{"id":2996,"date":"2007-11-01T00:00:00","date_gmt":"2007-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/saladillo-hollywood-alternatif2996\/"},"modified":"2007-11-01T00:00:00","modified_gmt":"2007-10-31T23:00:00","slug":"saladillo-hollywood-alternatif2996","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2996","title":{"rendered":"Saladillo,Hollywood alternatif"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> En Argentine, les cin\u00e9astes Julio Midu et Fabio Junco ont invent\u00e9 un genre nouveau : un cin\u00e9ma fait maison. Depuis plus de dix ans, ils empruntent le d\u00e9cor de leur ville natale et les habitants du quartier pour interpr\u00e9ter les r\u00f4les. <\/p>\n<p><strong> Par Claire Sauvaire <\/strong><\/p>\n<p>La sc\u00e8ne se passe dans une ruelle bord\u00e9e de trottoirs \u00e0 l&#8217;herbe un peu folle. Sur l&#8217;asphalte, des rails longent la chauss\u00e9e. A califourchon sur une chaise de cuisine camp\u00e9e sur une planche de bois coulissante sur les rails, Julio Midu fait signe \u00e0 sa belle-m\u00e8re. Camera au poing, il lui indique la marche \u00e0 suivre. La belle-m\u00e8re s&#8217;ex\u00e9cute, revient sur ses pas, reprend son dialogue. L&#8217;assembl\u00e9e fait silence. \u00c7a tourne. Nous sommes \u00e0 Saladillo, petite bourgade situ\u00e9e \u00e0 180 kilom\u00e8tres au sud de Buenos Aires. Dans le sillage de Julio, on croise son ami, Fabio, casque sur les oreilles et micro \u00e0 bout de bras. Voil\u00e0 douze ans que Julio et Fabio transforment chaque ann\u00e9e leur ville natale en gigantesque plateau de tournage. Travailleurs acharn\u00e9s mais sans le sou, les deux associ\u00e9s ont fait de Saladillo la Mecque du cin\u00e9ma \u00e0 petit budget en Am\u00e9rique du Sud. <\/p>\n<p>C&#8217;est l\u00e0, au c\u0153ur de la pampa argentine, qu&#8217;est n\u00e9 ce projet un peu fou : tourner des films avec, pour protagonistes, les habitants de la ville. Jean-T-shirt, teint h\u00e2l\u00e9, Julio Midu revient sur ses d\u00e9buts. A peine sorti du lyc\u00e9e, l&#8217;adolescent de 17 ans commence \u00e0 inventer des histoires.<em> \u00ab Mais personne \u00e0 Saladillo n&#8217;\u00e9tait capable de mettre en images mes histoires. Alors, j&#8217;ai pris une cam\u00e9ra et commenc\u00e9 \u00e0 tourner. \u00bb <\/em> Julio propose \u00e0 la cha\u00eene locale de Saladillo de r\u00e9aliser une telenovela (s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e) avec les volontaires du village. Sa m\u00e9thode de casting : le porte- \u00e0-porte. Les premiers temps sont difficiles, les directeurs de la cha\u00eene sont perplexes et les habitants m\u00e9fiants. L&#8217;adolescent est tenace et continue d&#8217;arpenter les rues pour trouver des portes qui s&#8217;ouvrent. Finalement, soixante personnes se laissent convaincre de figurer dans la s\u00e9rie. La cha\u00eene locale accepte le projet et diffuse la s\u00e9rie tous les dimanches soir. La nouvelle se propage. Un an plus tard, l&#8217;audience d\u00e9passe celle du sacro-saint rendez-vous dominical avec le ballon rond. <\/p>\n<p><strong> Soif de cin\u00e9ma <\/strong><\/p>\n<p>1999. Date d\u00e9cisive. Celle de sa rencontre avec Fabio Junco. C&#8217;est le d\u00e9but d&#8217;une longue aventure commune. Port\u00e9s par un m\u00eame \u00e9lan cr\u00e9atif, les deux acolytes s&#8217;associent, avec le secret espoir de ressusciter le septi\u00e8me art dans leur ville natale. Depuis les ann\u00e9es 1990, Saladillo se meurt d&#8217;un n\u00e9ant culturel. 36 000 habitants, une seule salle de cin\u00e9ma&#8230; ferm\u00e9e. Les crises \u00e9conomiques successives en Argentine ont eu progressivement raison des espaces culturels. Dans la capitale, les salles de cin\u00e9ma ont r\u00e9tr\u00e9ci. Dans le reste du pays, elles ont disparu. A Saladillo, le cin\u00e9ma Marconi sert successivement de temple \u00e9vang\u00e9liste puis de supermarch\u00e9. C&#8217;est la t\u00e9l\u00e9vision qui comble le vide.<em> \u00ab Les habitants avaient perdu l&#8217;habitude d&#8217;aller au cin\u00e9ma. Notre id\u00e9e \u00e9tait d&#8217;aller \u00e0 la rencontre du public pour qu&#8217;il puisse \u00e0 nouveau voir des films \u00bb <\/em>, se souvient Fabio. A la soif de cin\u00e9ma des habitants de leur ville, les deux amis r\u00e9pondent par une production boulimique. Pendant trois ans, ils r\u00e9alisent ensemble une histoire par mois, projet\u00e9e dans le Marconi. La formule est un succ\u00e8s, la population se mobilise, un nom s&#8217;impose : le \u00ab cin\u00e9ma des voisins \u00bb est n\u00e9. Leur premier long m\u00e9trage commun, La Vieja, sort en 2001. Suivront dix-huit autres longs m\u00e9trages. Les deux derniers,<em> Los buenos de los otros <\/em>, en 2005, et<em> El Ultimo Mandado <\/em>, en 2007, ont \u00e9t\u00e9 projet\u00e9s au Festival international de Mar del Plata.  <\/p>\n<p><strong> Syst\u00e8me D <\/strong><\/p>\n<p>Auteurs, r\u00e9alisateurs, metteurs en sc\u00e8ne, monteurs, producteurs, Fabio et Julio se doivent d&#8217;\u00eatre multicomp\u00e9tents pour se serrer la ceinture. La production, c&#8217;est du \u00ab fait maison \u00bb. 300 habitants de Saladillo sont pass\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e9cran. Parents, enfants, voisins, commer\u00e7ants, employ\u00e9s municipaux sont tous des acteurs b\u00e9n\u00e9voles potentiels. Les d\u00e9cors se d\u00e9nichent sur place. Une maison, une rue, un coin de verdure, un b\u00e2timent d\u00e9saffect\u00e9, Saladillo est un th\u00e9\u00e2tre qui s&#8217;improvise diff\u00e9remment \u00e0 chaque fois. Quant au budget d&#8217;un long m\u00e9trage, il d\u00e9passe rarement les 4 000 pesos (958 euros). Des frais r\u00e9duits au minimum gr\u00e2ce au syst\u00e8me D. Besoin d&#8217;une pi\u00e8ce pour une sc\u00e8ne d&#8217;int\u00e9rieur ? La chambre du voisin fera l&#8217;affaire. De costumes ? Les acteurs fouillent dans leurs armoires. Quand il manque une ambulance, une \u00e9cole, une caserne de pompiers, un h\u00f4pital, c&#8217;est la ville qui fournit. Et s&#8217;il faut filmer une sc\u00e8ne vue de haut, la grue de la municipalit\u00e9 est gracieusement mise \u00e0 disposition.<em> \u00ab Nos films peuvent donner l&#8217;impression qu&#8217;ils co\u00fbtent cher, mais ils sont vraiment r\u00e9alis\u00e9s avec les moyens du bord, sachant que le montant de cassettes vid\u00e9o repr\u00e9sente d\u00e9j\u00e0 la moiti\u00e9 de notre budget \u00bb <\/em>, explique Fabio.  <\/p>\n<p><strong> coller \u00e0 la vie <\/strong><\/p>\n<p>En pleine faillite du syst\u00e8me n\u00e9olib\u00e9ral, dont l&#8217;Argentine se rel\u00e8ve doucement apr\u00e8s l&#8217;effondrement de son \u00e9conomie en 2001, le \u00ab cin\u00e9ma des voisins \u00bb de Julio et Fabio appara\u00eet comme une alternative culturelle. Une forme de \u00ab cinema povero \u00bb revendiqu\u00e9e qui porte les valeurs de cette Argentine solidaire n\u00e9e du marasme \u00e9conomique. Une contre-proposition aux films destin\u00e9s aux festivals internationaux que Fabio juge en partie responsables de la d\u00e9sertion pour le septi\u00e8me art national. Face aux blockbusters hollywoodiens, la production argentine peine \u00e0 faire le poids. En 2005, l&#8217;audience des films nationaux atteignait 12 %, contre 75 % pour les films am\u00e9ricains.<em> \u00ab Depuis quelques ann\u00e9es, beaucoup de r\u00e9alisateurs argentins se pr\u00e9occupent surtout de l&#8217;accueil qui va \u00eatre r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 leur film \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger et dans les festivals internationaux. Ils oublient de penser au public argentin. Ce n&#8217;est pas notre fa\u00e7on d&#8217;envisager le cin\u00e9ma. Nos films sont des produits culturels imagin\u00e9s pour les spectateurs. \u00bb <\/em> Un cin\u00e9ma militant ? Non. Juste un univers fictif, des drames, des com\u00e9dies, des policiers aux intrigues puis\u00e9es dans le r\u00e9el. Alcoolisme, prostitution, pauvret\u00e9, le \u00ab cin\u00e9ma des voisins \u00bb s&#8217;invite dans l&#8217;intimit\u00e9 de gens ordinaires pour coller \u00e0 la vie du spectateur. Le dernier long m\u00e9trage, El Utlimo Mandado, achev\u00e9 en ao\u00fbt 2006, aborde une r\u00e9alit\u00e9 argentine encore inexplor\u00e9e dans la fiction : celle des villages recul\u00e9s qui servirent de refuge \u00e0 de nombreux nazis, \u00e0 travers l&#8217;amiti\u00e9 d&#8217;un adolescent et d&#8217;une vieille femme allemande, admiratrice inavou\u00e9e d&#8217;Hitler.<em> \u00ab Ce qui m&#8217;int\u00e9resse, c&#8217;est le cin\u00e9ma de la rue, les drames familiaux, les histoires simples et universelles auxquelles le public peut s&#8217;identifier. La qualit\u00e9 d&#8217;un film ne se mesure pas au budget qui lui est consacr\u00e9, mais \u00e0 l&#8217;histoire racont\u00e9e \u00bb <\/em>, soutient Julio. <\/p>\n<p><strong> le  hors-circuit <\/strong><\/p>\n<p>A Saladillo, la paire Julio-Fabio est entr\u00e9e dans la l\u00e9gende. Il faut dire que le ph\u00e9nom\u00e8ne a largement d\u00e9pass\u00e9 les fronti\u00e8res de la petite ville. Chaque ann\u00e9e depuis 2004, le Festival du cin\u00e9ma des voisins, organis\u00e9 par les ambassadeurs du concept, attire des centaines des r\u00e9alisateurs argentins, mais aussi boliviens, chiliens, uruguayens et paraguayens. Dix longs m\u00e9trages et dix courts m\u00e9trages sont s\u00e9lectionn\u00e9s en comp\u00e9tition, tourn\u00e9s en priorit\u00e9 avec des acteurs non professionnels.<em> \u00ab Nous essayons de donner une visibilit\u00e9 \u00e0 ces artistes \u00abhors circuit\u00bb qui ont des choses \u00e0 montrer. Il y a un r\u00e9el engouement pour ce genre de cin\u00e9ma, nous ne sommes pas les seuls \u00e0 vouloir raconter des histoires ordinaires. Le festival est un moteur pour tous ceux qui veulent continuer dans cette voie. \u00bb <\/em> 4 000 visiteurs ont fait le d\u00e9placement en octobre 2006, pour la derni\u00e8re \u00e9dition.<\/p>\n<p>En attendant la prochaine, le bin\u00f4me fourmille d&#8217;autres projets. Quitter Saladillo ? A cette question, Julio r\u00e9pond invariablement par la n\u00e9gative. Et puisque la petite bourgade ne s&#8217;exporte pas, c&#8217;est le cin\u00e9ma qui doit venir \u00e0 elle. Dernier projet en date : faire de Saladillo  un centre de tournage grandeur nature pour d&#8217;autres producteurs de cin\u00e9ma et de t\u00e9l\u00e9vision.<em> \u00ab Ici, nous avons les paysages, l&#8217;h\u00f4tellerie et toutes les maisons des acteurs. \u00bb <\/em> Un mini-Hollywood, en somme. <\/p>\n<p>C.S.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> En Argentine, les cin\u00e9astes Julio Midu et Fabio Junco ont invent\u00e9 un genre nouveau : un cin\u00e9ma fait maison. Depuis plus de dix ans, ils empruntent le d\u00e9cor de leur ville natale et les habitants du quartier pour interpr\u00e9ter les r\u00f4les. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[299],"class_list":["post-2996","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-cinema"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2996","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2996"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2996\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2996"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2996"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2996"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}