{"id":295,"date":"1996-12-01T00:00:00","date_gmt":"1996-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/haiti-et-saint-domingue295\/"},"modified":"1996-12-01T00:00:00","modified_gmt":"1996-11-30T23:00:00","slug":"haiti-et-saint-domingue295","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=295","title":{"rendered":"Ha\u00efti et Saint-Domingue"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>R\u00e9publique de Saint-Domingue, R\u00e9publique d&#8217;Ha\u00efti<strong> Marqu\u00e9es par les dictatures et par la domination am\u00e9ricaine, Ha\u00efti et Saint-Domingue souhaitent aujourd&#8217;hui rapprocher les deux r\u00e9publiques dans un projet d&#8217;int\u00e9gration \u00e9conomique et humaine. <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;\u00eele de la Cara\u00efbe qui forme aujourd&#8217;hui la R\u00e9publique d&#8217;Ha\u00efti et la R\u00e9publique Dominicaine, entre les deux Am\u00e9riques, constitue un des cas les plus dramatiques et les plus contradictoires de partage d&#8217;un territoire, d&#8217;une g\u00e9ographie et d&#8217;une culture dans les crises g\u00e9opolitiques du 20e si\u00e8cle. C&#8217;est la plus grande des \u00eeles de la r\u00e9gion carib\u00e9enne apr\u00e8s Cuba, la plus peupl\u00e9e, avec pr\u00e8s de 15 millions d&#8217;habitants (pr\u00e8s de 8 millions pour la R\u00e9publique Dominicaine et environ 7 millions pour Ha\u00efti). Les Ha\u00eftiens ont le choix entre trois noms indig\u00e8nes, Ayiti (terre haute), Bohio (terre montagneuse), Quisqueya (grande terre). Ils pr\u00e9f\u00e8rent le premier, sur d\u00e9cision de Jean-Jacques Dessalines, g\u00e9n\u00e9ral h\u00e9ros de l&#8217;ind\u00e9pendance. Les Dominicains, eux, retiendront leur appartenance \u00e0 l&#8217;\u00e9vang\u00e9lisation par la confr\u00e9rie des fr\u00e8res dominicains: petite nuance, mais significative.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s de longs soul\u00e8vements, les Ha\u00eftiens conqui\u00e8rent leur ind\u00e9pendance en 1804, l&#8217;autre partie de l&#8217;\u00eele restant sous l&#8217;administration de la Couronne Espagnole. En 1820, le pr\u00e9sident Jean-Pierre Boyer envahit la partie espagnole; l&#8217;occupation durera vingt-quatre ans. En 1844, ph\u00e9nom\u00e8ne unique dans l&#8217;Histoire, les Dominicains prennent leur ind\u00e9pendance sur les Ha\u00eftiens le 27 f\u00e9vrier, qui sera d\u00e9sormais le jour de leur f\u00eate nationale. Cependant, les Dominicains ne se lib\u00e9reront de l&#8217;Espagne qu&#8217;en 1865, \u00e0 l&#8217;issue d&#8217;une guerre de trois ans.<\/p>\n<p>De nombreux historiens, g\u00e9ographes et chercheurs, sp\u00e9cialistes de la question, et parmi eux Jean-Marie Th\u00e9odat, professeur agr\u00e9g\u00e9 de g\u00e9ographie, soutiennent que la fronti\u00e8re historique ne prendra un caract\u00e8re politique bien d\u00e9fini que pendant les deux dictatures les plus f\u00e9roces de l&#8217;Am\u00e9rique, celle de Rafael Leonidas Trujillo (1932-1961) pour la R\u00e9publique Dominicaine, et celle de Fran\u00e7ois Duvalier (1959-1971) pour Ha\u00efti. Entre 1930 et 1980, deux identit\u00e9s culturelles, religieuses et linguistiques, se forgent et souvent s&#8217;opposent jusqu&#8217;\u00e0 la x\u00e9nophobie.<\/p>\n<p>Ces diff\u00e9rences culturelles entre Ha\u00eftiens et Dominicains attirent l&#8217;attention d&#8217;anthropologues, de sociologues, et d&#8217;ethnologues. Si le vaudou et l&#8217;animisme font partie des mythes fondateurs de la nation ha\u00eftienne, symbolis\u00e9e par le serment du Bois Ca\u00efman en 1791, et si la religion catholique, apostolique et romaine, identifie les Dominicains \u00e9vang\u00e9lis\u00e9s de 1492 \u00e0 1562, une compr\u00e9hension moderne de ces deux soci\u00e9t\u00e9s exige une analyse bien plus nuanc\u00e9e. En Ha\u00efti, les chr\u00e9tiens repr\u00e9sentent 60% de la population (43% de catholiques et 17% de protestants). Cependant, la partie rurale, soit 70% de la population, est &#8221; vaudouisante &#8220;, m\u00eame si elle fr\u00e9quente une \u00e9glise ou un temple. En R\u00e9publique Dominicaine, 90% de la population serait catholique romaine, sous le poids d&#8217;une \u00e9glise traditionnelle, conservatrice et autoritaire. L\u00e0 encore, les 37% de ruraux, ont des pratiques syncr\u00e9tiques de vaudou et de santeria (1) dans le Sud et l&#8217;Est de la R\u00e9publique. Depuis 1930, les Ha\u00eftiens venus couper la canne dans les plantations ont eu une grande influence sur les populations rurales dominicaines, leur transmettant le savoir et la pratique rituelle du vaudou ancestral.<\/p>\n<p>Depuis les ann\u00e9es 80, une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration dominicaine d&#8217;origine noire et mul\u00e2tre revendique ses racines communes avec les Ha\u00eftiens pour mieux contester et rejeter la culture raciste et intol\u00e9rante impos\u00e9e parTrujillo, que Balaguer a voulu poursuivre. Pour preuve, la naissance d\u00e8s 1980 d&#8217;associations comme le Centre culturel ha\u00eftiano-dominicain, le Centre d&#8217;\u00e9tudes ha\u00eftiano-dominicaines de l&#8217;Institut de Technologie Intec et d&#8217;ONG comme Femmes dominicano-ha\u00eftiennes et Mouvement pour l&#8217;Identit\u00e9: \u00e9l\u00e9ments nouveaux et indicateurs d&#8217;une culture ha\u00eftiano-dominicaine en devenir o\u00f9 les Dominicains et les Ha\u00eftiens veulent surmonter leurs malentendus historiques et politiques.<\/p>\n<p> <strong> L&#8217;exp\u00e9rience parall\u00e8le d&#8217;une difficile transition d\u00e9mocratique <\/strong><\/p>\n<p>Cette pouss\u00e9e de la soci\u00e9t\u00e9 civile de part et d&#8217;autre de la fronti\u00e8re est d&#8217;autant plus significative que, des deux c\u00f4t\u00e9s de l&#8217;\u00eele, les r\u00e9gimes politiques s&#8217;y sont toujours oppos\u00e9s, interdisant m\u00eame les relations entre intellectuels, commer\u00e7ants, chefs d&#8217;entreprise. Bien que les \u00e9v\u00e9nements les plus dramatiques se soient d\u00e9roul\u00e9s il y a longtemps, ils continuent d&#8217;influencer l&#8217;image que Dominicains et Ha\u00eftiens se font les uns des autres. L&#8217;occupation ha\u00eftienne, entre 1822 et 1844, perp\u00e9tue chez beaucoup de Dominicains l&#8217;id\u00e9e d&#8217;une &#8221; possible occupation pacifique &#8221; du territoire. La pr\u00e9sence de 560 000 immigr\u00e9s ha\u00eftiens en R\u00e9publique Dominicaine (sur 8 300 000 habitants), appel\u00e9s d\u00e8s 1960 pour couper la canne \u00e0 sucre, renforce ce malentendu, les Ha\u00eftiens gardant en m\u00e9moire l&#8217;esclavage de leurs travailleurs agricoles. Les plus \u00e2g\u00e9s oublient moins encore le massacre de 8 000 Ha\u00eftiens ordonn\u00e9 par le dictateur Trujillo en 1932.<\/p>\n<p>Avec la chute de Jean-Claude Duvalier en 1986, un certain rapprochement s&#8217;est impos\u00e9 aux Ha\u00eftiens et aux Dominicains, dans l&#8217;exp\u00e9rience parall\u00e8le d&#8217;une difficile &#8221; transition d\u00e9mocratique&#8221;. C&#8217;est alors que la soci\u00e9t\u00e9 civile dominicaine a commenc\u00e9 \u00e0 se solidariser avec un peuple ha\u00eftien en crise, sensible \u00e0 sa soif de libert\u00e9. Pour les mouvements populaires dominicains, Aristide a repr\u00e9sent\u00e9 une chance pour Ha\u00efti. Les coups d&#8217;Etat r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, entre 1987 et 1991, ont renforc\u00e9 cette solidarit\u00e9. En 1986, Balaguer revient au pouvoir et perp\u00e9tue la fraude \u00e9lectorale jusqu&#8217;en 1994. Durant cette p\u00e9riode, le peuple dominicain manifeste son d\u00e9tachement face aux partis politiques et \u00e0 la politique politicienne, mais la situation de Ha\u00efti suscite en revanche son int\u00e9r\u00eat. Les Dominicains, qui gardent en m\u00e9moire l&#8217;invasion de 1963 par 22 000 marines, ont \u00e9t\u00e9 indign\u00e9s par l&#8217;intervention am\u00e9ricaine en Ha\u00efti, en 1994, &#8221; justifi\u00e9e &#8221; par la restauration de la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique mais contraire aux principes de non-intervention et de souverainet\u00e9.<\/p>\n<p>Un nouveau langage appara\u00eet dans l&#8217;\u00e9tat-major politique des deux r\u00e9publiques. En f\u00e9vrier 1992, pendant la r\u00e9union des Etats membres de la convention de Lom\u00e9, Aristide rencontre pour la premi\u00e8re fois Balaguer et d\u00e9clare publiquement \u00e0 Santo Domingo que les deux Etats &#8221; sont les deux ailes d&#8217;un m\u00eame oiseau&#8221;. Les hommes d&#8217;affaires dominicains et le Chancelier de la R\u00e9publique Dominicaine comparent en 1995 les deux r\u00e9publiques \u00e0 &#8221; deux soeurs siamoises&#8221;. Des d\u00e9l\u00e9gations du secteur priv\u00e9 se rencontrent r\u00e9guli\u00e8rement dans les deux pays, au Cap ha\u00eftien, \u00e0 Jimani, \u00e0 Santiago ou \u00e0 Port-au-Prince.<\/p>\n<p> <strong> Des initiatives civiles de strat\u00e9gie \u00e9conomique commune <\/strong><\/p>\n<p>Bien que les deux Etats n&#8217;aient pas encore formul\u00e9 leur strat\u00e9gie d&#8217;int\u00e9gration \u00e9conomique commune, des initiatives civiles existent. Guy Alexandre, ambassadeur d&#8217;Ha\u00efti \u00e0 Santo-Domingo, ne cesse de travailler au rapprochement depuis 1992, soutenu par le directeur ha\u00eftien de la Sogebank. L&#8217;intellectuel Bernardo Vega, homme d&#8217;affaires et ancien gouverneur de la Banque centrale dominicaine, a \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 par le Conseil national des chefs d&#8217;entreprise d&#8217;\u00e9tudier les possibilit\u00e9s de r\u00e9unir des investissements issus des deux r\u00e9publiques dans les zones franches et dans les entreprises d&#8217;assemblage jumel\u00e9es. Bernardo Vega propose aussi de mieux utiliser l&#8217;aide de l&#8217;Union europ\u00e9enne pour des projets communs qui comprennent par exemple des centres de recherche agricoles, les raccords de la route du Cap ha\u00eftien \u00e0 La Isabela et \u00e0 Puerto Plata, la protection de l&#8217;environnement par des syst\u00e8mes d&#8217;irrigation partag\u00e9s afin de parvenir au reboisement d&#8217;Ha\u00efti, et l&#8217;\u00e9radication des maladies dans les campagnes qui jouxtent la fronti\u00e8re. La r\u00e9alisation de ces projets serait imminente. Ces efforts, soutenus notamment par G\u00e9rard Pierre Charles, Suzy Castor, pour Ha\u00efti, Marcio Veloz Maggiolo, Max Puig, par l&#8217;ensemble des associations non gouvernementales comme le CRESFED ha\u00eftien et le CEDEE dominicain, et par les animateurs de formation et d&#8217;\u00e9ducation non formelle, font appr\u00e9cier l&#8217;importance de la visite en mars, 1996, du Pr\u00e9sident ha\u00eftien \u00e9lu, Ren\u00e9 Pr\u00e9val. Depuis, des missions ne cessent de traverser la fronti\u00e8re pour mettre sur pied des projets de tourisme, de transports et des conventions de formation universitaire et professionnelle.<\/p>\n<p> <strong> Une politique sous le signe du partage et de la tol\u00e9rance  <\/strong><\/p>\n<p>R\u00e9guli\u00e8rement, des initiatives scientifiques s&#8217;organisent dans les deux pays \u00e0 propos des t\u00e9l\u00e9communications, de la g\u00e9n\u00e9tique, de la construction portuaire, du traitement de l&#8217;eau. Des artistes ha\u00eftiens viennent r\u00e9guli\u00e8rement en tourn\u00e9e, des peintres exposent. Ces \u00e9changes semblaient impossibles il y a seulement dix ans. Il est encore t\u00f4t pour dire si ces \u00e9l\u00e9ments produiront l&#8217;int\u00e9gration \u00e9conomique et humaine satisfaisante attendue par ses promoteurs. Une commission compos\u00e9e d&#8217;experts et de responsables politiques des deux Etats tente de r\u00e9soudre la situation des Ha\u00eftiens consid\u00e9r\u00e9s encore aujourd&#8217;hui comme clandestins ou apatrides en R\u00e9publique Dominicaine. La question n&#8217;est plus laiss\u00e9e \u00e0 l&#8217;arbitraire dominicain. La fin de l&#8217;\u00e8re de l&#8217;autoritarisme balagu\u00e9riste en R\u00e9publique Dominicaine, avec Lionel Fernandez, pr\u00e9sident \u00e9lu le 30 juin 1996, permet l&#8217;accession au pouvoir d&#8217;une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration politique, ayant une nouvelle vision des rapports entre Ha\u00eftiens et Dominicains, faite de tol\u00e9rance, de partage et d&#8217;int\u00e9gration.<\/p>\n<p>1. Santeria: pratique religieuse animiste fond\u00e9e sur un syncr\u00e9tisme entre dieux africains et saints catholiques.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-295","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/295","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=295"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/295\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=295"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=295"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=295"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}