{"id":2911,"date":"2007-05-01T14:06:00","date_gmt":"2007-05-01T12:06:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/le-pc-chinois-et-la-societe2911\/"},"modified":"2007-05-01T14:06:00","modified_gmt":"2007-05-01T12:06:00","slug":"le-pc-chinois-et-la-societe2911","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2911","title":{"rendered":"Le PC chinois  et la &#8220;soci\u00e9t\u00e9 harmonieuse&#8221;"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Economie de march\u00e9, nouvelle loi sur la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e : le Parti communiste chinois a effectu\u00e9 le plus spectaculaire revirement id\u00e9ologique du si\u00e8cle. Se renie-t-il pour autant ? Comment vit-on  l\u00e0-bas cette rupture \u00e9conomique et politique ? Reportages. <\/p>\n<p>Par Daniel Szmulewicz et Jade Charles<\/p>\n<p>C&#8217;est un vieux r\u00eave devenu r\u00e9alit\u00e9 : la Chine acc\u00e9dera bient\u00f4t au rang de premi\u00e8re puissance mondiale. Ce pour quoi Mao s&#8217;est \u00e9chin\u00e9 en produisant des r\u00e9sultats catastrophiques est en passe de r\u00e9ussir aux dirigeants du m\u00eame parti qui, sans renoncer \u00e0 l&#8217;autoritarisme, m\u00e8nent une ligne politique dont le simple \u00e9nonc\u00e9 sous leur illustre pr\u00e9d\u00e9cesseur leur e\u00fbt valu un proc\u00e8s pour haute trahison. Certes, Deng Xiaoping d\u00e9clara d\u00e9j\u00e0 en 1987 que le march\u00e9 \u00e9tait une mani\u00e8re non moins l\u00e9gitime de contr\u00f4ler l&#8217;\u00e9conomie que la toute-puissante planification, pratiqu\u00e9e en exclusivit\u00e9 par le r\u00e9gime depuis son accession au pouvoir. C&#8217;est lui \u00e9galement qui exhorta les Chinois \u00e0 s&#8217;enrichir, tablant sur l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;une \u00e9lite capable d&#8217;entra\u00eener les masses populaires avec elle. Mais il fallut attendre 2004 pour voir l&#8217;introduction d&#8217;une clause dans la Constitution reconnaissant le droit \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, \u00e9l\u00e9mentaire dans un syst\u00e8me de march\u00e9. En mars dernier, \u00e0 l&#8217;occasion de la derni\u00e8re s\u00e9ance pl\u00e9ni\u00e8re de l&#8217;Assembl\u00e9e nationale populaire, un pas suppl\u00e9mentaire a \u00e9t\u00e9 franchi avec la ratification de la loi sur la propri\u00e9t\u00e9, projet vieux de cinq ans, pass\u00e9 dans sa huiti\u00e8me lecture, toujours \u00e9conduit tant il \u00e9tait controvers\u00e9 au sein m\u00eame du parti. Cette fois, le pr\u00e9sident Hu Jintao et son premier ministre Wen Jiabao ont r\u00e9pondu sans \u00e9quivoque aux attentes des classes moyennes, demandant \u00e0 \u00eatre rassur\u00e9es par rapport \u00e0 leurs nouveaux biens.<\/p>\n<p><strong> drames des mingong <\/strong><\/p>\n<p>Si les lois ont souvent un train de retard sur la r\u00e9alit\u00e9, celle-ci n&#8217;est pas une exception. La Chine conna\u00eet une croissance effr\u00e9n\u00e9e, \u00e0 tel point qu&#8217;elle devient inqui\u00e9tante. Premi\u00e8rement, elle est fragile, car d\u00e9pendante des \u00e9changes avec l&#8217;\u00e9tranger, faute de march\u00e9 int\u00e9rieur capable d&#8217;absorber la production. Ensuite, point crucial, elle est source d&#8217;injustices sociales, car bas\u00e9e sur un syst\u00e8me d&#8217;exploitation de main-d&#8217;\u0153uvre non qualifi\u00e9e, d\u00e9munie, souvent spoli\u00e9e. Dans les m\u00e9dias nationaux, on relaie d&#8217;innombrables drames o\u00f9 les mingong, ces ouvriers-paysans exil\u00e9s dans les grandes villes, font figure de victimes absolues. Or, la nouvelle loi sur la propri\u00e9t\u00e9 ne changera pas le sort du monde rural, car les paysans ne poss\u00e8dent pas la terre qu&#8217;ils travaillent, conc\u00e9d\u00e9e collectivement sous un syst\u00e8me de bail renouvelable, c&#8217;est-\u00e0-dire jusqu&#8217;\u00e0 une confiscation arbitraire par l&#8217;Etat. <\/p>\n<p>Si la critique directe des leaders est encore impensable, on ne l\u00e9sine pas pour \u00e9pingler les entrepreneurs peu scrupuleux quand il s&#8217;agit de payer leurs ouvriers, les cadres trempant dans des affaires de corruption, ou \u00e0 d\u00e9noncer l&#8217;absence quasi totale de protection sociale pour la majorit\u00e9 des travailleurs. Par crainte d&#8217;appara\u00eetre complaisant, le r\u00e9gime se d\u00e9fend en suivant une strat\u00e9gie d&#8217;aveu sans b\u00e9mol, allant jusqu&#8217;\u00e0 communiquer les chiffres de la fronde populaire : 74 000 protestations en 2004. Oui, admet le premier ministre Wen Jiabao au lendemain des sessions de l&#8217;Assembl\u00e9e, les d\u00e9fis de la Chine moderne sont \u00e9normes, les m\u00e9canismes de contr\u00f4le restent \u00e0 inventer, avant de se retrancher derri\u00e8re le  nouveau mot d&#8217;ordre du parti, la \u00ab soci\u00e9t\u00e9 harmonieuse \u00bb. <\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ses accents lyriques, ce leitmotiv ne trompe gu\u00e8re la frange gauchiste du r\u00e9gime, tr\u00e8s irrit\u00e9 par le parti pris de favoriser le secteur priv\u00e9 et la nouvelle bourgeoisie. Sans oublier que la bourgeoisie avait \u00e9t\u00e9 mise au pilori sous Mao pour cause d&#8217;esprit contre-r\u00e9volutionnaire. Ni que la d\u00e9collectivisation est men\u00e9e comme une campagne d&#8217;enrichissement personnel de certains hauts fonctionnaires. D&#8217;o\u00f9 une purge permanente dans les cercles du pouvoir, dont Wen Jiabao et Hu Jintao se sont fait les h\u00e9rauts. <\/p>\n<p><strong> \u00ab parti des princes \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>Les remaniements qui s&#8217;annoncent en pr\u00e9vision du XVIIe congr\u00e8s du Parti  communiste, en octobre prochain, vont bon train. Zeng Qinghong, rival du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral Hu Jintao, a r\u00e9ussi \u00e0 mettre en avant ses hommes, des enfants de cadres de la r\u00e9volution que l&#8217;on d\u00e9signe collectivement par le \u00ab parti des princes \u00bb, avec Xi Jinping en chef de file, nomm\u00e9 nouveau secr\u00e9taire du comit\u00e9 du parti de Shanghai. Toutefois, ces personnalit\u00e9s \u00e9mergentes semblent peu enclines \u00e0 inverser la tendance \u00e0 lib\u00e9raliser l&#8217;\u00e9conomie, bien au contraire. <\/p>\n<p>Les luttes intestines au sommet sont une constante dans la r\u00e9alit\u00e9 politique chinoise, mais cette fois elles sont coupl\u00e9es d&#8217;une crise d&#8217;identit\u00e9 qui n&#8217;est pas sans danger, car d\u00e9j\u00e0 l&#8217;on voit le vide id\u00e9ologique se peupler d&#8217;alternatives dont les promoteurs, m\u00eame apolitiques, font toujours les frais par une r\u00e9pression brutale, ainsi les adeptes du Falun Gong. L&#8217;aspiration \u00e0 la d\u00e9mocratie, tu\u00e9e dans l&#8217;\u0153uf, semble \u00eatre pass\u00e9e au deuxi\u00e8me plan. La g\u00e9n\u00e9ration Tiananmen a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duite au silence, les revendications se sont faites plus modestes. Durant les sessions de l&#8217;Assembl\u00e9e, les victimes des purges antidroitistes de Mao ont r\u00e9clam\u00e9 une r\u00e9habilitation incluant compensations. Surtout, il a encore \u00e9t\u00e9 question de la r\u00e9forme du laojiao, ce syst\u00e8me de r\u00e9\u00e9ducation par le travail vieux d&#8217;un demi-si\u00e8cle, sujet \u00e0 l&#8217;ordre du jour depuis 2005, mais sans aboutir, faute d&#8217;accord entre les juristes et les d\u00e9put\u00e9s sur la longueur des peines ou leur fonction. Officiellement, ce syst\u00e8me est con\u00e7u pour corriger les individus coupables de d\u00e9lits mineurs, mais dans les faits il ouvre les portes \u00e0 tous les abus et consacre l&#8217;arbitraire policier. De nombreux dissidents en ont fait les frais jusqu&#8217;\u00e0 aujourd&#8217;hui. <\/p>\n<p><strong> bureaucratie <\/strong><\/p>\n<p>Ce n&#8217;est un secret pour personne que la Chine ex\u00e9cute davantage de condamn\u00e9s que tous les autres pays r\u00e9unis. Cependant, le besoin de marquer des points sur le tableau des droits de l&#8217;Homme est pressant. En particulier, la Chine est soucieuse de son image de marque en vue de la tenue des Jeux olympiques de 2008. Mais comment concilier les termes contradictoires de l&#8217;article premier de la Constitution d\u00e9finissant la nature du r\u00e9gime, celle de \u00ab dictature d\u00e9mocratique populaire \u00bb ? D&#8217;une part, l&#8217;organisation et le fonctionnement des institutions d\u00e9crits par la Constitution sont fauss\u00e9s par le r\u00f4le dirigeant du parti et son syst\u00e8me de nomenklatura, recommandation par le comit\u00e9 du PCC des candidats aux postes \u00e0 pourvoir dans l&#8217;appareil d&#8217;Etat. Ce qui a trop souvent pour effet de vider la l\u00e9gislation de sa substance, rendant en particulier impuissant le droit civil face aux pouvoirs l\u00e9onins de la bureaucratie. D&#8217;autre part, m\u00eame si l&#8217;on accorde aux leaders actuels le m\u00e9rite de pratiquer un despotisme \u00e9clair\u00e9, \u0153uvrant \u00e0 bon escient pour le rayonnement de la Chine dans le monde, quelle est la garantie, en effet, que demain n&#8217;apportera pas un coup de gouvernail aussi brutal et impr\u00e9visible qu&#8217;hier ? <\/p>\n<p>Pour l&#8217;heure, la lib\u00e9ralisation dans laquelle est engag\u00e9 le pays fait l&#8217;effet d&#8217;un bain de jouvence pour les populations urbaines, d&#8217;un arr\u00eat de mort pour les paysans menac\u00e9s d&#8217;expulsion, sacrifi\u00e9s sur l&#8217;autel du nouveau capitalisme chinois. Mais il est indubitable que la soci\u00e9t\u00e9 accro\u00eet ses richesses mat\u00e9rielles et culturelles, renouant avec une r\u00e9alit\u00e9 connue sous la dynastie des Han, des Song ou encore des Tang, temps o\u00f9 la Chine \u00e9tait une civilisation ouverte et cosmopolite, et o\u00f9 l&#8217;on comptait dans sa capitale pas moins de deux mille \u00e9tablissements de commerce \u00e9trangers.   D.SZ.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Economie de march\u00e9, nouvelle loi sur la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e : le Parti communiste chinois a effectu\u00e9 le plus spectaculaire revirement id\u00e9ologique du si\u00e8cle. Se renie-t-il pour autant ? Comment vit-on  l\u00e0-bas cette rupture \u00e9conomique et politique ? 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