{"id":3013,"date":"2007-12-01T00:00:00","date_gmt":"2007-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/e-dechets-mon-pc-chez-les-chinois3013\/"},"modified":"2007-12-01T00:00:00","modified_gmt":"2007-11-30T23:00:00","slug":"e-dechets-mon-pc-chez-les-chinois3013","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3013","title":{"rendered":"E-d\u00e9chets : mon PC chez les Chinois"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> L&#8217;Asie est devenue au fil des ann\u00e9es une d\u00e9charge pour nos ordinateurs en fin de vie. Leurs carcasses y sont d\u00e9mantel\u00e9es de mani\u00e8re rudimentaire par des petites mains \u00e0 la recherche de quelques grammes de m\u00e9taux rares. Explication sur ce trafic tr\u00e8s peu \u00e9colo. <\/p>\n<p>Par Jean Abbiateci<\/p>\n<p>Dans sa chambre, un adolescent surfe sur son ordinateur dernier cri. Il ignore que quelques ann\u00e9es plus tard, ce m\u00eame ordinateur finira d\u00e9soss\u00e9 par une famille indienne ou dans les bains d&#8217;acide d&#8217;un atelier en plein air chinois. Pour comprendre cet \u00e9trange parcours, il faut commencer par plonger dans les entrailles de la machine. \u00ab Un PC, c&#8217;est du plastique, de l&#8217;acier et bien d&#8217;autres m\u00e9taux : cuivre, or, argent, cadmium, platine, tantale&#8230; Mais \u00e9galement des \u00e9l\u00e9ments hautement toxiques, notamment du plomb et du mercure \u00bb, d\u00e9taille Fabrice Flipo, ing\u00e9nieur \u00e0 l&#8217;Institut national des t\u00e9l\u00e9communications d&#8217;Evry (1). En th\u00e9orie, une fois p\u00e9rim\u00e9, celui-ci devrait \u00eatre collect\u00e9 et trait\u00e9 dans une entreprise sp\u00e9cialis\u00e9e. La directive europ\u00e9enne D\u00e9chets d&#8217;\u00e9quipements \u00e9lectriques et \u00e9lectroniques (DEEE) de 2006 oblige le producteur de d\u00e9chets \u00e9lectroniques \u00e0 recycler ses produits en faisant payer au consommateur une \u00e9co-participation. Mais en France, seulement 2 des 25 kilos de DEEE produits par habitant chaque ann\u00e9e auront une nouvelle vie. Car, en plus d&#8217;\u00eatre \u00e9minemment complexe, le recyclage propre de notre ordinateur co\u00fbte cher : 400 euros la tonne.  <\/p>\n<p><strong> Fronti\u00e8res  poreuses <\/strong><\/p>\n<p>Pour dix fois moins cher et au prix de quelques accommodements avec la loi, le PC collect\u00e9 par des interm\u00e9diaires au sein des entreprises ou des collectivit\u00e9s va quitter l&#8217;Europe. \u00ab Au fil des ann\u00e9es, on a vu se d\u00e9velopper de v\u00e9ritables mafias du d\u00e9chet, tr\u00e8s structur\u00e9es \u00bb, explique Thierry Bourret, lieutenant-colonel \u00e0 l&#8217;Office central de lutte contre les atteintes \u00e0 l&#8217;environnement et \u00e0 la sant\u00e9 publique (Oclaesp). Pour ces fili\u00e8res peu regardantes sur le travail de la main-d&#8217;\u0153uvre, le recyclage des DEEE  peut se r\u00e9v\u00e9ler tr\u00e8s rentable. Les besoins pour l&#8217;industrie informatique n&#8217;ont jamais \u00e9t\u00e9 aussi nombreux. Or, \u00e0 l&#8217;instar du p\u00e9trole, la p\u00e9nurie de m\u00e9taux pr\u00e9cieux menace ; la loi de l&#8217;offre et de la demande pr\u00e9vaut. Ainsi, l&#8217;indium, utilis\u00e9 pour les cartes m\u00e8res, a vu son cours multipli\u00e9 par dix en moins de cinq ans. <\/p>\n<p>Si les Etats-Unis sont le principal exportateur de DEEE (la r\u00e9glementation y est inexistante), l&#8217;Europe est \u00e9galement dans la ligne de mire. En th\u00e9orie, l&#8217;arsenal l\u00e9gislatif est imposant, la convention de B\u00e2le de 1993 interdisant l&#8217;export de d\u00e9chets \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger. Mais la pratique est diff\u00e9rente. Dans les ports europ\u00e9ens, environ 10 % du fret maritime contiendrait des d\u00e9chets non d\u00e9clar\u00e9s. Sachant qu&#8217;au Havre transitent 2 millions de conteneurs et \u00e0 Rotterdam, 5 millions. \u00ab Ces conteneurs peuvent \u00eatre d\u00e9clar\u00e9s comme mat\u00e9riel d&#8217;occasion, parfois sous un pr\u00e9texte humanitaire et ainsi \u00eatre exon\u00e9r\u00e9s de droits de douane \u00bb, explique l&#8217;\u00e9conomiste G\u00e9rard Bertolini (2). Les moyens de contr\u00f4le mis en place par les Etats membres sont d\u00e9risoires. Les amendes sont faibles et les services des douanes plus attentifs \u00e0 ce qui entre en Europe qu&#8217;\u00e0 ce qui en sort. Et quand les enqu\u00eateurs tentent de remonter jusqu&#8217;aux donneurs d&#8217;ordres, ils tombent bien souvent sur des soci\u00e9t\u00e9s-\u00e9crans. Ce trafic lucratif est internationalis\u00e9 et bien souvent rattach\u00e9 aux grands r\u00e9seaux mafieux italiens ou chinois.<\/p>\n<p><strong> La route de l&#8217;Asie <\/strong><\/p>\n<p>Comme 90 % des e-d\u00e9chets, notre ordinateur va prendre la direction de l&#8217;Asie. Plusieurs enqu\u00eates de l&#8217;ONG am\u00e9ricaine Basel action network (BAN) ont permis de reconstituer la fili\u00e8re. En Chine, plusieurs zones se sont sp\u00e9cialis\u00e9es dans le recyclage sauvage. Le village de Guiyu y est d\u00e9crit comme \u00ab un enfer de plomb, de poussi\u00e8re de m\u00e9tal et de bains d&#8217;acide \u00bb o\u00f9 plusieurs milliers de mingongs, ces paysans migrants venus des campagnes, viennent d\u00e9sosser \u00e0 mains nues les composants \u00e9lectroniques pour moins de deux dollars par jour. Des baraques enti\u00e8res sont construites \u00e0 l&#8217;aide de carcasses en plastique. Pour l&#8217;environnement, les cons\u00e9quences \u00e9cologiques sont dramatiques. Dans la rivi\u00e8re Lianjiang qui borde ces montagnes de d\u00e9chets, les taux de plomb sont 2 400 fois sup\u00e9rieurs aux standards pr\u00e9conis\u00e9s par l&#8217;OMC. Les enfants sont victimes d&#8217;insuffisance respiratoire et de saturnisme.<\/p>\n<p>L&#8217;enqu\u00eate du BAN a \u00e9galement permis de mettre \u00e0 jour une fili\u00e8re indienne et pakistanaise. Dans les ports de Karachi ou de Madras, une minorit\u00e9 des e-d\u00e9chets est revendue aux marchands de boutiques d&#8217;occasion tandis que l&#8217;\u00e9crasante majorit\u00e9, inutilisable, finira dans l&#8217;arri\u00e8re-cour d&#8217;une famille indienne. A grands coups de canif, raconte l&#8217;ONG, des petites mains habiles d&#8217;enfants d\u00e9coupent les c\u00e2bles informatiques pour en r\u00e9cup\u00e9rer le cuivre. D&#8217;autres chauffent les cartes m\u00e8res sur un po\u00eale pour en faire fondre les pr\u00e9cieuses paillettes d&#8217;or, un gramme par machine soit environ 1 000 roupies (14 euros). Cette \u00e9conomie informelle fait vivre plusieurs centaines de ferrailleurs du high-tech.<\/p>\n<p>En dix ans, l&#8217;Asie est ainsi devenue une immense d\u00e9charge num\u00e9rique pour les d\u00e9chets \u00e9lectroniques. Le lobbying actif d&#8217;ONG internationales et am\u00e9ricaines a permis de mettre au jour cette pollution d&#8217;un nouveau genre. Sous la pression m\u00e9diatique et devant l&#8217;imminence des Jeux Olympiques de P\u00e9kin, la Chine a interdit : du moins officiellement : les importations. Mais la cl\u00e9 du probl\u00e8me est en amont. Sans mesures drastiques de la part des constructeurs mais aussi des pouvoirs publics, le trafic num\u00e9rique a de beaux jours devant lui. En 2010, un milliard d&#8217;ordinateurs vont arriver en fin de vie. Sans compter les portables, les baladeurs MP3 et autres merveilles technologiques&#8230;. Le Programme des Nations unies pour l&#8217;environnement (PNUE) estime entre 20 et 50 millions de tonnes la production annuelle de DEEE avec un taux de croissance de 3 % \u00e0 5 % par an, en plus des stocks existants. Et, pouss\u00e9e par une logique productiviste, la dur\u00e9e de vie moyenne d&#8217;un ordinateur se r\u00e9duit dangereusement : moins de deux ans aujourd&#8217;hui. Une v\u00e9ritable bombe \u00e9cologique \u00e0 retardement. Jean Abbiateci<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b046, d\u00e9cembre 2007<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> L&#8217;Asie est devenue au fil des ann\u00e9es une d\u00e9charge pour nos ordinateurs en fin de vie. Leurs carcasses y sont d\u00e9mantel\u00e9es de mani\u00e8re rudimentaire par des petites mains \u00e0 la recherche de quelques grammes de m\u00e9taux rares. 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