{"id":2972,"date":"2007-10-01T00:00:00","date_gmt":"2007-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/la-revolution-rock-n-roll2972\/"},"modified":"2007-10-01T00:00:00","modified_gmt":"2007-09-30T22:00:00","slug":"la-revolution-rock-n-roll2972","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2972","title":{"rendered":"La r\u00e9volution rock&#8217;n&#8217;roll"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Alors que le cultissime Elvis Presley faisait la une des magazines, pour les trente ans de sa mort, la Fondation Cartier a choisi de ne pas mettre l&#8217;accent sur un seul homme, f\u00fbt-il une \u00e9toile, mais sur les origines du rock&#8217;n&#8217;roll. Un mouvement musical populaire, \u00e0 la crois\u00e9e du social et du politique. <\/p>\n<p>Au d\u00e9but, le directeur de la Fondation Cartier, Alain-Dominique Perrin, avait imagin\u00e9 une exposition sur le rock&#8217;n&#8217;roll des ann\u00e9es 1950. Au final, le parcours inclut aussi la p\u00e9riode qui pr\u00e9c\u00e8de, celle des fondations. Ce choix permet de planter le d\u00e9cor de l&#8217;Am\u00e9rique puritaine et s\u00e9gr\u00e9gationniste dans laquelle prend racine cette fi\u00e8vre musicale nouvelle qui se propage rapidement sur les ondes radiophoniques et t\u00e9l\u00e9visuelles. Revenir aux sources, c&#8217;est aussi se tourner vers le Sud des Etats-Unis o\u00f9 m\u00fbrissent et se m\u00e9langent des influences noires autant que blanches. C&#8217;est, au fond, mieux appr\u00e9hender l&#8217;ampleur du bouleversement total, aux ramifications culturelles, sociales, technologiques et politiques, qui s&#8217;est produit autour de symboles comme Elvis Presley qui en fut le catalyseur. Sans minimiser l&#8217;extraordinaire impact de l&#8217;idole des jeunes, dont on peut voir les portraits r\u00e9alis\u00e9s par le photographe Alfred Wertheimer, l&#8217;institution culturelle parisienne rend hommage \u00e0 tous les pionniers : Fats Domino, Bo Diddley, Eddie Cochran, Chuck Berry, Jerry Lee Lewis, Carl Perkins, Bill Haley, Little Richard&#8230; Mais aussi aux courants qui les ont nourris, de la country tendance terroir au boogie-woogie, du jazz au gospel et au blues.<em> \u00ab Je ne trouvais pas tr\u00e8s int\u00e9ressant que le public quitte l&#8217;exposition en pensant que c&#8217;est Elvis Presley qui a invent\u00e9 le rock&#8217;n&#8217;roll \u00bb <\/em>, explique Gilles P\u00e9tard, co-commissaire g\u00e9n\u00e9ral de l&#8217;exposition, grand collectionneur de musique noire. Une partie de ses tr\u00e9sors se trouve d&#8217;ailleurs expos\u00e9e boulevard Raspail. <\/p>\n<p><strong> Effervescence <\/strong><\/p>\n<p>On est loin de l&#8217;anecdote, avec les affiches, disques, photos, coupures de presse, etc. Tous ces objets parlent du contexte, des enjeux et des mythes qui travaillent les d\u00e9cennies 1940-1950. Les magazines d&#8217;\u00e9poque traduisent l&#8217;\u00e9tat d&#8217;esprit du lecteur conservateur :<em> \u00ab Dans la presse grand public comme Life et Look (les Paris Match am\u00e9ricains de l&#8217;\u00e9poque), on sent une peur. On voit que les gens ont l&#8217;impression de marcher sur de la dynamite \u00bb <\/em>, affirme Gilles P\u00e9tard. En outre, le graphisme annonciateur du pop art des posters, les juke-box fluorescents et autres objets au design cosmique illustrent \u00e0 merveille l&#8217;effervescence d&#8217;un monde moderne en proie \u00e0 des transformations technologiques sans pr\u00e9c\u00e9dent. Un monde qui voit la t\u00e9l\u00e9vision faire son apparition dans les foyers, la consommation changer d&#8217;\u00e9chelle, et qui r\u00eave de conqu\u00eate spatiale. En ouverture de l&#8217;exposition, un long documentaire datant de 1984 met en perspective cette irruption du rock&#8217;n&#8217;roll dans la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine. Les organisateurs, qui avaient song\u00e9 un temps \u00e0 r\u00e9aliser leur propre film, ont \u00e9t\u00e9 bien inspir\u00e9s d&#8217;introduire leur parcours avec celui de Patrick Montgomery et Pamela Page. D&#8217;autant que ce n&#8217;est pas qu&#8217;un alibi, mais un fil qui se d\u00e9roule tout le long de l&#8217;exposition. Au sous-sol, les photographies de Marion Post-Wolcott, Jack Delano et Russell Lee, prises dans les ann\u00e9es 1940, dressent un panorama du Sud pauvre des Etats-Unis. Et pour clore ce voyage visuel et auditif, une fresque murale prenant la forme d&#8217;un patchwork acidul\u00e9, qui juxtapose \u00e9v\u00e9nements politiques et actualit\u00e9 musicale. <\/p>\n<p>La s\u00e9quence retenue s&#8217;\u00e9tale de 1939 \u00e0 1959. D&#8217;aucuns pourront s&#8217;\u00e9tonner de la premi\u00e8re date. On aurait pu remonter au milieu des ann\u00e9es 1920, lors des premiers enregistrements de blues, de jazz et de country. Moins lointaine, la date de 1938<em> \u00ab aurait \u00e9t\u00e9 plus pertinente \u00bb <\/em>, admet Florent Mazzoleni, critique rock, sp\u00e9cialiste de la musique sudiste.<em> \u00ab Pour la premi\u00e8re fois cette ann\u00e9e-l\u00e0, des artistes issus du swing, un courant du jazz qui bat son plein, et du boogie-woogie, des bluesmen et des chanteurs de gospel sont pr\u00e9sent\u00e9s sur une grande sc\u00e8ne new-yorkaise, le Carnegie Hall, o\u00f9 se font et se d\u00e9font les statuts de vedettes. Cette \u00e9dition est organis\u00e9e par John Hamon, le d\u00e9couvreur de Billie Holiday, de Bob Dylan ou encore de Springsteen. \u00bb <\/em> Des artistes noirs venus du Sud, devant un public blanc vivant au Nord. Une premi\u00e8re. <\/p>\n<p>Le jazz, le boogie-woogie, le blues et le gospel ont m\u00fbri loin de la c\u00f4te Est, de New York comme des autres grandes m\u00e9tropoles sophistiqu\u00e9es. De Kansas City \u00e0 La Nouvelle-Orl\u00e9ans, cette partie du pays est au carrefour de multiples inspirations. Elle devient ainsi le creuset de musiques nouvelles, hybrides et endiabl\u00e9es. Dans ce Sud mystique, au fil des interactions entre les populations noires, et parfois la communaut\u00e9 blanche, des liens se cr\u00e9ent. Des musiciens noirs se mettent \u00e0 \u00e9couter des blancs, et inversement. Commence \u00e0 voir le jour un blues \u00e9lectrique, urbain, assaisonn\u00e9 de musique country, qui prendra quelques ann\u00e9es plus tard le nom de \u00ab rock&#8217;n&#8217;roll \u00bb. Louis Jordan, qui vient des grands orchestres de jazz, fait partie des pionniers. Il y a aussi Roy Brown, Wynonie Harris, ou encore Fats Domino. De petits labels ind\u00e9pendants comme \u00ab King \u00bb \u00e0 Cincinnati ou \u00ab Sun \u00bb, le studio de Sam Phillips \u00e0 Memphis, s&#8217;int\u00e9ressent \u00e0 ces artistes. Mais le mouvement est encore balbutiant. Il n&#8217;a pas trouv\u00e9 de figure acceptable aux yeux de la classe moyenne blanche, capable de le personnifier. <\/p>\n<p><strong> Transgressions <\/strong><\/p>\n<p>Si le jeune Elvis met le feu aux poudres, au milieu des ann\u00e9es 1950, ce n&#8217;est donc ni parce qu&#8217;il est l&#8217;inventeur du rock&#8217;n&#8217;roll, ni parce qu&#8217;il enregistre le premier disque du genre  : Bill Haley a sorti quelques mois avant lui<em> Rock around the clock <\/em>. Mais il a d\u00e9j\u00e0 trente ans, quand Presley n&#8217;en a que dix-huit&#8230; Les clich\u00e9s d&#8217;Alfred Wertheimer expos\u00e9s au rez-de-chauss\u00e9e capturent le magn\u00e9tisme, la sensualit\u00e9, qui \u00e9manait de ce post-ado quasi imberbe. Il vivait dans un quartier pauvre de Memphis, \u00e9coutait du gospel \u00e0 l&#8217;\u00e9glise et r\u00eavait du style flamboyant des cadors de Beale Street, l&#8217;art\u00e8re principale de Memphis, o\u00f9 il tra\u00eenait le samedi apr\u00e8s-midi. Le King chante fr\u00e9n\u00e9tiquement, et lorsqu&#8217;il danse, il ne se contente pas de battre la mesure du bout du pied, il bouge tout son corps, se d\u00e9hanche, remuant le pelvis&#8230; Avec lui, les prolos sudistes, les loulous, ont enfin droit de cit\u00e9.<em> \u00ab Le rock&#8217;n&#8217;roll a permis une sorte de d\u00e9r\u00e8glement social \u00bb <\/em>, assure Florent Mazzoleni. Le d\u00e9r\u00e8glement est aussi politique : l&#8217;alliance entre les franges les plus basses de la soci\u00e9t\u00e9, noires et blanches, par-del\u00e0 les clivages s\u00e9gr\u00e9gationnistes, transgresse l&#8217;apartheid qui s\u00e9vit aux Etats-Unis. En 1955, trois artistes noirs sortent de l&#8217;ombre : Little Richard avec<em> Tutti Frutti <\/em>, Chuck Berry avec<em> Maybellene <\/em> et Bo Diddley avec<em> Bo Diddley <\/em> et<em> I&#8217;m a man <\/em>. L&#8217;\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur, c&#8217;est Elvis, qui a enregistr\u00e9 en 1954 son premier single (That&#8217;s All Right) chez Sun Records. <\/p>\n<p><strong> Croisement culturel <\/strong><\/p>\n<p>Ce croisement culturel contribue \u00e0 faire du rock&#8217;n&#8217;roll un trait d&#8217;union entre deux populations opprim\u00e9es. C&#8217;est gr\u00e2ce \u00e0 cette musique qu&#8217;on assiste aux premiers concerts dont les t\u00eates d&#8217;affiche sont m\u00e9tiss\u00e9es, \u00e0 l&#8217;instar de leur jeune public. <\/p>\n<p>Cela ne s&#8217;\u00e9tait jamais vu aux Etats-Unis, du moins dans de telles proportions. Les Blancs qui venaient \u00e9couter du jazz \u00e0 Harlem repr\u00e9sentaient, en r\u00e9alit\u00e9, une infime minorit\u00e9.<em> \u00ab Avant, il y avait des radios blanches et noires. Sur les premi\u00e8res, on n&#8217;\u00e9coutait jamais de rythm &#038; blues. C&#8217;est gr\u00e2ce \u00e0 des disc-jockeys pionniers comme Allan Freed qu&#8217;elles commencent \u00e0 passer les versions originales des enregistrements plut\u00f4t que les fades contrefa\u00e7ons faites par des Blancs \u00bb <\/em>, raconte Gilles P\u00e9tard. La reprise d<em>  Tutti Frutti <\/em> par Francky Lymon, visible dans le documentaire pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la Fondation Cartier, en est presque dr\u00f4le tant le chanteur est statique et polic\u00e9&#8230; <\/p>\n<p><strong> Civil Rights Act <\/strong><\/p>\n<p>Cette r\u00e9volution musicale inqui\u00e8te l&#8217;Am\u00e9rique bien-pensante. Le film de Patrick Montgomery et Pamela Page pointe ce titre, paru dans un journal  :<em> \u00ab Le rock&#8217;n&#8217;roll fabrique-t-il des d\u00e9linquants ? \u00bb <\/em> ; ou cette phrase dite \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision :<em> \u00ab Si on appelle \u00e7a l&#8217;id\u00e9ologie communiste, je crois qu&#8217;on tape dans le mille \u00bb <\/em>&#8230;  De nombreux maires, qui ont l&#8217;impression d&#8217;\u00eatre assis sur de la dynamite, interdisent les concerts de rock dans leur ville<em> \u00ab Sous leur air futile, leurs tenues de sc\u00e8ne et leurs propos extravagants, les rockers participent implicitement \u00e0 la reconnaissance de la culture noire. La musique est le seul moyen d&#8217;expression susceptible d&#8217;\u00eatre entendu par tous. Elvis, Buddy Holly, Jerry Lee Lewis et les autres ne l&#8217;ont pas pens\u00e9, mais ils ont permis un changement des mentalit\u00e9s, affirme Florent Mazzoleni. C&#8217;est cela qui \u00e9tait contestataire, m\u00eame si les paroles du rock sont souvent stupides, ce sont des onomatop\u00e9es, des bluettes, la connotation est tr\u00e8s sexuelle. \u00bb <\/em> De fait, les d\u00e9buts du rock&#8217;n&#8217;roll co\u00efncident avec les premiers pas du mouvement pour les droits civiques. Le milieu des ann\u00e9es 1950 est, en effet, marqu\u00e9 par deux \u00e9v\u00e9nements importants : l&#8217;arr\u00eat Brown, qui interdit la s\u00e9gr\u00e9gation dans les \u00e9coles, et l&#8217;affaire Rosa Parks, arr\u00eat\u00e9e pour avoir refus\u00e9 de c\u00e9der sa place \u00e0 un Blanc dans un bus \u00e0 Montgomery, dans l&#8217;Alabama. Les bases du Civil Rights <\/p>\n<p>Act (1) de 1964 sont ainsi pos\u00e9es. <\/p>\n<p>1959 marque la fin d&#8217;un cycle. Dans diverses circonstances, la carri\u00e8re de plusieurs artistes s&#8217;interrompt brutalement. Le son brut et dur des origines se polit. Les vedettes d\u00e9jant\u00e9es sont remplac\u00e9es par des \u00ab teenage idoles \u00bb insipides. L&#8217;industrie m\u00e9diatique et discographique, qui avait donn\u00e9 les moyens au rock&#8217;n&#8217;roll d&#8217;un succ\u00e8s populaire, massif, a peut-\u00eatre pr\u00e9cipit\u00e9 la fin du premier acte. <\/p>\n<p> M.R. <\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b044<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Alors que le cultissime Elvis Presley faisait la une des magazines, pour les trente ans de sa mort, la Fondation Cartier a choisi de ne pas mettre l&#8217;accent sur un seul homme, f\u00fbt-il une \u00e9toile, mais sur les origines du rock&#8217;n&#8217;roll. 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