les Br\u00e9siliens, c&#8217;est d&#8217;abord pour ses r\u00e9alisations, pour l&#8217;essentiel des commandes d&#8217;Etat. Elle font l&#8217;orgueil d&#8217;un pays. Mais son engagement politique et intellectuel a m\u00e2tin\u00e9 fortement son image. Chacun conna\u00eet son parti pris communiste et tous savent qu&#8217;il a subi les pers\u00e9cutions du r\u00e9gime militaire, le conduisant \u00e0 l&#8217;exil dans les ann\u00e9es 1970 (1). Niemeyer doit r\u00e9soudre cette contradiction : \u00eatre communiste et quasiment l&#8217;architecte officiel du Br\u00e9sil. Il le fait en disjoignant ses deux activit\u00e9s. Il me disait : \u00ab Si tu veux faire la r\u00e9volution, quitte la table \u00e0 dessin. \u00bb Sur ce point je ne l&#8217;ai pas totalement suivi&#8230; Quant \u00e0 lui, il a soutenu tr\u00e8s concr\u00e8tement le Parti communiste br\u00e9silien en lui c\u00e9dant sa maison quand le PCB n&#8217;avait plus de local. Sa fid\u00e9lit\u00e9 au communisme de sa jeunesse est total. Il croit toujours pouvoir se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 Staline, le vainqueur de Stalingrad. Il est un appui sans faille \u00e0 la r\u00e9volution cubaine et \u00e0 Fidel. Je me souviens encore de son peu d&#8217;estime pour la Perestro\u00efka de Gorbatchev. Parmi ses fid\u00e9lit\u00e9s ind\u00e9fectibles, celle pour le PCF. Dans sa petite agence est plac\u00e9e bien en \u00e9vidence la m\u00e9daille coul\u00e9e par le PCF en son honneur pour la r\u00e9alisation du si\u00e8ge de la place du Colonel-Fabien. Georges Marchais, Georges Gosnat et Jacques Tricot \u00e9taient ses amis, associ\u00e9s dans son esprit \u00e0 la grandeur du PCF. Pour financer la tr\u00e8s avant-gardiste et on\u00e9reuse salle du Comit\u00e9 central, la fameuse bulle, il renon\u00e7a m\u00eame \u00e0 ses honoraires d&#8217;architecte. Sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 ses engagements de jeunesse l&#8217;a parfois conduit \u00e0 la rupture avec son cher parti. Jusqu&#8217;\u00e0 la mort, en 1990, du tr\u00e8s h\u00e9ro\u00efque Carlos Preste, ancien secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du PCB, Niemeyer lui versa chaque mois des subsides.<\/p>\n<p><strong> Oscar sait nager <\/strong><\/p>\n<p>Je ne sais plus comment s&#8217;organisent ses journ\u00e9es&#8230; Sa vue d\u00e9clinante l&#8217;a sans doute contraint \u00e0 renoncer \u00e0 ses ch\u00e8res matin\u00e9es solitaires quand il s&#8217;isolait dans son petit bureau sans fen\u00eatres pour lire (par exemple les \u00e9crits de L\u00e9onard de Vinci) ou dessiner des femmes nues sur la plage. Les amis doivent \u00eatre moins nombreux \u00e0 d\u00e9barquer \u00e0 17 heures dans l&#8217;agence avec une bouteille de whisky et quelques fromages pour causer jusqu&#8217;\u00e0 tard, laissant Oscar s&#8217;\u00e9clipser discr\u00e8tement quand la fatigue se faisait sentir&#8230; Son cher Darcy Ribeiro, anthropologue et po\u00e8te, n&#8217;est plus. Il lui reste les femmes. L&#8217;an pass\u00e9, apr\u00e8s la mort de sa femme \u00e0 97 ans, il s&#8217;est remari\u00e9. \u00ab La vieillesse est un naufrage \u00bb r\u00e9p\u00e9tait-il en citant l&#8217;ami Malraux. Mais Oscar sait nager&#8230;  Catherine Tricot<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b046, d\u00e9cembre 2007<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> L&#8217;architecte de Brasilia, Oscar Niemeyer, est f\u00eat\u00e9 en ce mois de d\u00e9cembre dans le monde entier et en premier lieu au Br\u00e9sil. 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