{"id":2963,"date":"2007-10-01T00:00:00","date_gmt":"2007-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/afrique-ou-sont-les-heritiers-de2963\/"},"modified":"2007-10-01T00:00:00","modified_gmt":"2007-09-30T22:00:00","slug":"afrique-ou-sont-les-heritiers-de2963","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2963","title":{"rendered":"Afrique : o\u00f9 sont les h\u00e9ritiers de Sankara ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Il y a vingt ans, le 15 octobre 1987, l&#8217;assassinat de Thomas Sankara mettait fin \u00e0 une exp\u00e9rience r\u00e9volutionnaire de quatre ans au c\u0153ur de l&#8217;Afrique sah\u00e9lienne. La figure de ce jeune militaire, progressiste press\u00e9, reste importante bien au-del\u00e0 du Burkina Faso et m\u00eame du continent. Mais depuis sa mort, aucune exp\u00e9rience comparable n&#8217;a vu le jour en Afrique. L&#8217;h\u00e9ritage est \u00e0 prendre. <\/p>\n<p><em> \u00abIl faut choisir entre le champagne pour quelques-uns et l&#8217;eau potable pour tous. \u00bb <\/em> Thomas Sankara, \u00e0 qui l&#8217;on pr\u00eate cette citation, avait choisi : il tournait \u00e0 l&#8217;eau plate, comme le peuple dont il avait pris en main la destin\u00e9e. Etre en phase avec les probl\u00e8mes quotidiens de la population, adopter un mode de vie coh\u00e9rent avec le projet d\u00e9fendu (la Renault 5 \u00e9tait le v\u00e9hicule pr\u00e9sidentiel et il voyageait en seconde classe), \u00e9taient des obsessions du pr\u00e9sident du Burkina&#8230;<em> \u00ab Il a d\u00e9mystifi\u00e9 le pouvoir <\/em>, analyse David Gakunzi, jeune \u00e9crivain rwando-burundais.<em> Tout le contraire d&#8217;un Mobutu, par exemple. Et y compris avec des choses symboliques comme la voiture de fonction, il a veill\u00e9 \u00e0 toujours se tenir aux c\u00f4t\u00e9s du peuple. \u00bb <\/em><\/p>\n<p>Cette ligne de conduite, dans laquelle on trouve trace \u00e0 la fois de son \u00e9ducation chr\u00e9tienne et de sa formation marxiste, a souffert peu d&#8217;entorses chez Thomas Sankara. Elle fait sens dans un h\u00e9ritage politique o\u00f9 l&#8217;on peut aussi noter la d\u00e9fiance vis-\u00e0-vis des institutions financi\u00e8res internationales et des puissances occidentales, un net engagement internationaliste et une vision volontariste du d\u00e9veloppement, fond\u00e9e sur la n\u00e9cessit\u00e9 de produire et de consommer national. Le tout dessinant une version avant l&#8217;heure du \u00ab penser global\/agir local \u00bb altermondialiste. <em>\u00ab Beaucoup de responsables africains n&#8217;h\u00e9sitent pas \u00e0 s&#8217;y r\u00e9f\u00e9rer au besoin<\/em>, ricane Bruno Jaffr\u00e9, l&#8217;un de ses biographes qui s\u00e9journa \u00e0 plusieurs reprises au Burkina Faso pendant la r\u00e9volution. <em>Ils savent l&#8217;estime que lui gardent les populations&#8230; mais selon moi, aucun dirigeant actuel n&#8217;a la l\u00e9gitimit\u00e9 pour revendiquer la filiation de ce qui a quand m\u00eame \u00e9t\u00e9 une rupture r\u00e9volutionnaire radicale. \u00bb <\/em><\/p>\n<h2>L&#8217;Afrique balkanis\u00e9e<\/h2>\n<p>On a bien assist\u00e9 au cours des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es sur le continent africain \u00e0 des transitions d\u00e9mocratiques probantes (S\u00e9n\u00e9gal en 2000, Kenya en 2002, ou Mauritanie r\u00e9cemment) ou \u00e0 des sorties de conflits correctement n\u00e9goci\u00e9es (Afrique du Sud, Mozambique, Liberia). Mais aucun responsable contestant un tant soit peu l&#8217;ordre mondial et se risquant sur une autre voie de d\u00e9veloppement n&#8217;est parvenu au pouvoir. Alors que dans le m\u00eame temps des Chavez, Lula ou Morales acc\u00e9daient aux plus hautes fonctions en Am\u00e9rique du Sud.<br \/>\n<em> \u00ab Ces leaders de gauche sud-am\u00e9ricains ne sont pas venus de rien<\/em>, estime David Gakunzi. <em>Mouvement des sans-terre, th\u00e9ologie de la lib\u00e9ration, un terreau de mobilisations existait sur lequel ils ont pu pousser. En Afrique, nous n&#8217;en sommes qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;un mouvement social. Dans certains pays, les paysans, les femmes s&#8217;organisent, mais cela est encore tr\u00e8s r\u00e9cent. \u00bb <\/em> Pour Odile Biyidi, pr\u00e9sidente de l&#8217;association Survie, les raisons sont aussi externes :<em> \u00ab L&#8217;Afrique est bien plus balkanis\u00e9e que l&#8217;Am\u00e9rique latine, et le joug n\u00e9ocolonial y est tel que tout mouvement d&#8217;\u00e9mancipation est coup\u00e9 \u00e0 la racine. Il ne faut pas r\u00eaver : depuis quarante ans, les dirigeants corrompus alli\u00e9s aux anciennes puissances coloniales m\u00e8nent la chasse aux progressistes. \u00bb <\/em> D\u00e9j\u00e0, au moment de la r\u00e9volution sankariste, rappelle Bruno Jaffr\u00e9, <em>\u00ab ce n&#8217;est pas tant que le Burkina Faso soit r\u00e9volutionnaire qui a inqui\u00e9t\u00e9 les puissants mais plut\u00f4t l&#8217;hypoth\u00e8se de voir l&#8217;exp\u00e9rience s&#8217;\u00e9tendre autour, notamment en C\u00f4te-d&#8217;Ivoire, fleuron du pr\u00e9 carr\u00e9 fran\u00e7ais dans la r\u00e9gion. Et il est clair que, encore aujourd&#8217;hui, les pays du Nord feraient tout pour se pr\u00e9server de tels risques&#8230; Par ailleurs, dans beaucoup de pays, les gens doivent d&#8217;abord se pr\u00e9occuper de manger, ce qui ne favorise pas une activit\u00e9 militante \u00e9panouie et f\u00e9conde \u00bb <\/em>.<\/p>\n<p>Pour autant, les soci\u00e9t\u00e9s civiles ne sont pas atones : les forums sociaux qui se sont succ\u00e9d\u00e9 (\u00e0 Bamako, Lusaka, Addis- Abeba, Nairobi&#8230;) depuis le d\u00e9but de la d\u00e9cennie attestent que le continent a bien pris le train de la contestation altermondialiste. <em>\u00ab Les h\u00e9ritiers de Thomas Sankara, ce sont tous ces gamins qui sont descendus dans les rues pour demander plus de d\u00e9mocratie et la fin des partis uniques. Ce sont des artistes, des musiciens comme Tiken Jah Fakoly [[L&#8217;artiste ivoirien vient de sortir son dernier album<em> L&#8217;Africain <\/em>]]. Et ce sont tous les mouvements qui, localement, se battent pour l&#8217;acc\u00e8s aux soins, le prix du coton, etc.<\/em>, assure David Gakunzi. <em>Le contexte n&#8217;est plus le m\u00eame, les changements viendront d\u00e9sormais de citoyens organis\u00e9s en groupe de pression sur le pouvoir central. Les id\u00e9es de Thomas Sankara se retrouvent dans tous ces mouvements sociaux qui chaque jour essaient de faire avancer les choses, sans \u00e9clat, doucement.\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Odile Biyidi va plus loin: <em>\u00ab Thomas Sankara \u00e9tait tr\u00e8s isol\u00e9 sur la sc\u00e8ne internationale. Les mouvements actuels tels que la plate-forme qui s&#8217;est mont\u00e9e au Mali contre la privatisation du rail [[Collectif citoyen pour le d\u00e9veloppement int\u00e9gr\u00e9 et la restitution du rail malien, www.cocidirail.info]], eux, peuvent compter sur le mouvement altermondialiste en sachant que ce r\u00e9seau fera le lien avec ce qui se passe ailleurs. \u00bb <\/em><\/p>\n<p>Reste que l&#8217;on ne voit nulle part \u00e9merger un fort mouvement populaire structur\u00e9 politiquement qui serait susceptible de porter au pouvoir une figure incarnant une rupture radicale avec les actuels canons \u00e9conomiques et sociaux. <em>\u00ab Une sp\u00e9cificit\u00e9 africaine<\/em>, remarque David Gakunzi <em>est que, \u00e0 l&#8217;exception notable de l&#8217;ANC en Afrique du Sud [[En 1912 se constitue en Afrique du Sud un parti qui prendra le nom, en 1935, d&#8217;ANC (Congr\u00e8s national africain)]], il n&#8217;y pas sur le continent de mouvement politique qui a pu se construire une longue histoire avec un leadership collectif. Il faut l\u00e0 aussi laisser le temps faire son \u0153uvre. \u00bb <\/em><\/p>\n<h2>Panafricanisme<\/h2>\n<p>Au lendemain des ind\u00e9pendances, l&#8217;Afrique a eu son lot de leaders progressistes. Parmi eux, le ghan\u00e9en Kwame N&#8217;Krumah fut l&#8217;un des chantres les plus actifs du panafricanisme [[Premier pr\u00e9sident du Ghana ind\u00e9pendant, figure du mouvement des non-align\u00e9s, N&#8217;Krumah (1909-1972), a contribu\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation de l&#8217;OUA et \u00e9crit un classique, <em>Africa must unite<\/em> (1963).]]. Que reste-t-il aujourd&#8217;hui de cette doctrine pr\u00f4nant l&#8217;unit\u00e9 des Etats africains, \u00e0 laquelle Thomas Sankara, sans en faire la clef de vo\u00fbte de son projet, accordait une grande importance ?<em> \u00ab C&#8217;est la seule solution<\/em>, tranche l&#8217;\u00e9crivain. <em>En cette \u00e9poque de globalisation, beaucoup d&#8217;Etats n&#8217;ont aucun avenir sans int\u00e9gration r\u00e9gionale. Comment peut exister aujourd&#8217;hui un pays comme le Burundi ? De plus, c&#8217;est en donnant un identifiant large aux peuples qu&#8217;on les sort des ghettos. La Tanzanie de Julius Nyerere n&#8217;a pas connu de lutte ethnique : les gens avaient le sentiment d&#8217;\u00eatre avant tout tanzaniens. Mais le panafricanisme doit \u00e9voluer pour exister de nouveau, il doit se d\u00e9faire de son sentimentalisme originel et repartir sur des objectifs sociaux et \u00e9conomiques tr\u00e8s concrets. \u00bb <\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a vingt ans, le 15 octobre 1987, l&#8217;assassinat de Thomas Sankara mettait fin \u00e0 une exp\u00e9rience r\u00e9volutionnaire de quatre ans au c\u0153ur de l&#8217;Afrique sah\u00e9lienne. La figure de ce jeune militaire, progressiste press\u00e9, reste importante bien au-del\u00e0 du Burkina Faso et m\u00eame du continent. Mais depuis sa mort, aucune exp\u00e9rience comparable n&#8217;a vu le jour en Afrique. L&#8217;h\u00e9ritage est \u00e0 prendre. <\/p>\n","protected":false},"author":558,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[303],"class_list":["post-2963","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-afrique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2963","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/558"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2963"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2963\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2963"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2963"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2963"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}