{"id":2887,"date":"2007-11-19T00:00:00","date_gmt":"2007-11-18T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/abandonnes-par-l-etat-les-paysans2887\/"},"modified":"2007-11-19T00:00:00","modified_gmt":"2007-11-18T23:00:00","slug":"abandonnes-par-l-etat-les-paysans2887","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2887","title":{"rendered":"Abandonn\u00e9s par l&#8217;Etat, les paysans indiens se tuent au pesticide"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Le minist\u00e8re de l&#8217;Int\u00e9rieur indien vient de publier les r\u00e9sultats d&#8217; une \u00e9tude sur les suicides en Inde. Les chiffres r\u00e9v\u00e8lent que les \u00e9tats de Maharashtra, Andhra Pradesh, Karnataka et Madhya Pradesh concentrent 64% des suicides de paysans en 2005.  Dans ces quatre \u00e9tats o\u00f9 l&#8217;endettement et les mauvaises r\u00e9coltes sont le quotidien des paysans, la population rurale est abandonn\u00e9e par un gouvernement central et des autorit\u00e9s locales incapables d&#8217;endiguer la crise. <\/p>\n<p>Dans les campagnes indiennes, l&#8217;\u00e9pid\u00e9mie de suicides a d\u00e9but\u00e9 il y a dix ans et les nouveaux chiffres parus ne sont gu\u00e8re optimistes : environ 150 000 fermiers se sont donn\u00e9s la mort entre 1997 et 2005. Et on en compte 89 362 dans les seuls \u00e9tats de Maharashtra, Andhra Pradesh, Karnataka et Madhya Pradesh. Les victimes sont toutes des petits producteurs endett\u00e9s, harcel\u00e9s par les pr\u00eateurs sur gage et  d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s par des r\u00e9coltes mauvaises. Le seul appel au secours qu&#8217;il leur reste est de s&#8217;empoisonner au pesticide jusqu&#8217;\u00e0 ce que mort s&#8217;ensuive. Selon l&#8217;\u00e9tude conduite par le bureau national des statistiques criminelles, dans les 4 \u00e9tats les plus touch\u00e9s, un suicide de paysan sur quatre est un empoisonnement au pesticide. Sans compter que les chiffres ne sont pas l&#8217;exact reflet de la r\u00e9alit\u00e9 : certains suicides ne sont pas comptabilis\u00e9s comme \u00ab cas v\u00e9ridiques \u00bb de d\u00e9tresse et sont donc ignor\u00e9s. La d\u00e9finition de la cat\u00e9gorie \u00ab paysan \u00bb semble \u00e9galement difficile \u00e0 \u00e9tablir : beaucoup de cas de suicides ne sont pas encore r\u00e9pertori\u00e9s. Ce qui permet aux gouvernements de minimiser l&#8217;ampleur de la crise sociale et agricole. <\/p>\n<p>Quelques soient les r\u00e9gions o\u00f9 le nombre de suicides atteint un chiffre vertigineux, les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es sont identiques. Les syst\u00e8mes d&#8217;irrigation sont quasi-inexistants et les agriculteurs  sont avant tout d\u00e9pendants de la pluie. L&#8217;agriculture est majoritairement une monoculture d&#8217;exportation : les producteurs se concentrent sur un seul produit pour ensuite le vendre sur le march\u00e9 mondial. Cet unique mode de production a fait dispara\u00eetre la culture vivri\u00e8re, encore tr\u00e8s pr\u00e9sente dans les autres r\u00e9gions d&#8217;Inde et indispensable pour la survie de la population rurale. Sans aucune ressource personnelle ni subventions (de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 du Pacifique, un agriculteur am\u00e9ricain touche un dollar pour chaque kilo de coton) les petits producteurs indiens n&#8217;ont qu&#8217;une solution : vendre leur r\u00e9colte \u00e0 un bon prix. Mais les prix ont subi une baisse vertigineuse ces derni\u00e8res ann\u00e9es : au Maharashtra , le prix des oignons n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 aussi bas depuis 5 ans. Dans la r\u00e9gion est du Maharashtra, le Vidharba, le coton est d\u00e9sormais vendu 1 700 roupies [30 euros] le quintal alors qu&#8217;il \u00e9tait \u00e0 2500 [45 euros] au d\u00e9but des ann\u00e9es 90. Le prix de vente ne recouvre pas le co\u00fbt de production et le producteur est oblig\u00e9 de vendre \u00e0 perte, parfois 50 % au dessous du prix plafond d\u00e9termin\u00e9 par le gouvernement central. L&#8217;endettement aupr\u00e8s du pr\u00e9teur sur gage du village devient alors l&#8217;unique solution.<\/p>\n<p>Une part importante du coton cultiv\u00e9 dans ces r\u00e9gions est une esp\u00e8ce transg\u00e9nique introduite par la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine Monsanto en 2002 qui n\u00e9cessite une irrigation performante et de grandes quantit\u00e9s de pesticides. Or, les petits producteurs, pour cultiver cette \u00ab graine miracle \u00bb s&#8217;endettent pour acheter les grains, le pesticide et l&#8217;herbicide n\u00e9cessaires. Les  nuisibles r\u00e9sistent pourtant au pesticide et les agriculteurs, de peur de perdre toute leur r\u00e9colte, continuent d&#8217;asperger leurs champs, s&#8217;endettent davantage et d\u00e9t\u00e9riorent consid\u00e9rablement la qualit\u00e9 de la terre. A cette dette agricole s&#8217;ajoute souvent une autre dette qui doit permettre au chef de famille de payer le mariage et la dote des femmes. Une \u00e9tude men\u00e9e par l&#8217;\u00e9tat du Maharashtra indique que cette dette, chez les paysans suicid\u00e9s, s&#8217;\u00e9l\u00e8ve en moyenne \u00e0 3000 euros. Contract\u00e9e aupr\u00e8s de diff\u00e9rentes banques mais aussi aupr\u00e8s des pr\u00eateurs du village, elle donne lieu \u00e0 des taux d&#8217;int\u00e9r\u00eat exorbitants, pouvant aller jusqu&#8217;\u00e0 40% par mois !<\/p>\n<p>Le 3 novembre dernier Vilasrao Deshmukh, ministre en chef de l&#8217;Etat du Maharashtra, c\u00e9l\u00e9brait les 3 ans de son arriv\u00e9e au pouvoir et se r\u00e9jouissait de la situation actuelle de son \u00e9tat : le nombre de suicides au Maharashtra aurait enregistr\u00e9 une baisse de 50% en 2007. Un chiffre d\u00e9menti par Kishor Tiwari, porte-parole des paysans de la r\u00e9gion de Nagpur, qui indique que le taux de suicides augmente mais que le gouvernement reste aveugle : dans les 48 heures qui suivirent la f\u00eate d&#8217;anniversaire, 10 nouveaux paysans se donn\u00e8rent la mort. <\/p>\n<p>L&#8217;annonce par le ministre en chef de la mise en place d&#8217;une nouvelle \u00e9tude de la crise est une bien faible solution : de nombreux rapports existent d\u00e9j\u00e0. L&#8217;institut de sciences sociales TATA, l&#8217;institut Indira Gandhi d&#8217;\u00e9tudes en d\u00e9veloppement ou bien la commission nationale des fermiers indiens ont depuis 2003 rendu des rapports d\u00e9taill\u00e9s sur le probl\u00e8me des suicides dans les campagnes indiennes. Les propositions pour sortir de la crise agricole sont depuis lors rest\u00e9es lettres mortes. Si le premier ministre Manmohan Singh a l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re annonc\u00e9 une aide de 37 millions de roupies ( 672 727 euros ) \u00e0 l&#8217;attention des familles du Vidarbha, la d\u00e9livrance de ces aides financi\u00e8res a d\u00e9j\u00e0 pris du retard et beaucoup de familles affirment n&#8217;avoir toujours rien re\u00e7u. <\/p>\n<p>Le suicide du paysan indien n&#8217;est pas une mal\u00e9diction dont les dieux seuls ont la signification mais il est s\u00fbr que les offrandes \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition et les aides financi\u00e8res au lance-pierre ne r\u00e9soudront pas la crise. Pour Kishore Tiwari, les priorit\u00e9s sont claires : s&#8217;il ne veut pas voir la crise s&#8217;\u00e9tendre, le gouvernement doit prendre ses responsabilit\u00e9s et rapidement d\u00e9buter son  programme de soutien \u00e0 la culture vivri\u00e8re. Ce qui ne semble pas \u00eatre la priorit\u00e9 du moment. <\/p>\n<p>                                                                                                        <strong> Na\u00efk\u00e9 Desquesnes <\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Le minist\u00e8re de l&#8217;Int\u00e9rieur indien vient de publier les r\u00e9sultats d&#8217; une \u00e9tude sur les suicides en Inde. Les chiffres r\u00e9v\u00e8lent que les \u00e9tats de Maharashtra, Andhra Pradesh, Karnataka et Madhya Pradesh concentrent 64% des suicides de paysans en 2005.  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