{"id":2910,"date":"2007-05-01T00:00:00","date_gmt":"2007-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/l-etat-du-kosovo-une-si-longue2910\/"},"modified":"2007-05-01T00:00:00","modified_gmt":"2007-04-30T22:00:00","slug":"l-etat-du-kosovo-une-si-longue2910","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2910","title":{"rendered":"L&#8217;Etat du Kosovo, une si longue attente"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Le Kosovo, lieu tragique de l&#8217;histoire r\u00e9cente europ\u00e9enne, reste un vrai sac de n\u0153uds pour les Nations unies : si la cr\u00e9ation d&#8217;un Etat ind\u00e9pendant semble in\u00e9luctable, l&#8217;organisation de cet Etat multiethnique \u00e0 forte d\u00e9centralisation rencontre des obstacles certains. Reportage. <\/p>\n<p>Les grandes man\u0153uvres ont commenc\u00e9. L&#8217;\u00e9chec des n\u00e9gociations sur le futur statut du Kosovo ont oblig\u00e9 les Nations unies \u00e0 trancher la question, th\u00e9oriquement avant fin mai 2007. Et chacune des parties cherche \u00e0 convaincre du bien-fond\u00e9 de sa position : ind\u00e9pendance d\u00e9fendue du c\u00f4t\u00e9 albanais et soutenue par une bonne partie de la communaut\u00e9 internationale, forte d\u00e9centralisation sans ind\u00e9pendance du c\u00f4t\u00e9 serbe. Si cette petite r\u00e9gion, peupl\u00e9e d&#8217;environ 2,5 millions d&#8217;habitants \u00e0 90 % albanophones, appartient encore th\u00e9oriquement \u00e0 la Serbie, elle a d\u00e9j\u00e0 toutes les apparences d&#8217;un Etat : monnaie, langue, institutions politiques, l\u00e9gislations rel\u00e8vent d&#8217;un gouvernement albanais, \u00e9lu d\u00e9mocratiquement mais qui gouverne sous l&#8217;administration internationale de la Minuk. L&#8217;ind\u00e9pendance appara\u00eet de fait in\u00e9luctable, y compris dans le camp serbe. Ce qui explique peut-\u00eatre pourquoi les discussions tournent plut\u00f4t autour de l&#8217;emploi, de la s\u00e9curit\u00e9 et des droits. Car si le Kosovo fait l&#8217;objet de toutes les bonnes intentions \u00e0 un niveau diplomatique, le constat est l\u00e0 : huit ans de pr\u00e9sence internationale n&#8217;ont pas permis de r\u00e9sorber ni la pauvret\u00e9 ni les clivages inter-ethniques. La situation \u00e9conomique reste catastrophique, et beaucoup ne doivent leur survie qu&#8217;aux aides re\u00e7ues depuis l&#8217;\u00e9tranger, envoy\u00e9es par ceux et celles qui ont \u00e9migr\u00e9. Selon une \u00e9tude du PNUD, 57 % des jeunes de 15 \u00e0 29 ans vivent dans une situation de grande pauvret\u00e9, qu&#8217;ils soient Albanais, Serbes ou membres des autres minorit\u00e9s. Si Pristina, la capitale, regorge d&#8217;une vitalit\u00e9 incroyable, avec des  constructions et une extension de la ville incessantes, cela ne suffit pas pour offrir les conditions d&#8217;un avenir radieux. La population du Kosovo est tr\u00e8s jeune et la plupart envisagent de partir \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger. D&#8217;autres reviennent pourtant. Armend Gashi, qui a grandi en Europe avant de vivre en Australie, s&#8217;est install\u00e9 \u00e0 Pristina en 2005 et a ouvert le dernier salon de coiffure \u00e0 la mode.<em> \u00abJe suis un peu comme un \u00e9tranger \u00e0 la maison\u00bb <\/em>, nous confie ce trentenaire qui r\u00e9sume l&#8217;\u00e9volution son pays comme<em> \u00abune incompr\u00e9hension du monde entre Anciens et Modernes\u00bb <\/em>. Il d\u00e9nonce la place r\u00e9duite des femmes, les valeurs familiales comme socle de vie et de r\u00e9ussite, la mont\u00e9e : faible mais r\u00e9elle : d&#8217;un islam plus rigoureux. Gres\u00eb, \u00e9tudiante dans une \u00e9cole de mode de Pristina, r\u00e9sume ainsi la situation :<em> \u00abJusqu&#8217;\u00e0 25 ans, si tu vis \u00e0 Pristina, tu peux \u00eatre c\u00e9libataire, faire des \u00e9tudes, travailler. Ensuite tu dois te marier, avoir des enfants et rentrer dans le rang. Et si tu vis \u00e0 la campagne, ta place est \u00e0 la maison.\u00bb <\/em><\/p>\n<p><strong> SENTIMENT D&#8217;ABANDON <\/strong><\/p>\n<p>Krushe \u00eb Madh\u00eb, Krushe \u00eb Vogel, justement. Deux villages voisins, situ\u00e9s dans la municipalit\u00e9 d&#8217;Orahovac, \u00e0 moins de 100 kilom\u00e8tres de Pristina. Nous sommes dans un village rural, typique du Kosovo. Le lieu n&#8217;est pas anodin : \u00e0 partir du 24 mars 1999, les milices serbes ont tu\u00e9 tous les hommes encore pr\u00e9sents, devant femmes et enfants. On compte au moins 119 morts ou disparus. La plupart des corps n&#8217;ont toujours pas \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s. Le deuil est loin d&#8217;\u00eatre fait. Les tueries ont chang\u00e9 la donne dans ces campagnes o\u00f9 le patriarcat r\u00e8gne en ma\u00eetre : celles qui ont perdu leur mari, p\u00e8re, fr\u00e8re, vivent seules, sont reconnues comme chef de famille et dirigent leur ferme. Spresa, m\u00e8re de deux enfants, ne s&#8217;attarde pas \u00e0 nous parler, elle doit aller aux champs. Elle glisse simplement :<em> \u00abJe n&#8217;attends rien du Kosovo et je ne crois pas en l&#8217;ind\u00e9pendance du pays. Car nous sommes abandonn\u00e9s. Il n&#8217;y a eu aucun jugement sur les massacres, aucun Serbe n&#8217;a \u00e9t\u00e9 poursuivi. Et nous n&#8217;avons toujours pas  re\u00e7u tous les corps.\u00bb <\/em> Dans le reste du village, on retrouve une image plus habituelle : aucune femme ne met le nez dehors, et il faut l&#8217;autorisation du chef de famille pour pouvoir s&#8217;entretenir avec elles. <\/p>\n<p>Lumturije, 43 ans, est revenue \u00e0 Krushe \u00eb Madh\u00eb en 2003, apr\u00e8s s&#8217;\u00eatre install\u00e9e \u00e0 Tirana. La seule \u00e9vocation des massacres lui fait monter les larmes aux yeux. On saura qu&#8217;elle a perdu beaucoup de voisins et d&#8217;amis. Sa famille vit avec un peu moins de 100 euros par mois et s&#8217;inqui\u00e8te uniquement de sa survie. Ici, l&#8217;enthousiasme pour l&#8217;ind\u00e9pendance est bien timide.<\/p>\n<p><strong> PARTITION DU PAYS <\/strong><\/p>\n<p>Autre r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9rangeante : la partition du pays. Hormis quelques exceptions, le m\u00e9lange des populations est quasi inexistant. Les Serbes du Kosovo vivent dans des enclaves serbes ou dans la partie nord de la r\u00e9gion, les Albanais dans le reste du pays et les autres minorit\u00e9s, particuli\u00e8rement Rroms et Ashkillis, l\u00e0 o\u00f9 ils peuvent. Mitrovica est ainsi devenue la ville fronti\u00e8re entre le Nord et le Sud avec le fleuve Ibar comme s\u00e9paration symbolique. Les forces militaires fran\u00e7aises veillent au calme dans la r\u00e9gion. Dans les enclaves serbes, on utilise le dinar serbe, les r\u00e9seaux de t\u00e9l\u00e9phone serbe et les programmes scolaires serbes. Belgrade verse toujours les pensions de retraite. A quinze minutes de Pristina, \u00e0 Ulgare, on vit ainsi comme en Serbie. Mais si les villageois nous narguent en nous disant que Pristina et le Kosovo n&#8217;existent pas, eux-m\u00eames semblent avoir compris qu&#8217;ils livrent une bataille perdue d&#8217;avance : la partition ne leur offre ni travail ni conditions de vie viables.<em> \u00abLeur faire croire que le Kosovo reviendra dans le giron de Belgrade est criminel. C&#8217;est les faire vivre dans un mensonge\u00bb <\/em>, confie un traducteur.<em> \u00abL&#8217;ind\u00e9pendance du pays va se faire, ce n&#8217;est pas le probl\u00e8me\u00bb <\/em>, estime Vladimir, 28 ans, Serbe du Kosovo.<em> \u00abLa question est de savoir si seront assur\u00e9es notre libert\u00e9 de circulation et notre s\u00e9curit\u00e9. L&#8217;enjeu, c&#8217;est de savoir si on est capable de pardonner, des deux c\u00f4t\u00e9s de l&#8217;Ibar\u00bb <\/em>, poursuit cet enseignant qui a quitt\u00e9 la partie nord de Mitrovica pour la Serbie. Idir, un jeune Albanais qui a laiss\u00e9 sa maison du c\u00f4t\u00e9 nord pour aller au sud, r\u00e9sume la situation :<em> \u00abLe probl\u00e8me, ce n&#8217;est pas l&#8217;ind\u00e9pendance, mais le sentiment de vengeance.\u00bb <\/em> E.C.<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b040, mai 2007<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Le Kosovo, lieu tragique de l&#8217;histoire r\u00e9cente europ\u00e9enne, reste un vrai sac de n\u0153uds pour les Nations unies : si la cr\u00e9ation d&#8217;un Etat ind\u00e9pendant semble in\u00e9luctable, l&#8217;organisation de cet Etat multiethnique \u00e0 forte d\u00e9centralisation rencontre des obstacles certains. 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