{"id":2842,"date":"2004-04-01T14:21:00","date_gmt":"2004-04-01T12:21:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/inde-coca-k-o2842\/"},"modified":"2004-04-01T14:21:00","modified_gmt":"2004-04-01T12:21:00","slug":"inde-coca-k-o2842","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2842","title":{"rendered":"Inde : Coca K.O."},"content":{"rendered":"<p>**Une usine Coca-Cola en Inde, accus\u00e9e de pollution et d&#8217;ass\u00e8chement des r\u00e9serves <\/p>\n<p>d&#8217;eau, a vacill\u00e9 devant la mobilisation de quelque mille familles de paysans asphyxi\u00e9s par le marchand de bulles.** <\/p>\n<p>par R\u00e9mi Douat<\/p>\n<p>Parfois, tout semble trop simple. Le m\u00e9chant Coca imp\u00e9rialiste contre les bons paysans indiens. Villageois contraints de consommer une eau souill\u00e9e d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, multinationale irresponsable et polluante de l&#8217;autre. Ce pain b\u00e9ni pour altermondialiste fut d&#8217;ailleurs r\u00e9v\u00e9l\u00e9 au monde lors du Forum social de Bombay en janvier dernier. Trop simple, donc ? On voudrait bien complexifier tout cela, mais vraiment, le vendeur de bulles ne nous aide pas : occupation ill\u00e9gale de terres cultivables, souillure des nappes phr\u00e9atiques, empoisonnement de la population locale, intimidation devant les mobilisations&#8230; Une poign\u00e9e de familles de paysans p\u00e8se d\u00e9cidemment moins lourd qu&#8217;une canette de Coke. Et depuis que ces paysans de peu en ont pris conscience, la vie des industriels est devenue un cauchemar, au point que la marque annon\u00e7ait mi-mars dans un communiqu\u00e9 la possible fermeture de l&#8217;usine. Le texte brandit la menace \u00e9conomique et s&#8217;inqui\u00e8te des \u00ab attaques et menaces r\u00e9p\u00e9t\u00e9es \u00bb ainsi que de \u00ab l&#8217;absence de protection de l&#8217;Etat \u00bb. Devant l&#8217;ampleur de l&#8217;enjeu financier, rien n&#8217;est encore jou\u00e9 et il ne peut s&#8217;agir que d&#8217;une \u00e9tape de plus du rapport de forces. Toutefois, quelle qu&#8217;en soit l&#8217;issue, ce conflit risque de faire date. Le pot de fer se fissure devant la t\u00e9nacit\u00e9 des villageois organis\u00e9s face au pillage institutionnalis\u00e9 de l&#8217;eau, ce bien commun de l&#8217;humanit\u00e9.<\/p>\n<p>En 2001, Coca-Cola d\u00e9barque \u00e0 Plachimada dans l&#8217;Etat du Kerala, au sud de l&#8217;Inde. Pourquoi l&#8217;Inde ? La possibilit\u00e9 de sous-payer les salari\u00e9s ? Celle d&#8217;avoir un acc\u00e8s quasi illimit\u00e9 et gratuit \u00e0 l&#8217;eau ? Tout cela est tr\u00e8s attirant, mais c&#8217;est surtout la quasi-absence de r\u00e9glementation environnementale qui a s\u00e9duit. La marque arrive pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e du mythe de la prosp\u00e9rit\u00e9 et de l&#8217;emploi pour tous. Mais tr\u00e8s vite, les 1500 familles d\u00e9chantent. Les mirages annonc\u00e9s \u00e9clatent comme bulles de soda. Quasiment aucun des 350 emplois cr\u00e9\u00e9s par l&#8217;unit\u00e9 d&#8217;embouteillage de la c\u00e9l\u00e8bre boisson n&#8217;a profit\u00e9 aux locaux, essentiellement des Intouchables, caste la plus d\u00e9munie, dont l&#8217;unique ressource est issue de l&#8217;agriculture. La vie aurait pu continuer, comme \u00e7a, \u00e0 l&#8217;ombre du g\u00e9ant. Mais quelques mois plus tard, les villageois commencent \u00e0 souffrir de cette eau qu&#8217;ils ne reconnaissent plus : rar\u00e9faction, go\u00fbt d\u00e9sagr\u00e9able, d\u00e9mangeaisons, br\u00fblures de peau, probl\u00e8mes respiratoires. Et pour cause. Les analyses effectu\u00e9es plus tard, notamment par la cha\u00eene britannique BBC, r\u00e9v\u00e8lent une pr\u00e9sence anormale de m\u00e9taux toxiques parmi lesquels du plomb et du cadmium, issus des rejets de l&#8217;usine. La population est alors oblig\u00e9e de parcourir plusieurs kilom\u00e8tres tous les jours pour s&#8217;approvisionner en eau potable. La quantit\u00e9 de liquide extraite est consid\u00e9rable : 300 000 litres par jour selon Coca, 1,5 million selon Greenpeace. Plus grave encore, les habitants des villages qui jouxtent l&#8217;usine perdent avec l&#8217;ass\u00e8chement des sols leur boulot de journalier dans les fermes environnantes. Certains champs n&#8217;auraient produit que 5 % du rendement habituel. Alors progressivement, une v\u00e9ritable migration s&#8217;organise, et pour ceux qui restent, la situation se fait invivable.<\/p>\n<p>Le 9 juin 2002, la coupe est pleine. Les paysans, qui entre temps ont \u00e9t\u00e9 rejoints et soutenus par des ONG, organisent une manifestation devant l&#8217;usine. La r\u00e9ponse de la police est sans \u00e9quivoque : charges, dispersion, arrestations. Le message est clair, c&#8217;est la protection des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques qui doit primer. 240 interpellations, plusieurs personnes molest\u00e9es et 140 ouvertures d&#8217;enqu\u00eates pour les principaux \u00ab agitateurs \u00bb. Galvanis\u00e9e par la r\u00e9pression, l&#8217;\u00e9t\u00e9 qui suit est celui d&#8217;une plus large contestation encore, port\u00e9e par des figures de la gauche indienne et des grands noms du militantisme telle que la m\u00e9diatique Vandana Shiva, capable d&#8217;un lobbying des plus intenses. La lutte des paysans de Plachimada prend alors une dimension internationale et symbolique qui d\u00e9passe le seul enjeu local. La pression est telle que le gouvernement local d\u00e9cide le 7 avril 2003 de ne pas renouveler l&#8217;autorisation d&#8217;exploitation de l&#8217;usine, all\u00e9guant l&#8217;\u00e9puisement des nappes souterraines. Le 21 f\u00e9vrier 2004, la d\u00e9cision est adopt\u00e9e \u00e0 son tour par l&#8217;administration centrale, qui demande au fabricant de stopper le pompage jusqu&#8217;\u00e0 la mousson. Demi-victoire seulement pour les paysans. Car ce qui est mis en cause, c&#8217;est la quantit\u00e9 d&#8217;eau extraite par la compagnie et non le principe m\u00eame de bien commun menac\u00e9 par une activit\u00e9 priv\u00e9e. <\/p>\n<p>Le comit\u00e9 de lutte anti-Coca-Cola, de son c\u00f4t\u00e9, d\u00e9cline les manquements \u00e0 la loi dont serait coupable leur adversaire et pour lesquels est attendue r\u00e9paration. Dans cette utilisation gratuite d&#8217;une ressource naturelle rare, la marque a, selon eux, viol\u00e9 les \u00ab droits humains les plus \u00e9l\u00e9mentaires \u00bb et provoqu\u00e9 de s\u00e9rieux probl\u00e8mes de sant\u00e9. Enfin, l&#8217;installation de l&#8217;usine s&#8217;\u00e9tait faite au m\u00e9pris d&#8217;une loi, le \u00ab Kerala land utilisation Act \u00bb qui interdit l&#8217;octroi de terres pour une utilisation autre qu&#8217;agricole.<\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui, c&#8217;est le statu quo. Dans le cadre de la politique de d\u00e9veloppement \u00e9conomique entreprise par l&#8217;Inde, tourner le dos \u00e0 une telle multinationale est difficilement envisageable. En t\u00e9moigne l&#8217;action ambigu\u00e8 et parfois contradictoire de l&#8217;administration centrale. De leur c\u00f4t\u00e9, les grands partis politiques ont soutenu l&#8217;usine au motif de pr\u00e9server des emplois. Quant au principal int\u00e9ress\u00e9, il poursuit sa communication comme un automate. Ainsi, on apprend que Coca-Cola aide \u00e0 \u00ab reconstituer le niveau d&#8217;eau \u00bb et participe \u00ab \u00e0 l&#8217;\u00e9ducation de la communaut\u00e9 sur la conservation des ressources naturelles \u00bb. Enfin, la marque rappelle l&#8217;\u00e9tendue de son programme de&#8230; sant\u00e9. R.D<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>**Une usine Coca-Cola en Inde, accus\u00e9e de pollution et d&#8217;ass\u00e8chement des r\u00e9serves d&#8217;eau, a vacill\u00e9 devant la mobilisation de quelque mille familles de paysans asphyxi\u00e9s par le marchand de bulles.** par R\u00e9mi Douat Parfois, tout semble trop simple. Le m\u00e9chant Coca imp\u00e9rialiste contre les bons paysans indiens. 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