{"id":2933,"date":"2007-07-01T00:00:00","date_gmt":"2007-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/musique-la-tournee-paye2933\/"},"modified":"2007-07-01T00:00:00","modified_gmt":"2007-06-30T22:00:00","slug":"musique-la-tournee-paye2933","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2933","title":{"rendered":"Musique, la tourn\u00e9e paye"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Apr\u00e8s la sinistrose, les producteurs de disques  red\u00e9couvrent le spectacle vivant. Avec l&#8217;\u00e9quation : artistes venus de la sc\u00e8ne et leur cohorte de fans = gros chiffres de ventes d&#8217;albums. Nouvel Eldorado ? <\/p>\n<p>Par Amaelle Guiton et Marion Rousset<\/p>\n<p>Il y a dix ans, il officiait encore dans les bistrots parisiens et sortait, sous le nom de<em> \u00abB\u00e9nabar et associ\u00e9s\u00bb <\/em>, un premier album confidentiel, La P&#8217;tite Monnaie. Aujourd&#8217;hui, B\u00e9nabar remplit tous les z\u00e9niths de l&#8217;Hexagone et rivalise, dans les bacs des disquaires, avec Johnny Hallyday et Le Roi Soleil : sa Reprise des n\u00e9gociations a \u00e9t\u00e9 certifi\u00e9e disque de diamant (750 000 albums vendus) en d\u00e9cembre dernier. Autre stakhanoviste de la sc\u00e8ne, Sanseverino vit une reconnaissance certes tardive mais exceptionnelle : Exactement, son dernier album, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 disque d&#8217;or (75 000 exemplaires) moins d&#8217;un mois apr\u00e8s sa sortie. Trouvaille de l&#8217;\u00e9curie V2 (Jean-Louis Murat, Henri Salvador, Didier Super&#8230;),  Ana\u00efs, munie de sa guitare et de sa p\u00e9dale d&#8217;effets, a<em> \u00abexplos\u00e9\u00bb <\/em> avec un Cheap Show minimaliste, captation live de ses prestations, et accumul\u00e9 les apparitions dans les grands m\u00e9dias. L\u00e0 o\u00f9 hier dominaient la vari\u00e9t\u00e9 calibr\u00e9e, les<em> \u00abchanteuses \u00e0 voix\u00bb <\/em> et les recettes de production, on a vu s&#8217;imposer des artistes singuliers, des univers identifiables, des parcours initi\u00e9s en marge des acteurs dominants du march\u00e9 de la musique.<\/p>\n<p>Changement d&#8217;\u00e9poque ? M\u00eame la tr\u00e8s frileuse Eurovision s&#8217;est laiss\u00e9 contaminer, avec la s\u00e9lection en mars dernier d&#8217;un groupe plus habitu\u00e9 aux tourn\u00e9es sans paillettes qu&#8217;aux plateaux de France T\u00e9l\u00e9visions : les Fatals Picards, partis en Finlande avec le titre rigolo-d\u00e9cal\u00e9<em> \u00abL&#8217;Amour \u00e0 la fran\u00e7aise\u00bb <\/em>. Si le score final \u00e0 Helsinki n&#8217;est pas plus glorieux que d&#8217;ordinaire, le capital sympathie, lui, est nettement plus \u00e9lev\u00e9. Et l&#8217;aventure, moins incongrue qu&#8217;il n&#8217;y para\u00eet, prouve que l&#8217;offre musicale \u00e0 destination du grand public a \u00e9volu\u00e9.<em> \u00abOn voit aujourd&#8217;hui dans les m\u00e9dias des styles de musique qui n&#8217;y trouvaient pas leur place auparavant, notamment gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;engouement pour ce qu&#8217;on a appel\u00e9 \u00abnouvelle chanson fran\u00e7aise\u00bb, constate Thierry Voyer, directeur adjoint de Radio N\u00e9o, station francilienne d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la programmation de d\u00e9couvertes et d&#8217;artistes \u00aben d\u00e9veloppement\u00bb. Il me semble qu&#8217;on assiste au contrecoup d&#8217;un ph\u00e9nom\u00e8ne de saturation li\u00e9 au ras-le-bol de voir toujours les m\u00eames t\u00eates et \u00e0 la r\u00e9duction des playlists en radio. \u00c7a a valoris\u00e9 en retour des artistes per\u00e7us comme \u00abdiff\u00e9rents\u00bb.\u00bb <\/em><\/p>\n<p><strong> NOUVELLE SC\u00c8NE FRAN\u00c7AISE <\/strong><\/p>\n<p>Dans cette redistribution des cartes, les artistes estampill\u00e9s<em> \u00abnouvelle sc\u00e8ne fran\u00e7aise\u00bb <\/em> se taillent, en apparence du moins, une jolie part. Derri\u00e8re l&#8217;\u00e9tiquette vague et r\u00e9ductrice, les styles musicaux ont moins en commun que les parcours : concerts commenc\u00e9s dans les bars, continu\u00e9s dans les petites salles, premiers albums souvent enregistr\u00e9s avec les moyens du bord&#8230; Des carri\u00e8res qui s&#8217;organisent d&#8217;abord autour du spectacle vivant. Une \u00e9volution dont t\u00e9moigne, autant que les palmar\u00e8s eux-m\u00eames, la cr\u00e9ation en 2001 d&#8217;une cat\u00e9gorie<em> \u00abr\u00e9v\u00e9lation sc\u00e8ne\u00bb <\/em> aux Victoires de la musique, d\u00e9cern\u00e9es chaque ann\u00e9e par les professionnels de la fili\u00e8re : ont ainsi \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9s : outre Sanseverino : La Grande Sophie, Camille ou Grand Corps Malade.<\/p>\n<p>La sc\u00e8ne, nouvel Eldorado ou, au moins, nouvelle<em> \u00abvoie royale\u00bb <\/em> ? La question se pose&#8230; d&#8217;abord pour les producteurs de disques. Car de leur c\u00f4t\u00e9, c&#8217;est clairement la sinistrose. En cinq ans, le march\u00e9 a perdu 40 % de sa valeur. La lutte contre le t\u00e9l\u00e9chargement s&#8217;est av\u00e9r\u00e9e : ainsi que pouvaient le pronostiquer les acteurs hostiles au<em> \u00abtout r\u00e9pressif\u00bb <\/em> : un combat d&#8217;arri\u00e8re-garde. D\u00e9velopp\u00e9 tardivement par les labels, le t\u00e9l\u00e9chargement l\u00e9gal am\u00e9liore certes ses performances (+ 44 % en 2006) mais peine \u00e0 v\u00e9ritablement d\u00e9coller. Les nouveaux d\u00e9bouch\u00e9s, comme ceux de la t\u00e9l\u00e9phonie mobile (des sonneries de portables aux diffusions de concerts), attisent les convoitises, sans certitude quant au retour sur investissement. <\/p>\n<p><strong> MICROSTRUCTURE <\/strong><\/p>\n<p>Surtout, les lignes de partage ont boug\u00e9.<em> \u00abLa consommation de musique elle-m\u00eame se porte plut\u00f4t bien, la diversit\u00e9 est de plus en plus forte, mais du c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;organisation du travail des maisons de disques, les cartes changent de main, analyse Thierry Voyer. Les fournisseurs d&#8217;acc\u00e8s, les plates-formes de t\u00e9l\u00e9chargement payant comme iTunes jouent un r\u00f4le de plus en plus important. Avant, il y avait trois ou quatre acteurs principaux, les majors ; aujourd&#8217;hui, on assiste \u00e0 de nouvelles r\u00e9partitions.\u00bb <\/em><br \/>\n<em> \u00abC&#8217;est \u00e9vident que les gros labels sont un peu perdus, pointe de son c\u00f4t\u00e9 Ivan Callot, fondateur des Fatals Picards et initiateur d&#8217;Adone, leur micro-structure de production et de tourn\u00e9e. La nouveaut\u00e9, c&#8217;est de faire de la sc\u00e8ne, de d\u00e9velopper ce qui appara\u00eet comme rentable, car il n&#8217;y a pas de raison que ce march\u00e9-l\u00e0 s&#8217;\u00e9croule.\u00bb <\/em> Et ce d&#8217;autant plus que ce qui marche en tourn\u00e9e marche aussi dans les bacs :<em> \u00abLes artistes de sc\u00e8ne font partie des meilleures ventes de disques de ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es, constate Romain Berrod, r\u00e9dacteur en chef adjoint au magazine Musique Infos Hebdo. Donc pour la chanson, le rock et la vari\u00e9t\u00e9, les maisons de disques veulent s&#8217;assurer que leurs artistes en d\u00e9veloppement pourront tourner.\u00bb <\/em> <\/p>\n<p><strong> UN<em> \u00abMONDE MERVEILLEUX\u00bb <\/em> <\/strong> <\/p>\n<p>Longtemps le disque et la sc\u00e8ne se sont tenus \u00e0 distance. Le premier, habitu\u00e9 \u00e0 surplomber le monde de la musique du haut de ses b\u00e9n\u00e9fices, ignorait la seconde. Mais devant la chute des ventes, il a commenc\u00e9 \u00e0 regarder sa cons\u0153ur d&#8217;un autre \u0153il.<em> \u00abJusqu&#8217;\u00e0 r\u00e9cemment, les labels consid\u00e9raient que le spectacle \u00e9tait accessoire dans le d\u00e9veloppement de carri\u00e8re des artistes. C&#8217;\u00e9tait un secteur qu&#8217;ils connaissaient tr\u00e8s mal. Aujourd&#8217;hui, on a l&#8217;impression qu&#8217;ils d\u00e9couvrent un monde merveilleux\u00bb <\/em>, ironise Cathy Damour, responsable du secteur activit\u00e9s de production au Centre national des vari\u00e9t\u00e9s, de la chanson et du jazz (CNV). Si bien que le live est devenu un crit\u00e8re de s\u00e9lection. Une fa\u00e7on pour les labels et les majors de s&#8217;assurer que leurs recrues poss\u00e8dent d\u00e9j\u00e0 un public fid\u00e8le. La recette a fonctionn\u00e9 pour B\u00e9nabar qui s&#8217;est taill\u00e9 une notori\u00e9t\u00e9 dans des salles de plus en plus grandes, avant de remporter deux Victoires de la musique, comme pour Sanseverino, dont le premier album solo, en 2001, sortait apr\u00e8s quatre ann\u00e9es de tourn\u00e9es marathons au sein des Voleurs de poule. Quant \u00e0 Grand Corps Malade, il a arpent\u00e9 et arpente toujours sans rel\u00e2che les sc\u00e8nes slam. <\/p>\n<p>Plus question pour les maisons de disques de laisser le temps \u00e0 un artiste de se roder.<em> \u00abAvant, les labels pouvaient se permettre de faire trois, quatre albums pas tr\u00e8s rentables ; maintenant, ils rendent les contrats\u00bb <\/em>, affirme Ivan Callot des Fatals Picards.<em> \u00abDepuis quelques ann\u00e9es, \u00e0 cause de l&#8217;\u00e9tat du march\u00e9 du disque, les labels cherchent \u00e0 s\u00e9curiser leur investissement, explique Thierry Voyer, de Radio N\u00e9o. La \u00abcheck-list\u00bb de ce qui est n\u00e9cessaire \u00e0 un artiste pour \u00eatre sign\u00e9 s&#8217;est allong\u00e9e : il faut qu&#8217;il ait d\u00e9j\u00e0 une \u00abfan base\u00bb, un d\u00e9but de public.\u00bb <\/em> Aur\u00e9lie Thuot, manageuse des Fatals Picards et cheville ouvri\u00e8re d&#8217;Adone, confirme :<em> \u00abWarner a sign\u00e9 le groupe sur son label OnMusic parce qu&#8217;ils se sont rendu compte qu&#8217;il avait un capital sympathie.\u00bb <\/em> L&#8217;int\u00e9r\u00eat pour la sc\u00e8ne rel\u00e8ve donc plus d&#8217;un choix de raison que d&#8217;un go\u00fbt de l&#8217;aventure. Il est devenu tel qu&#8217;un artiste sans tourneur aura peu de chances de trouver une maison de disques : \u00e0 moins de s&#8217;appeler Charlotte Gainsbourg ou Carla Bruni&#8230; Miser sur la sc\u00e8ne \u00e9tait pour Marc Thonon, directeur du label Atmosph\u00e9riques, de l&#8217;ordre de l&#8217;\u00e9vidence :<em> \u00abL&#8217;explosion des Wampas et de Manu Chao a \u00e9t\u00e9 permise par leur \u00abassise sc\u00e9nique\u00bb, tout comme celle plus modeste des Wriggles. D\u00e8s la naissance du label, j&#8217;ai souhait\u00e9 travailler \u00ab\u00e0 l&#8217;ancienne\u00bb. Brel partait en voiture avec G\u00e9rard Jouannest jouer dans les salles paroissiales de la r\u00e9gion lyonnaise, invit\u00e9 par les pr\u00eatres ouvriers&#8230; Ce travail de maillage est indispensable et garantit la long\u00e9vit\u00e9 du rapport avec le  public.\u00bb <\/em> <\/p>\n<p><strong> TOURNEURS ET PRODUCTEURS <\/strong><\/p>\n<p>Une chose est de signer des br\u00fbleurs de planches et de comptoirs, une autre est de chercher \u00e0 mettre en place de v\u00e9ritables synergies avec la sc\u00e8ne. C&#8217;est la strat\u00e9gie que commencent \u00e0 dessiner les acteurs du disque. De plus en plus, ils cherchent \u00e0 diversifier leurs activit\u00e9s. Entre coproduction de spectacles, rachat de salles et de tourneurs, ils investissent dans la sc\u00e8ne tous azimuts. De petits labels, qui participaient autrefois aux frais des spectacles, n&#8217;ont pas attendu les multinationales pour se lancer :<em> \u00abLa premi\u00e8re exp\u00e9rience date du printemps 2005, lorsque nous avons coproduit la tourn\u00e9e de Wallen, raconte Marc Thonon. Il s&#8217;agissait ni plus ni moins de valoriser un apport financier que jusque-l\u00e0 nous fournissions sans contrepartie.\u00bb <\/em> Il a \u00e9galement pris une licence d&#8217;entrepreneur de spectacles.<em> \u00abIl ne faut pas y voir une tentative de se substituer \u00e0 nos partenaires producteurs de spectacles, avec lesquels j&#8217;entends continuer \u00e0 travailler \u00e9troitement, d\u00e9fend-il. C&#8217;est simplement un s\u00e9same qui nous permet de produire des dates pour nos artistes \u00e9mergents pour lesquels nous ne trouvons pas de tourneur.\u00bb <\/em> Pr\u00e9curseur de cette tendance, Emmanuel de Buretel, ancien patron d&#8217;EMI Music Europe Continentale, a fond\u00e9 Because, qui comprend un label et une soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;\u00e9dition, et s&#8217;est investi dans le groupe Corida (management et production de spectacle), qui poss\u00e8de par ailleurs trois salles parisiennes : la Cigale, la Boule noire et le Trabendo.  L&#8217;id\u00e9e a essaim\u00e9 jusqu&#8217;au sommet. Universal, propri\u00e9taire de l&#8217;Olympia, a ainsi coproduit les derniers concerts de Michel Polnareff et de Grand Corps Malade. Quant \u00e0 Sony-BMG, elle est en train de racheter le tourneur Arachn\u00e9e Production. <\/p>\n<p><strong> MAILLAGE ET SUBVENTIONS <\/strong><br \/>\n<em> \u00abLes majors veulent contr\u00f4ler tous les p\u00f4les de diffusion !\u00bb <\/em>, temp\u00eate Fr\u00e9d\u00e9ric Drewniak, responsable au Centre d&#8217;information et de ressources pour les musiques actuelles (Irma). Ce que nuance Jean-Fran\u00e7ois Dutertre, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral de l&#8217;Association de gestion des droits des artistes interpr\u00e8tes (Adami) :<em> \u00abJe ne crois pas que les producteurs de disques envisagent vraiment de devenir entrepreneurs de spectacles ; ils savent que ce sont des m\u00e9tiers diff\u00e9rents. Leur objectif sera plut\u00f4t de d\u00e9velopper des coproductions. La tendance va \u00eatre \u00e0 la convergence des m\u00e9tiers.\u00bb <\/em> Parmi les tentatives de synergie, il en est une plus anecdotique mais significative de l&#8217;app\u00e9tit que la sc\u00e8ne suscite : les disquaires : dont la disparition dans de nombreuses villes s&#8217;est faite au rythme de leur concentration : ont longtemps voulu enrayer la distribution d&#8217;albums \u00e0 l&#8217;issue des concerts. Aujourd&#8217;hui, ils songent plut\u00f4t \u00e0 reprendre la main sur ce syst\u00e8me de vente directe qui fonctionne plut\u00f4t bien pour des artistes autoproduits comme les Ogres de Barback. <\/p>\n<p>Cette sc\u00e8ne si convoit\u00e9e est-elle devenue une poule aux \u0153ufs d&#8217;or ? Le miroir d\u00e9formant de l&#8217;industrie du disque pourrait le laisser penser. Et de fait, alors que les ventes de CD s&#8217;effondrent, la taxe sur les spectacles de musiques actuelles a plut\u00f4t tendance \u00e0 augmenter. Mais de l\u00e0 \u00e0 parler d&#8217;explosion&#8230;<em> \u00abOn assiste \u00e0 une progression constante, sans sursaut, raisonnable\u00bb <\/em>, commente Cathy Damour au CNV. D&#8217;autant que si les revenus de la taxe augmentent, c&#8217;est sans doute aussi le signe, selon elle, d&#8217;un meilleur recouvrement. Reste qu&#8217;en vingt ans, les musiques actuelles ont profit\u00e9 de l&#8217;instauration d&#8217;un bon maillage d&#8217;aides et de subventions publiques. Le secteur s&#8217;est dot\u00e9 d&#8217;instruments institutionnels qui ont permis l&#8217;enracinement de festivals et de salles labellis\u00e9es<em> \u00absc\u00e8nes de musiques actuelles\u00bb <\/em> (Smac). Les collectivit\u00e9s territoriales, et notamment les r\u00e9gions par le biais des directions r\u00e9gionales \u00e0 l&#8217;action culturelle (Drac), s&#8217;impliquent dans le financement de lieux et de projets artistiques. Plusieurs organismes professionnels disposent aussi de programmes de soutien au spectacle vivant, parmi lesquels le CNV. Plac\u00e9 sous la tutelle du minist\u00e8re de la Culture, il collecte un imp\u00f4t sur la billetterie qu&#8217;il redistribue sous la forme d&#8217;aides financi\u00e8res aux entreprises de spectacles. Un peu oubli\u00e9es cependant, les aides \u00e0 la formation. Certes, l&#8217;Adami, la Spedidam et le Fonds pour la cr\u00e9ation musicale (FCM) en proposent, mais cela reste marginal.<em> \u00abLes conditions pour les professionnels se sont am\u00e9lior\u00e9es. Des lieux ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s ou r\u00e9am\u00e9nag\u00e9s, avec du personnel qualifi\u00e9. Il y a quelques grandes m\u00e9tropoles qui s&#8217;\u00e9quipent de sc\u00e8nes de musiques actuelles comme Brest, Caen, Nancy et bient\u00f4t Besan\u00e7on. Mais ce sont des r\u00e9ponses professionnelles pour les professionnels\u00bb <\/em>, r\u00e9sume Fr\u00e9d\u00e9ric Drewniak, \u00e0 l&#8217;Irma.<\/p>\n<p>La bonne sant\u00e9 de la sc\u00e8ne cache en fait un syst\u00e8me \u00e0 deux vitesses.<em> \u00abEn 2005, plus de 50 % de la taxe a \u00e9t\u00e9 pay\u00e9e par dix entreprises de spectacles. Quelques productions phares g\u00e9n\u00e8rent beaucoup de public. Derri\u00e8re les structures motrices, il existe une infinit\u00e9 de microstructures\u00bb <\/em>, explique Cathy Damour.<em> \u00abCe sont les vingt m\u00eames groupes qui tournent dans toute la France, des musiciens qui marchent aussi tr\u00e8s bien sur disque en g\u00e9n\u00e9ral\u00bb <\/em>, d\u00e9plore Fantazio, chanteur, po\u00e8te, contrebassiste ind\u00e9pendant et improvisateur de talent. Pour lui,<em> \u00abla sc\u00e8ne est en crise morale. A l&#8217;\u00e9poque du punk, les gens n&#8217;avaient pas mille lieux, mille subventions, mille festivals. Ils devaient tout organiser eux-m\u00eames. Aujourd&#8217;hui, il faut entrer dans un r\u00e9seau professionnel. La cr\u00e9ativit\u00e9 en prend un coup !\u00bb <\/em> Fr\u00e9d\u00e9ric Drewniak porte aussi un regard s\u00e9v\u00e8re sur les rouages qui font vivre la sc\u00e8ne :<em> \u00abLes subventions publiques sont fl\u00e9ch\u00e9es sur un seul endroit : les multiplexes de la culture. Lesquels ass\u00e8chent les autres locaux \u00e0 proximit\u00e9. On se dirige vers des lieux uniques o\u00f9 l&#8217;on diffuse le bon go\u00fbt.\u00bb <\/em> <\/p>\n<p>A c\u00f4t\u00e9 des sc\u00e8nes subventionn\u00e9es, la vie des<em> \u00abpetits lieux\u00bb <\/em> qui accueillent de<em> \u00abpetits artistes\u00bb <\/em> est rude. Bernard Joyet, auteur, compositeur et interpr\u00e8te, fait partie de ceux-l\u00e0. Il a collabor\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9criture de certains albums de Juliette. Lui-m\u00eame chanteur, il s&#8217;insurge :<em> \u00abQuand Johnny joue au stade de Bordeaux, la ville loue le lieu la peau des fesses. Gr\u00e2ce aux subventions, le public ne paie pas trop cher l&#8217;entr\u00e9e. Pendant ce temps, le Bistrot de la Sc\u00e8ne \u00e0 Dijon s&#8217;est vu sucrer ses aides.\u00bb <\/em> <\/p>\n<p><strong> LES OUBLI\u00c9S DE LA PROSP\u00c9RIT\u00c9 <\/strong><\/p>\n<p>Pour Roxane Joseph, organisatrice de TaParole, festival de chansons \u00e0 Montreuil,<em> \u00able r\u00e9seau des salles est une jungle. Dans les bars, les artistes sont souvent pay\u00e9s \u00abau chapeau\u00bb. Du c\u00f4t\u00e9 des sc\u00e8nes subventionn\u00e9es, n&#8217;y acc\u00e8dent que des musiciens d\u00e9j\u00e0 un peu connus&#8230; Quant aux \u00abgarages\u00bb, comme le Lavoir moderne ou le Cabaret sauvage, ce sont des lieux qui se louent.\u00bb <\/em> Autant dire que la rentabilit\u00e9 n&#8217;est pas garantie. Les oubli\u00e9s de la prosp\u00e9rit\u00e9, ce sont les cohortes d&#8217;artistes qui jouent dans les salles des f\u00eates ou les caf\u00e9s. Mais aussi ceux qui font trop de bruit. Si le slam et la chanson trouvent encore \u00e0 se produire, la r\u00e9glementation visant \u00e0 r\u00e9duire les \u00e9missions sonores a rendu la diffusion de la musique \u00e9lectronique, du hip-hop, du m\u00e9tal ou du hardcore plus compliqu\u00e9e.<\/p>\n<p>Et si la sc\u00e8ne peut appara\u00eetre, \u00e0 certains \u00e9gards, un vivier rentable pour le disque, celui-ci, si mal en point soit-il, est toujours indispensable&#8230; y compris pour les artistes de sc\u00e8ne.<em> \u00abEn musique, dans l&#8217;esprit des gens, on existe&#8230; si on existe sur disque, explique Fantazio. On est un \u00abnouveau talent\u00bb pour la Sacem quand on n&#8217;a pas quinze ans de disque derri\u00e8re soi, m\u00eame si on en a autant sur sc\u00e8ne.\u00bb <\/em> Indispensable pour l&#8217;apparition dans les m\u00e9dias et la reconnaissance institutionnelle, le disque est aussi l&#8217;outil n\u00e9cessaire du d\u00e9marchage :<em> \u00abIl est toujours tr\u00e8s difficile de mettre sur pied une tourn\u00e9e qui ne corresponde pas \u00e0 une sortie discographique, constate Jean-Fran\u00e7ois Dutertre. Et le disque joue un r\u00f4le important dans les d\u00e9cisions de programmation. Pouvoir \u00e9couter de la musique sur un support de bonne qualit\u00e9 a son importance : le fait que ce soit \u00abproduit\u00bb n&#8217;est pas en soi un gage d&#8217;excellence, mais \u00e7a jouera sur l&#8217;\u00e9coute des programmateurs.\u00bb <\/em><\/p>\n<p>Et la bonne promotion d&#8217;un album a un impact non n\u00e9gligeable sur le remplissage des salles. Batlik en a fait l&#8217;exp\u00e9rience. D\u00e9j\u00e0 programm\u00e9 aux Francofolies de La Rochelle et au Printemps de Bourges, ce jeune auteur-compositeur-interpr\u00e8te, qui s&#8217;appr\u00eate \u00e0 sortir son quatri\u00e8me album, travaille par choix en autoproduction et trace son chemin, pour l&#8217;instant, loin des grands m\u00e9dias. A l&#8217;automne dernier, un concert est pr\u00e9vu avec en premi\u00e8re partie Rose, une jeune chanteuse qui pr\u00e9pare son premier disque. Six mois plus tard, la situation a chang\u00e9 :<em> \u00abC&#8217;est Batlik qui a fait la premi\u00e8re partie, explique son manager, Gilles Gelly. Entre-temps, l&#8217;album de Rose avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 par Dominique Blanc-Francard, sorti chez Source, il s&#8217;\u00e9tait retrouv\u00e9 en t\u00eate de gondole jusqu&#8217;\u00e0 Carrefour, et le clip passait \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision&#8230;\u00bb <\/em> S&#8217;il est donc aujourd&#8217;hui difficile, pour un artiste, d&#8217;imaginer g\u00e9n\u00e9rer suffisamment de droits d&#8217;auteur pour se passer de la sc\u00e8ne : ainsi qu&#8217;a pu le faire une Fran\u00e7oise Hardy, assumant d&#8217;\u00eatre plus \u00e0 l&#8217;aise en studio que sur les planches :, la bonne diffusion d&#8217;un enregistrement reste une garantie.<\/p>\n<p><strong> ARTISTES AU RMI <\/strong><\/p>\n<p>Et si les lignes de partage bougent effectivement, l&#8217;apparition de nouveaux acteurs, le r\u00e9\u00e9quilibrage entre spectacle vivant et musique enregistr\u00e9e, ainsi que les progr\u00e8s : r\u00e9els : en mati\u00e8re de diversit\u00e9 musicale ne doivent pas cacher quelques<em> \u00abinvariants\u00bb <\/em>.<em> \u00abLes artistes qui acc\u00e8dent aux m\u00e9dias sont d\u00e9j\u00e0 \u00e0 un stade de notori\u00e9t\u00e9 important, souligne Thierry Voyer. Quand Katerine se produit \u00e0 la Star Academy, quand Ana\u00efs est programm\u00e9e sur une cha\u00eene de grande audience, ils sont d\u00e9j\u00e0 \u00e0 des niveaux de vente \u00e9lev\u00e9s. C&#8217;est vrai qu&#8217;il y a un renouveau des t\u00eates d&#8217;affiche, mais les grands \u00e9quilibres bougent peu : que ce soit sur sc\u00e8ne ou sur disque, l&#8217;argent se gagne sur moins d&#8217;artistes de plus en plus gros.\u00bb <\/em> <\/p>\n<p>La r\u00e9organisation de l&#8217;\u00e9conomie de la musique ne dessine donc pas forc\u00e9ment un avenir radieux, surtout si on la combine au durcissement des conditions d&#8217;acc\u00e8s au statut d&#8217;intermittent. Or, celui-ci reste un \u00e9l\u00e9ment essentiel de la sant\u00e9 du spectacle vivant.<em> \u00abTant qu&#8217;on n&#8217;est pas intermittent, on ne peut pas vivre de la sc\u00e8ne, avance Batlik. On y arrive en g\u00e9n\u00e9ral apr\u00e8s une p\u00e9riode assez dure, financi\u00e8rement \u00e7a permet de souffler. M\u00eame si l&#8217;id\u00e9e n&#8217;est pas d&#8217;\u00eatre intermittent toute sa vie, c&#8217;est un cap indispensable.\u00bb <\/em> <\/p>\n<p>De quoi motiver les inqui\u00e9tudes, comme l&#8217;exprime Jean-Fran\u00e7ois Dutertre, de l&#8217;Adami :<em> \u00abIl faut dire les choses clairement : derri\u00e8re l&#8217;\u00e9volution de l&#8217;intermittence, il y a une volont\u00e9 d&#8217;\u00e9liminer des artistes de leur m\u00e9tier. Sur le devant de la sc\u00e8ne on le voit peu, mais en arri\u00e8re-plan, c&#8217;est \u00e9vident. La sc\u00e8ne fran\u00e7aise est tr\u00e8s riche, les dispositifs professionnels qui aident \u00e0 la d\u00e9couverte fonctionnent bien, mais de plus en plus d&#8217;artistes se retrouvent au RMI. On risque de voir se dessiner une situation avec, d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, des professionnels de grande notori\u00e9t\u00e9, de l&#8217;autre des pratiques amateurs, et entre les deux, de moins en moins de monde.\u00bb <\/em> Derri\u00e8re B\u00e9nabar et Ana\u00efs, le<em> \u00abpetit peuple\u00bb <\/em> de la sc\u00e8ne peut encore, sinon esp\u00e9rer une large reconnaissance, du moins trouver son public et avancer \u00e0 son rythme. Mais jusqu&#8217;\u00e0 quand ?  <\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b041, juillet\/ao\u00fbt 2007<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Apr\u00e8s la sinistrose, les producteurs de disques  red\u00e9couvrent le spectacle vivant. Avec l&#8217;\u00e9quation : artistes venus de la sc\u00e8ne et leur cohorte de fans = gros chiffres de ventes d&#8217;albums. Nouvel Eldorado ? <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-2933","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2933","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2933"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2933\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2933"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2933"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2933"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}