{"id":3010,"date":"2007-12-01T00:00:00","date_gmt":"2007-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/belgique-le-divorce-vu-de-gauche3010\/"},"modified":"2007-12-01T00:00:00","modified_gmt":"2007-11-30T23:00:00","slug":"belgique-le-divorce-vu-de-gauche3010","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3010","title":{"rendered":"Belgique, le divorce vu de gauche"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Que reste-t-il de la belgitude ? Dans un contexte de crise politique et institutionnelle, communaut\u00e9s wallone et flamande sont au bord du divorce. Verra-t-on na\u00eetre une conf\u00e9d\u00e9ration ? Retour sur une fracture linguistique, points de vue d&#8217;organisations de la gauche belge. <\/p>\n<p>Depuis les \u00e9lections l\u00e9gislatives du 10 juin dernier, la Belgique est sans gouvernement. Le chr\u00e9tien-d\u00e9mocrate flamand, Yves Leterme, vainqueur des \u00e9lections, ne r\u00e9ussit pas \u00e0 former le gouvernement de centre-droit \u00e0 partir des partis h\u00e9t\u00e9roclites flamands et wallons \u00e0 sa disposition&#8230; Nul ne veut la s\u00e9paration, mais peu d\u00e9fendent ardemment l&#8217;unit\u00e9 belge, s\u00e9rieusement mise \u00e0 mal par une coupure tr\u00e8s pr\u00e9sente d\u00e9j\u00e0 entre les deux communaut\u00e9s linguistiques, la flamande et la francophone : coupure nourrie d&#8217;une histoire, mais aussi d&#8217;un divorce \u00e9conomique (la Wallonie conna\u00eet la r\u00e9cession \u00e9conomique) et politique (d\u00e9j\u00e0, un syst\u00e8me double de partis est en place, ce qui ne facilite gu\u00e8re la prise en compte de l&#8217;int\u00e9r\u00eat national). Les extr\u00e9mistes flamands esp\u00e8rent voir dispara\u00eetre un royaume \u00ab artificiel \u00bb et se focalisent dans l&#8217;imm\u00e9diat sur le statut de la communaut\u00e9 bruxelloise et de ses votants francophones. Quant aux d\u00e9fenseurs d&#8217;un Etat commun, m\u00eame lucides sur la n\u00e9cessit\u00e9 de nouvelles \u00e9volutions institutionnelles, beaucoup r\u00e9agissent d&#8217;abord sur le mode de l&#8217;indignation aux revendications nationalistes flamandes et par un blocage pur et simple qui revient \u00e0 ne pas entamer le d\u00e9bat institutionnel n\u00e9cessaire. Enfin, la royaut\u00e9 belge y joue aussi son avenir : une crise \u00e0 la fois historique, identitaire, institutionnelle, politique et sociale.<\/p>\n<p><strong> Wallonie rouge <\/strong><\/p>\n<p>Quelle est la profondeur des revendications tendant vers une s\u00e9paration accrue ? Par qui est-elle port\u00e9e ? Pour le trotskiste belge Fran\u00e7ois Vercammen, membre du bureau ex\u00e9cutif de la 4e Internationale, il existe un mouvement flamand classique et un mouvement wallon plus r\u00e9cent qui sont essentiellement des mouvements populaires, f\u00e9cond\u00e9s par des pr\u00e9occupations culturelles, socio-\u00e9conomiques, socio-culturelles. Cependant, \u00ab le nouveau mouvement flamand, celui qui p\u00e8se de tout son poids aujourd&#8217;hui sur les institutions de l&#8217;Etat, est un mouvement typiquement bourgeois. Il est le r\u00e9sultat de l&#8217;envol\u00e9e \u00e9conomique de la Flandre depuis les ann\u00e9es 1960, de la formation d&#8217;une riche couche d&#8217;industriels, d&#8217;entrepreneurs, de banquiers, de professions lib\u00e9rales. Ces couches sociales veulent f\u00e9d\u00e9raliser l&#8217;Etat pour renforcer leur pouvoir en tant que (partie de la) classe dominante \u00bb. De fait, selon une analyse partag\u00e9e \u00e0 gauche de la gauche en Belgique, une scission du pays servirait la bourgeoisie flamande souhaitant se d\u00e9barrasser de la \u00ab Wallonie rouge \u00bb d\u00e9sindustrialis\u00e9e.<\/p>\n<p>La critique porte en outre de fa\u00e7on r\u00e9currente sur le jeu des partis se partageant le g\u00e2teau des places institutionnelles. \u00ab La population belge est r\u00e9solument tenue \u00e0 l&#8217;\u00e9cart de la discussion, qui se d\u00e9roule enti\u00e8rement dans le cadre des institutions en crise \u00bb, proteste l&#8217;Initiative communiste ouvri\u00e8re belge (ICO) dans un texte intitul\u00e9 \u00ab Comment sortir de la crise belge ? Un point de vue communiste \u00bb (1). ICO analyse : \u00ab Il faut garder en m\u00e9moire que le vote obligatoire tend, en Belgique, \u00e0 masquer le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat et le d\u00e9go\u00fbt pour la classe politique. Il escamote la crise institutionnelle en conf\u00e9rant une l\u00e9gitimit\u00e9 factice aux politiciens \u00e9lus, qui disposent des suffrages \u00e0 leur guise de fa\u00e7on plus ostensible encore que dans d&#8217;autres pays. Il suffit de voir leur refus unanime d&#8217;un r\u00e9f\u00e9rendum sur l&#8217;avenir de la Belgique&#8230; \u00bb  Le mouvement r\u00e9clame notamment un r\u00e9f\u00e9rendum afin de ne pas laisser les partis g\u00e9rer seuls la crise en cours et le partage des postes qu&#8217;entra\u00eenerait \u00e0 leur profit une nouvelle juxtaposition de structures institutionnelles de type conf\u00e9d\u00e9ral. ICO r\u00e9clame par ailleurs l&#8217;abolition d&#8217;une monarchie qui tire actuellement profit de la crise pour se rel\u00e9gitimer et faire oublier divers scandales financiers ; et en appelle \u00e0 l&#8217;unit\u00e9 de la classe ouvri\u00e8re, en d\u00e9pit de la faiblesse de luttes sociales sur le terrain. <\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 de la LCR belge, le constat se veut nuanc\u00e9. Pour David Dessers (tr\u00e8s impliqu\u00e9 dans la dynamique altermondialiste et les forums sociaux), il faut se m\u00e9fier de la vision simpliste de deux camps calqu\u00e9s sur la division entre classes sociales. Il note en effet un conflit au sein de la classe dominante \u00e0 propos de l&#8217;int\u00e9r\u00eat d&#8217;une scission : il y a bien, surtout en Flandre, \u00ab une fraction de plus en plus forte qui souhaite que le d\u00e9mant\u00e8lement partiel de l&#8217;Etat belge lui permette de jeter aux orties toute une s\u00e9rie de compromis sociaux caract\u00e9ristiques de la \u00abvieille Belgique\u00bb. Lorsque les partis flamands pr\u00e9sents \u00e0 la table de n\u00e9gociation proposent aujourd&#8217;hui de scinder le march\u00e9 du travail, il va de soi que leur intention explicite est de d\u00e9manteler les statuts du travail ainsi que les allocations sociales, t\u00e2che qui leur semble plus facile \u00e0 r\u00e9aliser dans le cadre socio-\u00e9conomique flamand que dans le cadre belge \u00bb. Mais il faut distinguer par ailleurs \u00ab une fraction belgiciste, unitariste, derri\u00e8re la F\u00e9d\u00e9ration des entreprises de Belgique (FEB) et le Palais royal, notamment \u00bb, dont l&#8217;existence est due au fait que, \u00e0 l&#8217;exportation par exemple, l&#8217;outil \u00e9tatique belge f\u00e9d\u00e9ral reste consid\u00e9r\u00e9 comme un atout par une partie de la bourgeoisie \u00e9conomique belge. <\/p>\n<p>Le Parti communiste belge de Wallonie et Bruxelles, lui, se d\u00e9clare confiant dans la r\u00e9solution finale de la crise actuelle par les n\u00e9gociateurs politiques, envisageant la r\u00e9ussite d&#8217;un remodelage institutionnel probable mixant davantage le f\u00e9d\u00e9ralisme existant avec des \u00e9l\u00e9ments suppl\u00e9mentaires de conf\u00e9d\u00e9ralisme (2). Et, comme les autres forces progressistes, il insiste sur l&#8217;enjeu \u00e9conomique et social et les risques de d\u00e9mant\u00e8lement de l&#8217;Etat social \u00e0 la faveur d&#8217;une telle r\u00e9forme. Dans un communiqu\u00e9 officiel dat\u00e9 du 18 octobre, le PCB r\u00e9affirme ainsi son attachement \u00ab \u00e0 un f\u00e9d\u00e9ralisme d\u00e9mocratique, luttant pour des r\u00e9formes de structures progressistes \u00bb. Et appelle ses <\/p>\n<p>militants et sympathisants \u00e0 se ranger derri\u00e8re la p\u00e9tition \u00ab Sauvons la solidarit\u00e9&#8230; \u00bb initi\u00e9e par la F\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale des travailleurs belges (FGTB). Pour le PCB, \u00ab n&#8217;en d\u00e9plaise aux principaux responsables politiques francophones, unis dans un front interclassiste fragile et sans substance, tant\u00f4t referm\u00e9s sur le \u00abnon\u00bb \u00e0 tout, tant\u00f4t c\u00e9dant \u00e0 la surench\u00e8re d\u00e9magogique, nous r\u00e9p\u00e9tons que la gauche doit en revenir \u00e0 ses fondamentaux, donner un contenu \u00e0 de nouvelles et n\u00e9cessaires avanc\u00e9es sociales, d\u00e9mocratiques et \u00e9cologiques \u00bb.<\/p>\n<p><strong> Disjonctions <\/strong><\/p>\n<p>De fait, c&#8217;est autour de la p\u00e9tition \u00ab Sauvons la solidarit\u00e9 \u00bb de la FGTB (3) que se rassemblent actuellement les militants de gauche. Certes, la FGTB a elle-m\u00eame souffert de la division croissante du pays, par exemple lors de la s\u00e9paration de sa f\u00e9d\u00e9ration de la m\u00e9tallurgie sur une base linguistique, entra\u00eenant un gonflement de la bureaucratie, disjonction des luttes, voire des positions ponctuellement contradictoires. Mais le syndicalisme reste la base de rassemblement la plus coh\u00e9rente pour la gauche \u00e9clat\u00e9e linguistiquement dans le contexte actuel : il s&#8217;agit de repolitiser le d\u00e9bat, ind\u00e9pendamment de r\u00e9ajustages institutionnels envisag\u00e9s (faisant moins d\u00e9bat, ou \u00e9tant sources de dissentiments), et de se recentrer sur les enjeux sociaux imm\u00e9diats, autour des r\u00e9gimes de l&#8217;Etat-providence.  K.G<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b046, d\u00e9cembre 2007<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Que reste-t-il de la belgitude ? 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