{"id":2999,"date":"2007-11-01T00:00:00","date_gmt":"2007-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/mouvements-sociaux-la-tension2999\/"},"modified":"2007-11-01T00:00:00","modified_gmt":"2007-10-31T23:00:00","slug":"mouvements-sociaux-la-tension2999","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2999","title":{"rendered":"Mouvements sociaux, la tension monte"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Ne pas faire d&#8217;id\u00e9ologie, \u00eatre pragmatique et engager les r\u00e9formes \u00e0 un rythme effr\u00e9n\u00e9&#8230; la m\u00e9thode Sarkozy arrivera-t-elle \u00e0 tuer toute r\u00e9sistance ? Rencontres avec quelques mouvements embl\u00e9matiques d&#8217;une contestation qui se met en ordre de bataille. <\/p>\n<p>\u00ab<em> C&#8217;est vrai que le mouvement a un peu le souffle coup\u00e9 \u00bb <\/em>, admet Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole du DAL.<em> \u00ab Nous changeons compl\u00e8tement de paradigme avec Sarkozy pr\u00e9sident <\/em>, compl\u00e8te Jean-Claude Amara, porte-parole de Droits Devant !<em> Les masques tombent, les rafles de sans-papiers se banalisent, la stigmatisation fait des ravages et on th\u00e9orise le Bien et le Mal. \u00bb <\/em><em> \u00ab L&#8217;apparition d&#8217;une forme de chasse aux sorci\u00e8res montre comment le n\u00e9olib\u00e9ralisme fonctionne avec des discours autoritaires et s\u00e9curitaires \u00bb <\/em>, entend-on \u00e0 la Coordination des intermittents et des pr\u00e9caires d&#8217;Ile-de-France (CIP-IDF). M\u00eame son de cloche \u00e0 R\u00e9seau \u00e9ducation sans fronti\u00e8res Paris (RESF) :<em> \u00ab Nous avons la t\u00eate dans le guidon <\/em>, annonce Pierre Cordelier.<em> Les sollicitations se multiplient. Brice Hortefeux a promis d&#8217;agir \u00absans \u00e9tats d&#8217;\u00e2me aucun\u00bb, c&#8217;est en effet ce qu&#8217;il fait. Une vraie trouille s&#8217;installe, chez les parents, dans les \u00e9coles. \u00bb <\/em> Pour Marc Moreau, du collectif d&#8217;AC !,<em> \u00ab nous sommes face \u00e0 des enjeux extr\u00eamement importants. Quand Sarkozy choisit les bras de fer et la confrontation, il y a une tentation de nous casser les dents comme Thatcher avec les mineurs. En 2003, cela avait pouss\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9puisement. Il est difficile de dire ce qui peut se passer maintenant. \u00bb <\/em><\/p>\n<p><strong> Pragmatisme ? <\/strong><\/p>\n<p>Le mouvement social, dont quelques repr\u00e9sentants s&#8217;expriment ici, est \u00e0 l&#8217;unisson sur le constat : en substance, Nicolas Sarkozy et son gouvernement tapent dur et la mise en ordre de bataille est \u00e0 l&#8217;ordre du jour. Mais de quelle mani\u00e8re ? Le pr\u00e9sident fra\u00eechement \u00e9lu a adopt\u00e9 un discours du pragmatisme accol\u00e9 \u00e0 un rythme d\u00e9ment de r\u00e9formes qui pourrait emp\u00eacher d&#8217;analyser, peser et n\u00e9gocier. Un bon moyen pour couper court \u00e0 toute bataille id\u00e9ologique et pousser les diff\u00e9rents mouvements dans leurs retranchements. Face \u00e0 cela, les discours sur les m\u00e9thodes de lutte vont bon train avec, en toile de fond, une forme nouvelle de militantisme qui r\u00e9cemment a donn\u00e9 des r\u00e9sultats significatifs, tout en faisant grincer des dents : G\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9caire sur les stages, Jeudi Noir et Don Quichotte sur le logement, pour ne citer que les plus embl\u00e9matiques&#8230; Leurs points communs : une grande m\u00e9diatisation et peu d&#8217;aspiration pour se positionner politiquement au-del\u00e0 du pr\u00e9 carr\u00e9 de leur revendication. Comme le dit Julien Bayou, cofondateur de G\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9caire puis de Jeudi Noir, ces militants-l\u00e0 ont une vraie inclination pour le&#8230; pragmatisme.<em> \u00ab La chance du mouvement social serait d&#8217;opposer au pragmatisme de Sarkozy le pragmatisme d&#8217;une expertise, d&#8217;une contre-proposition \u00bb <\/em>, estime Julien Bayou. A Act Up-Paris, qui a toujours cherch\u00e9 \u00e0 mener de front une bataille pragmatique sur la question du sida tout en d\u00e9fendant une vision politique et plus globale des questions, on raille le pr\u00e9tendu pragmatisme gouvernemental.<em> \u00ab On rencontre des tonnes de conseillers techniques, comme jamais, mais il ne s&#8217;agit pas de rendez-vous de travail <\/em>, souligne Emmanuel Ch\u00e2teau, copr\u00e9sident d&#8217;Act Up-Paris.<em> Cela conduit \u00e0 une impossibilit\u00e9 de parler des sujets de fond. On ne parle jamais des effets marginaux de leurs politiques. C&#8217;est le pragmatisme comme \u00e9tendard mais c&#8217;est en r\u00e9alit\u00e9 une politique du vide. \u00bb <\/em> Quant aux groupes eux-m\u00eames et leur positionnement, le discours d&#8217;Act Up est tr\u00e8s clair :<em> \u00ab Pour que le discours soit fort et pertinent, il ne faut jamais perdre de vue d&#8217;o\u00f9 l&#8217;on vient. Il est n\u00e9cessaire d&#8217;avoir une connaissance forte du sida. On a d\u00fb retourner \u00e0 ce socle que beaucoup de militants ne ma\u00eetrisaient plus car il est plus facile de s&#8217;approprier l&#8217;approche g\u00e9n\u00e9rale d&#8217;Act Up, qui est la plus politique. Il faut reprendre les sujets et se les r\u00e9approprier \u00e0 la premi\u00e8re personne. La confrontation du particulier et du g\u00e9n\u00e9ral doit \u00eatre constante. \u00bb <\/em><\/p>\n<p><strong> Expertise <\/strong><\/p>\n<p>Par ailleurs, la concertation brandie comme cl\u00e9 du dialogue social ne leurre personne.<em> \u00ab C&#8217;est du pipeau. Personne n&#8217;est dupe, m\u00eame pas les membres du gouvernement. Leur pari : \u00e7a passe ou \u00e7a casse \u00bb <\/em>, entend-on \u00e0 la CIP-IDF. C&#8217;est d&#8217;ailleurs pour cette raison que AC ! n&#8217;a pas encore d\u00e9cid\u00e9 s&#8217;il participera au Grenelle de l&#8217;insertion lanc\u00e9 par Martin Hirsh, haut commissaire aux solidarit\u00e9s actives contre la pauvret\u00e9, ex d&#8217;Emma\u00fcs reconverti chez Fran\u00e7ois Fillon.<em> \u00ab Ce Grenelle r\u00e9unira des syndicats et des associations caritatives <\/em>, juge Marc Moreau d&#8217;AC !.<em> Je crains que les syndicats ne fassent pas grand-chose et que les associations caritatives l&#8217;utilisent simplement pour redorer leur blason. Or la question de l&#8217;insertion, c&#8217;est la sant\u00e9, le logement, les papiers et le revenu. \u00bb <\/em><em> \u00ab Face \u00e0 leurs m\u00e9thodes, est-il pertinent de poursuivre une approche de lobby ? Comment radicaliser le rapport de force ? Faut-il faire plus d&#8217;action publique ? \u00bb <\/em> s&#8217;interroge Emmanuel Ch\u00e2teau.<em> \u00ab Aujourd&#8217;hui, on a des rendez-vous avec des conseillers qui ne prennent m\u00eame plus de notes, ils organisent ces rendez-vous pour pr\u00e9tendre qu&#8217;ils nous re\u00e7oivent mais c&#8217;est pour la forme et le tout avec un cynisme incroyable. Ils s&#8217;en foutent totalement de ce qu&#8217;on vient leur raconter. Il n&#8217;y a aucun rapport de force. C&#8217;est aussi une situation tr\u00e8s d\u00e9routante et inqui\u00e9tante d&#8217;un point de vue d\u00e9mocratique car c&#8217;est une rupture avec la soci\u00e9t\u00e9 civile. Mais cela a conduit \u00e0 recr\u00e9er des fronts communs, par exemple, en ce qui nous concerne, avec les principales associations sida. Nous avons adopt\u00e9 une strat\u00e9gie commune contre les franchises. \u00bb <\/em> <\/p>\n<p>L&#8217;acc\u00e8s aux m\u00e9dias, la capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper une expertise diff\u00e9rente para\u00eet \u00e9galement assez difficile dans cette p\u00e9riode.<em> \u00ab Sarkozy dit des b\u00eatises \u00e9normes sans que les m\u00e9dias le reprennent ou v\u00e9rifient ses propos. Les m\u00e9dias sont focalis\u00e9s sur lui, il n&#8217;y a aucune \u00e9coute de notre parole et de notre expertise \u00bb <\/em>, constate-t-on \u00e0 Act Up. Ce qui ne facilite pas l&#8217;objectif commun des structures militantes,<em> \u00ab passer du \u00abcontre\u00bb au \u00abpour\u00bb, de la d\u00e9fensive \u00e0 l&#8217;offensive&#8230; \u00bb <\/em>, r\u00e9sume Jean-Claude Amara, de Droits Devant.<em> \u00ab La droite engage des r\u00e9formes brutales qui risquent quand m\u00eame de soulever une partie de la population. Nous esp\u00e9rons que les couches populaires et pr\u00e9caires vont se r\u00e9veiller \u00bb <\/em>, lance Jean-Baptiste Eyraud. Une esp\u00e9rance dont certaines structures b\u00e9n\u00e9ficient d\u00e9j\u00e0. Pour Pierre Cordelier, de RESF, les derniers mois ont plut\u00f4t renforc\u00e9 l&#8217;engagement des militants.<em> \u00ab On a de plus en plus d&#8217;appels. Quand on a fond\u00e9 le r\u00e9seau, sur le scandale des jeunes majeurs expuls\u00e9s, le pari \u00e9tait d&#8217;attirer des personnes en dehors des cercles militants. Cela a march\u00e9 et marche encore. Beaucoup viennent \u00e0 RESF \u00e0 partir de l&#8217;\u00e9motion mais il y a une maturation politique progressive. \u00bb <\/em> <\/p>\n<p><strong> Convergences <\/strong><\/p>\n<p>Le pi\u00e8ge, c&#8217;est que chaque groupe parte bille en t\u00eate d\u00e9fendre sa chapelle. Le gouvernement l&#8217;a bien compris en lan\u00e7ant en m\u00eame temps une multitude de r\u00e9formes, obligeant ces mouvements \u00e0 trouver rapidement comment y r\u00e9pondre. A les \u00e9couter pourtant, il semble que l&#8217;on est \u00e0 l&#8217;heure de la lucidit\u00e9. Lucidit\u00e9 du peu d&#8217;\u00e9cho de ces mouvements, de la difficult\u00e9 \u00e0 contrer la politique en cours, mais aussi de l&#8217;\u00e9tat de la gauche. En cause encore une fois, l&#8217;\u00e9parpillement des forces.<em> \u00ab On a deux solutions : soit on attend une lassitude m\u00e9diatique pour r\u00e9cup\u00e9rer un peu d&#8217;espace, soit un mouvement d&#8217;ampleur l&#8217;imposera \u00bb <\/em>, juge Emmanuel Ch\u00e2teau.<em> \u00ab Sarkozy ma\u00eetrise l&#8217;agenda et la r\u00e9forme. Alors chacun se retrouve face \u00e0 ses propres urgences et est tent\u00e9 de travailler en ordre dispers\u00e9. Ce qui explique que la question des franchises soit pass\u00e9e \u00e0 la trappe, les syndicats \u00e9tant mobilis\u00e9s sur les retraites. Charge \u00e0 nous de produire un discours coh\u00e9rent pour relier plusieurs \u00e9v\u00e9nements politiques \u00bb <\/em>, poursuit le militant d&#8217;Act up. Le constat est parfois plus dur.<em> \u00ab Selon moi, il y a une sorte de mol\u00e9cularisation des luttes <\/em>, estime Ludovic Prieur, d&#8217;HNS.<em> Il suffit de regarder ce qui \u00e9tait organis\u00e9 \u00e0 la mi-octobre. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9 la manif contre les franchises, de l&#8217;autre celle sur les retraites, une autre contre les OGM. Les luttes sont atomis\u00e9es, elle se font \u00e9cho mais c&#8217;est un \u00e9cho sourd. \u00bb <\/em> Jean-Claude Amara pense, lui,  que c&#8217;est aux associations plus anciennes de s&#8217;ouvrir aux nouveaux mouvements.<em> \u00ab Le th\u00e8me des convergences est absolument fondamental, m\u00eame pour ceux qui refusent de voir le caract\u00e8re global des probl\u00e9matiques singuli\u00e8res <\/em>, estime Jean-Claude Amara.<em> Il faut sortir de nos associations, de nos r\u00e9seaux, interpeller \u00abla citoyennet\u00e9 silencieuse\u00bb. Beaucoup de gens sont indign\u00e9s, mais c&#8217;est la pire des indignations, c&#8217;est l&#8217;indignation rentr\u00e9e, dont l&#8217;expression ne se concr\u00e9tise pas. Il faut reprendre notre fonction d&#8217;\u00e9largissement, d&#8217;interpellation, d&#8217;information de gens qui sont \u00e9cras\u00e9s par des m\u00e9dias manipulateurs. Je veux bien d\u00e9filer de Bastille \u00e0 Nation, mais pas si c&#8217;est pour ranger sagement sa petite banderole \u00e0 la fin. Il faut sortir du caract\u00e8re boutiquier du mouvement social. \u00bb <\/em> <\/p>\n<p><strong> Atomisation <\/strong><\/p>\n<p>Et la relation aux syndicats dans tout cela ? Les sentiments sont m\u00e9lang\u00e9s, entre d\u00e9ception et m\u00e9fiance m\u00eame si l&#8217;interp\u00e9n\u00e9tration des syndicats et des mouvements est forte. Pour la Coordination des intermittents et des pr\u00e9caires d&#8217;Ile-de-France, les syndicats sont carr\u00e9ment<em> \u00ab les auteurs de la destruction de droits sociaux. En 2003, quand la CFDT a sign\u00e9 le nouveau protocole de l&#8217;intermittence, ils ont clairement cass\u00e9 du droit \u00bb <\/em>. Pour Julien Bayou, de Jeudi Noir,<em> \u00ab l&#8217;atonie est profonde. M\u00eame en 2006, avec le CPE, les syndicats n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement l\u00e0, il se sont content\u00e9s de courir apr\u00e8s le mouvement, un peu comme les partis d&#8217;opposition. J&#8217;y vois un biais g\u00e9n\u00e9rationnel. L&#8217;attente tr\u00e8s forte de pragmatisme des jeunes d\u00e9stabilise les vieux acteurs. Leur atonie vient aussi de l\u00e0, de l&#8217;absence de r\u00e9ponse au pragmatisme \u00bb <\/em>. Marc Moreau, d&#8217;AC !, est moins radical m\u00eame s&#8217;il<em> \u00ab ne compte pas tant que cela sur les syndicats mais plut\u00f4t sur l&#8217;intelligence collective \u00bb <\/em>.<em> \u00ab Ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es ont montr\u00e9 des exp\u00e9riences collectives, sur le logement ou les franchises. \u00bb <\/em> Pierre Cordelier (RESF Paris),  syndicaliste, se dit lui aussi d\u00e9\u00e7u : si les syndicats soutiennent RESF, leur investissement est tr\u00e8s limit\u00e9 alors qu&#8217;ils pourraient apporter beaucoup \u00e0 ce type de r\u00e9seau. Et \u00e0 Act Up-Paris, on craint que les syndicats ne prennent pas \u00e0 bras-le-corps la lutte contre les franchises m\u00e9dicales, pour se r\u00e9server au chantier plus global de la s\u00e9curit\u00e9 sociale, qui devrait s&#8217;ouvrir au premier semestre 2008. <\/p>\n<p>La r\u00e9cente s\u00e9quence politique \u00e0 la gauche de la gauche a aussi laiss\u00e9 des traces.<em> \u00ab Chacun doit balayer devant sa porte sur les responsabilit\u00e9s ant\u00e9rieures, <\/em> commente Jean-Marc Eyraud.<em> Le r\u00e9sultat infructueux de la recherche d&#8217;un candidat de l&#8217;antilib\u00e9ralisme nous a fait du mal. Cela p\u00e8se aujourd&#8217;hui dans le climat et ralentit la dynamique. Il faut ajouter \u00e0 cela les man\u0153uvres du gouvernement, qui a essay\u00e9 de d\u00e9baucher, jusque dans nos rangs ! \u00bb <\/em><em> \u00ab Surtout qu&#8217;au-del\u00e0 de la pr\u00e9sidentielle <\/em>, compl\u00e8te Ludovic Prieur du r\u00e9seau HNS,<em> il n&#8217;y a eu aucun accord pour les l\u00e9gislatives et les municipales, ni pour d\u00e9fendre un agenda commun des luttes. Cela aussi participe au sarkozysme. \u00bb <\/em><em> \u00ab C&#8217;est une \u00e9vidence que l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, les divisions entre le PCF, la LCR, les collectifs antilib\u00e9raux ne favorisent pas l&#8217;unit\u00e9 du mouvement social, <\/em> confirme Jean-Claude Amara.<em> Et les municipales ne favoriseront pas les convergences au niveau de la gauche antilib\u00e9rale. \u00bb <\/em> <\/p>\n<p>Avec la manif du 18 octobre, et apr\u00e8s les mobilisations contre l&#8217;amendement ADN, les franchises m\u00e9dicales, on pense \u00e9videmment au mouvement de 1995, survenu sept mois \u00e0 peine apr\u00e8s l&#8217;\u00e9lection de Jacques Chirac. Jean-Claude Amara se rappelle.<em> \u00ab En fait, le front commun a dur\u00e9 jusqu&#8217;au gouvernement Jospin en 1997. C&#8217;est pour \u00e7a que je suis assez optimiste sur le front actuel. L&#8217;identit\u00e9 nationale et les tests d&#8217;ADN renvoient aux p\u00e9riodes les plus sombres de l&#8217;histoire. Face \u00e0 cela, des r\u00e9seaux se constituent, comme Uni(e)s contre une immigration jetable. On sent qu&#8217;il y a un d\u00e9sir de constituer un front commun contre la politique men\u00e9e par Sarkozy. \u00bb <\/em> Ainsi \u00e0 Droits Devant, la campagne pour les travailleurs sans papiers se veut comme un moyen de retrouver une alliance avec les syndicats.<em> \u00ab Depuis 1995, le mouvement social a affirm\u00e9 son caract\u00e8re politique. Aujourd&#8217;hui le r\u00f4le des appareils politiques devrait \u00eatre de relayer et de soutenir et non pas d&#8217;instrumentaliser, ce qu&#8217;il a tendance \u00e0 faire. Les politiques participent r\u00e9ellement \u00e0 cette d\u00e9gradation du mouvement social. \u00bb <\/em><\/p>\n<p>A un moment o\u00f9 la gauche : de gouvernement et antilib\u00e9rale : para\u00eet faible et peu press\u00e9e de s&#8217;unir <em> \u00ab doit-on attendre la fin de tous les congr\u00e8s des partis fin 2008 ? \u00bb <\/em> nous glisse-t-on), de nombreux travaux de r\u00e9flexion sont men\u00e9s en interne, tels \u00ab Le monde r\u00e9enchant\u00e9 de Nicolas Sarkozy \u00bb, un atelier de critique et d&#8217;analyse du discours politique organis\u00e9 \u00e0 la CIP-IDF.  Partout on cherche \u00e0 comprendre, \u00e9valuer, analyser<em> \u00ab l&#8217;intensit\u00e9 des r\u00e9formes lib\u00e9rales qui vont \u00eatre men\u00e9es par le nouveau gouvernement \u00bb <\/em>, comme le rappelle Jean-Marc Eyraud. Surtout qu&#8217;elles s&#8217;accompagneront, on le sait, de mesures r\u00e9pressives dans la suite logique de ce que les mouvements sociaux ont d\u00fb affronter lors du dernier quinquennat. Ce travail d&#8217;analyse, qui demande du temps et qui doit \u00eatre men\u00e9 alors m\u00eame que l&#8217;agenda des r\u00e9formes contraint des mouvements et associations \u00e0 occuper le terrain, para\u00eet pour beaucoup n\u00e9cessaire \u00e0 la cr\u00e9ation de nouvelles alliances \u00e0 gauche. Surtout que le discours de Sarkozy, celui qui d\u00e9signe les bons et les mauvais, celui qui stigmatise, semble trouver une adh\u00e9sion chez une partie de la population.<em> \u00ab Il n&#8217;y a pas simplement une d\u00e9politisation dans notre p\u00e9riode, mais aussi une perte du politique, de l&#8217;intellectuel, du culturel, <\/em> nuance Jean-Claude Amara, porte parole de Droits Devant.<em>  Il s&#8217;agit pour Sarkozy de rendre lisse, de d\u00e9culturer, de d\u00e9politiser, ce qui n&#8217;est pas simplement du domaine de Sarkozy. Au PS aussi, on \u00e9lague les asp\u00e9rit\u00e9s. Je crois qu&#8217;on a atteint un degr\u00e9 presque ultime de d\u00e9politisation et de d\u00e9culturation. Mais les perspectives de repolitisation sont en train de se mettre en place. C&#8217;est quand on atteint le pire qu&#8217;on voit se reconstruire les choses. Ce n&#8217;est pas toujours facile de se retrouver minoritaire, mais il faut surmonter \u00e7a. \u00bb <\/em> <\/p>\n<p><strong> Chantiers <\/strong><\/p>\n<p>En tout cas, si la gauche ne sait pas o\u00f9 elle va, les acteurs du mouvement social semblent d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 poursuivre leurs combats.<em> \u00ab Je crois qu&#8217;aujourd&#8217;hui, on appara\u00eet comme un mouvement de r\u00e9sistance cr\u00e9dible face \u00e0 un gouvernement totalement d\u00e9complex\u00e9,  <\/em>estime Pierre Cordelier.<em> Notre mot d&#8217;ordre, c&#8217;est \u00abon continue\u00bb. Quand on gagne quelque chose, on continue, quand on perd, on continue aussi. C&#8217;est une militance fatigante, mais beaucoup, au sein de RESF, d\u00e9couvrent que c&#8217;est un apport dans leur vie, que c&#8217;est assez fort humainement et qu&#8217;il y a un r\u00e9el plaisir \u00e0 militer. \u00bb <\/em>  <\/p>\n<p>Emmanuelle Cosse et R\u00e9mi Douat<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b045, novembre 2007<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Ne pas faire d&#8217;id\u00e9ologie, \u00eatre pragmatique et engager les r\u00e9formes \u00e0 un rythme effr\u00e9n\u00e9&#8230; la m\u00e9thode Sarkozy arrivera-t-elle \u00e0 tuer toute r\u00e9sistance ? Rencontres avec quelques mouvements embl\u00e9matiques d&#8217;une contestation qui se met en ordre de bataille. <\/p>\n","protected":false},"author":527,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[311],"class_list":["post-2999","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-mouvement-social"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2999","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/527"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2999"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2999\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2999"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2999"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2999"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}