{"id":2935,"date":"2007-07-01T00:00:00","date_gmt":"2007-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/un-cinema-monde2935\/"},"modified":"2007-07-01T00:00:00","modified_gmt":"2007-06-30T22:00:00","slug":"un-cinema-monde2935","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2935","title":{"rendered":"Un cin\u00e9ma monde"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Nouveau cin\u00e9ma, nouveau monde. Cannes d\u00e9couvre de nouvelles g\u00e9n\u00e9rations de cin\u00e9astes et expose le cin\u00e9ma comme un art tout \u00e0 la fois int\u00e9rieur et ext\u00e9rieur. Des allers et retours se font entre pays. Langues, signes et codes sont \u00e0 d\u00e9chiffrer. <\/p>\n<p>Cannes a c\u00e9l\u00e9br\u00e9 cette ann\u00e9e son 60e anniversaire. Gilles Jacob, pr\u00e9sident du Festival, a pour l&#8217;occasion initi\u00e9 et produit un film collectif, Chacun son cin\u00e9ma (To Each his Own Cinema) r\u00e9unissant 35 r\u00e9alisateurs. Chacun a livr\u00e9, en un court segment et sans avoir connaissance des autres projets, sa vision singuli\u00e8re de ce qu&#8217;est une salle de cin\u00e9ma. Un ensemble ironique \u00e0 l&#8217;heure o\u00f9 la cin\u00e9philie se d\u00e9porte de plus en plus de la cellule close et recluse que mat\u00e9rialise la salle obscure&#8230; La Quinzaine des r\u00e9alisateurs a de son c\u00f4t\u00e9 propos\u00e9 un ensemble intitul\u00e9 O estado do mundo (L&#8217;Etat du monde), compos\u00e9 de six films politiques mettant symboliquement en sc\u00e8ne des travers\u00e9es de fronti\u00e8res, g\u00e9ographiques et historiques : r\u00e9alis\u00e9es par Apichatpong Weerasethakul, Vicente Ferraz, Ayisha Abraham, Wang Bing, Pedro Costa et Chantal Akerman. Mis c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, ces deux projets collectifs, l&#8217;un centrip\u00e8te, l&#8217;autre centrifuge, donnent \u00e0 voir, \u00e0 entendre la ligne de force majeure de ce festival-monde qui expose le cin\u00e9ma comme un art tout \u00e0 la fois int\u00e9rieur et ext\u00e9rieur. Chacun son monde ? Telle est la question qui s&#8217;est impos\u00e9e souterrainement lors de cette 60e \u00e9dition cannoise.<\/p>\n<p><strong> NOUVELLE G\u00c9N\u00c9RATION <\/strong><\/p>\n<p>La liste des cin\u00e9astes impliqu\u00e9s dans Chacun son cin\u00e9ma cartographie un \u00e9tat du cin\u00e9ma mondial assez r\u00e9v\u00e9lateur pour qu&#8217;on la cite in extenso. Dans les rangs de cette salle imaginaire, se c\u00f4toyaient donc : Theo Angelopoulos, Olivier Assayas, Bille August, Jane Campion, Youssef Chahine, Chen Kaige, Michael Cimino, Joel &#038; Ethan Coen, David Cronenberg, Jean-Pierre et Luc Dardenne, Manoel De Oliveira, Raymond Depardon, Atom Egoyan, Amos Gitai, Hou Hsiao Hsien, Alejandro Gonzales Inarritu, Aki Kaurismaki, Abbas Kiarostami, Takeshi Kitano, Andrei Konchalovsky, Claude Lelouch, Ken Loach, Nanni Moretti, Roman Polanski, Raul Ruiz, Walter Salles, Elia Suleiman, Tsai Ming Liang, Gus Van Sant, Lars Von Trier, Wim Wenders, Wong Kar Wai et Zhang Yimou. A ce Panth\u00e9on majeur, vitrine internationale du plus grand festival du monde, kyrielle d&#8217;auteurs \u00e0 la signature assur\u00e9e, ont fait \u00e9cho, sur un mode mineur, les \u0153uvres prim\u00e9es par le jury pr\u00e9sid\u00e9 cette ann\u00e9e par le r\u00e9alisateur anglais Stephen Frears : des \u0153uvres \u00e9manant de cin\u00e9astes pour la plupart inconnus du grand public, et jeunes, dessinant tr\u00e8s clairement une g\u00e9n\u00e9ration post-1968 : Marjane Satrapi (n\u00e9e en 1969) et Vincent Paronnaud (n\u00e9 en 1970), laur\u00e9ats du prix du Jury pour Persepolis ; Carlos Reygadas (n\u00e9 en 1971) Prix du Jury ex-aequo pour Lumi\u00e8re silencieuse ; Fatih Akin (n\u00e9 en 1973) Prix du sc\u00e9nario pour De l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 ; Naomi Kawase (n\u00e9e en 1969), Grand Prix pour La For\u00eat de Mogari. Cristian Mungiu, r\u00e9cipiendaire de la Palme d&#8217;or, est n\u00e9 en 1968. Dans 4 mois, 3 semaines et 2 jours, Mungiu met en sc\u00e8ne, en une s\u00e9rie de plans-s\u00e9quences tr\u00e8s ma\u00eetris\u00e9s, un avortement clandestin dans la Roumanie finissante de Ceaucescu, interrogeant ainsi la possibilit\u00e9 d&#8217;un nouveau monde. Le cin\u00e9aste roumain a accueilli son prix en y d\u00e9chiffrant imm\u00e9diatement<em> \u00ab une bonne nouvelle pour les petits cin\u00e9astes venus de petits pays \u00bb <\/em>, ceux-l\u00e0 m\u00eame qui ne figurent pas dans la carte dessin\u00e9e par Chacun son cin\u00e9ma. Le r\u00e9alisateur a \u00e9galement rappel\u00e9 qu&#8217;il y a un an, il n&#8217;avait pas en t\u00eate l&#8217;id\u00e9e du film, et qu&#8217;il y a six mois, il n&#8217;en avait pas encore le financement (moins de 600 000 euros). Faut-il voir dans cette Palme le sympt\u00f4me d&#8217;une nouvelle acc\u00e9l\u00e9ration du processus de fabrication des films ? C\u00f4t\u00e9s rapides, figuraient aussi le r\u00e9alisateur cor\u00e9en Kim Ki-duk, qui, aimant \u00e0 citer un dicton cor\u00e9en,<em> \u00ab Ecris rapidement, d&#8217;un seul coup de pinceau \u00bb <\/em>, a tourn\u00e9 son film Soom en dix jours, ainsi que le v\u00e9loce Christophe Honor\u00e9 qui a r\u00e9alis\u00e9 Les Chansons d&#8217;amour dans la foul\u00e9e de Dans Paris, galvanis\u00e9 par la le\u00e7on toujours contemporaine de la Nouvelle Vague qui avait su<em> \u00ab accorder ses d\u00e9sirs \u00e0 ses moyens \u00bb <\/em>. <\/p>\n<p>Si la s\u00e9lection fut assez homog\u00e8ne dans sa qualit\u00e9, sans qu&#8217;advienne un choc esth\u00e9tique majeur, Cannes a pourtant plus que jamais donn\u00e9 \u00e0 voir un cin\u00e9ma \u00e0 plusieurs vitesses. Aux c\u00f4t\u00e9s d&#8217;\u0153uvres \u00e0 la temporalit\u00e9 resserr\u00e9e, condens\u00e9e (que ce resserrement soit esth\u00e9tique, narratif ou \u00e9conomique), ont figur\u00e9 des films longs, \u00e9tendant leur dur\u00e9e, dilatant leur temporalit\u00e9 majestueuse. Ces deux tendances ne sont pas herm\u00e9tiques l&#8217;une \u00e0 l&#8217;autre : elles communiquent via des lignes en zigzag, qui op\u00e8rent une distorsion entre le temps r\u00e9el de la cam\u00e9ra, du tournage, et la temporalit\u00e9 int\u00e9rieure du film. Id\u00e9e qu&#8217;exprimait \u00e0 sa fa\u00e7on le cin\u00e9aste Robert Bresson en 1946 :<em> \u00ab C&#8217;est l&#8217;int\u00e9rieur qui commande. Je sais que cela peut para\u00eetre paradoxal dans un art qui est tout ext\u00e9rieur. Mais j&#8217;ai vu des films o\u00f9 tout le monde court et qui sont lents. D&#8217;autres o\u00f9 les personnages ne s&#8217;agitent pas et qui sont rapides. J&#8217;ai constat\u00e9 que le rythme des images est impuissant \u00e0 corriger toute lenteur int\u00e9rieure. Seuls les n\u0153uds qui se nouent et se d\u00e9nouent \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur des personnages donnent au film son mouvement, son vrai mouvement \u00bb <\/em> <\/p>\n<p><strong> D\u00c9TERRITORIALISATION <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;internationalisation grandissante des moyens de production brouille les fronti\u00e8res entre les films. L&#8217;attribution d&#8217;une nationalit\u00e9 fixe \u00e0 un film est de moins en mois \u00e9vidente. En la mati\u00e8re, Rapha\u00ebl Nadjari, auteur de Tehilim (en salles depuis le 30 mai), appara\u00eet comme un cas d&#8217;\u00e9cole : n\u00e9 \u00e0 Marseille en 1971, Nadjari a tourn\u00e9 ses trois premiers films \u00e0 New York et ses deux derniers en Isra\u00ebl. De son c\u00f4t\u00e9, le cin\u00e9aste taiwanais Hou Hsiao Hsien a \u00e9lu domicile en France pour Le Voyage du ballon rouge qui a ouvert la s\u00e9lection<em> \u00ab Un certain regard \u00bb <\/em>. Ce film magnifique est nimb\u00e9 par une \u00e9tranget\u00e9 m\u00e9taphysique, un \u00e9cart entre les langues, entre les signes, inqui\u00e9t\u00e9 par le regard que le cin\u00e9aste \u00e9tranger porte sur Paris. Essentiellement voyageuse, apatride, cette d\u00e9territorialisation symbolique fut au c\u0153ur de nombreux films. Import Export, de l&#8217;Autrichien Ulrich Seidl, met en sc\u00e8ne deux trajectoires oppos\u00e9es : alors qu&#8217;Olga quitte l&#8217;Ukraine pour l&#8217;Autriche o\u00f9 elle devient femme de m\u00e9nage dans un service g\u00e9riatrique, Paul, ancien agent de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 Vienne, se dirige vers l&#8217;Ukraine. Dans le r\u00e9v\u00e9lateur De l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9, Fatih Akin tresse des allers et retours subtils entre l&#8217;Allemagne et la Turquie. Adaptant \u00e0 l&#8217;\u00e9cran sa bande dessin\u00e9e, Marjane Satrapi fait voyager (et grandir) son propre personnage entre l&#8217;Iran, la France et l&#8217;Autriche. Lumi\u00e8re silencieuse, de Carlos Reygadas, invente un pays \u00e0 lui tout seul, en centrant son film sur une communaut\u00e9 agricole mennonite install\u00e9e au Mexique et d\u00e9connect\u00e9e du monde moderne. Leur langue, le plautdietsch, un dialecte germanique proche du n\u00e9erlandais m\u00e9di\u00e9val et du flamand, condense toute l&#8217;\u00e9tranget\u00e9 de ce petit univers autarcique.<\/p>\n<p><strong> AUTRES LANGUES <\/strong><\/p>\n<p>Les films pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 Cannes se sont propos\u00e9 de r\u00e9inventer le langage, donnant \u00e0 entendre d&#8217;autres langues. Christophe Honor\u00e9 et Serge Bozon (r\u00e9alisateur de La France pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la Quinzaine des r\u00e9alisateurs : film qui met en sc\u00e8ne des fant\u00f4mes, des d\u00e9serteurs de la Grande Guerre) ont tous les deux situ\u00e9 au c\u0153ur de leur film des chansons. Dans Une Vieille ma\u00eetresse, Catherine Breillat excelle \u00e0 rendre contemporaine la langue litt\u00e9raire de Barbey d&#8217;Aurevilly, tout en proposant une circulation historique entre le XVIIIe et le XIXe si\u00e8cles, entre libertinage et ordre moral. Les pri\u00e8res de Lumi\u00e8re silencieuse r\u00e9pondent de leur c\u00f4t\u00e9 aux psaumes,<em> \u00ab tehilim \u00bb <\/em>, de Rapha\u00ebl Nadjari. Mais c&#8217;est Zodiac, incontestablement, le film de David Fincher pr\u00e9sent\u00e9 le premier jour du Festival et sorti en salles dans la foul\u00e9e, qui offre le plus de potentialit\u00e9s linguistiques et s\u00e9mantiques. Le film, distendu entre 1969 et la fin des ann\u00e9es 1980, prend pour mati\u00e8re la longue enqu\u00eate consacr\u00e9e aux crimes r\u00e9els du Zodiac qui a terroris\u00e9 les Etats-Unis. Le langage parl\u00e9 par le Zodiac, les signes et les codes qu&#8217;il utilise, ne parviennent pas \u00e0 \u00eatre d\u00e9chiffr\u00e9s par les policiers, lesquels s&#8217;en remettent \u00e0 la seule science graphologique. Seul un dessinateur, Robert Graysmith (Jake Gyllenhall), parvient \u00e0 entrer dans l&#8217;univers invent\u00e9 par le Zodiac. Opaque aux enqu\u00eateurs, ce monde est imm\u00e9diatement soluble dans le cin\u00e9ma. Zodiac met en abyme l&#8217;appropriation de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement par L&#8217;Inspecteur Harry (1971) de Don Siegel et, dans les marges, par Bullitt (1968) de Peter Yates. Un cin\u00e9ma-monde \u00e0 lui tout seul.  J.C.<\/p>\n<p>Article paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b041, juillet\/ao\u00fbt 2007<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Nouveau cin\u00e9ma, nouveau monde. Cannes d\u00e9couvre de nouvelles g\u00e9n\u00e9rations de cin\u00e9astes et expose le cin\u00e9ma comme un art tout \u00e0 la fois int\u00e9rieur et ext\u00e9rieur. Des allers et retours se font entre pays. 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