{"id":2937,"date":"2007-07-01T00:00:00","date_gmt":"2007-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/heiner-muller-la-deplacee-la-rda2937\/"},"modified":"2007-07-01T00:00:00","modified_gmt":"2007-06-30T22:00:00","slug":"heiner-muller-la-deplacee-la-rda2937","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2937","title":{"rendered":"Heiner M\u00fcller, La d\u00e9plac\u00e9e : la RDA sortie des tiroirs"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Heiner M\u00fcller, d\u00e9sormais classique du th\u00e9\u00e2tre contemporain, et depuis les ann\u00e9es 1990. Actualit\u00e9 n\u00e9anmoins de son \u0153uvre, triple et paradoxale. Entretien avec Ir\u00e8ne Bonnaud* en \u00e9claireuse. <\/p>\n<p>Actualit\u00e9 \u00e9ditoriale d&#8217;abord, puisque vient d&#8217;\u00eatre traduite La D\u00e9plac\u00e9e, la premi\u00e8re grande pi\u00e8ce de M\u00fcller, par Maurice Taszman et Ir\u00e8ne Bonnaud.  Actualit\u00e9 d&#8217;une vision iconoclaste aujourd&#8217;hui, d&#8217;autre part. La D\u00e9plac\u00e9e est une pi\u00e8ce qui fait tache en ce qu&#8217;elle d\u00e9crit un monde qui n&#8217;a rien \u00e0 voir avec la repr\u00e9sentation h\u00e9g\u00e9monique lib\u00e9rale actuelle, qui voit en toute soci\u00e9t\u00e9 une somme d&#8217;entit\u00e9s autonomes. La pi\u00e8ce de M\u00fcller d\u00e9crit un monde d&#8217;interactions permanentes, de non-ind\u00e9pendance absolue, une communaut\u00e9 au sens fort, o\u00f9 les sujets sont d&#8217;abord le produit de leur pass\u00e9 commun et la cons\u00e9quence logique du jeu de leurs relations. <\/p>\n<p>Actualit\u00e9 du cadavre, enfin. N\u00e9cessaire rappel \u00e0 la pens\u00e9e des morts et des \u0153uvres qui placent le rapport \u00e0 l&#8217;histoire au c\u0153ur de leur production, au moment o\u00f9 la politique fran\u00e7aise entend mettre un terme \u00e0 ladite repentance. Faisant fi du sentiment qu&#8217;il serait \u00ab d\u00e9plac\u00e9 \u00bb de tenter d&#8217;actualiser des forces de frappe \u00e0 l&#8217;occasion des \u0153uvres majeurs. Actualit\u00e9 de l&#8217;Est, en somme, comme symbole d&#8217;une irr\u00e9ductibilit\u00e9 historique, grumeau mal ais\u00e9 dans l&#8217;id\u00e9ologie europ\u00e9enne et \u00e0 ce titre salutaire. <\/p>\n<p><strong> Est-ce la premi\u00e8re traduction de la pi\u00e8ce La D\u00e9plac\u00e9e en fran\u00e7ais ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Ir\u00e8ne Bonnaud. <\/strong> Oui, c&#8217;\u00e9tait la derni\u00e8re grande pi\u00e8ce de M\u00fcller qui restait \u00e0 traduire. Maurice Taszman voulait le faire depuis longtemps. Quant \u00e0 moi, j&#8217;ai mis en sc\u00e8ne Tracteur de M\u00fcller \u00e0 la Bastille, dont La D\u00e9plac\u00e9e est plus ou moins la pi\u00e8ce matrice, et j&#8217;en avais fait alors une sorte de \u00ab traduction automatique \u00bb pour les acteurs. La D\u00e9plac\u00e9e est une tr\u00e8s longue pi\u00e8ce, \u00e9crite entre 1959 et 1961, qui a \u00e9t\u00e9 interdite en RDA et que M\u00fcller n&#8217;a pu faire rejouer ou publier. Dans les ann\u00e9es 1970, comme il le faisait souvent, il a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 des bribes de la pi\u00e8ce pour faire un montage avec des textes ult\u00e9rieurs, ce qui a donn\u00e9 Tracteur. Nous savons bien que traduire cette pi\u00e8ce est un peu intempestif par les temps qui courent : elle fait plus d&#8217;une centaine de pages, compte une quarantaine de personnages, cela ne correspond plus aux contraintes \u00e9conomiques du th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais aujourd&#8217;hui. De plus, c&#8217;est une com\u00e9die qui a pour arri\u00e8re-fond le processus de collectivisation agricole dans un village d&#8217;Allemagne de l&#8217;Est entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et 1960, donc le sujet est compl\u00e8tement inactuel ! Les directeurs de th\u00e9\u00e2tre ne se pr\u00e9cipiteront pas. Mais elle est importante, d&#8217;abord parce qu&#8217;elle est comme un socle du reste de l&#8217;\u0153uvre.<\/p>\n<p><strong> Ce sont ces raisons qui peuvent expliquer qu&#8217;elle ait \u00e9t\u00e9 traduite si tard ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> I.B. <\/strong> Le premier moment de r\u00e9ception de M\u00fcller en France date des ann\u00e9es 1970, dans le contexte du post-brechtisme et du travail de r\u00e9\u00e9criture des trag\u00e9dies grecques et shakespeariennes entrepris par Brecht et ses assistants. M\u00fcller est alors per\u00e7u comme un des plus brillants disciples de Brecht, mais se distinguant peu des autres auteurs allemands de la p\u00e9riode. Puis il y a eu une deuxi\u00e8me phase inaugur\u00e9e en 1977-1978 par la d\u00e9couverte de Hamlet Machine, qui n&#8217;avait plus grand rapport avec la dramaturgie brechtienne, et qui a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour la premi\u00e8re fois au monde en France et en fran\u00e7ais, simultan\u00e9ment par Marc Liebens \u00e0 Bruxelles et Jean Jourdheuil \u00e0 Saint-Denis. M\u00fcller est alors per\u00e7u comme un auteur avant-gardiste, influenc\u00e9 par des choses aussi diverses que T.S. Eliot, Ezra Pound ou Beckett. C&#8217;est \u00e0 ce moment que les \u00e9ditions de Minuit  : de fa\u00e7on symptomatique d&#8217;ailleurs : un \u00e9diteur n&#8217;\u00e9tant sp\u00e9cialis\u00e9 ni dans le th\u00e9\u00e2tre ni en litt\u00e9rature germanique : se sont int\u00e9ress\u00e9es \u00e0 son \u0153uvre. Les \u0153uvres de M\u00fcller qui \u00e9taient susceptibles de conqu\u00e9rir les hommes de th\u00e9\u00e2tre et le public de l&#8217;Ouest \u00e9taient pr\u00e9cis\u00e9ment celles qu&#8217;il \u00e9tait en train d&#8217;\u00e9crire \u00e0 ce moment-l\u00e0, fin 1970, d\u00e9but 1980 : des textes tr\u00e8s exp\u00e9rimentaux, qui font \u00e9clater les codes dramaturgiques (Paysage sous surveillance, Rivage avec Argonautes, M\u00e9d\u00e9e Mat\u00e9riau). Aussi, les premiers textes de M\u00fcller traduits en fran\u00e7ais de fa\u00e7on continue, la grosse vague des traductions des ann\u00e9es 1980, ont \u00e9t\u00e9 ces textes-l\u00e0. En revanche, la premi\u00e8re partie de son \u0153uvre, entre 1956 et 1964, qui parle directement de la r\u00e9alit\u00e9 est-allemande, avec un fort mat\u00e9riau documentaire et qui n&#8217;est pas encore dans l&#8217;explosion ult\u00e9rieure de l&#8217;\u00e9criture, est pass\u00e9e \u00e0 la trappe. Les premiers textes de M\u00fcller sont donc ceux qui ont \u00e9t\u00e9 traduits le plus tard. J&#8217;ai moi-m\u00eame traduit La Construction (1962-1964), et on peut citer aussi L&#8217;homme qui casse les salaires, La Correction. La D\u00e9plac\u00e9e est la derni\u00e8re arriv\u00e9e de cette seconde r\u00e9surgence.<\/p>\n<p><strong> Par rapport \u00e0 La D\u00e9plac\u00e9e, qui n&#8217;a finalement jamais trouv\u00e9 son moment, pourriez-vous rappeler les enjeux de son interdiction ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> I.B. <\/strong>  Elle a \u00e9t\u00e9 mont\u00e9e au Berliner Ensemble apr\u00e8s la chute du Mur mais elle est tomb\u00e9e \u00e0 plat car la distance n&#8217;\u00e9tait pas encore assez grande avec son sujet. Et sans doute faut-il encore attendre pour la rejouer aujourd&#8217;hui. C&#8217;est un peu la pi\u00e8ce maudite de M\u00fcller, il disait que c&#8217;\u00e9tait sa pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, il y a pass\u00e9 beaucoup de temps (trois ans), persuad\u00e9 qu&#8217;elle serait la grande pi\u00e8ce de la premi\u00e8re partie de son \u0153uvre. C&#8217;est B.K. Tragelehn, \u00e9l\u00e8ve de Brecht, membre du Parti, qui l&#8217;a mont\u00e9e avec des \u00e9tudiants en 1961, dans le cadre d&#8217;un festival de th\u00e9\u00e2tre universitaire des jeunesses communistes, dans un contexte donc tr\u00e8s officiel, et la pi\u00e8ce a fait l&#8217;effet d&#8217;une bombe. Tragelehn a \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9 \u00ab \u00e0 la production \u00bb, dans les mines de charbon pendant plusieurs mois, M\u00fcller a d\u00fb faire son autocritique et a \u00e9t\u00e9 exclu de l&#8217;Union des \u00e9crivains d&#8217;Allemagne de l&#8217;Est. M\u00eame si des choses continuent, ses pi\u00e8ces seront ensuite plus all\u00e9goriques, plus herm\u00e9tiques, apr\u00e8s ce couperet de censure. Et la pi\u00e8ce est rest\u00e9e dans les tiroirs. <\/p>\n<p><strong> Dans la pr\u00e9face, vous dites que M\u00fcller n&#8217;\u00e9crit pas autre chose que le cat\u00e9chisme d&#8217;Etat, mais qu&#8217;il en ruine les fondements de l&#8217;int\u00e9rieur. <\/strong> <\/p>\n<p><strong> I.B. <\/strong>  C&#8217;est un m\u00e9canisme tr\u00e8s frappant de l&#8217;\u00e9criture de M\u00fcller. Il n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 un \u00e9crivain dissident, qui aurait voulu passer un message ou \u00eatre dans un \u00e9tat d&#8217;opposition au r\u00e9gime est-allemand. M\u00fcller n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur du processus de la RDA, il s&#8217;est identifi\u00e9 \u00e0 un moment avec sa construction, qui n&#8217;\u00e9tait d&#8217;ailleurs pas celle de tous les pays de l&#8217;Est puisqu&#8217;elle tentait de tourner le dos \u00e0 l&#8217;hitl\u00e9risme, qui \u00e9tait juste derri\u00e8re la porte. Il y a des r\u00e9pliques dans la pi\u00e8ce qui sont d&#8217;une extr\u00eame m\u00e9chancet\u00e9 pour la RDA, mais il le fait de l&#8217;int\u00e9rieur, contre lui-m\u00eame, contre ses propres convictions d&#8217;intellectuel vaguement marxiste. C&#8217;est le m\u00eame type de processus que lorsque B\u00fcchner \u00e9crit La Mort de Danton : cette pi\u00e8ce sert souvent contre la R\u00e9volution fran\u00e7aise, alors que B\u00fcchner \u00e9tait tout \u00e0 fait robespierriste. Il y a cette m\u00eame contradiction tragique au c\u0153ur de La Mort de Danton et dans les pi\u00e8ces de M\u00fcller. Il ne d\u00e9nonce rien, il \u00e9crit de l&#8217;int\u00e9rieur. Il s&#8217;amuse avec les expressions de la langue de bois des militants est-allemands, il prend un code et le retourne, c&#8217;est tr\u00e8s carnavalesque, au sens de Bakhtine (1). <\/p>\n<p><strong> Comment d\u00e9finiriez-vous la force de la pi\u00e8ce ? <\/strong> <\/p>\n<p><strong> I.B. <\/strong>  Je la vois d&#8217;abord dans sa force comique, c&#8217;est la seule grande com\u00e9die de M\u00fcller, qui joue beaucoup sur le sens de la r\u00e9partie. Comme il a essay\u00e9 de faire exploser les formes th\u00e9\u00e2trales traditionnelles, il a de moins en moins \u00e9crit de dialogues, mais La D\u00e9plac\u00e9e montre combien il est un g\u00e9nial \u00e9crivain de dialogue comique. Et il y a une force subversive du comique quel que soit le pouvoir en place. La seconde chose tr\u00e8s importante, \u00e0 l&#8217;\u0153uvre par la suite aussi, est l&#8217;\u00e9criture chorale : le sous-titre de la pi\u00e8ce est Les paysans :, comme si, contrairement aux pi\u00e8ces de Brecht, l&#8217;id\u00e9e n&#8217;\u00e9tait pas de construire un grand protagoniste mais un ensemble choral, d&#8217;inspiration peut-\u00eatre antique mais sur le mode contemporain. Et, en opposition, il y a le personnage de Fondrak, l&#8217;asocial, sorte de puissance vitaliste, anarchiste, destructrice, qui sort du collectif, qui ne s&#8217;int\u00e9resse qu&#8217;\u00e0 la bi\u00e8re, au sexe, \u00e0 la bagarre de bar, avec un c\u00f4t\u00e9 punk que l&#8217;on retrouve ailleurs. Or ce personnage est au milieu de la construction d&#8217;un Etat, d&#8217;une communaut\u00e9, et il fait exploser toute tentative de fondation des lois, ce qui mod\u00e9lise une situation universelle : comment fonder un Etat, y compris avec des individus qui en ruinent les fondations ?<\/p>\n<p><strong> Y a-t-il d&#8217;autres \u00e9l\u00e9ments de la pi\u00e8ce qui vous paraissent pouvoir \u00eatre lus hors du contexte de la RDA ? <\/strong> <\/p>\n<p><strong> I.B. <\/strong>  Tragelehn me racontait que la pi\u00e8ce \u00e9tait pour lui une sorte de pastorale, comme les com\u00e9dies de Shakespeare ou les pastorales du XVIIe. On est dans un lieu qui n&#8217;est pas normal, c&#8217;est un lieu hors du monde. Ce village, peut \u00eatre dans le Mecklembourg ou en Saxe, ce microcosme, avec des histoires d&#8217;amour, de travail, de pouvoir, avec les ruines de la guerre en arri\u00e8re-fond, contient une \u00e9nergie de vie, un rire, une clart\u00e9 et une limpidit\u00e9 de la parole, un bonheur de la blague immenses. C&#8217;est comme si tout \u00e0 coup, entre deux \u00e9poques, les gens avaient le droit de parler, \u00e0 peine sortis de la guerre et du nazisme, et avant d&#8217;entrer dans la p\u00e9trification de l&#8217;ordre est-allemand. Il s&#8217;agit d&#8217;un moment utopique, o\u00f9 l&#8217;on a le droit de parler, de baiser dans la prairie, un moment d&#8217;extr\u00eame libert\u00e9 des corps, de la parole, du langage. C&#8217;est tr\u00e8s fort, cette jubilation de l&#8217;\u00e9criture. Moment idyllique entre deux remises en ordre. Tout comme Shakespeare lorsqu&#8217;il mod\u00e9lise des situations de pouvoir et de mort, m\u00eame si l&#8217;on ne comprend rien au contexte historique de la guerre des Deux Roses. La destin\u00e9e de ces pi\u00e8ces de M\u00fcller est l\u00e0, dans cette force jubilatoire qui les arrache \u00e0 leur contexte historique.<\/p>\n<p><strong> Il y a tout le temps un rapport tr\u00e8s fort \u00e0 l&#8217;histoire, comment le d\u00e9finiriez-vous ? <\/strong> <\/p>\n<p><strong> I.B. <\/strong>  Il y avait un mensonge d&#8217;Etat qui consistait \u00e0 dire que l&#8217;on \u00e9tait tout \u00e0 coup dans un Etat antifasciste, alors que 98 % de la population avait soutenu Hitler pendant douze ans. Fiction totale, fiction volontaire, mais fiction fondamentale : tout l&#8217;Etat \u00e9tait fond\u00e9 sur ce mensonge. Brecht disait qu&#8217;on ne s&#8217;en sortirait pas sans sortir les cadavres du placard et M\u00fcller joue beaucoup avec \u00e7a. Il y a des pi\u00e8ces o\u00f9 il met en sc\u00e8ne Hitler, Staline, mais, \u00e0 la diff\u00e9rence des drames historiques au XIXe, il peut aussi parler d&#8217;histoire sans convoquer de grands personnages historiques. C&#8217;est l&#8217;histoire en tant qu&#8217;elle traverse la vie des individus les plus ordinaires, il montre comment un contexte historique peut perturber la vie de paysans, non seulement dans leur vie politique, mais dans leur corps, leur vie sexuelle, affective, leur sant\u00e9. On est dans une sorte de travers\u00e9e des corps par le pouvoir, au sens o\u00f9 Foucault parle de biopouvoir : l&#8217;Etat s&#8217;introduit dans le psychisme des individus, et inversement. Les petites histoires des gens dans La D\u00e9plac\u00e9e ont une variante tr\u00e8s corporelle, scatologique, sexuelle, mais elle est aussi travers\u00e9e par la question de \u00ab comment on fonde une communaut\u00e9, qu&#8217;est-ce que la m\u00e9moire des morts, comment reconstruire un pays en ruine ? \u00bb<\/p>\n<p>Il y a un rapport tr\u00e8s \u00e9tonnant dans l&#8217;\u00e9criture de M\u00fcller entre le concret et l&#8217;abstraction. C&#8217;est \u00e0 la fois une \u00e9criture tr\u00e8s concr\u00e8te : il a \u00e9crit la pi\u00e8ce avec une \u00e9norme base documentaire, il a pass\u00e9 une partie du d\u00e9but de sa carri\u00e8re \u00e0 \u00e9couter des conversations de comptoir, il a \u00e9t\u00e9 employ\u00e9 pendant une courte p\u00e9riode dans l&#8217;administration de la r\u00e9forme agraire :, et pourtant ce n&#8217;est absolument pas une \u00e9criture naturaliste. Il y a un m\u00e9lange de prose et de passages versifi\u00e9s, en pentam\u00e8tres, qui sont la transcription allemande du vers shakespearien, que l&#8217;allemand peut emprunter car il s&#8217;agit de la m\u00eame versification par accents, et non par rimes comme en fran\u00e7ais. Tout \u00e0 coup, ces \u00ab pauvres \u00bb, ces paysans, se mettent \u00e0 parler en vers shakespeariens. C&#8217;est difficile \u00e0 traduire. C&#8217;est une langue beaucoup plus dense que celle de la conversation. Ce qui est important, c&#8217;est de garder le caract\u00e8re concis et dense, avec des chocs de mots dans la m\u00eame phrase. Cette densification de la langue permet \u00e0 M\u00fcller de passer d&#8217;\u00e9l\u00e9ments de vocabulaire tr\u00e8s concrets \u00e0 des choses abstraites, voire all\u00e9goriques. Il y a un niveau linguistique et une vitesse de la pens\u00e9e qui n&#8217;est pas  du tout de l&#8217;ordre du naturalisme t\u00e9l\u00e9visuel.<\/p>\n<p>Recueilli par D.S.<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b041, juillet\/ao\u00fbt 2007<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Heiner M\u00fcller, d\u00e9sormais classique du th\u00e9\u00e2tre contemporain, et depuis les ann\u00e9es 1990. Actualit\u00e9 n\u00e9anmoins de son \u0153uvre, triple et paradoxale. 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