{"id":2978,"date":"2007-10-01T00:00:00","date_gmt":"2007-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/gustave-courbet-les-origines-de2978\/"},"modified":"2007-10-01T00:00:00","modified_gmt":"2007-09-30T22:00:00","slug":"gustave-courbet-les-origines-de2978","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2978","title":{"rendered":"\u00ab Gustave Courbet, les origines de son monde \u00bb : l&#8217;art de la rupture"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Dans<em> l&#8217;Enterrement \u00e0 Ornans <\/em> <\/p>\n<p>, Gustave Courbet repr\u00e9sente tous les habitants de son village natal, y compris le chien, sur une grande toile panoramique. Mais au milieu du XIXe si\u00e8cle, ce format est traditionnellement r\u00e9serv\u00e9 aux sujets nobles ou politiques. Cette rupture, ce manque de respect, cette insolence, ce choix sacril\u00e8ge d\u00e9cha\u00eenent les critiques. Le peintre, pourtant, sait rester philosophe:<em> \u00abQuand je ne serai plus contest\u00e9, \u00e9crit-il \u00e0 ses parents, je ne serai plus important.\u00bb <\/em><\/p>\n<p>A l&#8217;occasion de l&#8217;exposition Gustave Courbet qui se d\u00e9roule aux Galeries nationales du Grand Palais (du 13 octobre au 28 janvier), Arte diffuse, le vendredi 19 octobre \u00e0 22h15, un documentaire de Romain Goupil intitul\u00e9<em> Gustave Courbet, les origines de son monde <\/em>. A partir de photos d&#8217;\u00e9poque, gravures, caricatures, de l&#8217;abondante correspondance de l&#8217;artiste, mais aussi en retrouvant les lieux qui ont fa\u00e7onn\u00e9 la peinture de Gustave Courbet, Romain Goupil se propose de \u00ab retrouver le cheminement qui m\u00e8ne le peintre \u00e0 centrer ses toiles sur le r\u00e9el \u00bb. Et si la formule du dossier de presse est un peu pr\u00e9tentieuse, le documentaire, en revanche, est particuli\u00e8rement r\u00e9ussi. L&#8217;\u00e9vocation de ce nom, Courbet, s&#8217;associait n\u00e9cessairement \u00e0 son tableau le plus singulier, l&#8217;Origine du monde. Mais avec ce documentaire, c&#8217;est un v\u00e9ritable plaisir pour nous, les ignares, de d\u00e9couvrir l&#8217;\u0153uvre, \u00abl&#8217;ouvrage\u00bb, comme il le disait lui-m\u00eame, de Gustave Courbet.<\/p>\n<p>Quand Courbet peint des femmes, elles sont vautr\u00e9es, languides, mal fagot\u00e9es et leurs pieds sont sales. Quand Courbet peint des paysages, il choisit les grottes sombres, les rives verd\u00e2tres et les sous-bois humides. Quand Courbet peint des assembl\u00e9es, enfin, il fait poser tous les habitants de son village natal, Ornans, et il les colle, grandeur nature, \u00e0 la face des critiques parisiens outr\u00e9s.<em> \u00abMonsieur Courbet s&#8217;est fait une place dans l&#8217;\u00e9cole fran\u00e7aise \u00e0 la mani\u00e8re d&#8217;un boulet de canon qui vient se loger dans un mur\u00bb <\/em>, \u00e9crit de lui le philosophe Proudhon. Courbet fut, tout au moins a-t-il tout fait pour le devenir,<em> \u00able peintre du vrai\u00bb <\/em>. Entendez: le vrai, et non le beau. Pour l&#8217;\u00e9poque, c&#8217;est une rupture profonde.<\/p>\n<p>Tout d\u00e9rangeait dans les toiles de Courbet le r\u00e9aliste. Et pourtant, il n&#8217;a jamais pris les critiques au s\u00e9rieux, vendant, mois apr\u00e8s mois, toujours plus de toiles, gr\u00e2ce ou \u00e0 cause d&#8217;elles. Mais ce qui trouble chez le peintre, c&#8217;est cette position de \u00abrupture\u00bb qui ressemble \u00e0 s&#8217;y m\u00e9prendre (et \u00e0 en croire les extraits de sa correspondance choisis par Romain Goupil) \u00e0 une strat\u00e9gie marketing avant l&#8217;heure. D\u00e8s 1837, encore adolescent, il \u00e9crit \u00e0 ses parents:<em> \u00abDans tout et partout, je dois toujours faire exception \u00e0 la r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale.\u00bb <\/em> Cette \u00abdiff\u00e9rence\u00bb s&#8217;affiche ainsi comme volontaire et non instinctive. Plus tard, aux d\u00e9buts de sa carri\u00e8re:<em> \u00abJe dois faire un grand tableau, qui me fasse d\u00e9cid\u00e9ment conna\u00eetre sous mon vrai jour, car je veux tout ou rien.\u00bb <\/em> Il parle d\u00e9j\u00e0 de l&#8217;Enterrement \u00e0 Ornans: un grand format sacril\u00e8ge pour repr\u00e9senter une sc\u00e8ne de la vie quotidienne, un coup d&#8217;\u00e9clat puis la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, enfin (apr\u00e8s dix longues ann\u00e9es de travail quand m\u00eame&#8230;). C&#8217;est Rastignac fait homme. Un ma\u00eetre dans l&#8217;art du scandale et de la rupture.<\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui, le mot \u00abrupture\u00bb est tellement \u00e0 la mode, que l&#8217;on ne sait plus qui \u00abrompt\u00bb avec quoi et pourquoi. Bref, \u00abrompre\u00bb ne veut plus rien dire. Pourtant, il est tellement bien vu de \u00abrompre\u00bb, que nos candidats \u00e0 l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, par exemple, se sont tous pr\u00e9sent\u00e9s comme des \u00ab candidats de la rupture \u00bb, sans m\u00eame r\u00e9fl\u00e9chir au sens de cette \u00e9tiquette. Et dieu sait qu&#8217;ils ne l&#8217;\u00e9taient vraiment pas, surtout pas l&#8217;une, encore moins l&#8217;autre. Il est tellement bien vu de \u00abrompre\u00bb, que les plus grandes entreprises se l&#8217;autorisent avec d\u00e9lice dans leurs campagnes de communication. C&#8217;est m\u00eame devenu (et il y a d\u00e9j\u00e0 longtemps) une strat\u00e9gie clairement \u00e9nonc\u00e9e par le pape de la com Jean-Marie Dru et qui s&#8217;appelle la \u00abdisruption\u00bb. Etre l\u00e0 o\u00f9 l&#8217;on ne vous attend pas. Savoir prendre un contre-pied. Jouer d&#8217;un contraste, renverser une critique. Sauf qu&#8217;\u00e0 trop vouloir rompre, on ne rompt plus avec rien. A la fin de sa vie et son \u00abouvrage\u00bb achev\u00e9e, Gustave Courbet l&#8217;avait bien compris.<em> \u00abCes histoires m&#8217;ennuient\u00bb <\/em>, \u00e9crivait-il \u00e0 ses parents avant de mourir, en 1877, d&#8217;une cirrhose du foie. <\/p>\n<p><strong> M.N. <\/strong><\/p>\n<p><em> Gustave Courbet, les origines de son monde <\/em>, est un documentaire de 52 minutes produit par Arte, Les Poissons Volants, le Mus\u00e9e d&#8217;Orsay et la RMN \u00e0 l&#8217;occasion de l&#8217;exposition \u00abGustave Courbet\u00bb aux Galeries nationales du Grand Palais, \u00e0 partir du 13 octobre 2007. A voir sur Arte le vendredi 19 octobre \u00e0 22 h 15.<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b044 octobre 2007<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Dans<em> l&#8217;Enterrement \u00e0 Ornans <\/em> <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[287],"class_list":["post-2978","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-medias"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2978","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2978"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2978\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2978"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2978"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2978"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}