{"id":3002,"date":"2007-11-01T00:00:00","date_gmt":"2007-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/luttes-sociales-mouvement3002\/"},"modified":"2007-11-01T00:00:00","modified_gmt":"2007-10-31T23:00:00","slug":"luttes-sociales-mouvement3002","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3002","title":{"rendered":"Luttes sociales, mouvement politique ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Comment transformer la contestation sociale en mouvement politique ? Plaidoyer pour une convergence des luttes. <\/p>\n<p>Avec la rentr\u00e9e sociale, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 novembre-d\u00e9cembre 1995 est dans toutes les t\u00eates. Ce fut, il est vrai, une mobilisation massive et de longue dur\u00e9e, avec un large soutien populaire et l&#8217;engagement de nombreux intellectuels. Si comparaison n&#8217;est pas raison, on peut au moins anticiper, pour appr\u00e9hender les luttes actuelles, l&#8217;une des failles de la mobilisation de 1995 : le \u00ab d\u00e9bouch\u00e9 politique \u00bb. Pour celles et ceux qui feraient remarquer que le mouvement social n&#8217;est pas bouch\u00e9, disons-le  autrement : quelle traduction dans le champ politique de la contestation ? Quelle r\u00e9plique de la lutte sociale en termes d&#8217;alternative, formul\u00e9e dans l&#8217;espace politique institutionnel, permettant de donner de la perspective et de porter dans la dur\u00e9e la transformation sociale ? En 1995, seul l&#8217;espace de la contestation a \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement occup\u00e9. La gauche de gauche n&#8217;a pas su s&#8217;appuyer sur la mobilisation pour faire mouvement politique. Depuis les \u00e9lections pr\u00e9sidentielle et l\u00e9gislatives de 2007, les partisans d&#8217;une alternative \u00e0 gauche attendent, esp\u00e8rent la riposte sociale, sans laquelle rien n&#8217;est possible. Mais si elle est au rendez-vous, comment transformer l&#8217;essai ?<\/p>\n<p><strong> UNIFICATIONS DES OPPRIMES <\/strong><\/p>\n<p>Pour y parvenir, l&#8217;un des enjeux fondamentaux r\u00e9side dans le travail d&#8217;unification des cat\u00e9gories opprim\u00e9es. La rentr\u00e9e est de ce point de vue exemplaire : la lutte se d\u00e9ploie sur plusieurs fronts : d\u00e9fense des immigr\u00e9s contre la nouvelle loi visant \u00e0 les traquer, salari\u00e9s du public en gr\u00e8ve car menac\u00e9s par la r\u00e9forme des r\u00e9gimes sp\u00e9ciaux, mobilisation contre la franchise m\u00e9dicale&#8230; La convergence de ces combats est cruciale. Car, malheureusement, les efforts incessants de la bourgeoisie et des classes dominantes pour diviser le prol\u00e9tariat et les cat\u00e9gories opprim\u00e9es portent de nos jours leurs fruits. Comme le disait Gramsci, la<em> \u00ab tendance \u00e0 l&#8217;unification <\/em> [du prol\u00e9tariat]<em> est continuellement bris\u00e9e par l&#8217;initiative des groupes dominants \u00bb <\/em>. Nicolas Sarkozy excelle dans ce jeu d&#8217;opposition : les salari\u00e9s du public contre ceux du priv\u00e9 (celles et ceux qui b\u00e9n\u00e9ficient des r\u00e9gimes sp\u00e9ciaux sont qualifi\u00e9s de \u00ab privil\u00e9gi\u00e9s \u00bb), les jeunes des banlieues contre ceux \u00ab bien \u00e9lev\u00e9s, propres sur eux \u00bb, les Fran\u00e7ais contre les immigr\u00e9s, etc. Ce discours fonctionne d&#8217;autant que, comme par un effet de balancier, l&#8217;unification des cat\u00e9gories sociales vaincues du syst\u00e8me a nettement recul\u00e9. Or elle est fondamentale pour la transformation sociale. L&#8217;\u00e9mancipation des exploit\u00e9s devant \u00eatre le travail des exploit\u00e9s eux-m\u00eames, la recherche d&#8217;une autonomie des classes subalternes doit constituer une pr\u00e9occupation majeure, si ce n&#8217;est notre t\u00e2che premi\u00e8re. De la \u00ab classe en soi \u00bb \u00e0 la \u00ab classe pour soi \u00bb : le chemin est long, surtout quand il est \u00e0 refaire. <\/p>\n<p><strong> UNE VISION GLOBALE <\/strong><\/p>\n<p>Reconstruire une conscience collective, comme autrefois celle de la classe ouvri\u00e8re, est une t\u00e2che incontournable et difficile. Les cat\u00e9gories dominantes cherchent ce qui clive pour mieux dominer, nous devons travailler au contraire ce qui unifie les domin\u00e9s pour mieux casser toutes les formes d&#8217;ali\u00e9nation. Pour cela, nous avons besoin d&#8217;un nouvel imaginaire politique. Cet imaginaire doit entra\u00eener l&#8217;ensemble des domin\u00e9s. Relier toutes les luttes \u00e9mancipatrices, voil\u00e0 l&#8217;enjeu. Une articulation entre ces diff\u00e9rents combats doit primer sur leur hi\u00e9rarchisation : en clair, en finir avec l&#8217;id\u00e9e \u00ab l&#8217;anti-capitalisme d&#8217;abord, le reste viendra naturellement ensuite \u00bb. Anti-capitalisme, \u00e9cologie, f\u00e9minisme, anti-racisme : tous ces combats doivent \u00eatre solidaires les uns des autres. Ils proc\u00e8dent d&#8217;une vision coh\u00e9rente de la transformation sociale qui doit \u00eatre donn\u00e9e \u00e0 voir. Il faut repolitiser ces questions, les mettre en lien les unes avec les autres pour d\u00e9gager une coh\u00e9rence d&#8217;ensemble. Cr\u00e9er du liant l\u00e0 o\u00f9 la pens\u00e9e unique atomise et, disait Pierre Bourdieu,<em> \u00ab d\u00e9fataliser \u00bb <\/em> en politisant. <\/p>\n<p>Or, inutile de masquer l&#8217;inqui\u00e9tude : depuis la fin des \u00ab grandes id\u00e9ologies \u00bb, il y a une mont\u00e9e des luttes sectorielles. C&#8217;est d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 une bonne nouvelle car cela a permis de faire \u00e9merger dans la soci\u00e9t\u00e9 des probl\u00e9matiques longtemps ignor\u00e9es  ou : aujourd&#8217;hui encore&#8230; : jug\u00e9es secondaires, y compris dans le mouvement ouvrier. Mais cette r\u00e9alit\u00e9 est potentiellement un pi\u00e8ge : il y a besoin d&#8217;une vision globale pour penser la transformation sociale et mettre durablement en mouvement et en convergence des forces, \u00e0 commencer par les cat\u00e9gories opprim\u00e9es. On combat d&#8217;autant plus et d&#8217;autant mieux que l&#8217;on a une id\u00e9e de ce que l&#8217;on veut mettre \u00e0 la place. Les \u00e9checs des exp\u00e9riences du XXe si\u00e8cle se r\u00e9clamant du socialisme r\u00e9el ont consid\u00e9rablement affaibli, partout dans le monde, les forces qui veulent changer la soci\u00e9t\u00e9 et combattent le capitalisme. Mesurons l&#8217;onde de choc immense qu&#8217;a constitu\u00e9e l&#8217;\u00e9chec du sovi\u00e9tisme sur le plan g\u00e9opolitique et id\u00e9ologique. Si les tentatives de mise en place d&#8217;une alternative au capitalisme se sont sold\u00e9es par des r\u00e9gimes liberticides et appauvrissants, pendant que le capitalisme pr\u00e9tendait apporter richesses \u00e9conomiques et d\u00e9mocratie, la messe n&#8217;est-elle pas dite ? Avec la chute du mur de Berlin, l&#8217;id\u00e9e de la fin de l&#8217;Histoire s&#8217;est install\u00e9e. Qu&#8217;on le veuille ou non, elle p\u00e8se sur toutes celles et ceux qui se r\u00e9clament de la transformation sociale. R\u00e9sultat, dans les d\u00e9mocraties occidentales, on assiste peu \u00e0 peu \u00e0 une alternance molle entre deux forces d&#8217;accompagnement du lib\u00e9ralisme \u00e9conomique. Sur les retraites, il est symptomatique que la force la plus importante \u00e0 gauche, le PS, ne remette pas en cause la r\u00e9vision des r\u00e9gimes sp\u00e9ciaux (mais plut\u00f4t la m\u00e9thode, le manque de concertation), validant largement l&#8217;id\u00e9e que le syst\u00e8me ne peut pas tenir et qu&#8217;il faudra faire des efforts. Aux Etats-Unis, cela fait longtemps que deux courants \u00e0 la proximit\u00e9 id\u00e9ologique forte se partagent \u00e0 tour de r\u00f4le le pouvoir. En Europe, la gauche perd du terrain, quand elle ne tend pas \u00e0 \u00eatre quasiment ray\u00e9e de la carte. Car l&#8217;autre \u00e9chec, dont on parle moins, est aussi celui de la social-d\u00e9mocratie, du \u00ab blairisme \u00bb en Grande-Bretagne au mod\u00e8le scandinave (souvent pris en exemple mais si mal connu&#8230;). Ce double \u00e9chec \u00e0 gauche p\u00e8se sur nos dynamiques sociales et politiques. Les marcheurs et gr\u00e9vistes de ces derni\u00e8res semaines donnent du souffle. Ce souffle sera-t-il politiquement port\u00e9 ? <\/p>\n<p>C.A.<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b045, Novembre 2007<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Comment transformer la contestation sociale en mouvement politique ? 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