{"id":2766,"date":"2007-03-01T00:00:00","date_gmt":"2007-02-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/gauche-de-gauche-morosite-des2766\/"},"modified":"2007-03-01T00:00:00","modified_gmt":"2007-02-28T23:00:00","slug":"gauche-de-gauche-morosite-des2766","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2766","title":{"rendered":"Gauche de gauche : Morosit\u00e9 des march\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Sur les march\u00e9s, lieux traditionnels de d\u00e9bat, les militants tractent et les citoyens s&#8217;interpellent. A gauche, l&#8217;ambiance g\u00e9n\u00e9rale porte les traces de l&#8217;\u00e9chec de la candidature unitaire. Reportage de R\u00e9mi Douat, analyse de Cl\u00e9mentine Autain et paroles de militants <\/p>\n<p>M\u00eame si blogs, cyberd\u00e9mocratie et mailings g\u00e9ants sont les vrais nouveaux acteurs de cette campagne, la rencontre sur le terrain et le tractage demeurent les incontournables du militant. Points strat\u00e9gique, le march\u00e9 ou les sorties de m\u00e9tro.<\/p>\n<p>Mi-f\u00e9vrier, un dimanche matin au march\u00e9 de Montreuil, en Seine-Saint-Denis. \u00c7a y est, les fun\u00e9railles de ce qui fut la \u00ab candidature unitaire \u00bb de la gauche de la gauche ont eu lieu. Aux quatre coins du march\u00e9, on croise des militants de la LCR soutenant Olivier Besancenot, les communistes de Marie-George Buffet et ceux qui soutiennent Jos\u00e9 Bov\u00e9. Ce jour-l\u00e0, ce sont eux les plus nombreux. Par \u00e9quipes de deux ou trois, ils distribuent leur mat\u00e9riel de campagne.<\/p>\n<p>Pierre, 35 ans, conseiller en insertion, a quitt\u00e9 le parti communiste au moment de la gauche plurielle, \u00ab \u00e0 cause des privatisation et de toutes les couleuvres que le PS nous a fait avaler \u00bb. Apr\u00e8s s&#8217;\u00eatre mis en retrait du militantisme, il s&#8217;est senti \u00e0 nouveau pousser des ailes lors du r\u00e9f\u00e9rendum sur la Constitution, \u00ab un vrai moment d&#8217;ouverture \u00bb. Il se qualifie volontiers de \u00ab d\u00e9go\u00fbt\u00e9 des partis \u00bb, ce qui le porte vers le candidat du Larzac. \u00ab J&#8217;ai un peu cru au PC, j&#8217;ai m\u00eame \u00e9t\u00e9 favorablement \u00e9tonn\u00e9 lors des deux derni\u00e8res ann\u00e9es, pleines d&#8217;espoirs. Mais l\u00e0, nous venons d&#8217;assister \u00e0 un repli identitaire, un r\u00e9flexe d&#8217;appareil d\u00e9solant. \u00bb Sa coll\u00e8gue de march\u00e9, retrait\u00e9e, se r\u00e9jouit de la \u00ab pluralit\u00e9 \u00bb de la posture Bov\u00e9. Sa premi\u00e8re motivation, c&#8217;est la notion de porte-parole multiple, qui r\u00e9pond davantage \u00e0 ses pr\u00e9occupations de circulation du pouvoir. Elle a quitt\u00e9 le PCF, parce qu&#8217;elle n&#8217;avait \u00ab pas le sentiment d&#8217;\u00eatre \u00e9cout\u00e9e \u00bb. A quelques \u00e9tals de l\u00e0, Paul, 40 ans, tracte aussi pour le syndicaliste paysan. Non encart\u00e9, il ne manque pas de suite dans les id\u00e9es puisque la derni\u00e8re fois qu&#8217;il a tract\u00e9, c&#8217;\u00e9tait pour Pierre Juquin, en 1988 (1). Ces militants croient-ils \u00e0 leur d\u00e9marche ? \u00ab L&#8217;essentiel est de peser dans le d\u00e9bat, \u00e9lude Alain en haussant les \u00e9paules. La perspective de Nicolas Sarkozy \u00e0 la pr\u00e9sidence provoque l&#8217;effroi. \u00bb<\/p>\n<p>Vendredi soir, sortie de m\u00e9tro d&#8217;un quartier populaire parisien. Un militant de la LCR est l\u00e0, qui tracte en solitaire. \u00ab Ce que je vois en ce moment me d\u00e9sesp\u00e8re. J&#8217;aime bien l&#8217;expression de Besancenot pour qualifier cet apr\u00e8s-candidature unitaire : concours de nains de jardin. Nous en sommes r\u00e9duits \u00e0 \u00e7a, c&#8217;est malheureux. Je crois que certains d&#8217;entre nous ont vraiment cru \u00e0 quelque chose de fort. Je fais aujourd&#8217;hui la campagne de Besancenot sans grand enthousiasme, apr\u00e8s avoir h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 retrouver Bov\u00e9. Je ne le fais pas faute de dynamique. \u00bb<\/p>\n<p>Paris, rue Duhesme, dimanche matin. G\u00e9rald, animateur de la section PCF du 18e arrondissement, occupe le bas du march\u00e9. On vend l&#8217;Huma et on interpelle le chaland mais l&#8217;amertume est l\u00e0. \u00ab Cette candidature unitaire n&#8217;\u00e9tait pas assez m\u00fbre, je pense que nous aurions d\u00fb viser les l\u00e9gislatives, explique G\u00e9rald. J&#8217;\u00e9tais d&#8217;accord avec Bov\u00e9 sur l&#8217;organisation d&#8217;une primaire pour faire sortir un candidat de la gauche unitaire. La gauche est morcel\u00e9e et cela traduit une crise de la repr\u00e9sentation politique. \u00bb Derri\u00e8re, la foule est agglutin\u00e9e autour de la tr\u00e8s politique compagnie Jolie M\u00f4me, qui chante sous un drapeau rouge. Puis, G\u00e9rald, plus positif : \u00ab En politique, les regrets ne servent \u00e0 rien, il faut se nourrir des exp\u00e9riences. Sur le second tour, il ne faut pas se tromper, la priorit\u00e9 est de faire barrage \u00e0 Sarkozy, car nous sommes dans une situation comparable au pr\u00e9thatch\u00e9risme. \u00bb Que disent-ils d&#8217;ail-leurs, les militants de S\u00e9gol\u00e8ne Royal ? A quelques m\u00e8tres de l\u00e0, ils se partagent le pav\u00e9 avec les Verts qui tentent de faire oublier que Dominique Voynet plafonne \u00e0 1,5 % dans les sondages. Jean-Paul, 43 ans, casquette de poulbot viss\u00e9e sur la t\u00eate, en fait des caisses. S\u00e9gol\u00e8ne Royal traverse une p\u00e9-riode de turbulence mais il veut afficher une confiance \u00e0 toute \u00e9preuve : \u00ab Je n&#8217;ai jamais vu une telle dynamique depuis Mitterrand, exulte-t-il. Les gens viennent vers nous, demandent des tracts, s&#8217;int\u00e9ressent&#8230; \u00bb Tract de Royal en main, un sympathisant socialiste d\u00e9clare, p\u00e9remptoire : \u00ab L&#8217;\u00e9clatement de la candidature unitaire est une tr\u00e8s bonne chose pour nos affaires. Les forces antilib\u00e9rales r\u00e9unies auraient pu nous faire du mal, mais l\u00e0, nous jouons sur du velours. \u00bb \u00ab Les candidatures unitaires se sont noy\u00e9es dans des strat\u00e9gies de chapelle, de pr\u00e9 carr\u00e9 et d&#8217;enjeux de pouvoir, poursuit Jean-Paul. Personne n&#8217;\u00e9tait pr\u00eat \u00e0 jouer le jeu. \u00bb L&#8217;Humanit\u00e9 Dimanche sous le bras, un habitant du quartier regarde Jean-Paul haranguer le promeneur. Il ach\u00e8te l&#8217;Huma pour \u00ab les \u00bb soutenir, regarde la LCR avec bienveillance et n&#8217;a rien contre Bov\u00e9. Mais il se dit \u00ab \u00e9c\u0153ur\u00e9 par ce g\u00e2chis \u00bb et le 22 avril, pas s\u00fbr qu&#8217;il votera.   R.D.<\/p>\n<p>1. Candidat \u00e0 la pr\u00e9sidentielle de 1988, Pierre Juquin, exclu du PCF en 1987, est \u00e0 la t\u00eate d&#8217;un groupement o\u00f9 cohabitent d&#8217;anciens membres du PCF, des trotskistes, des \u00e9cologistes et des inorganis\u00e9s.<\/p>\n<p><strong> Point de vue : La gauche cherche ses voies <\/strong><\/p>\n<p><strong> Apr\u00e8s l&#8217;\u00e9chec de la candidature unitaire, quels sont les d\u00e9fis de la construction d&#8217;une gauche alternative ? par Cl\u00e9mentine Autain <\/strong><\/p>\n<p>A la veille de la pr\u00e9sidentielle, la gauche n&#8217;est pas dans sa forme la plus olympique. La division des antilib\u00e9raux ne permet pas d&#8217;enclencher une mobilisation populaire et la candidate socialiste peine \u00e0 s&#8217;imposer face au champion de l&#8217;UMP. Jusqu&#8217;au bout, il faudra se battre contre la droite et l&#8217;extr\u00eame droite et esp\u00e9rer que la gauche d&#8217;alternative fasse au total le meilleur score possible (m\u00eame si une addition ne vaut pas dynamique politique). Dans le m\u00eame temps, s&#8217;interroger sur les difficult\u00e9s de la gauche, en g\u00e9n\u00e9ral, et les raisons de la non-\u00e9mergence d&#8217;une gauche de transformation sociale, en particulier, ne serait pas du luxe.<\/p>\n<p>Pendant de longs mois, de meetings en meetings des Collectifs unitaires antilib\u00e9raux, les formules n&#8217;ont pas manqu\u00e9 pour dire le caract\u00e8re mortif\u00e8re de la d\u00e9sunion. A l&#8217;\u00e9poque, on parlait de score \u00e0 deux chiffres, on esp\u00e9rait \u00eatre majoritaires \u00e0 gauche et dans le pays. La d\u00e9ception est \u00e0 la hauteur de cet enthousiasme qui remplissait les salles et les c\u0153urs militants. Quiconque a cru en l&#8217;unit\u00e9, et quel que soit son engagement aujourd&#8217;hui, est sans voix devant les 2 %-3 % d&#8217;intentions de vote cr\u00e9dit\u00e9es \u00e0 chaque candidat-e de la gauche antilib\u00e9rale. Et se dire qu&#8217;on l&#8217;avait bien dit, c&#8217;est un peu court comme lot de consolation&#8230;<\/p>\n<p>Nous voulions \u00e9viter la personnification ? Cette dimension semble s&#8217;\u00eatre accrue : le profil du\/de la candidat-e joue aujourd&#8217;hui \u00e0 plein pour d\u00e9partager le paysan altermondialiste Jos\u00e9 Bov\u00e9, de la communiste et ancienne ministre Marie-George Buffet, du jeune facteur Olivier Besancenot. Les trois sensibilit\u00e9s politiques qu&#8217;ils incarnent ne se confondent pas. Chacun de nous peut penser que tel ou telle candidat-e est le plus proche de ce qui \u00e9tait attendu. Il n&#8217;en reste pas moins que la gauche antilib\u00e9rale et anticapitaliste aura trois candidats : ou quatre, puisqu&#8217;on y associe g\u00e9n\u00e9ralement Arlette Laguiller. Or, pour se d\u00e9marquer des deux autres, chacun-e va devoir valoriser ce qui fait sa sp\u00e9cificit\u00e9, alors que nous voulions m\u00ealer les cultures, les traditions, et donner \u00e0 voir le commun. D\u00e9cid\u00e9ment, c&#8217;est rat\u00e9&#8230;<\/p>\n<p>Bonne nouvelle, la vie politique ne s&#8217;arr\u00eatera pas le 22 avril 2007. Les points sur lesquels nous avons achopp\u00e9 doivent \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9s s\u00e9rieusement. L&#8217;heure sera probablement \u00e0 la refondation, car les deux grandes traditions de la gauche sont mises \u00e0 l&#8217;\u00e9preuve. Dans la gauche d&#8217;alternative, nul doute qu&#8217;il faudra recoller les morceaux pour avancer. La chute du mur de Berlin a durablement rebattu les cartes. La refonte d&#8217;une gauche de transformation sociale doit puiser dans les diff\u00e9rentes traditions, cultures, sensibilit\u00e9s de cet espace. Si nous avons \u00e9chou\u00e9 \u00e0 porter ensemble ce projet devant les \u00e9lecteurs en 2007, nous devrons remettre l&#8217;ouvrage sur l&#8217;\u00e9tabli. Je suis convaincue que le rassemblement et la convergence restent la seule voie d&#8217;avenir pour constituer une gauche de transformation sociale. La LCR et le PCF ont pris une responsabilit\u00e9 historique en n&#8217;allant pas jusqu&#8217;au bout de la d\u00e9marche de rassemblement. Ces deux organisations ont port\u00e9 des coups fatals \u00e0 la d\u00e9marche unitaire. Cela ne saurait pour autant d\u00e9douaner les autres de toute responsabilit\u00e9. L&#8217;attitude \u00ab un pied dedans, un pied dehors \u00bb de PRS (association cr\u00e9\u00e9e par Jean-Luc M\u00e9lenchon qui a activement particip\u00e9 \u00e0 la campagne du \u00ab non de gauche \u00bb au trait\u00e9 constitutionnel europ\u00e9en, ndlr), par exemple, n&#8217;a pas permis d&#8217;agr\u00e9ger de mani\u00e8re significative les socialistes qui avaient men\u00e9 la bataille r\u00e9f\u00e9rendaire. L&#8217;incapacit\u00e9 des militants et personnalit\u00e9s \u00ab les plus unitaires \u00bb \u00e0 se mettre d&#8217;accord sur un nom alternatif \u00e0 celui de la secr\u00e9taire nationale du PCF : qui n&#8217;a pas fait consensus : n&#8217;a pas non plus \u00e9t\u00e9 sans incidence. Au total, les enjeux strictement boutiquiers et les querelles de personnes ont jou\u00e9 mais nous avons tr\u00e9buch\u00e9 pour des raisons bien plus profondes. J&#8217;identifie au moins quatre grands d\u00e9fis.<\/p>\n<p><strong> Reb\u00e2tir des ponts <\/strong><\/p>\n<p> 1. Fabriquer du commun sur le fond, r\u00e9ussir la mayonnaise qui consiste \u00e0 articuler la tradition du mouvement ouvrier avec l&#8217;\u00e9cologie, le f\u00e9minisme, l&#8217;antiracisme, l&#8217;anticonsum\u00e9risme. Pas une juxtaposition de revendidations mais une vis\u00e9e coh\u00e9rente et neuve. L&#8217;antilib\u00e9ralisme est un ciment mais il nous faut d\u00e9finir en positif notre projet de transformation sociale. La s\u00e9quence des collectifs est \u00e0 cet \u00e9gard un point d&#8217;appui important. Avec les 125 propositions, le travail a \u00e9t\u00e9 entam\u00e9. Il faut aller plus avant pour b\u00e2tir une culture commune de contenu r\u00e9ellement partag\u00e9e.<\/p>\n<p>2. Aller jusqu&#8217;au bout, avec sinc\u00e9rit\u00e9, des d\u00e9bats strat\u00e9giques et tactiques. Pour l&#8217;instant, nous peinons \u00e0 sortir d&#8217;une alternative pauvre. Ou bien on estime que rien n&#8217;est possible avec les sociaux-d\u00e9mocrates, jamais, \u00e0 aucune \u00e9lection, au risque d&#8217;\u00eatre totalement absent du cadre institutionnel et de faire gagner la droite. Ou bien on envisage des alliances avec le PS, \u00e0 certaines \u00e9lections, en recherchant des bases d&#8217;accord acceptables, avec l&#8217;ambition de l&#8217;infl\u00e9chir \u00e0 gauche et de gagner concr\u00e8tement des avanc\u00e9es sociales, au risque d&#8217;y perdre son \u00e2me, son temps et sa cr\u00e9dibilit\u00e9 aupr\u00e8s des classes populaires. Mais \u00e0 s&#8217;en tenir l\u00e0, ne passe-t-on pas \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;essentiel : comment cr\u00e9er une dynamique sociale et politique qui mette au c\u0153ur de la pratique sociale de la transformation et pas de la simple adaptation ? Or cet enjeu ne se r\u00e9duit pas \u00e0 la question de la relation avec le PS, mais touche aussi, plus profond\u00e9ment, \u00e0 la question du rapport aux institutions. Le PCF a pour partie tir\u00e9 sa force et sa cr\u00e9dibilit\u00e9 dans sa capacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre en responsabilit\u00e9 ; mais sa participation aux \u00e9checs de la social-d\u00e9mocratie a fini par rejaillir sur lui. Pendant longtemps, la LCR a estim\u00e9 que, au regard du contexte politique actuel, seuls les mouvements sociaux pouvaient \u00eatre porteurs de changement ; mais ce point de vue l&#8217;a install\u00e9e aux marges de la vie politique r\u00e9elle. Pour l&#8217;instant, nous en sommes l\u00e0. Nous ne pouvons, les uns et les autres, y rester. Des partenariats durables sont-ils possibles si ces enjeux strat\u00e9giques ne sont pas \u00e9claircis et partag\u00e9s ?<\/p>\n<p>3. Sortir des sph\u00e8res militantes, permettre aux classes populaires, aux jeunes, aux femmes, aux personnes issues de cultu-res diff\u00e9rentes de se retrouver dans la gauche antilib\u00e9rale, d&#8217;\u00eatre des acteurs \u00e0 part enti\u00e8re de cet espace politique. Nous avons dit : \u00ab nous sommes le peuple \u00bb, en rejetant cette rh\u00e9torique insupportable du \u00ab eux \u00bb et \u00ab nous \u00bb. Encore faut-il que cela prenne corps et devienne raccord avec notre pratique ! Plus facile \u00e0 dire qu&#8217;\u00e0 faire&#8230; Cela suppose une d\u00e9marche volontaire, une capacit\u00e9 \u00e0 nous tourner vers la soci\u00e9t\u00e9 au lieu de nous d\u00e9lecter de ces \u00e9changes nombrilistes qui font le charme de la gauche radicale. Nous avons aussi beaucoup \u00e0 travailler sur la forme. Cela contribuera \u00e0 nous rendre un peu plus en phase avec la modernit\u00e9, avec le monde artistique et tout ce qui \u00e9merge dans l&#8217;univers intellectuel.<\/p>\n<p>4. Pour tout cela, il faudra relever le d\u00e9fi de la forme organisationnelle. L&#8217;\u00e9quation n&#8217;est pas simple. Le mouvement pendulaire entre \u00ab le parti sinon rien \u00bb, d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, et \u00ab les partis sont morts \u00bb de l&#8217;autre, est \u00e0 mon avis st\u00e9rile. Nous avons besoin d&#8217;un cadre organisationnel, qui permette de faire vivre la d\u00e9mocratie, de travailler dans la dur\u00e9e, d&#8217;\u00eatre r\u00e9actifs et identifi\u00e9s dans le pays. Pour autant, il faut en finir, non avec le parti politique, mais avec la rigidit\u00e9 de son cadre, et admettre que d&#8217;autres espaces puissent se constituer et appartenir \u00e0 une m\u00eame force, sans se confondre pour autant dans un m\u00eame parti.<\/p>\n<p>Dans cet esprit, les l\u00e9gislatives constitueront une \u00e9tape dans cette entreprise commune. Elles doivent permettre de reb\u00e2tir les ponts. Essayons, cette fois, de ne pas les rater.<\/p>\n<p><strong> PS : panne id\u00e9ologique <\/strong><\/p>\n<p>Le PS devrait \u00e9galement \u00eatre \u00e0 l&#8217;heure de l&#8217;aggiornamento, comme toute la social-d\u00e9mocratie europ\u00e9enne. Ailleurs, l&#8217;alliance avec le centre, voire le centre-droit, en dit long sur la panne id\u00e9ologique. En France, depuis le tournant de la rigueur, le PS peine \u00e0 trouver sa voie. La personnalit\u00e9 de Fran\u00e7ois Mitterrand a sauv\u00e9 les meubles un temps. La d\u00e9route de 1993 a sonn\u00e9 l&#8217;alarme : Rocard pr\u00e9conisait un souffle nouveau pour la social-d\u00e9mocratie, une nouvelle version davantage sociale-lib\u00e9rale. L&#8217;exp\u00e9rience de la gauche plurielle n&#8217;a pas convaincu : le divorce d&#8217;avec les classes populaires est alors consomm\u00e9. Le 21 avril 2002 aurait d\u00fb susciter une refonte du projet du PS. La campagne de S\u00e9gol\u00e8ne Royal ne la donne pas \u00e0 voir. L&#8217;appel au vote utile, la mise en cause des \u00ab petits candidats \u00bb \u00e0 sa gauche, le sentiment que le rejet de Sarkozy fera in fine triompher la gauche tiennent lieu de le\u00e7on tir\u00e9e du 21 avril. C&#8217;est vraiment court ! Si la candidate a per\u00e7u la crise de la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative, en mettant en avant son atout \u00ab femme \u00bb et sa d\u00e9-marche participative, elle p\u00e8che par son manque de vis\u00e9e transformatrice. Son discours de Villepinte est apparu davantage comme un catalogue de mesures d\u00e9sarticul\u00e9es que comme un projet coh\u00e9rent et de rupture pour la France. Or, c&#8217;est bien l\u00e0 que la gauche est attendue. Peut-elle encore changer la soci\u00e9t\u00e9 et r\u00e9-pondre aux aspirations populaires ? C&#8217;est un en-jeu pour toute la gauche. Mais il y a fort \u00e0 parier que seule la gauche de transformation sociale soit en mesure d&#8217;y parvenir. A condition qu&#8217;elle s&#8217;en donne les moyens. D&#8217;ici l\u00e0, choisis ton B, camarade !   C.A.<\/p>\n<p><strong> Alice Pelletier, soutient Olivier Besancenot : \u00ab convaincre qu&#8217;un autre monde est possible \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab La campagne d\u00e9marre bien, m\u00eame si la question des 500 signatures reste pr\u00e9occupante. Malgr\u00e9 les d\u00e9saccords que nous avons pu avoir sur la candidature unitaire, aujourd&#8217;hui la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des militants de la LCR est investie dans la campagne d&#8217;Olivier. Il b\u00e9n\u00e9ficie d&#8217;une notori\u00e9t\u00e9 plus importante qu&#8217;en 2002 et sait faire des propositions concr\u00e8tes, sur les salaires notamment.<\/p>\n<p>Il faut relativiser \u00abl&#8217;\u00e9chec\u00bbde la candidature unitaire. Ni Marie-George Buffet ni Jos\u00e9 Bov\u00e9 ne sont des ennemis. Je consid\u00e8re ce que nous venons de vivre comme une \u00e9tape n\u00e9cessaire du d\u00e9bat. Il est possible que nous fassions tous des \u00ab petits \u00bb scores mais le total montrera l&#8217;\u00e9tendue des forces qui refusent la fatalit\u00e9 du lib\u00e9ralisme. On va tous se retrouver dans des combats communs, cela ne fait aucun doute. Sans lutte globale \u00e0 la rentr\u00e9e, c&#8217;\u00e9tait illusoire de penser qu&#8217;on reviendrait en trois mois sur un si\u00e8cle d&#8217;histoire. Et puis concr\u00e8tement, le PCF ne se d\u00e9marque pas suffisamment du PS, sans qui financi\u00e8rement et historiquement il ne peut pas vivre.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la campagne de Bov\u00e9, elle est inexistante et je pense d&#8217;ailleurs qu&#8217;il n&#8217;aura pas ses signatures. Quand il dit que les 100 propositions de S\u00e9gol\u00e8ne Royal vont dans le bon sens, c&#8217;est scandaleux, pour quelqu&#8217;un qui se r\u00e9clame des collectifs antilib\u00e9raux. La candidate du PS perd des voix dans les classes populaires, ce n&#8217;est pas un hasard. Sur le travail, les conditions de vie ou les services publics, elle est compl\u00e8tement \u00e0 l&#8217;ouest. Notre objectif reste de convaincre qu&#8217;un autre monde est possible. \u00bb <\/p>\n<p> Recueilli par R.D.<\/p>\n<p><strong> Andr\u00e9 Margot, soutient Jos\u00e9 Bov\u00e9 : \u00ab rapprocher toutes ces \u00e9nergies \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Tout le monde parle des \u00e9lections. On est en situation de d\u00e9bat pratiquement aussi forte que lors du referendum sur l&#8217;Europe. Tout le monde se cherche. Les gens sont paum\u00e9s, certains m\u00eame sont malheureux de la situation.<\/p>\n<p>Au Bois-l&#8217;Abb\u00e9, dans une cit\u00e9 tr\u00e8s populaire de Champigny, une femme me disait \u00abvivement la pr\u00e9sidentielle\u00bb. Et elle ajoutait \u00abje ne voterai pas pour la dame en jupe\u00bb. J&#8217;ai pouff\u00e9 de rire et je lui ai dit qu&#8217;il y avait d&#8217;autres choix. Mais, pour elle, il faut un candidat qui peut \u00eatre pr\u00e9sident. Et contre Sarko elle pense voter Bayrou \u00e0 d\u00e9faut de voter Royal. C&#8217;est une anecdote mais qui dit bien ce que je constate : les gens ont du mal \u00e0 percevoir ceux qu&#8217;on appelle \u00ables petits candidats\u00bb. <\/p>\n<p>J&#8217;ai v\u00e9cu un peu la m\u00eame histoire sur un march\u00e9 avec des femmes maghr\u00e9bines qui sont venues signer une p\u00e9tition en faveur de Bov\u00e9 pour nous donner de la force contre Sarko. C&#8217;\u00e9tait nous, cela aurait pu en \u00eatre d&#8217;autres. Je sens que les 3 B (Buffet, Besancenot, Bov\u00e9) ne parviennent pas \u00e0 repr\u00e9senter ce que repr\u00e9sentent S\u00e9go ou Bayrou : la cr\u00e9dibilit\u00e9 pour battre Sarko. Ce cr\u00e9dit pour le second tour fonctionne d\u00e8s le premier tour. Ces femmes veulent faire quelque chose contre Sarkozy. Il faut \u00eatre \u00e0 la hauteur de leurs attentes.<\/p>\n<p>Tout autre registre : nous avons fait une r\u00e9union des soutiens de Bov\u00e9 \u00e0 Cr\u00e9teil. On \u00e9tait une centaine. Plus nombreux que lors des coordinations des collectifs antilib\u00e9raux. Plus de la moiti\u00e9 de la salle venait pour la premi\u00e8re fois. Dont des femmes, entre 40 et 50 ans, f\u00e9ministes, altermondialistes, sans doute militantes d&#8217;Attac. Elles ont tr\u00e8s mal support\u00e9 le type de discours des militants de la LCR. C&#8217;\u00e9tait un refus violent de ce parler. Elles ont d\u00e9boul\u00e9 dans cette r\u00e9union pour Bov\u00e9 parce qu&#8217;elles n&#8217;ont pas confiance dans les partis. Et Bov\u00e9 repr\u00e9sente \u00e0 leurs yeux une alternative aux partis. Comment r\u00e9unir ces militants anciens et nouveaux, ceux des partis et ceux qui n&#8217;en sont pas, les minoritaires des partis et ceux qui sont bien dedans, ces femmes des cit\u00e9s ? C&#8217;est vraiment la question que je me pose. On n&#8217;a pas encore la solution. C&#8217;est pour moi un des enjeux de cette campagne : rassembler, rapprocher toutes ces \u00e9nergies \u00bb. <\/p>\n<p><strong> Lo\u00efc Rondeau, soutient Marie-George Buffet : \u00ab on sent un courant de sympathie pour nos id\u00e9es et la candidate \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>Je coordonne l&#8217;activit\u00e9 d&#8217;une centaine de communistes employ\u00e9s communaux d&#8217;Ivry. C&#8217;est une force militante ouverte sur les sympathisants&#8230; Comme beaucoup, je regrette qu&#8217;il n&#8217;y ait pas eu de candidature unitaire et j&#8217;en garde une amertume que les m\u00e9diocres sondages renforcent. A Ivry aussi les communistes ont tr\u00e8s majoritairement choisi de maintenir la candidature de Marie-George Buffet. Mais les liens que nous avons nou\u00e9s avec les militants d&#8217;autres candidatures ou avec nos coll\u00e8gues n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 cass\u00e9. On se retrouve dans les luttes. Et on se retrouvera apr\u00e8s les \u00e9lections. Il y aura une vie apr\u00e8s le 22 avril. <\/p>\n<p>Pour le moment, on fait campagne en vendant l&#8217;Huma Dimanche au restaurant communal, en organisant cinq d\u00e9bats et en pr\u00e9parant la venue de Marie-George pour un d\u00e9bat, un midi. Et surtout, nous discutons avec nos coll\u00e8gues \u00e0 partir des propositions de la candidate rassembl\u00e9es dans le petit livret. Les discussions int\u00e9ressent : les gens veulent savoir s&#8217;il y a vraiment les moyens d&#8217;une autre politique, si on peut s&#8217;en sortir. On per\u00e7oit un courant de sympathie pour nos id\u00e9es et la candidate. Mais ce n&#8217;est pas certain que cela se traduise en vote. Je ressens aussi un certain fatalisme vis-\u00e0-vis de la politique et la question du vote utile pour Royal p\u00e8se face au danger Sarkozy. Il faut aussi continuer de s&#8217;interroger sur l&#8217;\u00e9cart entre la sympathie \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des communistes et notre poids \u00e9lectoral. Pour le moment, on s&#8217;attache \u00e0 faire la meilleure campagne sur le fond. Ce n&#8217;est qu&#8217;un d\u00e9but, il faudra faire le bilan apr\u00e8s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Sur les march\u00e9s, lieux traditionnels de d\u00e9bat, les militants tractent et les citoyens s&#8217;interpellent. A gauche, l&#8217;ambiance g\u00e9n\u00e9rale porte les traces de l&#8217;\u00e9chec de la candidature unitaire. Reportage de R\u00e9mi Douat, analyse de Cl\u00e9mentine Autain et paroles de militants <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[290],"class_list":["post-2766","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-elections"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2766","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2766"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2766\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2766"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2766"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2766"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}