{"id":2761,"date":"2007-03-01T00:00:00","date_gmt":"2007-02-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/les-enfants-de-don-quichotte-jeudi2761\/"},"modified":"2007-03-01T00:00:00","modified_gmt":"2007-02-28T23:00:00","slug":"les-enfants-de-don-quichotte-jeudi2761","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=2761","title":{"rendered":"Les enfants de don quichotte, Jeudi noir, G\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9caire : Zapping militant"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Surm\u00e9diatis\u00e9s, soutenus par l&#8217;opinion publique puis re\u00e7us par le gouvernement, les repr\u00e9sentants des r\u00e9centes mobilisations sociales ont su imposer aux m\u00e9dias et aux pouvoirs publics leur agenda. Regard sur un engagement spectaculaire et tr\u00e8s pragmatique. <\/p>\n<p> (suivi d&#8217;un entretien avec Isabelle Sommier)<\/p>\n<p>Les Enfants de Don Quichotte, les Jeudi Noir, G\u00e9n\u00e9ration Pr\u00e9caire, on ne parle que d&#8217;eux. Du Figaro \u00e0 l&#8217;Humanit\u00e9, de TF1 \u00e0 France Inter, toutes les r\u00e9dactions se sont int\u00e9ress\u00e9es aux mobilisations r\u00e9centes, emmen\u00e9es pourtant seulement par quelques militants. A la diff\u00e9rence des manifestations de 2003 ou du mouvement anti-CPE, les trois collectifs qui occupent actuellement l&#8217;espace m\u00e9diatique ne comptent pas en effet sur l&#8217;ampleur de la mobilisation pour alerter l&#8217;opinion publique mais savent en revanche s&#8217;attirer les faveurs de la presse en s&#8217;adressant directement \u00e0 elle. Si les Enfants de Don Quichotte, les Jeudi Noir et G\u00e9n\u00e9ration Pr\u00e9caire ne constituent bien \u00e9videmment pas un seul et m\u00eame mouvement, ils s&#8217;inscrivent n\u00e9anmoins dans une dynamique commune. Par leurs moyens d&#8217;action et leurs modes de mobilisation, ils partagent une m\u00eame conception de l&#8217;engagement, qui se distingue des formes plus traditionnelles du militantisme. La structure des trois mouvements est de fait presque identique : compos\u00e9s de jeunes actifs \u00ab pr\u00e9caires \u00bb, ou rencontrant tout au moins des difficult\u00e9s en mati\u00e8re de travail et de logement, ils ne comptent que quelques membres actifs, qui se partagent le pouvoir en refusant toute hi\u00e9rarchie. Comme leurs homologues de G\u00e9n\u00e9ration Pr\u00e9caire, les membres de Jeudi Noir n&#8217;ont pas voulu ainsi se constituer en association : \u00ab On refuse la structure verticale du pouvoir, affirme Le\u00efla. Ici, les porte-parole tournent et le relais est induit par notre pratique d&#8217;Internet. La logique de r\u00e9seau nous correspond aussi d&#8217;un point de vue g\u00e9n\u00e9rationnel et permet de travailler vite, en mobilisant les gens rapidement. \u00bb<\/p>\n<p><strong> Medium is the message <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;usage d&#8217;Internet participe plus globalement d&#8217;une culture du r\u00e9seau qui pr\u00f4ne le partage des fichiers, le t\u00e9l\u00e9chargement libre et l&#8217;\u00e9change de comp\u00e9tences. L&#8217;arborescence interne de G\u00e9n\u00e9ration Pr\u00e9caire, qui f\u00e9d\u00e8re des juristes, des communicants, des artistes et des militants de tous bords, est d&#8217;ailleurs \u00e0 l&#8217;image de son site, pr\u00e9cis et efficace. Comme sur celui des Enfants de Don Quichotte et de Jeudi Noir, il est possible d&#8217;imprimer des tracts d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9figur\u00e9s, des mod\u00e8les de banderoles de manifestation ou encore le logo de l&#8217;organisation. Le \u00ab kit de manif \u00bb participe d&#8217;ailleurs de la volont\u00e9 d&#8217;homog\u00e9n\u00e9iser les revendications et de d\u00e9cliner partout la m\u00eame mise en sc\u00e8ne autour d&#8217;une action ou d&#8217;une flash-mob (mobilisation \u00e9clair suivie d&#8217;une dispersion rapide des participants). Tous les supports de m\u00e9diatisation sont ainsi mobilis\u00e9s, chaque manifestation donnant lieu \u00e0 un compte rendu en images et en sons.<\/p>\n<p>V\u00e9ritables machines de guerre m\u00e9diatiques, les trois mouvements attestent d&#8217;une tr\u00e8s bonne ma\u00eetrise des ressorts et des attentes journalistiques, tout en jouant avec les codes de l&#8217;esth\u00e9tique communicationnelle. Le slogan des ann\u00e9es 1970 \u00ab Don&#8217;t hate the media, become the media \u00bb (Ne ha\u00efssez pas le m\u00e9dia, devenez le m\u00e9dia) est appliqu\u00e9 ici \u00e0 la lettre, \u00e0 la diff\u00e9rence pr\u00e8s que la presse n&#8217;est jamais per\u00e7ue comme un adversaire mais plut\u00f4t comme un alli\u00e9 potentiel.<\/p>\n<p>\u00ab Notre atout repose sur notre autonomie de moyens, qui restent modestes, et notre connaissance du milieu journalistique que l&#8217;on a globalement d\u00e9mystifi\u00e9, souligne Cathy, fondatrice de G\u00e9n\u00e9ration Pr\u00e9caire. On sait aujourd&#8217;hui qu&#8217;il existe une niche m\u00e9diatique pour des actions politico-po\u00e9tiques et on joue tous avec cette m\u00eame recette qui permet aux journalistes de sortir d&#8217;une certaine routine et de l&#8217;agenda \u00e9lectoral impos\u00e9. On est dans le bon timing. \u00bb La synchronisation entre la naissance des mouvements et leur m\u00e9diatisation est en effet frappante, le temps de l&#8217;action et celui de sa visibilit\u00e9 ne faisant plus qu&#8217;un. La mise en ligne d&#8217;interviews de sans-abri et de t\u00e9moignages de stagiaires recueillis par les militants eux-m\u00eames participe de cette double occupation de l&#8217;espace public et m\u00e9diatique, o\u00f9 chacun peut devenir \u00e0 la fois l&#8217;acteur, le t\u00e9moin et le narrateur de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<p>\u00ab Je n&#8217;en suis pas \u00e0 ma premi\u00e8re exp\u00e9rience militante, souligne Le\u00efla. J&#8217;ai particip\u00e9 \u00e0 diff\u00e9rentes manifs, mouvements \u00e9tudiants et altermondialistes, mais ce qui se passe aujourd&#8217;hui est tr\u00e8s diff\u00e9rent. Nos objectifs sont plus limit\u00e9s, plus pragmatiques et sans doute plus intelligibles pour l&#8217;opinion publique et les politiques. On sait d\u00e9sormais que pour obtenir des r\u00e9sultats il faut se servir des m\u00e9dias, les int\u00e9resser et les tenir en haleine sur un sujet, sans se disperser. Faire en sorte aussi de ne pas \u00eatre oubli\u00e9. \u00bb \u00ab Le rapport avec la presse est instinctif, ajoute Cathy. Il faut savoir \u00e9conomiser les journalistes, puis les int\u00e9resser de nouveau au bon moment. Actuellement, on se met en veille volontairement pour pouvoir se relancer un peu plus tard dans la campagne. \u00bb<\/p>\n<p><strong> Le show continue <\/strong><\/p>\n<p>Ma\u00eetres du tempo \u00e9lectoral et m\u00e9diatique, ces militants-communicants semblent ainsi renverser le rapport qui lie habituellement le mouvement social \u00e0 la presse, et ne se cachent pas d&#8217;entretenir \u00e0 son \u00e9gard un certain opportunisme. \u00ab On joue avec les codes et d&#8217;une certaine mani\u00e8re on fait de la comm&#8217;, reconna\u00eet Le\u00efla. La premi\u00e8re fois que l&#8217;on a rencontr\u00e9 le DAL, ils ont \u00e9t\u00e9 d&#8217;ailleurs un peu surpris par notre discours et ont eu l&#8217;impression d&#8217;\u00eatre face \u00e0 une bo\u00eete de marketing. On a conscience que l&#8217;on use de ces outils pour parvenir \u00e0 nos fins, mais au regard de nos moyens et de notre nombre limit\u00e9, c&#8217;est une bonne strat\u00e9gie. \u00bb Pour le chercheur Roland Lew, qui s&#8217;est int\u00e9ress\u00e9 aux relations qui se nouent entre les mouvements sociaux et les pouvoirs publics, \u00ab ce succ\u00e8s est efficace mais aussi ambigu pour des raisons \u00e9videntes : nul n&#8217;ignore les m\u00e9faits de la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle, sa logique de perte de sens, d&#8217;insignifiance et sa capacit\u00e9 \u00e0 tout diluer. Les mouvements sociaux risquent de fonctionner alors comme le sym\u00e9trique invers\u00e9 et compl\u00e9mentaire de l&#8217;ordre existant, dans un redoutable jeu de miroirs \u00bb.<\/p>\n<p>Ce retournement potentiel de l&#8217;opinion publique comme de la couverture m\u00e9diatique n&#8217;inqui\u00e8te pourtant pas les membres de G\u00e9n\u00e9ration Pr\u00e9caire : \u00ab On est n\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 du spectacle, constate Cathy. Je suis moi-m\u00eame issue de la communication et de la mise en sc\u00e8ne et je viens de trouver la meilleure application de mes comp\u00e9tences en travaillant directement \u00e0 partir de la mati\u00e8re de notre soci\u00e9t\u00e9, en r\u00e9alisant v\u00e9ritablement une sculpture sociale. G\u00e9n\u00e9ration Pr\u00e9caire est ma plus belle mise en sc\u00e8ne, m\u00eame si cela peut surprendre. Nous ne nous situons pas du tout dans la lign\u00e9e des mouvements sociaux, mais plut\u00f4t dans l&#8217;h\u00e9ritage du th\u00e9\u00e2tre politique d&#8217;Am\u00e9rique latine et des situationnistes, o\u00f9 il est possible de susciter une r\u00e9flexion par l&#8217;absurde et le burlesque. \u00bb<\/p>\n<p>La mobilisation doit donc \u00eatre visible, multiple, festive et occulter surtout toute r\u00e9f\u00e9rence id\u00e9ologique. \u00ab Faites votre teuf dans un appart&#8217;que vous ne pourrez jamais vous payer, clame Jeudi Noir sur son site Internet, \u00e7a d\u00e9foule, on rencontre du monde, on participe \u00e0 la prise de conscience en mati\u00e8re de gal\u00e8re des jeunes vis-\u00e0-vis du logement&#8230; et c&#8217;est plut\u00f4t fun ! \u00bb Endossez le costume du Super Stagiaire, incite de son c\u00f4t\u00e9 G\u00e9n\u00e9ration Pr\u00e9caire en pr\u00e9sentant un anti-h\u00e9ros moderne affubl\u00e9 d&#8217;un slip jaune, d&#8217;une cravate violette et d&#8217;une cape rouge. \u00ab On assume notre infantilit\u00e9 et notre impuissance sans amertume, se d\u00e9fend Cathy. Il s&#8217;agit d&#8217;un mode un peu subversif mais qui ne s&#8217;impose pas comme un projet. Tout se fait en douceur, \u00e0 petite \u00e9chelle et sans id\u00e9ologie. D&#8217;ailleurs \u00e0 G\u00e9n\u00e9ration Pr\u00e9caire, toutes les tendances politiques sont pr\u00e9sentes, de l&#8217;UMP \u00e0 la LCR. \u00bb \u00ab On se d\u00e9clare non-partisan, ajoute Le\u00efla. M\u00eame si on a par ailleurs des convictions politiques, elles ne doivent pas transpara\u00eetre dans nos revendications, d&#8217;une part pour \u00e9viter toute r\u00e9cup\u00e9ration, mais aussi d&#8217;un point de vue strat\u00e9gique : en se d\u00e9clarant ni \u00e0 droite ni \u00e0 gauche, on peut jouer avec tout l&#8217;\u00e9chiquier politique. \u00bb<\/p>\n<p><strong> Urgentistes du militantisme <\/strong><\/p>\n<p>Le pragmatisme caract\u00e9rise chacun de ces mouvements, qui agit selon des m\u00e9thodes qui ne sont pas sans rappeler parfois celles du lobbying. Ciblant des objectifs pr\u00e9cis, contenus dans une charte all\u00e9g\u00e9e qui ne d\u00e9passe pas les vingt propositions, les Jeudi Noir comme les Don Quichotte pr\u00f4nent la simplicit\u00e9 des r\u00e9ponses. Pour Marc Russo, militant du canal Saint-Martin, \u00ab le probl\u00e8me peut \u00eatre vite r\u00e9gl\u00e9. Ce que l&#8217;on demande, c&#8217;est un plan Marshall du logement qui co\u00fbterait \u00e0 l&#8217;Etat trois milliards d&#8217;euros, c&#8217;est-\u00e0-dire le prix de trois avions de chasse. \u00bb Cellules de crise, plans d&#8217;urgence, propositions d&#8217;h\u00e9bergement et offres d&#8217;emploi imm\u00e9diates : la pr\u00e9carit\u00e9 est appr\u00e9hend\u00e9e sous le mode de l&#8217;imm\u00e9diatet\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Les Enfants de Don Quichotte posent un regard assez compassionnel sur les sans-abri et confondent parfois la pr\u00e9carit\u00e9 de la rue et l&#8217;acc\u00e8s au logement, note Nicole Maestracci, pr\u00e9sidente de la FNARS (1) qui a \u00e9t\u00e9 mandat\u00e9e par le gouvernement pour trouver une solution durable pour les sans-abri. Mais malgr\u00e9 cette na\u00efvet\u00e9, ils font preuve d&#8217;une vraie sinc\u00e9rit\u00e9 dans leur d\u00e9marche et ont su installer un rapport de confiance avec les gens de la rue que certaines associations avaient peu \u00e0 peu perdu. De plus, la pression m\u00e9diatique a permis d&#8217;obtenir de la part du gouvernement les moyens qu&#8217;il nous refusait jusqu&#8217;alors. Mais la surm\u00e9diatisation a enferm\u00e9 en m\u00eame temps le d\u00e9bat dans l&#8217;urgence et rend difficile l&#8217;organisation de politiques du logement durables. Je ne pointe pas la responsabilit\u00e9 des Enfants de Don Quichotte sur cette question, mais celle des m\u00e9dias qui ne s&#8217;int\u00e9ressent qu&#8217;\u00e0 la dimension spectaculaire de la r\u00e9alit\u00e9 et plus encore celle des politiques qui ne l\u00e9gif\u00e8rent que face \u00e0 la pression de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement et multiplient les plans sans analyse r\u00e9elle des besoins. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab On travaille en effet en permanence dans l&#8217;urgence, constate Cathy, car nos forces sont limit\u00e9es et nous savons que nous avons peu de temps devant nous. \u00bb \u00ab Hier je militais avec G\u00e9n\u00e9ration Pr\u00e9caire, aujourd&#8217;hui je suis membre de Jeudi Noir, demain je serai probablement engag\u00e9e ailleurs, note Le\u00efla. Si je me bats d\u00e9sormais exclusivement sur le front du logement, c&#8217;est parce que je sais quel gouvernement nous fait face. On ne demande pas la lune, seulement quelques mesures facilement applicables. Mais malgr\u00e9 notre position r\u00e9formiste, on ne parvient pas pour l&#8217;instant \u00e0 obtenir ce que l&#8217;on souhaite. \u00bb<\/p>\n<p>L\u00e0 r\u00e9side sans doute la limite de la m\u00e9diatisation, qui certes rend visible, alerte les pouvoirs publics et permet m\u00eame parfois la rencontre entre un militant anonyme et un ministre de la Coh\u00e9sion sociale, mais ne produit pas pour autant toujours un changement notable. Les membres de G\u00e9n\u00e9ration Pr\u00e9caire en ont fait l&#8217;exp\u00e9rience en d\u00e9couvrant une proposition de loi sur l&#8217;encadrement des stages ne reprenant aucune de leurs revendications initiales. \u00ab Celui qui veut pi\u00e9ger l&#8217;ordre dominant en jouant et d\u00e9jouant ses r\u00e8gles, pour les d\u00e9tourner, les retourner contre lui, est le plus souvent pi\u00e9g\u00e9 par ce jeu, ne f\u00fbt-ce que parce qu&#8217;il est sur le terrain de l&#8217;adversaire, constate ainsi Roland Lew. Celui-ci peut \u00eatre surpris et parfois d\u00e9pass\u00e9 mais il reste particuli\u00e8rement aguerri et pr\u00eat \u00e0 tout pour se maintenir, dans la bienveillance molle comme dans la violence la plus d\u00e9cid\u00e9e. \u00bb   S.M.<\/p>\n<p>1. La FNARS, F\u00e9d\u00e9ration nationale des associations d&#8217;accueil et de r\u00e9insertion sociale, regroupe 750 organismes et associations travaillant sur les questions d&#8217;exclusion et g\u00e8re 95 % des centres d&#8217;h\u00e9bergement en France.<\/p>\n<p><strong> Isabelle Sommier* : \u00ab un apprentissage de l&#8217;action publique \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>* Isabelle Sommier  est directrice du Centre de recherches politiques de la Sorbonne, auteure du Renouveau des mouvements contestataires \u00e0 l&#8217;heure de la mondialisation, \u00e9ditions Champs Flammarion, 2003 et, avec Xavier Crettiez, de La France rebelle, Michalon 2006.<\/p>\n<p><strong> Plut\u00f4t r\u00e9formistes que r\u00e9volutionnaires, comment ces mouvements \u00e9ph\u00e9m\u00e8res s&#8217;inscrivent-ils dans le champ des luttes politiques ? Entretien avec Isabelle Sommier, politologue. <\/strong><\/p>\n<p><strong> Pourquoi ces collectifs suscitent-ils un tel engouement et une telle m\u00e9diatisation de leur lutte ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Isabelle Sommier. <\/strong> L&#8217;\u00e9ch\u00e9ance de l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle est \u00e9videmment toujours un moment propice \u00e0 l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;une cause et \u00e0 sa visibilit\u00e9 publique. Mais si la sensibilit\u00e9 aux mobilisations est plus grande aujourd&#8217;hui dans le cadre de cette campagne, c&#8217;est aussi l&#8217;effet de l&#8217;apr\u00e8s-21 avril 2002 : il a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le d\u00e9calage entre les partis politiques et une partie des citoyens de gauche, qui estiment qu&#8217;ils doivent imposer \u00e0 leurs repr\u00e9sentants des questions de soci\u00e9t\u00e9 qui n&#8217;\u00e9mergent pas ou pas suffisamment \u00e0 leur go\u00fbt.<\/p>\n<p><strong> Le caract\u00e8re non partisan de ces mobilisations rappelle la d\u00e9marche de Nicolas Hulot, qui interpelle aussi les candidats sur la base d&#8217;une charte. <\/strong><\/p>\n<p><strong> I.S. <\/strong> Cette strat\u00e9gie des associations d&#8217;interpellation de tous les candidats \u00e0 la pr\u00e9sidentielle est op\u00e9r\u00e9e par d&#8217;autres, d&#8217;Act Up \u00e0 Sauvons la Recherche qui les a m\u00eame entendus et interrog\u00e9s en septembre dernier lors de son universit\u00e9 d&#8217;automne. L&#8217;interpellation des politiques de tous bords pour qu&#8217;ils s&#8217;engagent sur la base d&#8217;un document \u00e9crit est tr\u00e8s caract\u00e9ristique de cette campagne et traduit \u00e0 la fois une m\u00e9fiance \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des promesses politiques et l&#8217;irruption du citoyen dans la campagne, qui pour le coup, prend au mot l&#8217;id\u00e9e de la d\u00e9mocratie participative.<\/p>\n<p><strong> Le pragmatisme affich\u00e9 de ces mouvements \u00e9ph\u00e9m\u00e8res ne risque-t-il pas de g\u00e9n\u00e9rer une forme de \u00ab zapping militant \u00bb ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> I.S. <\/strong> En sociologie, on parle de \u00ab single issue group \u00bb : de groupes sp\u00e9cialis\u00e9s sur une seule cause. C&#8217;est un ph\u00e9nom\u00e8ne que l&#8217;on constate depuis les ann\u00e9es 1970 et qui continue aujourd&#8217;hui de se d\u00e9velopper. Jacques Ion parle quant \u00e0 lui d&#8217;un \u00ab engagement post-it \u00bb, c&#8217;est-\u00e0-dire d&#8217;une attitude assez distanci\u00e9e vis-\u00e0-vis des luttes qui peuvent \u00eatre intensives mais de courte dur\u00e9e. Cela renvoie plus globalement \u00e0 la m\u00e9fiance vis-\u00e0-vis de toute institutionnalisation de la contestation. Passer d&#8217;une mobilisation \u00e0 une autre permet aussi de se pr\u00e9munir contre une forme de routine et une d\u00e9ception probable, en privil\u00e9giant la satisfaction imm\u00e9diate dans l&#8217;action plut\u00f4t que la construction d&#8217;une lutte dans la dur\u00e9e.<\/p>\n<p><strong> Les revendications actuelles sont plus de nature r\u00e9formiste que r\u00e9volutionnaire : est-ce le signe d&#8217;une rupture avec la dynamique altermondialiste ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> I.S. <\/strong> Dans les cas \u00e9voqu\u00e9s, on a affaire \u00e0 un engagement sans m\u00e9moire qui se place de plus sur le terrain des luttes d\u00e9fensives voire restauratrices en demandant plus de protection de la part de l&#8217;Etat. Le registre de l&#8217;imm\u00e9diatet\u00e9, qui mobilise une rh\u00e9torique de la survie et de l&#8217;urgence, a sans doute \u00e0 voir aussi avec la fin de l&#8217;attente du grand soir. Les mouvements ne sont plus tourn\u00e9s d\u00e9sormais vers des lendemains qui chantent mais veulent obtenir des droits et une r\u00e9paration en interpellant l&#8217;Etat dans son r\u00f4le protecteur. Je ne pense pas pour autant qu&#8217;il y ait de conflit entre l&#8217;altermondialisme et l&#8217;engagement dans ce type de mouvements, qui peut conduire plus tard \u00e0 d&#8217;autres formes de militantisme. Tout cela participe, \u00e0 mon sens, d&#8217;un apprentissage de l&#8217;action publique.  Propos recueillis par Sara Millot<\/p>\n<p><strong> A (re)lire <\/strong><\/p>\n<ul>\n<li> \u00ab Profession stagiaire \u00bb,Regards, d\u00e9cembre 2005<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li> \u00abYes Men, hacktivistes nouvelle g\u00e9n\u00e9ration \u00bb,Regards, avril 2005<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li> \u00ab Militer, sacrifice ou plaisir \u00bb,Regards, septembre 2004<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li> \u00ab Politique chaotique \u00bb,Regards, juin 2004<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li> \u00ab Barbouilleurs de pub \u00bb,Regards, janvier 2004<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Surm\u00e9diatis\u00e9s, soutenus par l&#8217;opinion publique puis re\u00e7us par le gouvernement, les repr\u00e9sentants des r\u00e9centes mobilisations sociales ont su imposer aux m\u00e9dias et aux pouvoirs publics leur agenda. Regard sur un engagement spectaculaire et tr\u00e8s pragmatique. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[311],"class_list":["post-2761","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-mouvement-social"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2761","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2761"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2761\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2761"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2761"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2761"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}